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28 juillet 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Mathieu Lefèvre, ministre délégué, chargé de la transition écologique, à France Info le 28 juillet 2026, sur les incendies de forêt.

Mathieu Lefèvre (auteur), Alexandre Peyrout (intervenant)

JOURNALISTEC'est 7 h 40 et c'est l'heure de l'invité politique avec vous, Alexandre Peyrout, et vous recevez ce matin Mathieu Lefèvre, qui est le ministre délégué chargé de la Transition écologique. C'est parti. ALEXANDRE PEYROUTBonjour Mathieu Lefèvre. MATHIEU LEFEVREBonjour. ALEXANDRE PEYROUTMerci d'être notre invité ce matin. En Gironde, la lutte contre le méga-feu se poursuit. La préfecture de Gironde fait savoir ce matin que le feu est toujours stabilisé. Est-ce que vous pouvez, ce matin, nous donner plus d'informations ? Quelle est la situation sur place ? MATHIEU LEFEVRECe que je peux vous dire, c'est que la nuit a été calme. Le feu est en effet stabilisé. Il y a eu plusieurs reprises de feu, mais qui ont pu être circonscrites grâce à l'action des sapeurs-pompiers et que la surface totale concernée, de 42 000 hectares, reste la même. Si vous me permettez, je voudrais avoir un mot pour l'engagement de ces femmes et ces hommes qui est absolument incroyable face à une situation inédite et exceptionnelle. Et évidemment, un mot pour l'ensemble des populations sinistrées qui vivent des drames quotidiens absolument difficiles. ALEXANDRE PEYROUTEst-ce à dire que vous êtes optimiste, ce matin, sur l'issue ? Est-ce qu'on approche de la fin de cet incendie ? MATHIEU LEFEVREIl est beaucoup trop tôt pour le dire, d'autant plus, comme vous le savez, que les températures vont remonter. Les départements, notamment de la Gironde et des Landes, vont passer en vigilance orange canicule dans la journée, les températures vont remonter. Donc, il est beaucoup trop tôt pour le dire, de toute façon. ALEXANDRE PEYROUTÇa veut dire que vous craignez que la situation ne s'aggrave finalement aujourd'hui, qu'on rebascule dans une situation qui soit propice à la propagation de cet incendie ? MATHIEU LEFEVRENon, tout cela est difficile à dire. Simplement, ce que je peux vous dire, c'est que les conditions de température et d'hygrométrie seront moins favorables aujourd'hui qu'elles ne l'ont été la nuit passée et la nuit précédente. ALEXANDRE PEYROUTAu-delà de ces flammes, il y a aussi ces fumées. Ça inquiète les habitants dans la région de Bordeaux, notamment. Est-ce qu'il y a des conseils que vous pourriez donner ce matin aux habitants qui s'inquiètent de ces fumées dont on dit que certaines pourraient être toxiques avec les particules fines ? MATHIEU LEFEVREOui, il y a eu des dépassements des seuils d'alerte aux particules fines. Dès le départ, le Premier ministre a décidé l'envoi de 2,5 millions de masques FFP2, notamment pour les populations les plus vulnérables. Ces masques ont été livrés, ils sont en pharmacie pour les populations les plus vulnérables. Il faut ensuite, évidemment, suivre les consignes de l'Agence régionale de santé qui conseille, évidemment, notamment de limiter les déplacements, qui conseille de rester chez soi quand on le peut et, évidemment, d'éviter tout type d'aération difficile pour les intérieurs. Il faut respecter les consignes de l'Agence régionale de santé. ALEXANDRE PEYROUTEmmanuel Macron était sur place hier en Gironde. Il a dit que l'heure n'était pas à la polémique. Malgré tout, il y a quand même des questions qui se posent, notamment sur la question des moyens. Il y a une question qui revient beaucoup. Est-ce que la France est assez armée pour faire face à de tels incendies aujourd'hui ? MATHIEU LEFEVREMoi, je trouve que ces polémiques sont indécentes au moment où des femmes et des hommes risquent leur vie pour défendre la nôtre. ALEXANDRE PEYROUTCe sont les pompiers qui amènent ces questions eux-mêmes ? MATHIEU LEFEVREOui, j'ai entendu notamment le Rassemblement national, La France insoumise, Madame Tondelier, dire que le Gouvernement était des pyromanes alors que le Gouvernement est au soutien de toutes ces femmes et ces hommes engagés pour lutter contre les feux. ALEXANDRE PEYROUTMais est-ce que vous comprenez les pompiers quand ils disent : " Nous, on n'a pas assez de moyens aujourd'hui pour lutter contre les feux " ? MATHIEU LEFEVRESimplement sur les moyens. Je rappelle qu'avant Emmanuel Macron, quinze ans avant, il n'y avait eu aucune commande de Canadair, aucune commande de Dash. Ce sont des avions qui permettent de lancer de l'eau ou du retardant. Je rappelle que le budget de la Sécurité civile a quasiment doublé, passant de 450 millions d'euros à 800 millions d'euros entre 2016 et aujourd'hui, malgré tout. Je rappelle également que les budgets des SDIS et des moyens capacitaires ont augmenté de plus d'un milliard 300 millions d'euros ces dernières années. Il y a eu 51 colonnes de sapeurs-pompiers qui d'ailleurs sont mobilisées aujourd'hui pour ces feux, qui ont été créées grâce à l'action d'Emmanuel Macron. Vous savez, en général, ce sont les mêmes qui ont refusé de voter ces augmentations budgétaires qui viennent aujourd'hui dire qu'elles n'étaient pas assez importantes aujourd'hui. Tout ça n'est pas sérieux, tout ça n'est pas à la hauteur. La France est un grand pays. ALEXANDRE PEYROUTJ'entends votre défense ce matin, la défense du Gouvernement, mais quand on a les pompiers eux-mêmes qui disent qu'on manque de moyens aériens, est-ce que malgré tout, quand on est comme vous aux responsabilités, on ne se dit pas : oui, on a peut-être fait des choix budgétaires qui, au final, ne se sont pas avérés être les bons ? MATHIEU LEFEVRED'abord, 95% de l'action sur ce type de feu se déroule au sol et par les moyens terrestres également. Mais l'appui aérien est très important. Il a été augmenté, il est évidemment très important. Mais regardez, par exemple, on a déployé une capacité nouvelle avec l'A400M, c'est une volonté du Premier ministre, ça a été fait, ça a abouti dans les jours précédents. On a aujourd'hui 67 vecteurs aériens. Le Mécanisme de protection civile de l'Union européenne qui nous permet d'avoir l'appui, et je les en remercie, de nos voisins européens, c'est la France qui l'a lancé au niveau européen. Je rappelle par ailleurs que les extrêmes, que ce soit l'extrême gauche ou l'extrême droite, ne l'ont pas voté au Parlement européen. Donc, dès 2017, la France s'est mise en ordre de marche pour faire face à ces situations exceptionnelles. Évidemment, il faut réfléchir à la suite, réfléchir à l'adaptation de notre modèle de Sécurité civile. ALEXANDRE PEYROUTOn va en parler. MATHIEU LEFEVREBien sûr, mais je ne peux pas laisser dire, et je trouve que c'est indécent de le faire dans la période, que les moyens ne seraient pas au rendez-vous. ALEXANDRE PEYROUTOn va en parler justement, mais une dernière question sur les moyens. Hier, sur notre plateau, sur France Info, on avait un pompier qui nous disait : si demain il y a un autre incendie d'ampleur qui se déclenche ailleurs en France, ça va être très compliqué de faire face. Est-ce que vous, aux responsabilités, ça vous inquiète ? MATHIEU LEFEVRECe qui est certain, c'est qu'avec le dérèglement climatique, la saison des feux de forêt est à la fois plus précoce, plus intense et plus étendue. Elle va évidemment durer cette année, comme les autres années, encore tout le mois d'août et tout le mois de septembre. Et donc, ça fait peser une charge très importante sur l'ensemble des forces de Sécurité civile et des forces de sécurité intérieure. Mais à aucun moment, comme l'a rappelé le ministre de l'Intérieur, un arbitrage a dû être fait pour des questions de moyens dans la saison. ALEXANDRE PEYROUTPas dans la saison, mais ça a été le cas auparavant, en 2024 notamment. MATHIEU LEFEVRELa difficulté à laquelle nous faisons face, c'est que des feux qui étaient inenvisageables il y a quelques années encore, notamment au-dessus de la Loire, deviennent désormais possibles, comme on l'a vu tragiquement en Seine-et-Marne. ALEXANDRE PEYROUTVous craignez que ces feux deviennent la norme de nos prochains étés ? MATHIEU LEFEVREC'est difficile à dire. En tout état de cause, ce feu, ce méga-feu de la région bordelaise démontre qu'il faut s'adapter autrement. On fait face à un feu qui a tout dévoré sur son passage, qui s'est nourri lui-même de sa propre puissance, puisque c'était un feu dit convectif, et donc il faut être en capacité de s'adapter. ALEXANDRE PEYROUTComment on s'adapte, justement ? Qu'est-ce qu'on fait ? Par exemple, notamment en Gironde, il y a des maires qui disent que cette forêt de pins, qui est une plantation, qui n'a finalement rien de naturel, elle n'a plus lieu d'être dans la région parce que c'est une boîte d'allumettes, tout simplement. Est-ce qu'il faut changer le visage de nos forêts ? Est-ce qu'il faut arrêter ces villages au milieu de la forêt parce qu'ils sont trop exposés ? Qu'est-ce qu'on fait pour s'adapter demain ? MATHIEU LEFEVRED'abord, si vous me le permettez, il y a la réponse d'urgence qui a été apportée par le Premier ministre et qui a été faite dans des conditions, si je puis dire, de sérieux, essentielles de la part du Gouvernement. Dès vendredi soir, le Premier ministre a présidé une cellule de crise qui a permis de basculer un certain nombre de moyens opérationnels vers le Sud-Ouest, des moyens militaires sans précédent. C'est aussi ça la réponse, et c'est aussi ça, Monsieur Peyrout, ce qu'on attend des gouvernements. Je vais vous répondre sur l'adaptation. Évidemment que la forêt de demain ne sera pas la forêt d'aujourd'hui comme la forêt d'aujourd'hui n'est pas la forêt d'hier. Il faudra réfléchir à la diversification des essences. Au mélange, vous avez raison, de résineux et de feuillus, mais ce ne pourra être fait qu'après l'avis d'experts scientifiques et évidemment pas dans le temps très court qui nous mène d'ici à l'extinction de ces feux. J'ajoute que dans le projet de budget pour 2027, le Premier ministre a proposé une augmentation inédite du Fonds vert à hauteur d'un milliard d'euros. Comme la Ministre Monique Barbut l'a indiqué la semaine passée, 10 % de ce fonds, cent millions d'euros, seront consacrés à l'adaptation de nos forêts. C'est donc à la fois un travail sur le temps très court qu'il faut mener et un travail sur le temps très long à l'appui des experts scientifiques. ALEXANDRE PEYROUTIl y a la question du débroussaillage aussi qui est très importante. On sait que dans des parcelles qui ne sont pas débroussaillées, le feu se propage beaucoup plus vite. Il y a une obligation aujourd'hui du débroussaillage pour les propriétaires. Est-ce qu'il faut aller plus loin et sanctionner ceux qui ne le font pas quand on voit les risques que ça fait prendre ? MATHIEU LEFEVREOui, bien sûr, il faut y veiller. Il faut veiller au respect des obligations légales de débroussaillement. Mais je crois qu'il faut aussi le faire dans un esprit qui ne soit pas un esprit d'infantilisation des Français en tout état de cause. C'est une question à laquelle on peut réfléchir, notamment sur les périodes d'obligations légales de débroussaillement, puisque vous savez qu'il y a certaines périodes, notamment qui sont rendues impossibles à raison de la nidification. Ça fait partie des questions sur lesquelles on doit pouvoir travailler et réfléchir à l'issue de cet épisode. ALEXANDRE PEYROUTVous parliez du Fonds vert qui serait augmenté dans le prochain budget, justement le budget qui va arriver. Il va y avoir sûrement, forcément, cette question des moyens pour la Sécurité civile, pour les pompiers. Est-ce que demain, le Gouvernement consentira à de nouvelles dépenses pour les pompiers ? Le président de la commission des finances, Éric Coquerel, demande même une session extraordinaire dès fin août pour pouvoir voter, débattre des augmentations de moyens pour les pompiers. Est-ce que vous y êtes favorable ? MATHIEU LEFEVREEst-ce que c'est le même Éric Coquerel qui a refusé toutes les augmentations de budget depuis 2017 ? Est-ce que c'est le même Éric Coquerel ? ALEXANDRE PEYROUTLa question que je vous pose, c'est : est-ce que vous êtes prêt à allouer de nouveaux moyens ? MATHIEU LEFEVREC'est le ministre de l'Intérieur qui répondra à cette question. Je peux vous répondre sur les moyens de la transition écologique, mais ce que je peux vous dire, c'est que ces postures, je pense que les gens en ont ras-le-bol, les gens qui ont voulu censurer des budgets année après année. La censure des budgets, c'est la rupture dans les moyens d'investissement du pays. Voilà l'avenir, voilà ce que propose Monsieur Coquerel, voilà ce que propose La France insoumise. Tout ça n'est pas à la hauteur, à l'inverse du travail à la fois européen et national qu'a mené le président de la République depuis 2017 et qui nous permet aujourd'hui de faire face. ALEXANDRE PEYROUTMerci beaucoup Monsieur Lefèvre. MATHIEU LEFEVREMerci à vous.ALEXANDRE PEYROUT Ministre de la Transition écologique qui était notre invité ce matin. Je rappelle ce que vous venez de nous dire, que la nuit a été calme et que la situation est plutôt stabilisée sur le front de l'incendie en Gironde. JOURNALISTEMerci Alexandre Peyrout, merci Monsieur le Ministre d'avoir été l'invité de la matinale. Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2026
La source — vie_publique · nº 304211
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