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16 décembre 2021 · Sénat · Agriculture et alimentation · réponse Réponse

Réformer le protocole d'abattage total des troupeaux de bétail atteints de brucellose

· Clôturée

Agriculture et alimentation (repondant)

Historiquement, la gestion des foyers de brucellose bovine par abattage total a permis l'obtention et le maintien du statut indemne de brucellose bovine de la France depuis 2005, à l'issue d'une lutte collective, de l'ensemble des acteurs de la filière bovine et de l'État. Ce statut indemne a permis à la France d'alléger de façon très conséquente la prophylaxie sur l'ensemble des cheptels français ainsi que les garanties commerciales dans le cadre des échanges intracommunautaires d'animaux vivants. Les éleveurs ont ainsi pu bénéficier d'allègements financiers conséquents. Dans le cas d'un foyer de brucellose bovine, infection à Brucella melitensis, B. abortus ou B. suis, l'abattage sélectif, qui correspond à l'abattage partiel d'une fraction du cheptel reconnu infecté, ne peut pas être envisagé en raison des risques sanitaires, zoonotiques et économiques, qu'il fait encourir au niveau individuel et collectif. En effet, la brucellose bovine est une maladie très contagieuse. Tout bovin infecté, malade ou apparemment sain, constitue une source potentielle de Brucella et peut rester contagieux durant toute son existence car la bactérie peut rester présente dans l'organisme des animaux sans induire de réponse immunitaire. L'infection peut demeurer silencieuse durant plusieurs mois, voire plusieurs années, et se réactiver. C'est ainsi que les analyses effectuées en 2012 dans le cadre de l'abattage des animaux d'un élevage infecté, pourtant négatifs sur le plan immunitaire, a permis de déceler la présence de la bactérie. Par ailleurs, la brucellose bovine est particulièrement difficile à détecter. Les tests existants sont imparfaits et peuvent conduire à des résultats faussement négatifs. C'est pourquoi le nombre d'analyses réalisées pour poser un diagnostic est élevé. En effet, la réponse sérologique qui permet de détecter en routine les bovins infectés est très tardive : entre 30 jours et 3 à 6 mois après l'infection, et parfois uniquement présente après la première mise-bas. Après contamination, un bovin peut être porteur de la bactérie, sans symptômes et sans réaction immunitaire, quasi impossible à détecter. En conséquence, les analyses de dépistage et de diagnostic de la brucellose s'interprètent à l'échelle du troupeau et non à l'échelle individuelle : un seul bovin reconnu infecté permet de déclarer un cheptel infecté. Notons qu'à ce jour aucune méthode sérologique ne permet de déterminer avec exactitude la prévalence de la maladie dans un cheptel infecté. De plus, les symptômes cliniques de la brucellose sont très inconstants et les formes inapparentes sont fréquentes. Des bovins porteurs de Brucella et très contagieux peuvent être cliniquement sains. La brucellose bovine se transmet par ailleurs de différentes manières : transmission verticale in utero et horizontale directe et indirecte (matériel souillé, contamination des locaux, des pâtures). En outre, la brucellose est une maladie zoonotique, transmissible à l'homme. Non traitée, la brucellose chez l'homme peut devenir chronique et être responsable d'une atteinte invalidante (articulations, système nerveux central) ou de stérilité. Le risque de transmission est important pour les personnes en contact avec les animaux. Seul l'abattage total permet la maîtrise effective du risque zoonotique. Par conséquent, seul l'abattage total est efficace pour éviter tout risque de résurgence et de diffusion à partir d'un foyer bovin. En effet, l'abattage sélectif conduirait à maintenir des bovins potentiellement porteurs et contagieux pour l'ensemble du troupeau, y compris pour l'homme et les autres animaux domestiques. C'est la raison pour laquelle l'abattage total en cas de détection d'un foyer de brucellose bovine est une exigence réglementaire française (arrêté du 22 avril 2008) et européenne (règlement (UE) 2016/429 et règlement déléguée (UE) 2020/689). En dépit de l'apparition d'un foyer de brucellose, l'abattage total permet le maintien du statut indemne à l'échelle nationale. La perte du statut aurait des conséquences économiques dramatiques pour la filière bovine française, puisque la France ne pourrait plus, en l'absence de test préalable, exporter vers des pays tiers ou échanger au sein de l'Union européenne des bovins. Il serait par ailleurs nécessaire de renforcer la prophylaxie des animaux, à la charge des éleveurs, pour recouvrer, au bout de 3 ans, le statut indemne national. En définitive, en raison de la forte contagiosité de la maladie, de la durée d'incubation longue, de la fréquence importante de formes inapparentes de la maladie, des limites de détection, voire l'impossibilité de dépister les animaux contaminés au sein d'un foyer, et du risque de transmission à l'homme, l'abattage total est l'unique solution pour préserver le statut sanitaire français, maintenir la performance économique de la filière laitière et plus largement de l'ensemble de la filière bovine française.
La source — senat_questions · nº 5e48b4c:17d8e5716b7:-790e
↗ https://www.senat.fr/questions/base/2021/qSEQ211225856.html
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