Interview de M. Sébastien Martin, ministre délégué, chargé de l'industrie, à RMC le 28 juillet 2026, sur les conséquences économiques des incendies de forêt.
Sébastien Martin (auteur), Sébastien Krebs (intervenant)
Les incendies ont aussi des conséquences économiques. Ce sont des milliers d'entreprises qui sont, ce matin, en danger. Bonjour Sébastien Martin.
SEBASTIEN MARTINBonjour.
SEBASTIEN KREBSVous êtes le ministre de l'Industrie. Merci d'être avec nous. Vous avez participé, hier, à une réunion de crise à Bercy, avec les acteurs économiques. Bercy qui chiffre à 13 000 le nombre d'entreprises situées dans les zones évacuées en Gironde et qui, donc, ne peuvent plus avoir d'activité aujourd'hui. Que va faire l'État pour limiter la casse ?
SEBASTIEN MARTINJe me permettrais déjà, avant, d'avoir une pensée, parce qu'hier soir, un pompier est décédé dans les Bouches-du-Rhône. Et tout ça, quand même, on rappelle, donc, on est face à un incendie majeur. Et je pense qu'il est important d'avoir une pensée pour le pompier qui est décédé hier, après deux autres décès la semaine dernière en Gironde. Face à ce combat, les soldats du feu sont en première ligne. Et je voulais le dire. Hier, effectivement, autour de Roland Lescure, nous avons réuni… D'abord, le matin, une première réunion avec les entreprises locales. Et puis, ensuite, en début d'après-midi, une réunion avec l'ensemble des fédérations. Vous avez vu que ça a amené le ministre à faire un certain nombre d'annonces, notamment en matière de prise en charge par les assureurs, cette fois-ci, des questions de relogement et des questions de conditions dans lesquelles on peut déposer les dossiers de sinistres. Puis, l'après-midi, il s'agissait beaucoup d'écouter les préoccupations du monde économique. Le monde économique aujourd'hui, d'abord, est extrêmement calme et mobilisé, je tiens à le préciser, et veux avoir plus d'explications sur comment on a recours au chômage partiel, quel est le numéro, vers qui s'adresser. On est dans des conditions très pratico-pratique pour le moment. Et d'ailleurs, d'ici cette fin de semaine, on doit se revoir pour essayer de répondre à ça.
SEBASTIEN KREBSAlors, qu'est-ce que vous dites ce matin à ces chefs d'entreprise, peut-être, ces artisans qui sont dans cette zone-là, qui ne peuvent pas avoir d'activité ? Il y a le tourisme qui est complètement à l'arrêt. Il y a forcément les activités comme le BTP. Qu'est-ce que vous leur dites ? Vers qui se tourner s'ils ont leur entreprise complètement bloquée, parce que les salariés ne peuvent pas venir ou parce que, tout simplement, la zone est interdite ?
SEBASTIEN MARTINEn Gironde, la Chambre de commerce a mis en place un numéro unique que les entreprises peuvent contacter pour pouvoir avoir des renseignements. Il y a aussi, auprès des URSSAF, un numéro unique qui est en ligne, tout est sur le site de la préfecture de Gironde, qui vous permet d'avoir les réponses à toutes les questions que vous vous posez. Je leur dis que l'Etat sera à leurs côtés, que pour le moment, nous examinons l'ensemble des demandes qui peuvent remonter sur le terrain, que depuis ce week-end, en fait, la préfète a indiqué que les salariés ne pouvaient pas retourner dans les communes dans lesquelles il a été demandé d'évacuer. Et que la situation, elle est évaluée au jour le jour, bien évidemment, en se disant qu'on souhaite que cela dure le moins longtemps possible. Et la priorité, pour que cela dure le moins longtemps, c'est de se fixer sur les conditions pour calmer cet incendie et l'arrêter le plus vite possible.
SEBASTIEN KREBSDonc, toutes ces entreprises auront accès au chômage partiel, qui leur sera payé par l'Etat ?
SEBASTIEN MARTINTout à fait ça. Ça a été tout à fait annoncé. Le chômage partiel, c'est… Au niveau du SMIC, en fait, l'Etat prend en charge 100% du salaire, et jusqu'à 60% quand vous montez dans les grilles de rémunération. Et là, c'est un partage entre l'entreprise et l'Etat. Il y a déjà une plateforme.
SEBASTIEN KREBSEst-ce qu'on a une idée du nombre de salariés qui pourraient être concerné par ce chômage partiel ? Et combien ça peut coûter à l'Etat ?
SEBASTIEN MARTINEcoutez. On dit qu'aujourd'hui, il y a 130 000 salariés qui ne peuvent plus retourner travailler, auxquels, il faut qu'on regarde, parce qu'il y a aussi un certain nombre de, par exemple, de salariés qui sont dans des entreprises qui ne sont pas forcément dans la zone qui est fermée, mais qui ont été délogés, qui sont dans des conditions, en gros, soit, ils dorment encore dans un gymnase ou ont dû partir à plusieurs kilomètres dans de la famille, est-ce qu'ils peuvent retourner chez eux. Il y a la question aussi que se pose un certain nombre d'entreprises : est-ce que je peux mettre mes salariés au travail, parce qu'on a un niveau de pollution de l'air qui est supérieur à ce qu'il était ? Donc, il y a un certain nombre de questions qu'il faut qu'on soulève. Et c'est l'objet de la réunion de jeudi. Donc, c'est après demain, au cours de laquelle on pourra apporter des réponses encore plus précises aux entreprises.
SEBASTIEN KREBSEst-ce que ça va suffire ? L'U2P, qui représente beaucoup d'artisans, demande à pouvoir obtenir des reports de paiement de différentes charges. Est-ce que c'est possible ?
SEBASTIEN MARTINBien sûr. On est tout à fait ouvert à des mesures qu'on va appeler de trésorerie, d'une manière générale, pour permettre des reports de charges, des reports de cotisations. Tout ça, il faut se rapprocher des services, des directions départementales de l'emploi et du travail, les DDETS, qui sont présentes sur le territoire. Je pense que ce qui est urgent pour le moment, c'est aussi de ne pas engorger dans les premiers jours ces services-là et les services de l'Etat qui sont focalisés sur la coordination de la lutte contre le feu. Mais bien évidemment, nos services en département, les services à Bercy, pour les fédérations professionnelles, sont à la disposition des organisations professionnelles pour travailler ces questions-là.
SEBASTIEN KREBSVous avez rencontré les assureurs, vous le disiez, hier. Est-ce qu'ils vont jouer le jeu ?
SEBASTIEN MARTINEcoutez. Pour l'instant, déjà, ils ont joué le jeu sur les particuliers, puisqu'ils ont annoncé…
SEBASTIEN KREBSSur le relogement.
SEBASTIEN MARTINSur le relogement et sur les délais pour déclarer les sinistres. Vous avez cinq jours pour déclarer un sinistre. Là, les assureurs ont indiqué que vous aviez jusqu'au 31 août pour déclarer un sinistre. Si vous êtes, par exemple, une des victimes d'un peu plus de 200 maisons qui ont été touchées par l'incendie, vous avez jusqu'au 31 août. Et c'est bien légitime. Vous n'avez plus rien pour pouvoir faire vos dépôts.
SEBASTIEN KREBSEt pour les entreprises qui ont des fortes pertes en ce moment, qui ont dû fermer boutique ?
SEBASTIEN MARTINChaque entreprise doit regarder ce qui est prévu dans son contrat, se rapprocher de son assureur. Nous, de la même manière, à Bercy, nous allons travailler avec les assureurs pour voir s'il n'y a pas moyen, quand même, de regarder exactement, au regard de la situation exceptionnelle, quelles sont les conditions exceptionnelles que les assureurs pourraient apporter.
SEBASTIEN KREBSIl faut s'attendre à ce qu'il y ait de la casse parmi ces entreprises, des liquidations en cascade dans les mois qui viennent ?
SEBASTIEN MARTINJe ne sais pas. Moi, je ne vais pas… Vous savez, on a une situation qui est déjà suffisamment difficile, on ne va pas rajouter de la catastrophe à la catastrophe, forcément.
SEBASTIEN KREBSC'est le risque.
SEBASTIEN MARTINBien sûr que c'est le risque. Quand vous avez des entreprises qui, en pleine saison touristique, attendent énormément de l'afflux de touristes, que vous avez les campings qui ont évacué. 40 000 personnes des campings ont été évacuées en plein coeur de la saison. C'est pour ça que les mesures de chômage partiel sont importantes, parce que ça vous enlève quand même toutes les charges salariales, mais ça ne vous fait pas rentrer d'argent. Il faudra qu'on regarde les choses calmement, posément. Mais pour le moment, on répond à la crise.
SEBASTIEN KREBSSébastien Martin, je voudrais qu'on dise un mot d'un autre dossier que vous suivez de très près à Bercy : c'est celui de Fibre Excellence, le dernier fabricant de pâte à papier en France, 670 salariés. Hier, le tribunal de commerce a rejeté l'unique offre de reprise qui avait été présentée par Matthieu Pigasse, mais dit examiner une offre de dernière minute qui pourrait sauver l'un des deux sites, celui de Saint-Gaudens. Est-ce qu'il y a espoir ce matin ? Est-ce que cette offre vous paraît sérieuse, crédible ?
SEBASTIEN MARTIND'abord, elle émane d'un industriel, un vrai, qui aura l'occasion, je pense, de s'exprimer. Donc, ce n'est pas à moi de le faire.
SEBASTIEN KREBSOn ne sait pas qui, encore, a déposé cette offre ?
SEBASTIEN MARTINOn sait.
SEBASTIEN KREBSVous le savez, mais vous ne voulez pas…
SEBASTIEN MARTINIl suffit de vous rendre sur le site du Tribunal des affaires économiques. Et je pense que l'identité de ce porteur de projet, est un grand industriel français que je tiens à saluer, d'ailleurs, parce qu'en France, il a fait énormément d'investissements ces dernières années. Il y a une réunion, j'ai convoqué une réunion à l'issue de cette émission, en fin de matinée, entre les services du Conseil régional d'Occitanie, parce que c'est le Conseil régional d'Occitanie qui a eu les contacts avec cet industriel, les équipes de Bercy, pour voir comment on peut consolider cette offre. Moi, je veux dire que…
SEBASTIEN KREBSEst-ce que l'Etat peut mettre au pot ?
SEBASTIEN MARTINL'Etat peut accompagner une offre sérieuse. Je le dis d'ailleurs, parce que j'ai entendu beaucoup de choses sur l'offre de Monsieur Pigasse, comme quoi, l'Etat… Enfin, ça fait des mois que l'État a indiqué à tout le monde les conditions d'accompagnement. Sur le prix de l'électricité : plus 20%. Sur la housse en fourniture de bois de la part de l'ONF : plus 50%. Sur l'accompagnement au quota carbone européen également. Monsieur Pigasse, il a regardé à côté, il n'a pas voulu prendre cette réponse-là. Et à la fin, il s'étonne que son offre soit irrecevable.
SEBASTIEN KREBSDonc, ça, c'est fini ?
SEBASTIEN MARTINMais maintenant, on va regarder devant. On va regarder devant.
SEBASTIEN KREBSIl y a encore des emplois à sauver ?
SEBASTIEN MARTINIl y a encore des emplois à sauver. Et je peux vous dire qu'on va se battre pour sauver ces emplois.
SEBASTIEN KREBSMerci. Merci d'être venu ce matin, Sébastien Martin, ministre de l'Industrie. Ce matin, sur RMC.
SEBASTIEN MARTINMerci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 304212
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