Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'énergie, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 27 juillet 2026, sur le feu en Gironde et ses conséquences notamment économique, le budget de la sécurité civile et la canicule.
Maud Bregeon (auteur), Marie Bernardeau (intervenant), Pierrick Bonno (intervenant)
MARIE BERNARDEAUBonjour Maud Bregeon.
MAUD BREGEONBonjour à tous.
MARIE BERNARDEAUC'est un monstre de feu qu'affrontent les pompiers depuis mercredi dernier en Gironde. Y a-t-il matière ce matin à être rassurée ?
MAUD BREGEONÉcoutez, la situation est exceptionnelle et à bien des égards dramatique. Heureusement, on ne déplore aujourd'hui pas de victimes humaines, civiles. J'ai évidemment une pensée pour les trois pompiers décédés dans le cadre de leur mission depuis le début de la saison. Et puis, des conséquences pour l'environnement, des conséquences pour les territoires concernés. 115 000 hectares partis en fumée depuis le début de l'année. On a du mal à se rendre compte. C'est absolument colossal. C'est bien supérieur à toutes les années que nous venons de passer. 42 000 hectares en Gironde. 13 500 départs de feu depuis le début de l'année. Et donc, des pompiers qui sont surmobilisés, à pied d'œuvre. Et nous, en tant que Gouvernement, on est là pour appuyer les dispositifs locaux. C'est notre rôle d'anticiper la protection des populations. Et c'est ce que je voudrais dire ce matin. Le premier objectif du Gouvernement, le premier objectif des forces localement, le premier objectif des sapeurs-pompiers, c'est de protéger les Français, c'est de protéger les habitants.
PIERRICK BONNOPas de nouvelles évacuations ce matin, Maud Bregeon ?
MAUD BREGEONPas de nouvelles évacuations, mais on s'adapte en permanence avec, en première ligne, bien sûr, encore une fois, les sapeurs-pompiers, les préfets, l'ensemble des services déconcentrés de l'État. Et c'est eux qui, naturellement, sont les mieux à même de dire les décisions qu'il y a à prendre. Il y a plus de 200 000 Françaises et Français qui ont été déplacés.
MARIE BERNARDEAUEst-ce que ça, c'est du jamais vu, d'ailleurs, depuis la Seconde Guerre mondiale ?
MAUD BREGEONC'est inédit. Certains l'ont été de manière préventive, on le comprend bien. Pour d'autres, il y a des conséquences sur leur habitation. Plus de 200 foyers qui ont brûlé. Jusqu'à présent, il faut se rendre compte de ce que c'est pour les familles. Vous êtes sur le terrain, vous l'entendez, vos reporters l'entendent, vous le diffusez sur vos antennes. C'est un drame et c'est un choc absolument terrible. Perdre sa maison, perdre sa résidence principale, perdre l'ensemble de ses souvenirs, de ses racines. Et donc, nous, nous serons évidemment autant que nécessaire pour la reconstruction et pour l'accompagnement aux côtés des Français touchés.
MARIE BERNARDEAUMaud Bregeon, est-ce que vous êtes en mesure, ce matin, de rassurer les Bordelais, notamment ?
MAUD BREGEONCe que je peux vous dire, encore une fois, avec la plus grande prudence dont on doit tous faire preuve, c'est que l'évacuation de Bordeaux n'est pas à l'ordre du jour, à l'heure où on se parle. Pour autant…
PIERRICK BONNOMais ça veut dire qu'elle est éventuellement prévue ?
MAUD BREGEONJe suis forcément extrêmement prudente. Pourquoi ? Parce qu'on est face à un feu qui est extraordinaire à bien des égards. Extraordinaire de par son ampleur et extraordinaire de par son phénomène. Je ne suis pas spécialiste des questions météorologiques, mais on est face à un pyrocumulonimbus, c'est-à-dire qu'on a, encore une fois, un phénomène météorologique qui, par convection, crée des vents qui permettent à ce feu de générer sa propre météorologie, ses propres vents, ses propres conditions, le rendant complètement très difficile, pardonnez-moi, à anticiper pour les pompiers. Et on le voit depuis le début sur le terrain. C'est ce qui en fait, là encore, une situation très exceptionnelle. Le fait que ce feu puisse générer ses propres conditions météorologiques, ses propres vents, ça rend impossible d'anticiper un certain nombre de phénomènes.
MARIE BERNARDEAUTrès difficile à anticiper. Est-ce que, pour autant, à ce stade, vous avez une idée des destructions ?
MAUD BREGEONEncore une fois, je vous l'ai dit, plus de 200 maisons, plus de 200 habitations. Ce sont les chiffres en date d'hier soir. Et je laisserai, bien sûr, la préfète de Gironde, notamment, faire un nouveau point, probablement, dans la journée. Se posera, bien sûr, la question de la reconstruction. Se posera, bien sûr, la question de l'accompagnement. Aujourd'hui, nous sommes au cœur de la tempête. La priorité, c'est bien sûr de faire reculer ce feu, de protéger les personnes. On en parlera peut-être, mais aussi de protéger les sites sensibles. Il y a des sites sensibles aux alentours de l'agglomération bordelaise.
MARIE BERNARDEAUDes sites Airbus, autrement, où l'armée intervient…
MAUD BREGEONCe qu'on appelle des sites Seveso, seuil haut, c'est-à-dire des sites avec des risques industriels majeurs, particuliers, du fait des procédés industriels de ces sites, du fait des matières contenues dans l'enceinte de ces sites, qui sont parfois difficiles à évacuer. C'est notamment pour ça qu'on a mobilisé l'armée, pour permettre la protection de ces sites. Ça passe par des méthodes très précises, par exemple, par du terrassement, en tout cas, par une protection particulière, parce que derrière, ce sont des risques, encore une fois, des risques chimiques, des risques d'explosion, des risques industriels.
MARIE BERNARDEAUVous êtes inquiète, ce matin, autour de ces sites ou pas ?
MAUD BREGEONIl y a une grande vigilance. Et ce, dès les premiers jours de l'incendie. Vous savez, moi, j'assiste au centre interministériel de crise, qui a été jusqu'alors présidé par le Premier ministre. Le président de la République en présidera un à son niveau, aujourd'hui, à 10h, au ministère de l'Intérieur. Dès le début, ça a fait partie des sujets mis sur la table, anticipés, au même titre, encore une fois, que la protection des personnes. Je ne le mets pas exactement sur le même plan, mais ça peut avoir des conséquences très importantes. C'est aussi pour ça qu'on a mis des moyens particuliers.
PIERRICK BONNOMaud Bregeon, il y aura des conséquences économiques, forcément. La préfète de Gironde disait hier que le retour au travail n'était pas envisageable, ce matin, en Gironde. Écoutez le président de l'UMIH de Gironde, c'est l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, il était sur France Info, ce matin, et il est très en colère.
FRANCK CHAUMES, PRÉSIDENT DE L'UMIH EN GIRONDECe qu'on demande, c'est la simplification. Faisons un document unique, avec tous les logos de chaque partenaire, que les sinistrés n'aillent pas sur un document unique, quand ils sont restaurateurs, qui n'est pas la même chose que quand on est dans le BTP, ou quand on est dans l'industrie. Ils ne connaissent pas nos mutuelles.
PIERRICK BONNOAlors, ça pose le problème de la simplification. Le document unique, est-ce qu'il est envisagé dans ce genre de circonstances ?
MAUD BREGEONÉcoutez, je l'ai écouté, ce matin, sur votre antenne. Je comprends son désarroi, et je comprends, à certains égards, sa colère. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, ainsi que Serge Papin, moi-même, l'ensemble des ministres concernés, réuniront en début d'après-midi les filières touchées, je pense bien sûr au tourisme, je pense notamment à la filière bois, forêt et d'autres, pour faire le point avec elles, définir précisément les besoins, et trouver les voies et moyens les plus efficaces et les plus simples, là encore, pour protéger les entreprises, et pour protéger les Français. J'ajoute par ailleurs que les dispositifs d'activité partielle ont été activés par mon collègue Jean-Pierre Farandou. Pourquoi ? Parce que lorsque vous êtes dans des zones aujourd'hui évacuées, ou lorsque votre lieu de travail, plus précisément, est dans une zone évacuée, vous ne pouvez pas vous rendre au travail.
MARIE BERNARDEAUComme pour le Covid, finalement ?
MAUD BREGEONDe manière similaire au Covid, tout à fait. Et donc, on active, encore une fois, des outils similaires. Cet outil d'activité partielle, qui permet la sauvegarde des emplois et des activités. Encore une fois, le Gouvernement est aux côtés des Français.
MARIE BERNARDEAUParce que c'est énorme. Ça fait près de 15 000 entreprises qui sont situées dans les zones évacuées, qui ne peuvent plus fonctionner normalement, à l'heure où nous nous parlons, Maud Bregeon.
MAUD BREGEONOui, les conséquences de ces évacuations sont très importantes. Elles sont importantes pour les entreprises, elles sont importantes pour les Français qui y vivent, elles sont importantes pour le fonctionnement des services publics dans le territoire, et puis…
PIERRICK BONNOVous avez suivi les pertes occasionnés par ce…
MAUD BREGEONEt puis, pardonnez-moi, je termine sur un point. Il faut reloger l'ensemble de ces personnes déplacées. Et moi, je salue l'action du maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, qui fait un travail absolument remarquable ce matin, qui, très tôt, a anticipé et ouvert des centres d'accueil, même que l'ensemble des autres maires…
PIERRICK BONNOCombien ça va coûter, Maud Bregeon, combien ça va coûter cet épisode d'incendie ?
MAUD BREGEONIl est trop tôt pour le dire. Il est trop tôt pour le dire, parce que cet épisode n'est malheureusement pas derrière nous. J'aimerais pouvoir, encore une fois, vous répondre. Ce que je peux dire, en revanche, si vous me permettez de faire un pas de côté, c'est que chacun doit faire preuve de la plus grande vigilance. La meilleure manière, la manière la plus efficace de faire en sorte que cet incendie soit contenu le plus rapidement possible, c'est de respecter les consignes de sécurité. Pourquoi je le dis ? Parce qu'on sait que neuf feux sur dix sont d'origine humaine. Pas d'origine volontaire, je précise, mais d'origine humaine.
MARIE BERNARDEAUMais leur violence est accentuée par le réchauffement climatique.
MAUD BREGEONEt pourtant, indéniablement. Mais pardonnez-moi, je le dis. Pourquoi ? Parce qu'hier, on entendait encore la préfète de Gironde expliquer qu'il y avait eu des interpellations et des arrestations parce que des habitants, ou en tout cas des citoyens, avaient été arrêtés en train de fumer une cigarette dans la forêt ou de faire un barbecue dans la zone à risque. C'est absolument incompréhensible. Et donc la meilleure façon pour aider les sapeurs-pompiers, encore une fois, extrêmement mobilisés, c'est de respecter ces règles de vigilance. Et dernier point, je relaie le message, là encore, de la préfète de Gironde. Nous invitons vivement les Françaises et les Français à ne pas se rendre dans le département tant que le feu n'est pas fixé.
MARIE BERNARDEAUDans tout le département ?
MAUD BREGEONPour laisser l'accès aux services de secours, pour ne pas engorger les voies de transport et les voies de déplacement, le temps que ce feu soit contenu.
MARIE BERNARDEAUContenu, ça peut prendre plusieurs jours, plusieurs semaines.
MAUD BREGEONÇa peut prendre plusieurs jours. Je salue là encore l'action de la SNCF. La SNCF qui permet de reporter gratuitement les voyages en train à destination de cette zone dans les jours à venir jusqu'à vendredi inclus, à date, pour le moment.
MARIE BERNARDEAUIl faudra repousser ça ?
MAUD BREGEONIl faudra repousser quoi ?
MARIE BERNARDEAUCe 31 juillet, cette disposition de la SNCF.
MAUD BREGEONLà encore, on s'adapte jour après jour. Je ne sais pas vous dire quel sera l'état du feu d'ici à trois, quatre jours.
MARIE BERNARDEAUEst-ce que vous imaginez les touristes revenir en Gironde samedi, par exemple ?
MAUD BREGEONEn tout cas, ce que je peux vous dire, c'est que tant que la situation n'est pas fixée, stabilisée, tant que la zone n'est pas en sécurité, il n'est pas envisageable d'avoir de nouveau des voyageurs qui se rendent dans la région parce que la circulation est très difficile, parce que les forces de secours, parce que les forces de l'ordre sont très mobilisées. Je rappelle 2 500 sapeurs-pompiers mobilisés en Gironde, 1 500 militaires, 1 200 policiers et gendarmes.
MARIE BERNARDEAUOn peut faire appel à plus de militaires, d'ailleurs ? C'est envisagé, c'est envisageable ?
MAUD BREGEONTous les scénarios sont sur la table, et ce, depuis le départ. Vous savez, moi, j'étais encore une fois, je le disais ce week-end au centre interministériel de crise avec le Premier ministre, il a, dès la fin de semaine dernière, anticipé des évacuations d'ampleur et demandé à ce qu'on augmente le nombre de militaires mobilisés, au-delà de ce qui avait été initialement envisagé. C'est là encore le rôle de l'État, d'être dans ce travail d'anticipation et d'appui aux forces de secours.
PIERRICK BONNOMaud Bregeon, comment est-ce que la répartition des forces de secours est décidée ? Il y a des feux dans le Var, en Corse, dans les Hautes-Alpes également. Comment est-ce que ça se fait au quotidien ?
MAUD BREGEONAlors, comment est-ce que ça se fait ? Ça se fait sur les préconisations, si je puis dire, de ceux qui savent le mieux, c'est-à-dire ceux qui sont au contact du terrain, essentiellement, bien sûr, les préfets, ceux qui dirigent les interventions de secours, qui font remonter leurs besoins. Et puis, en fonction de ces remontées, il y a un dispatching, si je puis dire, qui est réalisé.
MARIE BERNARDEAUEt on va évoquer un peu plus en détail cette question essentielle, évidemment, des moyens dans une minute. Le temps du Fil info, Maud Bregeon, puisqu'il est 9h moins le quart. L'essentiel, Marie Martirossian.
(…)
PIERRICK BONNOMaud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, est notre invitée ce matin. Nous évoquerons la question des Canadairs. Maud Bregeon, la France en a actuellement 12. Combien sont réellement en service ce matin ?
MAUD BREGEONAlors, le ministre de l'Intérieur a évoqué le chiffre de 7 hier. Il faut bien comprendre ce qu'il y a derrière cette notion de taux de disponibilité. L'ensemble des Canadairs que possède la France sont évidemment mobilisés, mais ils sont extrêmement sollicités, extrêmement utilisés, extrêmement éprouvés dans une période, on l'a dit, qui est exceptionnelle.
MARIE BERNARDEAUExtrêmement vieux aussi.
MAUD BREGEONEt donc, de manière régulière, ces Canadairs sont mis à l'arrêt pour des périodes extrêmement courtes, quelques heures au maximum, de telle sorte de pouvoir réaliser des maintenances. Et pourquoi est-ce qu'on réalise ces maintenances ? On réalise ces maintenances parce que c'est ce qui permet ensuite de les utiliser en toute sécurité, et notamment, évidemment, pour les pilotes. Donc, il faut prendre un peu de recul avec ces chiffres de disponibilité qui, d'abord, évoluent de jour en jour, parce que les Canadairs qui sont…
PIERRICK BONNOMais 7 sur 12, est-ce que c'est suffisant aujourd'hui pour gérer cette crise ?
MAUD BREGEONLes Canadairs qui étaient, le dimanche hier, en maintenance, ne sont pas les mêmes que ceux qui pourraient l'être aujourd'hui. Et puis ensuite, il faut là encore prendre un peu de recul. Nous n'avons pas que des Canadairs. Nous avons des Canadairs, c'est important, nous avons 8 Dash, nous avons des avions d'intervention en location, nous avons des hélicoptères bombardiers d'eau, nous avons désormais un A400M mobilisés, et des moyens européens qui viennent en renfort. Deuxièmement, 95 % des interventions sont des interventions terrestres. Et les lignes de front, face au feu, sont essentiellement tenues par des interventions terrestres. Donc, se focaliser sur l'unique disponibilité des Canadairs, c'est extrêmement réducteur, et pardonnez-moi, inutilement un peu polémique.
PIERRICK BONNOEst-ce que la France a mis assez de moyens sur ces Canadairs ces dernières années ?
MAUD BREGEONLe budget de la sécurité civile, lorsque le Président de la République a été élu en 2017, c'était 450 millions d'Euros. Le budget de la sécurité civile à l'heure où on se parle, c'est 800 millions d'Euros. Il a donc quasiment doublé. Lorsque Gérard Collomb est arrivé au ministère de l'Intérieur en 2017, nous avions deux Dash ; des avions qui permettent d'intervenir, là encore, face aux incendies. Nous avons désormais huit Dash, parce qu'il en a commandé six dans la première année de son exercice au ministère de l'Intérieur. Donc, nous avons augmenté les moyens…
PIERRICK BONNOVous ne répondez pas sur les Canadairs, Maud Bregeon.
MAUD BREGEONNous avons augmenté les moyens financiers et nous avons augmenté les moyens aériens.
PIERRICK BONNOUne baisse de 53 millions d'Euros en 2024, qui a causé l'annulation de la commande de deux Canadairs. Qu'est-ce qui s'est passé exactement ?
MAUD BREGEONSi vous regardez l'ensemble des décisions prises ces neuf dernières années, les moyens alloués à la sécurité civile, le budget alloué à la sécurité civile, a quasiment doublé. Ensuite, il y a cette question des deux Canadairs sur l'année 2024, qui ne sont pas dues à une volonté de ne pas en acquérir davantage, qui sont dues à un engorgement de la chaîne de production. On ne pouvait pas en avoir davantage à l'instant T, parce que ça prend trois, quatre, cinq ans à construire. Donc, là encore, je veux bien qu'on relaie des polémiques qui ont été savamment utilisées par La France Insoumise d'une part, par le Rassemblement National d'autre part. Je crois qu'à très court terme, on doit se concentrer sur…
PIERRICK BONNOMais il y a une promesse d'Emmanuel Macron en octobre 2022 qui promettait 16 Canadairs, l'achat de 16 Canadairs. Il y en a quatre aujourd'hui qui sont demandées.
MAUD BREGEONJe termine. À très court terme, on doit se concentrer sur ce qu'est la priorité absolue, à savoir protéger les habitants, faire reculer ce feu. Ensuite, la question des moyens se pose-t-elle ? Oui, ces moyens ont été massivement augmentés. Je le redis, les moyens aériens ont été augmentés et pas uniquement les Canadairs. Les moyens terrestres ont été augmentés. Lors des conventions passées avec l'EUDIS, nous avons fait en sorte que ces moyens, qui sont extrêmement mobilisés, soient en augmentation constante. Et nous continuons à former des personnels, des sapeurs-pompiers, sapeurs-pompiers volontaires, et également des militaires qui, aujourd'hui, peuvent intervenir. On le voit encore à l'heure où on se parle. Donc, dire aujourd'hui que les moyens ont baissé depuis 2017, ou que l'importance de l'augmentation de ces moyens n'a pas été prise en compte, c'est un mensonge éhonté et c'est une polémique, pardonnez-moi, grossière dans un moment qui devrait appeler à chacun un peu de gravité.
MARIE BERNARDEAUCe n'est pas un mensonge de dire, Maud Bregeon, que ces Canadairs sont vieillissants, d'où aussi peut-être ces opérations de maintenance qui reviennent régulièrement, qui sont évidemment essentielles, mais on ne découvre pas que les Canadairs sont trop vieux.
MAUD BREGEONAlors pardonnez-moi, qu'il faille modifier, ou en tout cas acquérir de nouveaux moyens aériens, c'est une évidence, et nous l'avons fait. Nous l'avons fait.
PIERRICK BONNOMais pourquoi est-ce que la promesse d'Emmanuel Macron n'a pas été respectée quand il promet 16 Canadairs, Maud Bregeon ?
MAUD BREGEONQuand nous avons acquis 6 Dash qui ont été livrées entre 2019 et 2022, nous avons augmenté nos moyens aériens. Ensuite, il y a une réalité sur les Canadairs, qui est celle de la disponibilité de la chaîne de production, plus exactement de la capacité de la chaîne de production et des entreprises, de l'entreprise concernée, à délivrer ces Canadairs.
PIERRICK BONNOIl s'est engagé un peu trop vite le Président de la République, c'est ce que vous nous dites ?
MAUD BREGEONNon, dans un moment où le risque augmente, et pas uniquement en France, et où donc la demande augmente. Mais il n'y a pas que les Canadairs qui permettent d'avoir une réponse aérienne. Il y a d'autres types de moyens. L'A400M en est un exemple. Les hélicoptères bombardiers d'eau en sont aussi. Et donc il faut regarder la flotte française dans sa globalité. Elle est similaire par exemple à ce qu'ont nos amis espagnols.
MARIE BERNARDEAUArrêtons-nous justement sur cet avion, l'A400M, un avion militaire qui a été transformé en bombardier d'eau pour larguer notamment de l'eau et du liquide retardant sur les zones menacées par les flammes. Écoutez ce qu'en disait un commandant de bord de Canadairs en exercice samedi, c'était sur France Info, il s'appelle Grégory Prats.
GRÉGORY PRATS, COMMANDANT DE BORD DE CANADAIRSC'est un pansement sur une jambe de bois. Au niveau des annonces politiques, c'est exceptionnel. Vous avez un avion qui emporte 20 tonnes d'eau de retardant. Ce n'est pas comme ça qu'il faut raisonner. Il faut raisonner au nombre de tonnes délivrées sur un sinistre à l'heure. Il va délivrer 20 tonnes sur un chantier toutes les heures ou toutes les heures et demie. Alors qu'avec 4 Canadairs, on est capable de délivrer 120 tonnes à l'heure.
MARIE BERNARDEAUEst-ce que c'est un pansement sur une jambe de bois, Maud Bregeon ?
MAUD BREGEONJ'ai écouté ce reportage et on aurait pu le passer dans sa globalité puisque je crois que plus tard, il est dit que c'est un moyen supplémentaire…
MARIE BERNARDEAUC'est l'une des solutions.
MAUD BREGEON…qui somme toute nécessaire. Et donc s'attarder à cette expression “pansement sur une jambe de bois” ne reflète pas l'intégralité de ce reportage.
MARIE BERNARDEAUMais le Gouvernement a beaucoup communiqué là-dessus.
MAUD BREGEONC'est un moyen supplémentaire. C'est un moyen supplémentaire nécessaire. Ce n'est pas un moyen pour solde tout compte. Ce n'est pas un moyen qui permet à lui seul de régler l'ensemble de la situation et on le voit…
PIERRICK BONNOEt ce n'est pas un peu de coup de com ?
MAUD BREGEONNon, pour autant c'est un moyen qui permet là encore de projeter davantage d'eau, davantage de produits retardant. Et donc qui concourt à l'ensemble des moyens qui sont utilisés, qui concourt à l'ensemble des forces qui sont disponibles sur le terrain. Donc c'est en faisant l'addition de ces forces qu'on arrivera à faire reculer ce feu.
MARIE BERNARDEAUEst-ce qu'un nouveau départ d'ailleurs de l'A400M est prévu aujourd'hui ?
MAUD BREGEONCe n'est pas à moi de le dire. Ça dépend des conditions de sécurité, des besoins…
PIERRICK BONNOIl y en a eu un ou deux ce week-end, ce n'est pas très clair.
MAUD BREGEON…Des conditions météorologiques. Il y en a eu deux ce week-end. Et donc je laisserai évidemment les forces communiquer là-dessus.
PIERRICK BONNODes incendies, Maud Bregeon, alors qu'un nouvel épisode de chaleur menace le pays à partir de mercredi. À quoi faut-il s'attendre ?
MAUD BREGEONLà encore, on fera le point dans les heures à venir. De toute évidence, les températures vont grimper de manière exceptionnelle, ou en tout cas bien au-dessus des normales de saison. Ça fera la quatrième vague depuis le début de l'année. On est face à une situation exceptionnelle, mais qui devient peu à peu l'ordinaire.
MARIE BERNARDEAUC'est-à-dire qu'on n'est même pas en août quoi.
MAUD BREGEONEt donc la question que l'on devra se poser dans les semaines et dans les mois à venir, c'est celle de l'adaptation pour les années à venir, de l'adaptation en matière de feux de forêt - on en a beaucoup parlé ce matin - mais aussi l'adaptation des bâtiments publics, des services publics.
PIERRICK BONNOLa climatisation est devenue indispensable en 2026 ? Vous êtes également chargée de l'énergie au sein du Gouvernement.
MAUD BREGEONLa climatisation devient indispensable dans un certain nombre de lieux essentiels. Je ne sais pas si le terme correspond, mais en tout cas la climatisation devient indispensable dans les hôpitaux, des lieux de rafraîchissement, dans les écoles, et donc on voit qu'on va évidemment devoir s'adapter. Un certain nombre d'écoles, un certain nombre de crèches ont été fermées fin juin du fait de l'augmentation significative des températures. Chacun comprend bien qu'on ne peut pas continuer comme cela des années durant, et donc il va falloir accélérer cette adaptation. Pour autant, je me permets de le dire, là encore le travail est engagé. 6 500 emprises scolaires, donc établissements, primaires, collèges, lycées, sont en voie de rénovation, ou ces rénovations ont été terminées, là encore, parce que nous avons mis en place des dispositifs comme le Fonds vert sur lequel les collectivités territoriales peuvent s'appuyer.
MARIE BERNARDEAUJe reviens à la canicule. Est-ce que les pompiers vont souffrir de cette canicule ? Ça va nourrir les incendies qui y sont en cours. Est-ce que les pompiers vont aussi pouvoir porter secours, porter assistance à tous ceux qui vont souffrir de la chaleur dans les jours qui viennent ?
MAUD BREGEONIls interviennent dans des conditions qui sont extrêmement difficiles.
MARIE BERNARDEAUEt qui seront amenées à intervenir ailleurs.
MAUD BREGEONDe par leur ampleur et qui pourraient devenir encore plus difficiles si cette hausse des températures se confirme. Plus difficile le jour, plus difficile la nuit aussi, parce que ça rend cette récupération forcément plus compliquée. Je le redis, le message a passé à la population, c'est un message de solidarité envers ces sapeurs-pompiers. Donc un message de vigilance dans les activités que l'on mène. Il n'est pas, je l'ai déjà dit, mais envisageable, compréhensible, d'avoir encore aujourd'hui des arrestations, parce que des Françaises ou des Français se retrouvent à faire des barbecues ou fumer des cigarettes dans les bois en Gironde. Personne ne comprend ça, personne ne comprend ça. Et ça a de quoi, pardonnez-moi, mettre un peu en colère. Et puis ensuite, s'il faut libérer les zones concernées. On sait que c'est difficile pour les vacanciers qui ont prévu ces séjours de longue date, qui souvent viennent en famille, qui n'ont pas de plan B à organiser. Mais c'est la seule solution si on veut les aider.
PIERRICK BONNOMaud Bregeon, dernier conseil des ministres ce matin avant la pause estivale. Est-ce que vous, les ministres, pouvez clairement partir en vacances dans ces conditions ?
MAUD BREGEONLa notion de vacances, quand vous êtes ministre, en tout cas quand vous êtes porte-parole du Gouvernement, je vais prendre mon cas précis, elle est nécessairement toute relative, puisque l'actualité, malheureusement, ne s'arrête pas l'été, le monde ne s'arrête pas de tourner l'été. Et donc, que vous soyez à Paris ou à proximité de Paris, vous devez en tout état de cause…
PIERRICK BONNODes consignes ont été données ?
MAUD BREGEONVous devez en tout état de cause faire preuve de la plus grande attention, de la plus grande vigilance et de la plus grande disponibilité. Des consignes ont été données, comme elles l'ont été…
PIERRICK BONNOLesquelles ?
MAUD BREGEONComme elles le sont chaque année, vous devez être à tout moment, à moins de deux heures de trajet de Paris, ou en tout cas de votre ministère. Évidemment disponible, évidemment joignable.
MARIE BERNARDEAUEt en Gironde donc, en ce moment, l'incendie est globalement stable, à ce stade en tout cas, vigilance évidemment. Merci Maud Bregeon d'avoir été avec nous.
MAUD BREGEONMerci à vous.
MARIE BERNARDEAUPorte-parole du Gouvernement, ministre déléguée à l'Énergie.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 304195
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