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23 juillet 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, à France Info le 23 juillet 2026, sur la lutte contre les incendies de forêt, la canicule, les bénéfices du groupe Total, l

Roland Lescure (auteur), Marie Bernardeau (intervenant), None (intervenant)

MARIE BERNARDEAUBonjour Roland Lescure. ROLAND LESCURE, MINISTRE DE L'ECONOMIE ET DES FINANCESBonjour. Bonjour à toutes les deux. MARIE BERNARDEAU12 000 personnes évacuées ces dernières heures en Gironde. Ça brûle au moment où nous nous parlons, entre Lacanau et Arcachon. Incendie particulièrement violent qui n'est qu'un des incendies qui font rage ces derniers jours. Nous ne sommes que le 23 juillet. est-ce que la France, Roland Lescure, est prête à encaisser ce choc ? ROLAND LESCUREC'est un choc, en tout cas extrêmement difficile. D'abord pour les soldats du feu, les sapeurs-pompiers, les gens de la Sécurité civile qui sont en première ligne. Vous savez qu'on a perdu deux pompiers il y a maintenant deux jours. Ils travaillent jour et nuit, ils sont sur le pont. Les populations, évidemment. Donc d'abord, merci et vraiment je veux saluer le courage de tous les soldats du feu qui combattent ces incendies qui sont historiques. Vous l'avez dit, on est le 23 juillet, on a déjà plus d'incendies qu'on n'en a jamais eu. C'est historique ce qui se passe. Deuxièmement, évidemment, enjoindre tous nos concitoyens à la prudence. La cigarette est un mal, le débroussailleur qu'on utilise alors que c'est interdit, le barbecue qu'on ne devrait pas utiliser, le feu, etc. Vraiment, soyez prudents ! Parce que l'essentiel de ces incendies, on le sait malheureusement, est lié à des causes humaines, pas nécessairement coupables mais humaines. AUDREY TISONEt vous, membres du Gouvernement, est-ce que vous estimez avoir fait suffisamment pour lutter contre ces incendies ? Les moyens pour la Sécurité civile, pour les pompiers, est-ce qu'ils sont à la hauteur ? On a des doutes quand on voit l'ampleur que peuvent prendre certains feux. ROLAND LESCURENon mais face à l'ampleur de ces feux, j'allais dire, on n'en a jamais assez. Mais on a mis beaucoup. Ces dernières années, c'est 850 millions d'euros de plus dédiés à la Sécurité civile, notamment la commande d'hélicoptères et d'avions. On a encore commandé deux Canadairs nouveaux cette année. AUDREY TISONLes Canadairs qui ne sont pas encore arrivés. Alors qu'Emmanuel Macron avait promis de renouveler intégralement les 12 Canadairs que nous avons, nous sommes toujours en attente des deux premiers Canadairs. ROLAND LESCUREIl faut qu'ils soient produits effectivement avant d'être livrés, donc ça c'est l'entreprise qui les produit. AUDREY TISONIl n'y a pas eu un problème d'anticipation ? ROLAND LESCURENon, non, je pense qu'on a — je le répète — engagé des mouvements historiques, des montants historiques, pardon, depuis 2023. La réalité, c'est que les Canadairs et l'entreprise qui les produit étaient plutôt en sommeil, avait ralenti nettement la production et qu'il a fallu accélérer. Et que malheureusement, ces feux de forêt — ces feux en général d'ailleurs — ne sont pas présents seulement en France. Il y a des méga-incendies au Canada, il y en a d'autres ailleurs en Europe, et la demande est très forte. MARIE BERNARDEAUMais est-ce qu'on peut produire, est-ce qu'il faut aujourd'hui, Roland Lescure, produire des bombardiers d'eau en Europe ? Est-ce qu'il faut aller vers là ? ROLAND LESCURELe sujet, ce n'est pas où on les produit. Ce ne sont pas des engins, je dirais, stratégiques liés à la sécurité nationale. Il faut surtout qu'on puisse investir dans les capacités de production, qu'elles soient ici ou au Canada. MARIE BERNARDEAUMais c'est un sujet de souveraineté ? ROLAND LESCURENon, mais aujourd'hui, si on produit au Canada, on n'a pas de problème de souveraineté avec nos amis canadiens avec lesquels on commerce de manière extrêmement efficace. Non. La réalité aujourd'hui, c'est qu'il faut un arsenal global : la prévention. MARIE BERNARDEAUA l'échelle européenne aussi. ROLAND LESCURELa lutte contre le réchauffement climatique, la prévention des incendies, la culture et l'éducation de nos concitoyens pour éviter les départs de feu — c'est quand même la meilleure manière d'éviter les incendies, c'est qu'ils ne partent pas. Et puis, s'assurer que les sapeurs-pompiers ont les moyens. Ils les ont. Il faut continuer à investir, c'est sûr. Il faut aussi — c'est un point important parce que beaucoup des sapeurs-pompiers sont volontaires — que les entreprises s'engagent à les libérer. Quand les pompiers vous demandent d'être libérés, en général, c'est pour une bonne raison. MARIE BERNARDEAUEst-ce que vous savez si cet appel a été entendu ? Appel des pompiers aux employeurs pour qu'ils libèrent les sapeurs-pompiers volontaires : est-ce que cet appel aujourd'hui est entendu ? ROLAND LESCUREEn tout cas, nous l'avons relayé. Il est très largement entendu. Il y a parfois, ici ou là, des entreprises qui rechignent un peu, mais globalement, c'est une cause nationale et tout le monde est sur le pont. Et évidemment, les chefs d'entreprise, dans leur immense majorité, comprennent que quand un de leurs salariés vient les voir en leur disant : " Ecoute, je serai sur un feu demain et pas sur mon poste de travail ", ils le comprennent évidemment. Je vois bien qu'ici ou là, certains cherchent à lancer des polémiques un peu politiciennes sur ce sujet. C'est une cause nationale, on est dans un moment de solidarité, dans un moment très grave puisqu'on a des décès. On a des Françaises et des Français qui doivent évacuer leur maison, qui sont inquiets. Enfin bref, aujourd'hui, pas de polémique politicienne et on est tous sur le pont. MARIE BERNARDEAUEst-ce que vous anticipez, pardonnez-moi, un choc économique aussi ? Incendies en Gironde, incendies dans le Var en pleine saison touristique. C'est potentiellement dramatique pour le secteur ou pas ? ROLAND LESCUREAlors ce qui me préoccupe d'un point de vue économique, c'est moins les incendies qui sont importants localement, mais globalement nationalement assez peu limité que les effets de la canicule. C'est vrai que les canicules qui se multiplient peuvent avoir un effet économique parce qu'elles ralentissent — on comprend bien que quand on travaille et qu'il fait chaud, c'est plus compliqué — ce qu'on appelle la productivité des entreprises. Donc il est encore trop tôt dans l'été pour en évaluer l'impact. AUDREY TISONLes Britanniques ont déjà fait une évaluation à plus d'un milliard d'euros de manque à gagner pour l'économie britannique… ROLAND LESCUREOui et non. Il y a eu des évaluations sur le passé. Donc les canicules de 2025, l'année dernière, n'ont pas eu d'impact macroéconomique parce qu'il y a eu des reports de production. En revanche, on se souvient de la canicule de 2003 : il y avait eu un impact important. Moi, je réunis l'ensemble des acteurs économiques à la rentrée avec Sébastien Martin pour en évaluer l'impact. Donc on va faire une réunion pour à la fois évaluer l'impact de la canicule, mais voir aussi comment on peut adapter. Vous savez que Jean-Pierre Farandou va aller en Espagne pour voir comment l'économie espagnole, qui est exposée à ce type de phénomène depuis longtemps, s'adapte. Donc on souhaite à la rentrée mettre en place une concertation pour voir s'il faut adapter nos dispositifs : Code du travail, lois, etc. AUDREY TISONLe congé climatique qui est poussé par une partie de la gauche, par exemple, c'est une bonne idée ? ROLAND LESCURENon. AUDREY TISONPourquoi ? ROLAND LESCUREJe ne pense pas qu'en rajoutant des vacances, on va limiter l'impact sur la production. Parce qu'évidemment, si vous arrêtez les gens pendant les périodes de canicule, vous ne produisez plus. Donc ce sont des idées qui ont l'air simples, mais qui sont, à mon avis, parfaitement inefficaces, et surtout de manière nationale. Il faut laisser la négociation se faire. Peut-être que des entreprises peuvent dire : " Là, effectivement, face à cette situation particulière, parce qu'on est dans un lieu particulier, on peut envisager de... ". Mais vous imaginez, on met toute la France à l'arrêt pendant la canicule ? AUDREY TISONEst-ce qu'il faut mettre un maximum, par exemple, température maximale sur certains secteurs, les chantiers de BTP ? ROLAND LESCUREÇa existe déjà. Il y a déjà des mesures, notamment sur les chantiers, vous l'avez dit, à l'extérieur. Non, il faut voir si… On n'a pas découvert la chaleur en France cet été. Ce qui est vrai, c'est que c'est plus intense, plus précoce. En général, ça arrive à des moments… MARIE BERNARDEAUC'était dramatique. Il y a plus de 5 000 morts. ROLAND LESCUREMais bien sûr. Je ne veux en aucun cas nier l'impact que ça a. Mais en revanche, imaginer qu'on a des solutions magiques à un problème complexe, ça, c'est raconter des carabistouilles. Donc non, il faut prendre les choses sérieusement. Il faut consulter, il faut consulter évidemment les organisations syndicales... MARIE BERNARDEAUMais sur quoi notamment ? Quelles mesures vous pourriez porter, vous ? ROLAND LESCUREBen sur l'adaptation peut-être. Mais je ne crois pas à la mesure nationale. Même au plus fort de la canicule au mois de juin, il y avait des régions — d'ailleurs paradoxalement c'était plutôt dans le Sud — qui n'étaient pas en vigilance orange ou rouge. Donc il faut faire attention. On aime bien voter des lois, surtout en France, mais notre capacité collective sur le terrain à faire confiance aux acteurs, éventuellement en adaptant des mesures du Code du travail et autres pour que ce soit possible, et ensuite dire : " Arrangez-vous parce qu'on vous fait confiance ", c'est quelque chose qu'on ne fait pas assez en France. Moi, je suis convaincu que face à tous ces événements d'ampleur nouvelle, il faut pouvoir adapter la situation aux enjeux locaux. MARIE BERNARDEAUVous dites : " On n'a pas découvert la chaleur cet été ". On n'a pas découvert non plus le problème de l'isolation de bon nombre de logements. ROLAND LESCUREEt là encore, on a fait des choses et il faut faire plus. MARIE BERNARDEAUMais quelle chose ? ROLAND LESCUREOn a MaPrimeRénov' qui permet d'isoler des logements, un certain nombre d'écoles ont déjà été adaptées et il faut l'accélérer. On a fait un certain nombre d'annonces dans ce sens. AUDREY TISONIl y a des budgets sur MaPrimeRénov' et sur le Fonds vert qui ont été baissés ces derniers temps. ROLAND LESCURENon mais écoutez, le Fonds vert, il va augmenter, il va être à 1 milliard l'année prochaine. AUDREY TISONIl a fortement baissé l'année dernière. Il a été créé au début de ce quinquennat. Il n'a fait que baisser d'année en année. ROLAND LESCURENon mais au total sur trois ans, on a mis 5 milliards d'euros dans le Fonds vert qui, je le répète, est de l'argent de l'État qui est utilisé par les collectivités locales pour rénover. Et les collectivités locales, ensuite, ont un certain nombre de choix qui ont été faits. Je ne suis pas sûr que ces 5 milliards aient été dépensés pour climatiser toutes nos écoles. je suis à peu près sûr du contraire. Donc on est tous responsables. AUDREY TISONOn est là pour mieux les isoler. ROLAND LESCUREOui mais c'est trop facile de se renvoyer la responsabilité. Donc oui, le Fonds vert a un peu baissé cette année, mais au total, c'est 5 milliards d'euros qui auraient pu être intégralement consacrés à l'adaptation et qui ont été consacrés à d'autres projets. Et là encore, je ne jette pas la pierre aux collectivités locales qui ont fait leurs choix. Mais imaginer que l'État est le seul responsable, je dirai, de l'adaptation de notre société. Les entreprises ont un rôle à jouer. Évidemment, les collectivités locales, les hôpitaux. Donc il faut qu'on se serre tous les coudes dans ces moments difficiles plutôt que de se renvoyer la balle et se montrer du doigt les uns les autres, c'est trop facile. Et puis évidemment, dire que l'État est responsable de tout. Alors quand il fait le Fonds vert… MARIE BERNARDEAUMais c'est à l'Etat d'engager toutes ces mesures aussi et de s'adapter. ROLAND LESCURENon. Pas seulement. Je suis désolé. Pas seulement. Les collectivités locales ont des budgets, elles ont des priorités. Les hôpitaux qui… MARIE BERNARDEAUPas assez disent-elles. ROLAND LESCUREMais bien sûr, on n'en a jamais assez. Vous savez quoi ? Le déficit public est à 5% et si on ne fait rien l'année prochaine, il sera à 6 %. Alors on peut toujours dire : « dépensons, dépensons davantage ». Surtout ce n'est pas ce qu'on fait, vous le savez. Dans le cadre de la préparation du budget, on priorise la défense — on a la guerre aux portes de l'Europe — et l'écologie. L'écologie est un des budgets qui va augmenter le plus l'année prochaine. Donc on peut critiquer tout, ou on peut reconnaître qu'il y a des efforts qui ont été faits, et reconnaître aussi que l'État ne fera pas tout tout seul et que chacun a sa responsabilité, y compris d'ailleurs les entreprises qui doivent s'adapter à ce sujet. MARIE BERNARDEAUEt on va évoquer, vous évoquez justement la guerre, on va en parler dans quelques secondes, notamment avec ces bénéfices énormes du groupe TotalEnergies. On reste ensemble, Roland Lescure. C'est l'heure du fil info à 8 h 45. Diane Ferchit. (…) AUDREY TISONToujours avec vous, Roland Lescure, ministre de l'Économie. Le groupe TOTAL double son bénéfice net au deuxième trimestre. Est-ce que ce groupe pétrolier profite de la guerre ? ROLAND LESCURENon, mais ce n'est pas une surprise. Quand vous produisez, transformez, raffinez, distribuez de l'essence, quand il y a une forte hausse des prix du pétrole, vous gagnez beaucoup d'argent.Deux choses : d'abord, un, on a une major, comme on dit, pétrolière en France. J'allais dire, tant mieux, ça nous a permis d'avoir de l'essence, du diesel, du kérosène, depuis le début de cette crise, et de continuer à l'avoir. Le fait d'avoir une major intégrée, il y a des pays qui ne l'ont pas, qu'on lui mette en place des politiques de rationnement, c'est un plus. MARIE BERNARDEAUQui va jusqu'à doubler le bénéfice, c'est énorme. ROLAND LESCUREDeux, TOTAL gagne beaucoup d'argent. Une grande partie de cet argent, ce n'est pas en France qu'il le gagne, et donc ce n'est pas en France qu'il y paye des impôts. Il paye des impôts sur l'endroit où il gagne de l'argent, et notamment quand il produit au Nigeria, en Angola ou aux États-Unis, c'est là qu'il les paye. Trois, la question de savoir s'il y a des bénéfices exceptionnels sur les activités en France se pose. Je suis sûr que ce débat va avoir lieu dans le cadre du budget. Moi, j'ai demandé à la Commission européenne, notamment sur les activités de raffinage et distribution, parce qu'on voit bien qu'effectivement, ça fait partie des activités qui ont gagné beaucoup d'argent ces six derniers mois chez TOTAL. On a eu des conditions de concurrence et de marge normales. On le fait déjà avec les distributeurs. Je vous annonce que je réunis, avec Maud Bregeon et Serge Papin, mes deux collègues de l'énergie et du pouvoir d'achat, les distributeurs lundi à Bercy, pour s'assurer que là encore, dans un moment important, les vacances, il n'y aura pas d'excès sur les marges. Et puis TOTAL, il faut le reconnaître quand même, a plafonné les prix, a annoncé qu'il les plafonne à nouveau dans ces moments... AUDREY TISONIl vient de relancer son prix plafond, 1,99 Euro pour le sans plomb, 2,25 pour le diesel. ROLAND LESCUREEt s'il ne gagnait pas d'argent, il ne pourrait pas le faire. AUDREY TISONFinalement, vous dites merci à TOTAL ? ROLAND LESCURENon, je ne dis ni merci, ni bravo, ce n'est pas une histoire... Je reconnais les faits. On a une major qui nous permet de ne pas avoir d'enjeu d'approvisionnement. Pas d'enjeu d'approvisionnement en France, il y a des endroits où ça a été. On a une major qui, du coup, gagne de l'argent et paye des impôts ailleurs. Et peut-être, on verra dans le cadre du débat parlementaire, en payer plus en France. AUDREY TISONAh, vous laissez la porte ouverte à une taxation ? ROLAND LESCURENon mais je laisse la porte ouverte. La dernière fois que j'ai vérifié, je n'avais pas de majorité au Parlement et ce débat aura lieu. Donc il a eu lieu l'année dernière mais attention… AUDREY TISONC'est la question des superprofits. Le PS a déjà déposé une proposition de loi pour taxer les superprofits. ROLAND LESCUREC'est le terme un peu magique, là encore... AUDREY TISONVous n'aimez pas ce terme, superprofits ? ROLAND LESCURENon, la question... AUDREY TISONSurprofits en tout cas, parce qu'il y a des profits liés à la situation. ROLAND LESCUREIl y a clairement des résultats exceptionnels. Une large partie est faite en dehors de France. Je n'ai pas la capacité à taxer les profits des entreprises ailleurs, dans des places à certains qui votent parfois des amendements. AUDREY TISONC'est impossible, ça ? Ce n'est pas quelque chose qu'on puisse négocier au niveau international ? ROLAND LESCURENon, mais le RN a voté un amendement dans ce sens-là l'année dernière, 37 milliards d'impôts totalement magiques, qui ne tomberaient jamais dans nos caisses, mais qui se faisaient plaisir. Non, il faut être sérieux quand on fait du budget. Donc voilà, plafonnement des prix, j'allais dire, tant mieux. Ça permet quand même à nos concitoyens qui partent en vacances d'avoir un prix de l'essence limité. Aujourd'hui, on est en moyenne à 2,13 sur le diesel. Donc 1,99, c'est quand même un bonus. MARIE BERNARDEAU2,25 pour le diesel, le plafonnement. ROLAND LESCUREOui, mais 1,99 pendant les week-ends de départ en vacances... MARIE BERNARDEAUÇa, c'est pour le sans plomb. ROLAND LESCUREOui, mais c'est le plafond, 1,99 pendant les week-ends de départ en vacances, je ne suis pas le VRP de TOTAL, c'est 15 centimes de moins que la moyenne. Nos concitoyens qui font le plein savent déjà que... Et on était en dessous de 2 il y a 15 jours. MARIE BERNARDEAUEt ça va continuer à augmenter. ROLAND LESCURECe qu'on oublie quand même de dire c'est que malheureusement, les bombardements ont repris dans le Golfe, et que du coup, malheureusement, le prix du pétrole a remonté, que le prix du gaz a remonté, et que l'accalmie qu'on avait eue pendant un mois, aujourd'hui, elle semble s'être arrêtée. Moi, c'est ça qui me préoccupe surtout. Il faut que ce conflit s'arrête, il faut que les négociations reprennent.Vous savez que la France est très présente sur la scène internationale pour pousser aux négociations. Donc voilà, on a, je dirais, un environnement international qui nous affecte tous. Il faut qu'on s'assure qu'on aide les plus démunis, les plus exposés. MARIE BERNARDEAUComment ? ROLAND LESCUREVous savez qu'on avait mis en place un certain nombre d'aides, et à l'époque où ça s'est calmé dans le Golfe, on a essayé de maintenir ces aides. Je vous annonce aussi que le guichet dit grand rouleur, qui permet à celles et ceux qui utilisent leur véhicule pour aller au travail, qui devait fermer le 31 juillet, on va le laisser ouvert jusqu'au 31 août, pour que celles et ceux... Il y a déjà plus d'un million de personnes. MARIE BERNARDEAUUn mois de plus. ROLAND LESCUREIl y a déjà plus d'un million de personnes qui ont eu accès, qui ont eu leur chèque. Donc ça fonctionne bien. MARIE BERNARDEAUAvec les mêmes modalités, vous ne le changez pas ? ROLAND LESCUREAh non non, on ne change rien. C'est juste, les aides sont maintenues, on l'avait dit, on les avait doublées au mois de juin en se disant : " On ne sait jamais si ça continue, il faut qu'on passe de 50 à 100 Euros ". Donc cette aide, elle existe. Celles et ceux qui n'ont pas eu le temps encore de la demander ont un mois de plus pour la demander. MARIE BERNARDEAUEt ça s'éternise au Moyen-Orient ? ROLAND LESCURENon mais on verra fin août, mais on fera le point, on l'a déjà dit d'ailleurs, on a été très flexibles dans notre capacité d'adaptation à cette crise, malgré des finances publiques très dégradées, je le rappelle quand même, on a mis en place des aides pour les agriculteurs, pour les marins-pêcheurs, pour les transporteurs routiers, pour celles et ceux qui utilisent leurs voitures. Par ailleurs, ça c'est très important, la seule manière de lutter contre cette crise à terme, évidemment, c'est de se désengager de notre dépendance des hydrocarbures. Donc il faut électrifier.Aujourd'hui, on lance une consultation, la ministre de l'Energie, auprès du Conseil supérieur de l'énergie, pour doubler le leasing social. Il y a déjà 50 000 personnes modestes qui vont y avoir accès. MARIE BERNARDEAUC'est l'accession aux voitures électriques. ROLAND LESCUREC'est le dispositif. Donc en fait, là, on met en place un dispositif directement lié à ceux qui utilisent leur véhicule pour travailler au-delà de 15 000 kilomètres par an, notamment les aides-soignants, les infirmières, etc., qui vont avoir un bonus pour acheter un véhicule électrique qui peut aller jusqu'à 12 000 Euros de mémoire, en tout cas plus de 10 000 Euros. Donc c'est un bonus plus important que le bonus habituel qui va permettre à celles et ceux qui utilisent leur voiture, pour travailler, qui souffrent aujourd'hui en première ligne face à la hausse du prix d'essence, de passer à l'électrique. Et vous l'avez vu sans doute. Quand on discute aujourd'hui avec des gens qui sont passés à l'électrique, ils ne reviendront pas en arrière. AUDREY TISONRoland Lescure, vous parlez toujours d'aides ciblées, notamment sur les grands rouleurs. Est-ce qu'il ne faudrait pas d'aides générales ? On a toujours du côté de La France insoumise une demande de blocage des prix à la pompe, et du côté du RN, une demande de baisse de la TVA, puisqu'il y a de la TVA qui rentre à chaque fois qu'on va à la pompe. Pourquoi ne pas répondre à ces demandes des oppositions ? ROLAND LESCUREInefficace et injuste. Injuste, parce que je n'ai rien contre les cadres supérieurs qui partent en vacances, mais je n'ai pas nécessairement envie de les aider à faire le plein. Si je baisse la TVA, comme le RN me le demande, un cadre supérieur qui part dans une grosse voiture, en diesel, en vacances sera plus aidé que l'aide soignante qui utilise son véhicule, sans doute de petite taille pour faire son travail. Donc, nous préférons les aides ciblées. Ensuite, il faut financer ces mesures. Donc, baisser la TVA, c'est des milliards d'Euros qu'il faudra trouver ailleurs. Et c'est inefficace, parce qu'on le sait bien. Soit on bloque les prix, et dans ce cas-là, on aura des risques d'approvisionnement, puisque TOTAL et les autres qui distribuent de l'essence perdront de l'argent, donc soit il faudra les compenser, ça coûtera de l'argent, soit... AUDREY TISONOn n'est pas en mesure de négocier avec ces grandes entreprises pour aller vers un blocage des prix. ROLAND LESCUREAujourd'hui, bon, le Fonds monétaire international hier nous a salués pour la justesse des mesures qu'on a mises en place. Pourquoi ? Parce que, quand il y a moins de pétrole dans le monde, si vous baissez le prix, vous ne réservez pas le problème de moins de pétrole dans le monde. Donc, qu'on utilise l'argent public, qui est rare, et donc cher, pour les gens qui en ont le plus besoin, c'est bienvenu. Mais qu'on donne, je dirais, de l'argent magique qui n'existe pas à toutes celles et ceux qui, aujourd'hui, consomment du pétrole, y compris ceux qui n'en ont pas besoin. C'est inefficace, et c'est injuste.Donc, oui, moi, je souhaite continuer à cibler ceux qui sont en première ligne, qui souffrent vraiment de cette crise. On a un choc qui nous vient de l'extérieur, j'allais dire, on doit tous le payer. Donc, je préfère, effectivement, utiliser l'argent dont je dispose, je n'en ai pas beaucoup, à celles et ceux qui en ont le plus besoin. MARIE BERNARDEAUPas d'argent magique, dites-vous, Roland Lescure. Il faut préparer le prochain budget, le budget de l'État. ROLAND LESCUREOui, on est dedans. MARIE BERNARDEAULe Premier ministre dit qu'il ne faut pas que ça sacrifie les investissements d'avenir. Vous allez faire comment ? ROLAND LESCUREAlors, d'abord, on va faire la transparence. Montrer que, dans nos dépenses, il y a des dépenses d'investissement, des dépenses de fonctionnement. Il faut qu'on baisse les dépenses de fonctionnement et qu'on augmente les dépenses d'investissement. Le Fonds vert, on en a parlé. L'investissement dans la défense, évidemment. L'innovation. Moi, je suis persuadé que si on veut rendre le modèle social viable à long terme, évidemment, il faut faire des économies, mais il faut surtout financer l'avenir. Donc, si on veut financer le quantique, l'intelligence artificielle, la transition écologique, l'industrie verte, il faut faire des économies ailleurs, les dépenses de santé. AUDREY TISONAlors où ? Soyez concrets, où est-ce que vous comptez faire des économies ? Notamment dans le domaine de la santé ? ROLAND LESCUREOui, mais parce que, là encore, la santé, vous avez des médicaments traditionnels qui sont moins efficaces et qui, aujourd'hui, sont surconsommés. On sait bien qu'on consomme plus en France de paracétamol, d'antibiotiques, d'antidépresseurs que n'importe où ailleurs en Europe et les gens ne sont pas plus malades en Allemagne qu'en France. AUDREY TISONEt c'est quoi ? C'est des médicaments de confort ? ROLAND LESCUREAttendez, et par ailleurs, il y a des médicaments innovants, qui sont de plus en plus efficaces, qu'il faut financer aussi. Donc, l'idée, c'est de mettre la priorité sur l'innovant et surtout, je veux être très clair, de ne pas dérembourser les médicaments traditionnels, mais de limiter ce qu'on appelle la surconsommation. On a, aujourd'hui, une habitude française de consommer plus de médicaments traditionnels que nos voisins. Il faut qu'on incite les gens à consommer moins de médicaments qui sont moins efficaces que d'autres, mais là encore... AUDREY TISONMais ça passe par les médecins ? ROLAND LESCUREÇa passe par les médecins, ça passe par les patients, ça passe par l'ensemble du système. Là encore, on peut dire que c'est la faute des médecins, des patients, des pharmaciens, des hôpitaux. Non. On a une cause nationale qui est de financer l'avenir. En l'occurrence, dans la santé, les médicaments innovants qui vont permettre de traiter des maladies extrêmement graves comme le cancer, qui vont permettre d'être plus efficaces dans le traitement de maladies auto-immunes. Donc on a une capacité d'innovation exceptionnelle qui va donner de l'espoir à des millions de patients. Il faut qu'on le finance.Et on a une dette publique extrêmement importante. On n'est pas en train de sacrifier, on est en train d'investir. Mais pour investir, il faut économiser et limiter les excès et la surconsommation. On le sait bien. Il suffit de regarder les chiffres. En Allemagne, ils ne sont pas plus malades que nous, mais ils consomment moins de paracétamol, d'antibiotiques et autres donc on doit pouvoir faire mieux et sans montrer du doigt, sans singulariser. MARIE BERNARDEAURoland Lescure, ce budget, il passera ? Ou ce sera encore un 49.3 ? ROLAND LESCUREMoi je l'espère. Le Premier ministre a été très clair dans son interview. Alors il passera peut-être par 49.3, mais un budget qui passe par 49.3, c'est un budget qui passe. En tout cas, il faut qu'il passe. Si, et j'en connais un certain nombre, les candidats se voient élus… Il y en a beaucoup qui se voient élus aujourd'hui, il n'y en aura qu'un. MARIE BERNARDEAUCandidat à la présidentielle ? ROLAND LESCUREÀ la présidentielle de l'année prochaine, ils hériteront de la situation qu'on aura construite ensemble. Donc soit le débat budgétaire intègre ça, le fait qu'au fond, là encore, c'est un bien commun, le budget 27, qui sera ensuite passé à nos successeurs, qui devront gérer. Et donc, là je parle de politique, on négociera, j'allais dire, les détails, les mesures, etc. Mais si globalement, on est dans une logique constructive, où on se dit " On a intérêt à avoir un budget, parce que moi, je serais peut-être élu et que j'en hériterais " je pense qu'on peut changer l'état d'esprit par rapport aux états d'esprit différents. Je rappelle que ces trois dernières années, pour voter deux budgets, on a eu besoin de trois gouvernements. AUDREY TISONRoland Lescure, un mot rapidement du dossier FIBRE EXCELLENCE, plus de 600 emplois menacés dans les Bouches-du-Rhône. En haut de Garonne, un site qui est bloqué, ce sont deux usines de pâte à papier, il y a un repreneur qui s'est manifesté, Matthieu Pigasse, et ce repreneur, pour vous, il a une proposition populiste, mais pourquoi vous dites ça ? ROLAND LESCUREAlors, je n'ai pas dit populiste, mais peu importe. FIBRE EXCELLENCE, c'est une entreprise de pâte à papier, vous l'avez dit, 600 salariés. Et moi je pense à eux tous les jours quand je réfléchis à la manière dont on peut les aider avec Sébastien Martin, le ministre de l'Industrie. On a déjà mis 100 millions d'Euros pour aider cette entreprise, qui sont quasiment perdus. On est prêt, dans le cadre de la reprise, à mettre 100 millions de plus. Mais moi je ne souhaite pas que des repreneurs s'investissent dans une entreprise avec l'argent des autres, en l'occurrence, le vôtre et le mien, l'argent public. Donc je souhaite, et je l'ai toujours fait, quand on a un repreneur, qu'il fasse un investissement significatif à nos côtés. Aujourd'hui, il nous demande 100 millions d'Euros de plus, donc ça veut dire que l'État aurait mis au total 300 millions d'Euros, et lui, il envisage d'investir 5 millions. Je dis que le compte n'y est pas. C'est le Tribunal de Commerce qui tranchera, mais le Tribunal de Commerce... AUDREY TISONC'est la seule proposition de reprise ? ROLAND LESCUREMais oui, mais si c'est une reprise qui manque totalement de crédibilité et d'investissement, en fait, on vend du rêve à des salariés qui, aujourd'hui, risquent de vivre un cauchemar. AUDREY TISONDonc on abandonne FIBRE EXCELLENCE et les deux dernières grandes usines de pâte à papier de France ? ROLAND LESCURENon, on n'abandonne pas. Nous, on est prêts à investir aux côtés d'investisseurs qui, eux aussi, s'investissent. J'ai un débat avec Sophie Binet qui m'a interpellé là-dessus. MARIE BERNARDEAULa leader de la CGT. ROLAND LESCURELa secrétaire générale de la CGT. Elle souhaite qu'on nationalise. Moi, je ne souhaite pas qu'on nationalise l'industrie française. Mais ce débat, il a du sens. Mais à partir du moment qu'un investisseur envisage d'investir dans une entreprise, je souhaite effectivement qu'il investisse. Et c'est le risque, là, aujourd'hui. On va se le dire parce qu'on ne parle pas de n'importe quel investisseur qui en profite pour faire de la politique. On ne peut pas faire de la politique sur le dos des salariés de FIBRE EXCELLENCE. Moi, je n'en fais pas, en tout cas. MARIE BERNARDEAURoland Lescure, ministre de l'Économie, merci d'avoir été avec nous ce matin. ROLAND LESCUREMerci à vous. Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juillet 2026
La source — vie_publique · nº 304177
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304177-roland-lescure-23072026-france-info-politique-economique?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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