Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à France Inter le 28 juillet 2026, sur les conséquences pour la santé de la mauvaise qualité de l'air en Nouvelle-Aquitaine à cause des ince
Stéphanie Rist (auteur), Alexis Morel (intervenant)
ALEXIS MORELBonjour Stéphanie Rist.
STÉPHANIE RISTBonjour Alexis Morel.
ALEXIS MORELMinistre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes Handicapées. Vous êtes évidemment concernée par les conséquences des gigantesques incendies dans le sud-ouest. Il y en a plusieurs. D'abord, ce qui inquiète beaucoup dans la région, évidemment, ce sont les fumées qui s'en dégagent. Qualité de l'air médiocre encore aujourd'hui en Nouvelle-Aquitaine ; ces fumées qui sont un vrai cocktail de polluants, de particules fines. Qu'est-ce que vous dites, ce matin, aux habitants concernés qui s'inquiètent légitimement de ce qu'ils respirent ?
STÉPHANIE RISTAlors, je dis de suivre déjà les consignes émises par les autorités locales, puisqu'en fonction des vents, la pollution n'est pas la même dans tous les départements de la région. Hier, il y avait trois départements en alerte, que sont la Gironde, les Landes et le Lot-et-Garonne. Il faut donc suivre les recommandations. Les recommandations, elles ont aussi été publiées par l'Agence régionale de la Santé, qui est de dire, d'abord, si vous sentez le brûlé et que vous êtes dans un département en alerte, il est plutôt recommandé de rester à domicile et deux, si vous êtes obligé de sortir, et que vous avez des problèmes de fragilité, des problèmes respiratoires, des problèmes de maladie cardiaque, d'aller, de sortir, si vous l'êtes obligé, avec des masques FFP2. Nous avions anticipé cette situation et fait parvenir 2,5 millions de masques FFP2, qui sont aujourd'hui dans les pharmacies de ces départements.
ALEXIS MORELDonc la consigne, c'est qu'on reste confiné, et si on sort, on met un masque ?
STÉPHANIE RISTOn reste à l'intérieur des maisons. Si on doit sortir, et qu'on a des fragilités de santé, qu'on est une femme enceinte, ou avoir des problèmes pulmonaires ou cardiologiques, dans ces cas-là, de mettre un masque FFP2.
ALEXIS MORELOn l'entendait dans le journal de 7h30, oui, il y a des populations plus à risque, et notamment les femmes enceintes, avec des conséquences potentiellement à long terme, sur ces pollutions à base de fumée. Est-ce que ça veut dire qu'il y aura un suivi ? Est-ce que vous allez être particulièrement vigilant avec le système de santé, sur ces populations-là, dans ces régions ?
STÉPHANIE RISTAlors, nous sommes évidemment très vigilants sur la pollution de l'air. Il y a eu des tests hier, dont les premiers résultats nous permettent de dire qu'il y avait un doute sur des intoxications au monoxyde de carbone évoquées, qui ne sont pas confirmés. Donc évidemment, nous sommes très vigilants. C'est l'Agence régionale de la santé, avec les services d'Atmo, de l'évaluation de l'air atmosphérique, qui permettent de nous dire quelle pollution existe.
ALEXIS MORELMais c'est une pollution plus dangereuse qu'une pollution classique, si je puis dire ?
STÉPHANIE RISTNon, ce que je veux dire là, je dirais, l'avantage, c'est que c'est quelque chose que l'on sent ou que l'on voit. C'est-à-dire, si vous sentez le brûlé, ou si vous voyez un gros nuage de fumée, dans ces cas-là, si vous avez des fragilités, il vaut mieux mettre un masque FFP2, que vous pouvez trouver dans les pharmacies.
ALEXIS MORELAutre cas très concret, quand on habite en Gironde, dans les Landes, qu'est-ce qu'on fait des fruits et des légumes du jardin, des œufs du poulailler ? Est-ce qu'on peut consommer toutes ces denrées ?
STÉPHANIE RISTAlors, il n'y a pas de recommandation des agences de sécurité sanitaire, actuellement, sur le sujet. Il est recommandé, malgré tout, évidemment, avec le dépôt de ces fumées, de les rincer à l'eau, ça paraît du bon sens à ce stade.
ALEXIS MORELUn mot des évacuations, parce qu'il a fallu évacuer plus de 220 000 personnes ces derniers jours, dont des pensionnaires d'EHPAD, des centaines de pensionnaires d'EHPAD, dans les zones menacées par les incendies. Que sont-ils devenus depuis ? Est-ce qu'on a encore, ce matin, des pensionnaires d'EHPAD qui sont dans des centres d'hébergement, où, évidemment, ce n'est pas prévu spécifiquement pour les accueillir, ce n'est pas médicalisé ? Où sont-ils, aujourd'hui ?
STÉPHANIE RISTOn a eu, depuis le début de ce fort incendie en Gironde, plus de 2 300 pensionnaires d'EHPAD ou de structures médicalisées, 41 établissements de structures médicalisées ou médico-sociales de personnes qui ont été évacuées. Ça me permet de saluer, ici, la mobilisation très importante des soignants. Nous avons eu énormément de solidarité avec plus de 800 infirmières, 24 SMUR que nous avons renforcées, venant de toute la France.Nous avons mis en place, dès le début de ces incendies, évidemment, un renforcement. Et là, je veux remercier, aussi, évidemment, le CHU de Bordeaux et ses urgences qui ont, avec le SAMU...
ALEXIS MORELElles tiennent les urgences de Bordeaux ?
STÉPHANIE RISTOui, on n'a pas d'activité augmentée dans les services d'urgence. Il y a une augmentation importante d'environ 50% d'appels à la régulation du SAMU. Ça me permet de saluer les équipes dont le chef de pôle des urgences, Thomas Mesnier, avec qui nous avons travaillé de façon très rapprochée pour coordonner ce soutien aux personnes évacuées. Donc, nous avons pu évacuer, sous l'autorité de la préfète et de l'Agence régionale de santé, dans des conditions parfois extrêmes, un grand nombre de résidents, plus de 2 000, qui sont passés, soit par le parc des expositions à Bordeaux ou d'autres centres d'accueil, et qui sont ensuite transférés dans d'autres établissements de santé médico-sociaux.
ALEXIS MORELAujourd'hui, ils sont tous dans d'autres établissements ?
STÉPHANIE RISTHier, il restait, hier soir, une cinquantaine de personnes sur les 2 300 que nous devions continuer à transférer. Évidemment, ces centres d'accueil ne peuvent pas être des solutions à long terme pour ces personnes qui sont souvent des personnes âgées, fragiles, toutes les personnes médicalisées…
ALEXIS MORELDonc, on a fait de la place dans d'autres établissements de la région ?
STÉPHANIE RISTOn a fait de la place dans d'autres établissements de la région et en dehors de la région. Encore une fois, je veux saluer l'Agence régionale de santé, qui a été vraiment mobilisée, et l'ensemble des soignants. Je le disais, il y a eu plus de 1 000 prises en charge médicales pour ces accueils médicaux et soignants. Je remercie les étudiants en santé, les kinés, l'ensemble des professionnels de santé. Je disais, ce sont plus de 800 infirmières qui se sont proposées pour venir soutenir ces évacuations qui sont parfois dans des conditions de rapidité extrême…
ALEXIS MORELEt d'urgence, on l'imagine.
STÉPHANIE RISTQui permettent de prendre en charge jusque-là, de façon tout à fait… dans les meilleures conditions possibles dans ces situations, ces résidents.
ALEXIS MORELDans ce contexte, une nouvelle vague de chaleur se profile. Celle de juin a coïncidé avec 5 700 décès supplémentaires ; surmortalité record depuis 2003. Comment on évite que le scénario se reproduise d'ici à la fin de l'été ?
STÉPHANIE RISTCe qui a été mis en évidence dans cette surmortalité, c'est, un, que depuis la canicule de 2003, on a avancé. Et les personnes, par exemple, en établissement, dans les EHPAD, ont évidemment eu une mortalité moins importante qu'en 2003, puisque les professionnels évidemment sont mieux formés, on connaît mieux les conséquences, il y a les salles rafraîchies. Ce qui a été mis en évidence par ces chiffres, c'est l'isolement et le sujet de la solitude de personnes qui sont seules, qui ne sont pas forcément suivies par des services de santé, qui ne sont pas forcément malades, mais qui sont en fragilité et qui sont décédées chez elles, malheureusement, toutes seules. C'est pour ça...
ALEXIS MORELLà-dessus, on peut progresser, là, dans les semaines à venir, sur comment on identifie ces personnes à risque ?
STÉPHANIE RISTUn travail a été fait, vous savez, avec le plan Orsec fortes chaleurs, que le Premier ministre a voulu de façon interministérielle, puisqu'il s'agit, avec les élus locaux, avec l'ensemble des services qui sont les services à la personne, l'ensemble du terrain, en fait, de se coordonner, de se mobiliser, de connaître où sont les salles rafraîchies, et de permettre de mieux détecter ces personnes et de mieux les accompagner dans ces salles rafraîchies.
ALEXIS MORELAlors, est-ce que c'était vraiment le bon moment, Stéphanie Rist, pour diffuser cette campagne gouvernementale sur l'éco-anxiété ? Je ne sais pas si vous avez vu le nombre de réactions courroucées qu'elle provoque sur les réseaux sociaux. Cette campagne, elle nous dit notamment que pour réguler les informations anxiogènes, il faut les contrebalancer avec des informations positives. On a bien du mal à les trouver en ce moment en matière climatique. Les internautes parlent de cynisme, de sarcasme. En gros, le Gouvernement ferait mieux d'agir contre le changement climatique plutôt que de nous alerter sur l'éco-anxiété. Qu'est-ce que vous répondez à cela ?
STÉPHANIE RISTMerci de poser cette question, parce que je voudrais souligner aussi, dans ces moments, et notamment en Gironde, l'implication des professionnels, de psychologues, psychiatres, qui ont... Vous savez qu'on a déclenché des cellules d'urgence médico-psychologiques. Quand vous êtes face à ces feux, quand vous perdez votre maison, évidemment, vous avez besoin d'être soutenu, accompagné psychologiquement. Donc, il y a des numéros qui permettent au public de pouvoir téléphoner et d'être pris en charge par des psychologues. Nous avons renforcé...
ALEXIS MORELMais l'enjeu, c'est aussi la cause de cette éco-anxiété.
STÉPHANIE RISTOui, bien sûr. Mais je crois, là, nous sommes dans un moment de crise très important, avec un feu complètement fou, qui angoisse. Nous avons beaucoup d'appels de personnes qui ont besoin de pouvoir être accompagnées. Nous avons renforcé avec une trentaine de psychologues qui vont, sur le terrain, soutenir les professionnels déjà en place, qui sont dans les centres d'accueil. Il est facile de pouvoir les joindre, et nous ferons les renforcements qui seront nécessaires, si nécessaires, parce que nous sommes face à un moment très anxiogène, vous l'avez dit.
ALEXIS MORELJe voudrais qu'on revienne, avant de terminer, sur vos annonces des derniers jours, concernant la sécurité sociale, doublement du plafond des franchises médicales, baisse du remboursement par l'assurance maladie de certains médicaments, de certaines consultations chez le dentiste, notamment. Ça passe par décret, ça n'attend pas le débat parlementaire cet automne. Pourquoi ? Vous profitez de la pause estivale pour vous éviter la polémique ?
STÉPHANIE RISTVous le voyez, nous sommes en crise, et il y a eu de nombreuses crises depuis cette année, en tout cas, que je suis ici. Et à chaque fois, nous avons besoin d'un hôpital qui tienne, un hôpital dans lequel il faut investir. Nous avons parlé d'adaptation climatique, il faut poursuivre ces investissements financiers. Nous avons besoin d'un accès aux soins, bien évidemment, qui progresse et qui, là aussi, tienne. Et ces mesures sont le fait de la nécessité de poursuivre ces investissements. Investissement dans l'hôpital, dans l'accès aux soins, dans l'innovation thérapeutique.
ALEXIS MORELOn aurait pu en discuter au Parlement dans le cadre du projet de loi de budget de la sécurité sociale.
STÉPHANIE RISTOui, nous aurons, évidemment. Mais vous savez aussi qu'avec ces crises, nous avons besoin de maîtriser nos dépenses pour pouvoir continuer à protéger les Français. En fait, ce sont des mesures qui permettront de continuer à protéger les Français.
ALEXIS MORELMerci beaucoup Stéphanie Rist, ministre de la Santé, invitée d'Inter ce matin. Bonne journée.
STÉPHANIE RISTMerci beaucoup.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 juillet 2026
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vie_publique · nº 304206
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