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24 juillet 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, à France Info le 24 juillet 2026, sur les incendies, la canicule, les frais de santé et l'adoption définitive de la loi d'urgence agricole.

Stéphanie Rist (auteur), William Gay Costa (intervenant)

WILLIAM GAY COSTABonjour Stéphanie Rist. STÉPHANIE RISTBonjour William. WILLIAM GAY COSTAMerci d'être avec nous. Plusieurs incendies d'ampleur sont en cours, celui en Gironde avec l'évacuation ordonnée du Cap-Ferret tout entier. Il y a également ce feu qui a brûlé plusieurs milliers d'hectares, au moins 2 500 dans les Landes voisines, au sud du bassin d'Arcachon. Ce matin, vous nous indiquez d'ailleurs qu'il y a eu des évacuations dans des établissements de santé. STÉPHANIE RISTOui, d'ailleurs, d'abord, permettez-moi de vraiment saluer les pompiers en action et qui font tout leur possible pour maîtriser ces feux. Bien sûr, une pensée pour les deux pompiers décédés, celui qui a été blessé hier. WILLIAM GAY COSTAAvec un hommage qui a d'ailleurs été organisé hier à Saint-Médard en honneur de ces deux pompiers. Et donc, vous nous disiez, madame la ministre, qu'il y a des établissements qui ont été directement touchés par ces feux, en tout cas ? STÉPHANIE RISTOui, alors, il y a quatre établissements de santé médico-sociaux, c'est-à-dire des EHPAD et un établissement pour personnes en situation de handicap qui ont été évacuées. Les évacuations se sont bien passées. Je voudrais remercier là aussi, évidemment, les soignants mobilisés et les personnels et les bénévoles qui ont permis ces évacuations et les établissements qui ont accueilli ces personnes dans de bonnes conditions. J'ai vraiment une pensée pour toutes ces personnes évacuées. En termes de santé, évidemment, j'étais encore avec le directeur de l'Agence régionale de santé ce matin tôt pour faire un point de la situation, puisque les établissements sont en cellule de crise, puisqu'il faut que les pompiers puissent être très mobilisés sur les feux et donc qu'il n'y ait pas d'autres transports à faire. Par exemple, les SAMU sont évidemment très en vigilance et nous sommes sous l'autorité de la préfète, puisque dans ce cadre de situation… AUDREY TISONDonc c'est toute la Gironde, là, qui est mobilisée autour de ce qui se passe sur le Cap-Ferret ? STÉPHANIE RISTAlors, toute la Gironde. Vous savez qu'il y a le deuxième feu aussi vers Biscarrosse. WILLIAM GAY COSTADans le département des Landes. STÉPHANIE RISTDans les Landes, mais qui n'est pas très loin géographiquement. Donc évidemment, en ce qui concerne les soignants sous l'autorité de la préfète, sont en vigilance importante, d'une part pour des soignants qui ne pourraient pas rejoindre leur lieu de travail. Il y a une grande solidarité qui se met en place aussi entre les soignants et je tiens à saluer cela, bien sûr. AUDREY TISONEst-ce que, globalement, vous diriez que l'État était prêt à gérer ce genre de crise, ces incendies massifs en France, en ce début d'été ? STÉPHANIE RISTAlors, ce que je peux dire, et ce qui est factuel, c'est les investissements mis depuis 2022. Vous savez, c'est plus d'un milliard pour renforcer la flotte d'hélicoptères, pour renforcer les engins des pompiers. Plus de 2 000 engins pour les pompiers. Donc, il y a eu des moyens qui ont été mis. Vous savez qu'il y a le A400M qui est en cours, là, d'être mis en place pour une expérimentation, pour pouvoir avoir une plus grande capacité d'extinction des feux avec de l'eau. WILLIAM GAY COSTAMais le chef de l'État, malgré tout, cette nuit a enclenché le mécanisme de solidarité européen. Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs, cet été. C'est même la première fois que ça arrive aussi fréquemment en un seul été. On n'est encore qu'au mois de juillet. Est-ce que ça ne montre pas, d'une certaine manière, que la France est un petit peu impuissante face à cette menace des feux de forêt qui est de plus en plus importante ? STÉPHANIE RISTAlors, dès le début, des fortes chaleurs lors de nos CIC, nos conseils interministériels de crise, avec le Premier ministre, on a été tout de suite très vigilants par rapport aux feux qui pourraient arriver. C'était, je dirais, prévisible face à de très fortes chaleurs, comme on a eu, et une sécheresse associée qui est très importante et qui nous mobilise de façon très interministérielle, que ce soit sur la sécheresse et bien sûr sur ces feux. AUDREY TISONStéphanie Rist, le système de santé est déjà sous tension avec les canicules. 5 764 décès supplémentaires ont été enregistrés entre mi-juin et début juillet. C'est, en quelque sorte, un bilan sanitaire de ces vagues de canicules. Est-ce que certains décès auraient pu être évités ? STÉPHANIE RISTAlors, moi, vous savez, je suis ministre de la Santé. Chaque excès de mortalité, chaque décès supplémentaire est un décès de trop. Ce que je peux constater, c'est que d'abord, le système de santé a tenu, l'hôpital a tenu, et on a appris depuis la canicule de 2003, notamment, je pense, aux établissements pour les personnes âgées, aux EHPAD, où la formation des professionnels, la connaissance vis-à-vis du retentissement de la canicule sur les corps ont permis de faire qu'il y ait moins de surmortalité, évidemment, qu'en 2003, et heureusement. Ce qu'on note, et ce qui a été vraiment un fait marquant de cette vague de chaleur très extrême, c'est les décès à domicile de personnes isolées, qui est un vrai sujet de solitude, je crois qu'on a à traiter dans notre société. AUDREY TISONParticulièrement marqué en Île-de-France. STÉPHANIE RISTParticulièrement marqué en Île-de-France, et c'est pourquoi nous avons renforcé le plan Orsec avec le Premier ministre. Nous l'avons renforcé face à ces chaleurs extrêmes pour mieux repérer ces personnes isolées et pouvoir mieux les accompagner dans des endroits… AUDREY TISONC'est-à-dire, elles doivent faire quoi, les personnes qui se sentent un petit peu isolé, qui ne sont pas trop entourées par leur famille ? Elles doivent se signaler auprès de qui ? STÉPHANIE RISTAlors, merci pour votre question. Il est tout à fait temps que ces personnes se signalent auprès de leur mairie, qui tiennent des registres, et qui donc vont pouvoir connaître l'existence et la nécessité de pouvoir les accompagner. Donc, toute personne isolée qui nous écoute peut, aujourd'hui même, appeler sa mairie pour s'inscrire sur ses registres municipaux. Et donc, tout le travail qu'on a fait dans le plan Orsec renforcé pour les chaleurs extrêmes, et de voir comment tous les acteurs locaux peuvent se coordonner, que ce soit le sanitaire, les infirmières à domicile, les acteurs de soins à domicile, mais aussi les maires, les élus locaux, tous les services de l'État, pour pouvoir repérer ces personnes, pouvoir savoir si elles vont bien ou pas, et surtout leur proposer d'aller dans des endroits rafraîchis. Donc, il y a toute une cartographie de pièces rafraîchies, d'endroits où les gens pourront dormir quand ils seront dans des départements en zone rouge. C'est très important. WILLIAM GAY COSTAJustement, vous parliez du problème de l'isolement. Il y a le problème du rafraîchissement, des climatisations. Le Gouvernement avait promis 30 000 ventilateurs et climatiseurs pour les hôpitaux. Où en est cette promesse ? Où sont ces ventilateurs et climatiseurs ? STÉPHANIE RISTJe rappelle que le rôle du Gouvernement, ce que j'ai pu faire, c'est débloquer une enveloppe financière pour permettre aux directeurs d'établissement de commander et d'acheter des clims dont ils ont besoin. La promesse était de 30 000 clims. Elle sera tenue d'ici la fin du mois de juillet. WILLIAM GAY COSTAÇa ne sera pas un petit peu tard, la fin du mois de juillet, pour arriver avec ces climatiseurs ? STÉPHANIE RISTJ'espère que vous avez raison, que ça sera trop tard. Mais de ce que je vois, on est encore au début de l'été. AUDREY TISONEt ça veut dire qu'on a quand même eu trois vagues de chaleur avec une canicule intense dès la fin mai. Et là, on découvre que les hôpitaux ne sont pas climatisés et qu'il y a plein de patients qui doivent subir des températures de 30, 35, 39 degrés dans leur chambre. Est-ce que vous, médecin, vous trouvez ça acceptable ? STÉPHANIE RISTAlors, évidemment qu'ils fassent 39 ou 40 degrés dans une chambre, je ne peux pas trouver ça acceptable. Vous savez que je suis médecin et médecin hospitalier. Et donc, je vois bien les conditions et travail pour les soignants et pour le confort, évidemment, des malades. Vous dites tous les établissements de santé. Ce n'est pas vrai. Nous avons rénové 40 % des établissements de santé ces dernières années qui sont, eux, adaptés avec des clims ou des rafraîchissements. Tous les établissements de santé ne sont pas dans les mêmes conditions. Ce pourquoi, d'ailleurs, nous avons laissé la main, évidemment, au directeur d'établissement pour commander des clims. Tous les établissements n'en avaient pas besoin. Bien sûr qu'il faut poursuivre ces rénovations d'établissement. On a mis beaucoup d'argent pour rénover ces établissements. Je rappelle que le Ségur de la santé, c'est 16 milliards d'euros et j'ai annoncé en janvier 6 milliards supplémentaires pour les 10 prochaines années. Donc, bien sûr, il faut poursuivre l'effort. Bien sûr, ce n'est pas des conditions acceptables. Et d'ailleurs, je remercie les soignants qui ont mobilisé des changements de services pour mettre, justement, les personnes dans des chambres qui sont les moins chauffées. Et je trouve bien que les clims que nous ayons commandés en urgence, bien sûr, c'est une mesure d'urgence. Et tant mieux si on n'en a pas besoin. Mais au moins, il y aura les 30 000 clims qui seront arrivés si la semaine prochaine ou la semaine d'après, nous devions en avoir besoin. WILLIAM GAY COSTAMais si ça traîne, si j'ai bien compris ce que vous nous disiez tout à l'heure, c'est que la commande au niveau des hôpitaux met du temps à arriver puisque vous disiez que l'enveloppe a été débloquée. Donc, en fait, c'est la faute des hôpitaux s'il n'y a pas encore de climatiseur ? STÉPHANIE RISTBien sûr, ce n'est pas la faute. Vous savez que le marché des climatiseurs était en tension, en pénurie. Vous savez qu'on n'est pas le seul pays qui a été touché, si on pense à l'Allemagne qui, elle aussi, a fait face à la vague de chaleur, elle aussi, avec une surmortalité, elle aussi a dû commander des climatiseurs. Donc, il fallait que ce marché puisse… Ce qu'on a fait, nous, et probablement un peu, et très rapidement, c'est qu'on a mobilisé les acheteurs publics. Vous savez que les directeurs d'établissements passent par des groupements d'achat, des acheteurs publics qui, eux, ont fait un énorme travail pour pouvoir, justement, avoir ces 30 000 clims. Il y a quelques semaines, on me disait que ce serait impossible d'avoir ces 30 000 clims. Les 30 000 clims seront là d'ici la fin de semaine prochaine. WILLIAM GAY COSTAStéphanie Rist, ministre de la Santé, vous restez avec nous dans un instant. On va aborder l'une de vos annonces d'hier sur les franchises médicales que vous comptez augmenter. Ce sera juste après un nouveau tour complet de l'actualité sur France Info à 8h43 avec Laurette Puot. (…) AUDREY TISONNous sommes toujours avec Stéphanie Rist, ministre de la Santé. Vous avez annoncé hier des économies sur les frais de santé, une hausse du plafond des franchises sur les médicaments et les consultations. Essayez d'être pédagogique, s'il vous plaît, ce matin. Ce ne sont pas des termes que tout le monde connaît. Les franchises médicales, c'est quoi ? Qu'est-ce qui va changer ? STÉPHANIE RISTMerci de votre question. C'est très important qu'on puisse comprendre de quoi on parle. Et des sommes qui seront les conséquences. Nous parlons des franchises médicales. Vous savez, quand vous achetez une boîte de médicaments, il y a un euro par boîte qui n'est pas remboursé. Ça, ça fait plusieurs années que ça existe. Et puis, vous avez ce cumul annuel qui est limité avec un plafond. Actuellement, ce plafond est, depuis 20 ans, à 50 euros. C'est-à-dire que les Français, jusque-là, pouvaient avoir un maximum de dépenses, donc de reste à charge, de 50 euros. Que nous disons, c'est que nous ne touchons pas au coût de la franchise sur la boîte de médicaments ou sur la consultation. AUDREY TISONOn paiera toujours un euro de sa poche par boîte. STÉPHANIE RISTIl y aura toujours un euro. Ça, on n'y touche pas. Le Premier ministre a tranché, suite au débat de l'année dernière, sur les franchises. Et donc, nous avons gelé cela. C'est-à-dire que nous n'augmenterons pas le coût de la franchise par boîte de médicaments ou par consultation chez le médecin. Vous savez que vous avez 2 euros, quand vous allez chez le médecin, qui n'est pas pris en charge par la Sécurité sociale. Je voudrais tout de suite préciser que cela ne concerne pas 18 millions de Français. C'est-à-dire les Français les plus pauvres, qui ont la complémentaire santé solidaire, les Français qui sont enceintes et les mineurs. Tout cela, ils ne payent pas de franchise. Donc, on ne parle pas de ce dont on parle. Ce n'est pas pour 18 millions de Français. WILLIAM GAY COSTAAlors, combien de millions de personnes ? STÉPHANIE RISTIl reste tous les autres Français assurés. WILLIAM GAY COSTAC'est chiffré ou ce n'est pas 18 millions, mais alors c'est combien ? STÉPHANIE RISTC'est tous les autres Français. Donc, vous faites la totalité des Français, moins 18 millions. WILLIAM GAY COSTAÇa fait quand même du monde. STÉPHANIE RISTOui, ça fait du monde. C'est vrai, c'est un reste à charge, je voudrais dire. Allons jusqu'au bout de la démonstration, très importante AUDREY TISONQu'est-ce qui change, c'est le plafond annuel ? Jusqu'à combien on pourrait être amené à payer pour les médicaments, pour les consultations ? STÉPHANIE RISTAlors, nous allons doubler ce plafond annuel. C'est-à-dire le maximum que les Français auront éventuellement à payer de leur poche. En moyenne, cela correspond à 18 euros de plus par an. C'est ça ce qui correspond, puisque tous les Français ne vont pas au plafond. AUDREY TISONLe plafond, ce sera 100 euros pour les médicaments, 100 euros pour les consultations. STÉPHANIE RIST100 euros pour les médicaments, 100 euros pour les consultations. Mais c'est un plafond que les Français n'atteignent pas. En moyenne, ça fera… AUDREY TISONComment ça, les Français n'atteignent pas ? Du coup, elle ne sert à rien votre mesure si les Français n'atteignent pas. Il y a bien des Français qui dépassent les 50. STÉPHANIE RISTIl y en a quelques-uns, c'est pour ça que je vous donne les chiffres en moyenne. En moyenne, ça sera 18 euros par an en plus pour les Français. Ce doublement du plafond. Évidemment qu'il y a des Français qui vont au plafond. Mais vous voyez qu'il n'y en a pas énormément, puisque la moyenne sera à 18 euros de plus par an. WILLIAM GAY COSTACeux qui paieront plus cher, c'est ceux qui sont potentiellement les plus malades, ceux qui vont le plus chez le médecin, ceux qui prennent le plus de boîtes à la pharmacie. STÉPHANIE RISTCe qui est sûr, c'est que dès aujourd'hui, quand vous aviez 50 boîtes de médicaments dans l'année, vous étiez à votre plafond de 50 euros. Donc, si vous achetez 51 boîtes, aujourd'hui vous êtes à 50 euros, demain vous serez à 51 euros. WILLIAM GAY COSTAPar contre, si on en prenait 100, avant c'était 50, maintenant ce sera 100. Ce sera 50 euros de plus sur l'année. STÉPHANIE RISTOui, mais quand vous serez à 100 de boîtes, vous n'aurez que 100 euros. En moyenne, je le redis, c'est 18 euros de plus par an pour les Français. AUDREY TISONC'est une erreur monumentale : voilà ce que pense Gérard Raymond de la principale fédération de patients France Asso Santé. GÉRARD RAYMOND, PRÉSIDENT FRANCE ASSOS SANTÉOn ne peut que déplorer ces mesures-là, qui ne sont pas équitables, puisqu'elles touchent ceux qui ont le plus besoin de soins. Là, on les culpabilise encore plus. Pour certains, quelques euros, ça va être très lourd. Donc, on va avoir, effectivement, des renoncements de soins. AUDREY TISONQu'est-ce que vous lui répondez, Madame la Ministre ? STÉPHANIE RISTNon, mais je comprends ce que Monsieur Raymond dit. C'est vrai que si vous prenez plus de boîtes que celui qui n'a pas de boîte de médicaments, vous allez payer plus cher, mais dans un plafond, et je le rappelle encore, avec 18 euros en moyenne par an. Si on compare avec les autres pays du monde, on est dans les restes à charges les plus bas, et on a une sécurité sociale la plus protectrice. Je le redis, cette mesure ne touche pas… AUDREY TISONMais ce n'est pas une fierté en France d'avoir un système social qui protège ? STÉPHANIE RISTC'est vrai, c'est une vraie fierté. C'est une vraie fierté aussi de pouvoir avoir accès à un système de santé de très bonne qualité, à avoir un accès aux soins dans lesquels nous devons continuer d'investir. Et si nous voulons continuer à financer cette protection que nous avons, être encore un des pays qui protège le mieux, nous devons aussi prendre des mesures pour éviter le déficit de la sécurité sociale, qui nous permettra plus de protéger les Français. Et encore une fois, je veux le redire, puisque c'est très important : les personnes les plus défavorisées financièrement ne sont pas concernées par ces mesures. WILLIAM GAY COSTAStéphanie Rist, il y a également une autre mesure à laquelle vous pensez, c'est celle du ticket modérateur : d'augmenter la part de reste à charge pour certains actes médicaux. Est-ce que vous pouvez déjà nous expliquer quels sont les actes qui seront concernés par cette hausse du ticket modérateur ? On le rappelle : le Français malade va devoir payer de sa poche et non pas la sécurité sociale. STÉPHANIE RISTOui, vous savez que notre système repose sur le remboursement, une partie de l'assurance-maladie obligatoire, la Sécu, et une partie des complémentaires, qui peuvent être des mutuelles. Chacun a sa complémentaire. Il y a moins de 4 % des Français qui n'ont pas de complémentaire ou de mutuelle. Ce financement, donc, repose sur ces deux financeurs. Aujourd'hui, j'ai envoyé des décrets au Conseil des assurances maladie de la Mutuelle sociale agricole pour qu'ils regardent ces décrets. Il y a 4 décrets qui vont modifier la part de remboursement de l'assurance-maladie et de la complémentaire. WILLIAM GAY COSTASur quoi ? STÉPHANIE RISTSur les consultations chez les chirurgiens-dentistes, sur les transports sanitaires, sur les médicaments les moins efficaces. Vous savez que c'est la Haute Autorité de Santé, qui est une agence indépendante scientifiquement, et qui permet de dire un médicament est très efficace, moyennement efficace ou peu efficace. Eh bien, pour les médicaments moyennement efficaces ou peu efficaces, nous proposons que l'assurance complémentaire, que les complémentaires payent un peu plus demain qu'aujourd'hui. WILLIAM GAY COSTAOui, mais les Français payent leur assurance complémentaire. A la fin, au bout du compte, ce sont les Français qui payent leur mutuelle, ou une partie, leur entreprise, d'ailleurs. Donc, c'est un peu les vases communicants. L'assurance-maladie va payer moins, mais à la fin, ce sont les Français. Par exemple, la mutualité française dit que ça représentera entre 1,5 et 1,7 milliard de dépenses de plus pour les mutuelles. Les mutuelles, elles ne vont pas les prendre dans leur caisse, elles vont les prendre dans la poche des Français. STÉPHANIE RISTOui, c'est vrai que les mutuelles, en plus, ont beaucoup augmenté ces dernières années. Ce que je note, c'est qu'en faisant aussi ce transfert de financement, cette modification, ça donne une place importante aux complémentaires dans le financement de notre système de santé ; et donc, une responsabilité, aussi, plus importante. Et je voudrais dire deux choses. J'avais demandé en janvier un travail de réforme structurelle, justement, sur ce financement entre assurance-maladie obligatoire et complémentaire. Ces travaux réalisés par quatre personnalités qualifiées vont m'être rendus à la fin de l'été pour pouvoir, dans le budget de la Sécurité sociale, apporter les premières bases de réformes structurelles. Parce que nous devons structurellement modifier notre financement de la Sécurité sociale pour justement continuer à préserver ce modèle. AUDREY TISONMais là, aujourd'hui, vous nous annoncez que la Sécu va moins rembourser ; et vous comptez sur le bon vouloir des mutuelles pour compenser et pour, éventuellement, ne pas répercuter ça sur les patients, sur nous, les Français, les assurés. Où est-ce qu'on doit se préparer psychologiquement à payer plus de mutuelles ? STÉPHANIE RISTLa répercussion sur le prix d'une mutuelle ou d'une complémentaire n'est pas automatique. Nous travaillons avec ces complémentaires, avec des négociations, avec des travaux pour leur éviter au maximum cette augmentation des complémentaires. AUDREY TISONVous ne pouvez pas leur imposer un gel des tarifs ? STÉPHANIE RISTJe ne peux pas, à ce stade-là, imposer. Ce sont des entreprises qui peuvent être des entreprises privées, donc, je ne peux pas leur imposer leurs tarifs. Par contre, nous travaillons, et ça, c'est mon rôle en tant que ministre de la Santé, de travailler avec elles pour que chacun puisse se retrouver dans la place, dans le système de santé. WILLIAM GAY COSTAIl y a quand même un sentiment de désengagement de l'État, de se dire : on donne encore la responsabilité, comme ça a été fait plusieurs fois ces dernières années aux assurances complémentaires, de leur dire : c'est vous qui vous payez. À la fin, ce sont les Français qui vont payer, et puis l'assurance-maladie, elle se décharge de plus en plus de ces remboursements. On a quand même un petit sentiment de désengagement qui progresse. STÉPHANIE RISTC'est un sentiment qui ne repose pas sur les faits. On a de plus en plus de personnes âgées et de plus en plus de maladies chroniques. Ces personnes-là, elles sont donc en ALD, qui est donc 100 % pris en charge par l'assurance-maladie. Donc, la part de remboursement de l'assurance-maladie obligatoire, elle augmente, puisqu'elle a plus d'ALD à prendre en charge. Donc, ce sentiment que vous dites n'est pas en réalité vrai. On essaye de rééquilibrer… WILLIAM GAY COSTAEt malgré tout, la mutualité française qui dit 1,5 milliard, 1,7 milliard de plus. Vous le confirmez ce chiffre ? C'est bien ça que les mutuelles vont devoir payer en plus ? STÉPHANIE RISTIl y a 4 décrets qui sont actuellement en concertation. Donc, évidemment, ça dépendra de ces discussions que nous avons avec les caisses d'assurance. AUDREY TISONMais en tant que ministre, vous avez bien fait des évaluations ? Vous proposez une baisse du plafond de franchise. C'est censé rapporter combien à l'État ? Et la modification du ticket modérateur, c'est censé rapporter combien à l'État ? En tout cas, faire économiser combien à l'État ? STÉPHANIE RISTEncore une fois, je crois que c'est très important de comprendre que ce ne sont pas des économies. AUDREY TISONMais c'est une absence de dépenses de la part de l'État. STÉPHANIE RISTC'est une maîtrise des dépenses, mais la dépense est croissante. L'assurance-maladie, la sécurité sociale augmente sa croissance de l'ordre… L'ONDAM, l'année dernière, était de l'ordre de 3 %. On augmente nos dépenses d'assurance-maladie, parce qu'on continue, et heureusement, à financer les hôpitaux, et il faut pouvoir continuer à le faire. On continue à financer l'accès aux soins, je pense aux maisons France santé et aux traitements innovants. AUDREY TISONMais ce matin, vous ne savez pas nous chiffrer ces deux mesures que vous annoncez, comme ça… STÉPHANIE RISTCe que je vous redis : les décrets ont été envoyés hier soir aux caisses avec lesquelles nous concertons, aux conseils de sécurité sociale. Donc, je ne vais pas préempter ces discussions. AUDREY TISONVous allez décider tout cela par décret ministériel, sans passer devant le Parlement. Tout ça, ça ne devrait pas se discuter devant le Parlement ? Le projet de loi de finances de sécurité sociale, il y a déjà des membres de la gauche qui crient au déni de démocratie. STÉPHANIE RISTAlors, ce sont des débats que nous avons déjà à chacun des budgets de la sécurité sociale. Encore une fois, c'est pour cela que je vous ai dit que le Premier ministre avait tranché sur le fait que nous n'augmenterons pas les franchises sur les boîtes de médicaments. Parce que ce débat… AUDREY TISONLe plafond annuel va augmenter. Et ça, vous ne le discutez pas avec les parlementaires ? STÉPHANIE RISTLes discussions que nous avons tout au long de l'année avec les parlementaires concernent… Mais vous savez, je crois qu'on est à un moment… Moi, je ne veux pas faire semblant. On a un déficit de la sécurité sociale qui est à plus de 20 milliards. Ma responsabilité de ministre de la Santé est que demain, on puisse continuer à financer notre hôpital, à financer l'accès aux soins et à financer des médicaments efficaces. Je ne veux pas que dans 10 ans, les Français n'aient pas les meilleurs médicaments pour leur cancer. C'est de ça dont on parle. Et ça, c'est important. WILLIAM GAY COSTAStéphanie Rist, j'aimerais vous faire réagir sur un autre sujet : c'est la loi d'urgence agricole qui a été adoptée par le Parlement, et qui entérine le retour de l'acétamipride, qui est un pesticide controversé, même si pour l'instant, peu d'études prouvent sa nocivité pour les humains. Il y a beaucoup de personnes qui plaident pour le principe de précaution. Et pourtant, il a fait son retour. Vous qui êtes ministre de la Santé et qui êtes médecin, est-ce que vous êtes à l'aise avec ce retour de l'acétamipride ? STÉPHANIE RISTDéjà, il faudrait que vous précisiez que ce qui a été mis dans cette loi, ce n'est pas le retour de l'acétamipride comme ça. C'est le retour à la condition que l'agence de l'ANSES précise à quel endroit, à quel moment, il est possible de le faire. WILLIAM GAY COSTAC'est sous condition, évidemment. Ça ne va pas être répandu… STÉPHANIE RISTOui, mais c'est une condition scientifique. WILLIAM GAY COSTAIl y a tout de même l'ordre des médecins. AUDREY TISONVous faites confiance à l'ANSES ? STÉPHANIE RISTHeureusement que je fais confiance aux agences indépendantes scientifiques de notre pays. WILLIAM GAY COSTAL'ordre des médecins dont vous dépendez, puisque, je rappelle, vous êtes médecin, de nombreuses sociétés savantes ont dit que le retour de ce pesticide était une mauvaise idée, qu'il ne fallait pas l'entériner. Et pourtant, le Gouvernement dont vous faites partie l'a fait. Vous, vous êtes à l'aise avec ça ? STÉPHANIE RISTNon, mais évidemment que, en tant que médecin, tous les produits que nous pourrons éviter, c'est mieux. Il n'y a aucun doute. Maintenant, si une agence scientifique précise que c'est possible, elle ne s'est pas prononcée, à ma connaissance, encore sur le sujet. Si elle précise que dans certaines conditions, il n'y a pas de risque, moi, je suivrai l'avis scientifique. WILLIAM GAY COSTADonc, vous n'êtes pas d'accord avec Monique Barbu, votre toujours collègue qui avait menacé de démissionner, la ministre de la Transition écologique, et qui, finalement, a été retenu par le chef de l'État ? STÉPHANIE RISTNon, mais je crois que ce n'est pas une question d'être d'accord ou pas. Je pense que chacun est dans son rôle. Moi, mon rôle de ministre de la Santé, c'est de faire confiance à nos agences de science, que ce soit Santé publique France, avec qui je travaille vraiment tous les jours, l'ANSES, la Haute Autorité de Santé. Nous avons des agences de très haute qualité dans notre pays, avec une indépendance scientifique, nous devons leur faire confiance. WILLIAM GAY COSTAMerci Stéphanie Rist, ministre de la Santé, d'avoir été l'invitée du 8.30 France Info. Merci beaucoup Audrey Tison pour cette interview. Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juillet 2026
La source — vie_publique · nº 304159
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304159-stephanie-rist-24072026-incendies-canicule-frais-de-sante-loi-agricole?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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