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24 juillet 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Jean-Didier Berger, ministre déléguée auprès du ministre de l'intérieur, à France Info le 24 juillet 2026, sur la lutte contre les incendies de forêt.

Jean-Didier Berger (auteur), Antoine Comte (intervenant)

ANTOINE COMTEBonjour Jean-Didier Berger. JEAN-DIDIER BERGERBonjour. ANTOINE COMTEMerci d'être avec nous sur France Info, Canal 16. La France qui s'embrase avec des incendies, des mégafeux qui se multiplient et qui, pour certains, sont devenus incontrôlables, alors dans le Var, en Corse, mais surtout en Gironde, du côté de la commune de Lège-Cap-Ferret, dans le bassin d'Arcachon, avec des milliers d'évacuations, notamment cette nuit, d'habitants, mais aussi de vacanciers. Et dans toute la France, déjà, plus de 50 000 hectares partis en fumée. On a l'impression que la situation est hors de contrôle. JEAN-DIDIER BERGERJe voudrais rendre hommage à nos pompiers qui font un travail tout à fait extraordinaire pour protéger à la fois les vies, les biens et les milieux naturels. Il faut se rendre compte des conditions extrêmes dans lesquelles ils sont en train de travailler. Et oui, il y a des évacuations qui sont en cours parce que les conditions météorologiques, notamment les conditions de vent, nous amènent à prioriser, évidemment, la protection des vies. Et donc cette évacuation, évidemment, j'invite tous ceux qui sont concernés à la respecter au pied de la lettre. ANTOINE COMTEMonsieur le ministre, est-ce que la situation est sous contrôle ou pas du tout en Gironde ? On a l'impression que c'est un petit peu sauve-qui-peut, c'est ceux qui peuvent évacuer s'en vont très vite, des maisons qui brûlent. On a vu ces images sur France Info ce matin, des maisons qui ont brûlé au petit matin ou pendant la nuit. Quel est le message du Gouvernement ce matin ? Qu'est-ce que vous dites à ces Français qui sont en proie aux flammes ? JEAN-DIDIER BERGERLe message du Gouvernement, c'est que tous les moyens sont mobilisés pour faire en sorte que le plus rapidement possible, les conditions se retournent à la normale. Je dois dire qu'il faut regarder aussi tous les moyens qui ont été mobilisés. Depuis trois ans, on n'a plus que doublé les moyens à disposition des forces de secours. Eh bien tout est mobilisé. ANTOINE COMTEMais là, on voit bien que ça ne suffit pas, c'est insuffisant. JEAN-DIDIER BERGERÉvidemment, on peut toujours rajouter des moyens et d'ailleurs, c'est ce que nous sommes en train de faire, à la fois par la livraison de nouveaux Canadairs. Il faut se rendre compte que sur tous les Canadairs qui existent de cette génération dans le monde, les 90 Canadairs qui existent dans cette génération dans le monde, on en a 12 rien que pour la France. ANTOINE COMTEOui, 12 qui sont en France. JEAN-DIDIER BERGEREt on a encore deux Canadairs qui vont arriver dans les deux ans qui viennent, mais c'est des moyens qui ont plus que doublé. Donc surtout, courage, solidarité, merci aux agriculteurs qui amènent aussi de l'eau à nos pompiers. Merci aussi, puisque le Président de la République l'a annoncé, à nos amis de l'Union européenne. Nous avons activé le mécanisme de solidarité, de protection civile de l'Union européenne et donc nous avons plusieurs engins qui vont venir - Croates, Portugais, Tchèques et Slovaques - et donc c'est aussi cette solidarité-là qui rentre en ligne de compte. ANTOINE COMTEOui, c'est Emmanuel Macron qui a demandé l'aide européenne, c'était hier, avec en effet des moyens aériens supplémentaires qui vont venir, nous dit-on, rapidement. On voit quand même qu'on n'arrive pas nous-mêmes à gérer cette situation. On a besoin de nos voisins européens pour essayer d'éteindre notamment ces mégafeux en Gironde. JEAN-DIDIER BERGERJe pense qu'il faut vraiment se rendre compte de ce qu'est la force française. Nous arrivons en moyenne à avoir 10 fois moins de terres brûlées sur un incendie que dans d'autres pays européens comme l'Espagne. Il faut se rendre compte que nous avons parfois plus de départs de feu que dans d'autres pays mais que nous arrivons à les circonscrire beaucoup plus rapidement. Il faut rendre hommage d'abord aux moyens qui ont été déployés depuis 3 ans mais aussi à la technique et à la force de nos pompiers qui ont un savoir-faire tout à fait exceptionnel. Je pense qu'on ne se rend pas compte que le plus souvent, ce n'est pas l'Europe qui aide la France, c'est la France qui aide l'Europe. Donc quand on a de tels moyens, il faut en être fier. Et puis c'est la dynamique dans laquelle on s'inscrit. Il y a eu les moyens doublés depuis 3 ans et on est encore en train d'en rajouter. Qui en Europe, qui dans le monde a fait un tel effort en la matière ? Personne. ANTOINE COMTEAlors monsieur le ministre, Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, va s'exprimer à partir de 9h du côté de la place Beauvau. Qu'est-ce qu'il doit dire ce matin aux Français mais aussi aux pompiers ? Parce qu'il a reçu les syndicats de pompiers ces derniers jours, il en reçoit encore aujourd'hui et eux, ils sont quand même vent debout. Ils dénoncent un manque de moyens humains, un manque de moyens financiers. Ils sont épuisés pour certains, certains sont aussi agacés. On en avait sur notre plateau sur France Info, pas plus tard qu'hier soir ou encore ce matin. Qu'est-ce qu'il doit dire le ministre de l'Intérieur pour aussi apaiser la situation ? JEAN-DIDIER BERGERJe crois que le ministre de l'Intérieur et moi-même, comme tous les membres du Gouvernement, nous sommes à la tâche pour faire de la pédagogie, pour mettre tous les moyens en place et pour organiser avec le réseau préfectoral toutes les opérations de secours. C'est ce que nous faisons. Nous rendons hommage aux pompiers qui font avec beaucoup d'abnégation, beaucoup de force, beaucoup d'exemplarité, un travail tout à fait remarquable dans des conditions extrêmes. Il faut vous rendre compte qu'aujourd'hui, on a déjà eu plus d'incendies, plus de dégâts que sur toute la saison de l'année dernière. Don c'est une année tout à fait hors norme. ANTOINE COMTEIl y a ces canicules précoces et au dérèglement climatique. JEAN-DIDIER BERGERC'est une année tout à fait exceptionnelle et donc nous mobilisons des moyens exceptionnels à une situation exceptionnelle. ANTOINE COMTEMais on a l'impression quand même - désolé d'insister un peu - mais d'avoir un Gouvernement qui réagit en réaction, mais qui n'anticipe pas. On sait que le dérèglement climatique est là, on sait qu'il y aura des vagues de canicules de plus en plus précoces. JEAN-DIDIER BERGERHeureusement que non. Je vous l'ai dit, ça fait trois ans qu'on déploie des moyens, qu'on a doublé les moyens. En 2024 et en 2025, il n'y avait pas les canicules qu'on a cette année et ça ne nous a pas empêché d'anticiper les choses pour déployer ce doublement des moyens. Encore une fois, qui en Europe ou dans le monde a doublé ses moyens en trois ans ? Vous pouvez chercher, vous allez avoir du mal à trouver. ANTOINE COMTEJean-Didier Berger, il y a un budget qui arrive en fin d'année, il va falloir essayer de le boucler, budget pour le pays. Est-ce que vous vous engagez en tant que ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, à essayer d'obtenir des arbitrages dans ce budget pour renforcer les moyens financiers, notamment des pompiers ? JEAN-DIDIER BERGERBien sûr, chaque ministère défend ses priorités, c'est bien normal. Il faut voir l'intérêt général, l'intérêt du pays. Le Premier ministre l'a dit, il l'a très bien expliqué. Nous devons faire un budget : un budget sérieux, un budget sans augmentation d'impôts, un budget qui permette de préparer 2027, de préparer l'arrivée d'un nouveau Gouvernement, d'un nouveau pouvoir qui utilise des moyens. On ne peut en tout cas pas se payer le luxe de ne pas avoir de budget. Donc au-delà des priorités du ministère de l'Intérieur, qui évidemment va défendre ses équipes, va défendre les priorités du ministère, il faut… ANTOINE COMTEMais là, il y a urgence, et ça va se reproduire chaque année. JEAN-DIDIER BERGERBien sûr, mais il y a urgence sur l'écologie. ANTOINE COMTEVous dites ce matin à la Sécurité civile, aux pompiers, oui, vous aurez plus de moyens dans le prochain budget ou pas ? Est-ce que vous leur dites ça ? JEAN-DIDIER BERGERCe que je leur dis, c'est qu'on est inscrit, oui, dans une augmentation des moyens, en l'occurrence de la protection civile, je vous l'ai dit : doublement des engins, renforcement des moyens humains et matériels, et surtout dans une dynamique qui se poursuit sur les années qui viennent, avec la livraison notamment de nouveaux Canadairs. ANTOINE COMTEEt notamment donc l'A400M aussi qui devrait être mis en service fin juillet. JEAN-DIDIER BERGERLà, c'est dans quelques jours. ANTOINE COMTEVous confirmez cette mise en service fin juillet ? JEAN-DIDIER BERGERAbsolument, je l'ai même vu sur les premiers essais. Il faut se rendre compte que c'est l'équivalent de trois Canadairs, ça va nous permettre de déployer du retardant pour faire des bandes extrêmement longues, pour déployer du produit qui évite que l'incendie se propage. Il faut bien se rendre compte que c'est une quantité de liquide énorme et qu'on est capable de remplir cet avion en quelques minutes seulement. ANTOINE COMTEVous misez beaucoup sur cet appareil, ce nouvel appareil qui va être mis en service. est-ce que ça peut permettre peut-être de tenter de contenir des feux notamment en début d'incendie ? C'est ça l'objectif. Parce que vous disiez trois Canadairs ; la capacité de trois Canadairs c'est 20 tonnes d'eau à peu près, ou de retardant ? JEAN-DIDIER BERGERL'objectif c'est d'arriver, lorsqu'il y a un feu qui menace de se propager très puissamment et très rapidement, de le retarder pour faciliter le travail des autres équipes, c'est un travail très complémentaire. Il faut bien comprendre que c'est le travail au sol, c'est le travail en aérien, c'est le travail en déployant à la fois l'eau mais aussi le retardant. C'est tout ça qui fait qu'on arrive dans notre pays à avoir dix fois moins de terres brûlées que dans d'autres pays à incendie équivalent. ANTOINE COMTEJean-Didier Berger, je voudrais qu'on parle aussi des maires, les maires de France, qui sont en première ligne de ces incendies, qui sont en première ligne d'ailleurs de beaucoup de choses, mais aussi bien sûr de ces incendies depuis le début de l'été. On en a eu beaucoup sur notre plateau. Tous nous disent qu'ils se sentent un petit peu abandonnés par l'État, qu'ils se sentent impuissants face à la situation. Qu'est-ce que vous leur dites ? Qu'est-ce que vous leur répondez ce matin ? Sachant qu'on demande toujours aux collectivités locales de serrer la ceinture, de faire des économies chaque année. On les voit dans le budget. Qu'est-ce que vous leur dites à ces maires qui sont en première ligne et qui souffrent aujourd'hui ? JEAN-DIDIER BERGERBon d'abord j'ai été maire pendant dix ans. Clamart. ANTOINE COMTEClamart, JEAN-DIDIER BERGERVoilà. Et donc je suis avant tout un élu local et je les comprends à ce titre totalement et parfaitement. Je veux leur dire que nous sommes là pour les protéger. Nous protégeons tous les élus, tous les maires. Même tous les candidats dans le cadre des élections municipales ont eu la possibilité d'être protégés s'ils étaient menacés. Donc nous sommes là pour faire face avec eux et il est hors de question que qui que ce soit renonce à ses fonctions à cause de menaces qu'il pourrait subir et je pense en particulier à monsieur Rivenq, le collègue maire d'Alès qui a subi des menaces tout à fait inacceptables. ANTOINE COMTEOui, de narcotrafiquants. En tout cas, l'enquête le dira… JEAN-DIDIER BERGEREt que nous protégeons, comme nous protégeons d'autres élus, d'autres maires et d'autres élus, pour faire en sorte que force reste à la loi. ANTOINE COMTEUn mot sur les sanctions liées à ces incendies ; on sait que neuf départs de feux sur dix sont liés à l'activité humaine et certains sont en effet des incendies, des feux qui sont volontaires, qui sont allumés même parfois par des pompiers volontaires, d'ailleurs on l'a vu comme dans la forêt de Fontainebleau... Le jet d'un mégot aussi qui peut en effet entraîner des départs de feux. Le Gouvernement prévoit un texte là-dessus, prévoit des sanctions ? Voilà, qu'est-ce que vous répondez d'un point de vue de la sanction à tous finalement ces pyromanes qui ont lancé ces incendies ? JEAN-DIDIER BERGERIl faut effectivement rappeler les choses. Sur dix incendies, il y en a un d'origine naturelle, il y en a trois d'origine accidentelle, et il y en a six d'origine volontaire. ANTOINE COMTEVolontaire… JEAN-DIDIER BERGERAbsolument, d'origine volontaire. Donc il faut évidemment faire tous les gestes qui permettent d'éviter les trois incendies accidentels, mais il faut effectivement que les sanctions prononcées soient tout à fait exemplaires pour les six incendies sur dix qui sont volontaires. Mais je rappelle que lorsqu'il y a un incendie volontaire qui entraîne des décès, les peines peuvent aller jusqu'à la perpétuité, donc les peines, elles sont déjà extrêmement sévères. Il faut les rappeler, ANTOINE COMTELes décès sont graves. Mais au-delà de ça, une personne, un automobiliste qui jette son mégot et ça crée un départ de feu, on l'a vu encore cette année, en tout cas vraisemblablement, qu'est-ce que vous faites par rapport à ces gens-là ? JEAN-DIDIER BERGERMais il y a déjà des sanctions qui sont prévues, ce sont les enquêtes judiciaires qui doivent établir les circonstances des actes qui ont été commis. Et je voudrais le rappeler à tous ceux qui l'ignorent : les sanctions, elles sont particulièrement sévères, et donc avant de commettre des imprudences ou des actes criminels, il faut bien les avoir en tête, parce que la justice sera implacable à l'égard de ceux qui mettent le feu. ANTOINE COMTEJean-Didier Berger, merci beaucoup, merci d'avoir été avec nous ce matin dans le 7.40 sur France Info. Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 juillet 2026
La source — vie_publique · nº 304193
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304193-jean-didier-berger-24072026-france-info-incendies-de-foret?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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