Interview de Mme Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, à CNews le 21 juillet 2026, sur les candidats à l'élection présidentielle, les flux migratoires notamment à Mayotte, la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, le narcotrafic dans les territoir
Naïma Moutchou (auteur), Pierre De Vilno (intervenant)
PIERRE DE VILNOEt l'invitée de "La Grande Interview" ce matin sur CNews et sur Europe 1, c'est en effet Naïma Moutchou. Bonjour.
NAÏMA MOUTCHOUBonjour.
PIERRE DE VILNOMerci d'être avec nous, ministre des Outre-mer et soutien historique et indéfectible d'Édouard Philippe. Comment est-ce que vous arrivez à conjuguer le présent et le futur ?
NAÏMA MOUTCHOUJe suis pleinement à ma tâche comme ministre des Outre-mer, ce qui n'est pas incompatible avec l'idée qu'on puisse se projeter, qu'on puisse penser à demain, à dessiner un projet politique pour la suite et au contraire, je crois que ce que je fais…
PIERRE DE VILNOVraiment, vous arrivez à être dans le continuum d'Emmanuel Macron alors qu'Édouard Philippe, justement, tente à dire qu'il faut couper avec le passé ?
NAÏMA MOUTCHOUNon, mais la campagne présidentielle ne sera pas une histoire d'héritage politique, je n'y crois pas. Je pense qu'une présidentielle, ça reste quand même la rencontre de quelqu'un, un candidat avec les Français.
PIERRE DE VILNOQui a été Premier ministre.
NAÏMA MOUTCHOUSa vision, son cap… Effectivement, il a été Premier ministre.
PIERRE DE VILNOIl y a un bilan en tant que Premier ministre d'Emmanuel Macron.
NAÏMA MOUTCHOUTout à fait.
PIERRE DE VILNOLes 80 km/heure, les gilets jaunes, la fermeture de Fessenheim, la dette, il en a contribué.
NAÏMA MOUTCHOUAbsolument, il a baissé la dette en même temps qu'il n'a pas augmenté les impôts et le chômage a baissé. Donc, il y aura un bilan à défendre aussi en temps voulu. Mais Édouard Philippe, c'est aussi quelqu'un qui a son propre style, qui a son propre cap, qui a ses qualités, qui a aussi ses convictions. Et parfois, quand il n'a pas été d'accord, il l'a dit. Et c'est là que ça se jouera aussi. Parce que moi, je crois à cette rencontre avec les Français, au projet et au programme en temps voulu.
PIERRE DE VILNODu coup, vous arrivez à regarder en conseil des ministres le Président de la République dans les yeux.
NAÏMA MOUTCHOUJe n'ai aucune difficulté avec ça parce que je ne suis pas de ceux qui renient, de ceux qui regarderaient le passé en disant : "Je n'ai pas participé".
PIERRE DE VILNOEdouard Philippe non plus ne renie pas?
NAÏMA MOUTCHOUÉdouard Philippe non plus. Il l'assumera. Il assumera ce qu'il a fait. Il assumera aussi ce qu'il n'a pas fait. Parce qu'il y a beaucoup de désinformations dans l'action qui a été celle d'Édouard Philippe comme Premier ministre.
PIERRE DE VILNOC'est-à-dire ?
NAÏMA MOUTCHOUOn reviendra sur un certain nombre de sujets. Vous voyez bien qu'il est la cible parce qu'il est le candidat le mieux placé. Donc, il y a beaucoup, beaucoup de fake news autour de ce qu'il a…
PIERRE DE VILNOC'est Marine Le Pen pour l'instant qui est la mieux placée dans les sondages.
NAÏMA MOUTCHOUDans le Bloc central. Je parle du candidat du Bloc central.
PIERRE DE VILNOVous parlez du Bloc central.
NAÏMA MOUTCHOUAbsolument. Donc, tout ça, on le fera en temps voulu. Ce qui compte aujourd'hui, c'est de dérouler le projet. C'est d'abord de dire qui nous sommes et où nous voulons amener les Français. C'est de dire que Édouard Philippe, c'est le candidat de la maîtrise de la dépense publique, la maîtrise de l'immigration, la maîtrise de la sécurité. Et c'est aussi le candidat qui se projette pour traiter des sujets, des grands défis de demain. La transition écologique, l'intelligence artificielle, les Outre-mer qui sont un sujet important pour lui. Voilà, c'est aussi ce candidat à la fois qui veut traiter l'urgence et l'avenir.
PIERRE DE VILNOAlors, vous parlez du Bloc central. Et effectivement, je ne sais pas si c'est un rival ou un compétiteur, mais il y a Gabriel Attal. Comment est-ce qu'on fait pour les départager ?
NAÏMA MOUTCHOUIl y a plusieurs candidats. Ce n'est pas quelque chose qui soit inédit dans l'histoire des campagnes présidentielles. C'est plutôt sain, d'ailleurs, qu'il y ait des débats qui se forment parce qu'il y a des sensibilités différentes.
PIERRE DE VILNOMais est-ce qu'il y a une sincérité dans la compétition ? Est-ce que vous diriez que c'est une compétition sincère ?
NAÏMA MOUTCHOUOui, je le crois. Je le crois parce que chacun porte des convictions. Elles sont différentes. Tout le monde ne part pas du même endroit. On ne part pas tous du même point de départ.
PIERRE DE VILNOÇa veut dire quoi ça ?
NAÏMA MOUTCHOUÉdouard Philippe, il a une histoire. Il vient de la droite républicaine. Ce qui n'est pas le cas de Gabriel Attal. Bruno Retailleau, c'est encore autre chose. Il est sur un périmètre un peu plus restreint, Bruno Retailleau…
PIERRE DE VILNOD'où il vient pour vous, Gabriel Attal ?
NAÏMA MOUTCHOUIl ne le cache pas, il vient du Parti socialiste d'abord. Il a rejoint Emmanuel Macron, dont lui aussi a été Premier ministre. Il défend une ligne en même temps au sein de ce macronisme originel. Ce n'est pas une critique. C'est un fait objectif.
PIERRE DE VILNOC'est factuel. Et vous qui côtoyez…
NAÏMA MOUTCHOUCe n'est pas le cas d'Édouard Philippe, qui est un homme de droite, qui vient de la droite et qui va défendre des valeurs qui sont des valeurs de droite. Elles sont très claires. Le travail, le mérite, l'effort, la discipline, l'ordre, le retour à des comptes qui soient soutenables pour le pays. C'est autour de ça que se structure sa candidature.
PIERRE DE VILNOMais vous qui côtoyez au moins autant Édouard Philippe que Sébastien Lecornu, ne sentez-vous pas un élan présidentiable chez le Premier ministre, justement ? C'est une petite musique qui monte.
NAÏMA MOUTCHOULe Premier ministre est à la tâche. Et ce qu'il l'a réalisé au cours de ces derniers mois…
PIERRE DE VILNOVous aussi. Ça n'empêche pas.
NAÏMA MOUTCHOUOui, absolument.
PIERRE DE VILNOPeut-être que vous allez vous déclarer candidate à la présidentielle aussi.
NAÏMA MOUTCHOUNon, non…
PIERRE DE VILNOIl y a suffisamment de candidats déjà…
NAÏMA MOUTCHOUJe n'ai pas d'annonce à faire. Je n'ai jamais caché mes convictions politiques. Je suis aussi une militante politique. Le Premier ministre est à la tâche. Ce qu'il a réalisé ces derniers mois, sur le plan des résultats, est au rendez-vous. Il faut se rappeler la situation du mois d'octobre dernier. Il fallait faire voter un budget pour le pays.
PIERRE DE VILNOIl va falloir maintenant aussi.
NAÏMA MOUTCHOUIl faut rapporter de la stabilité, il l'a fait. Nous avons fait passer un certain nombre de réformes importantes jusqu'à encore cette nuit avec la loi agricole. Donc vous voyez, il est lui-même dans sa fonction pleinement.
PIERRE DE VILNOQu'est-ce qu'on fait ? On fait une primaire ? Cette fameuse primaire qui court sur toutes les lèvres. C'est une primaire d'horizon jusqu'à reconquête ?
NAÏMA MOUTCHOUJ'y suis défavorable. Je l'ai déjà dit. Je n'ai pas changé d'avis. Je ne crois pas à la primaire. Je ne crois pas au spectacle que donne la primaire aux Français qui est fait d'invectives et de ressentiments à la fin. Ça n'a pas toujours produit les résultats escomptés par ailleurs. Ça, l'histoire nous le montre. Ça n'a pas donné des candidats qui gagnaient la présidentielle. Je crois plutôt à une sélection naturelle.
PIERRE DE VILNOÇa existe, ça ?
NAÏMA MOUTCHOUUn peu comme Gérard Larcher qui a fixé à peu près novembre la limite, je crois, à des ralliements autour d'Édouard Philippe.
PIERRE DE VILNOAutour d'Edouard Philippe ? Il reste en tête. C'est des ralliements, mais c'est Édouard Philippe qui leade ?
NAÏMA MOUTCHOUParce que c'est sa force. Sa force, c'est le rassemblement. Il est le candidat en capacité de rassembler autour de lui parce qu'il incarne à la fois l'autorité et la stabilité. Toutes choses que recherchent les Français qui en ont marre des excès permanents. Il est ce candidat du barycentre, en quelque sorte.
PIERRE DE VILNOOn parlait tout à l'heure de Marine Le Pen. Je disais qu'elle était devant dans tous les sondages. On donne même Marine Le Pen gagnante au second tour face à Édouard Philippe. Sondage récent. Est-ce que vous mettez le RN et LFI dans le même sac ?
NAÏMA MOUTCHOUD'abord, ce sont des sondages. On est à neuf mois… Huit ou neuf mois de la présidentielle…
PIERRE DE VILNOC'est pour ça que j'ai précisé que c'était les derniers sondages.
NAÏMA MOUTCHOUVous avez raison. Ce sont des sondages et nous sommes à la tâche. Nous irons porter le projet partout dans le pays. Édouard Philippe continue à s'y donner.
PIERRE DE VILNOVous ne répondez pas à ma question. Est-ce que vous mettez le RN et LFI dans le même sac, Naïma Moutchou ?
NAÏMA MOUTCHOUDans le même sac.
PIERRE DE VILNOEst-ce que vous mettez sur la même étagère le RN et LFI ?
NAÏMA MOUTCHOUJe me battrai contre les extrêmes jusqu'au bout. Je l'ai dit. Je l'ai fait, d'abord. Lorsque j'étais moi-même candidate aux législatives, je n'ai toujours dit ni RN ni LFI, ni le Rassemblement national ni La France Insoumise.
PIERRE DE VILNOProblème s'il y a un second tour RN – LFI ?
NAÏMA MOUTCHOUJe ne me place pas dans cette situation.
PIERRE DE VILNOTrès bien.
NAÏMA MOUTCHOUMa réponse ne doit pas vous satisfaire mais je ne peux pas me placer dans cette situation. Je ne veux pas ça pour mon pays. Je ne veux pas la tenaille des extrêmes. Voilà pourquoi je ferai campagne, mais jusqu'au bout, jusqu'au dernier quart d'heure pour Édouard Philippe.
PIERRE DE VILNODonc si ça arrive, je vous reposerai la question au moment où il y aura ce second tour, s'il y en a un comme ça.
NAÏMA MOUTCHOUVous me réinviterez.
PIERRE DE VILNOL'actualité ce matin, Naïma Moutchou, c'est FRONTEX qui pointe du doigt des agissements de l'ONG Sea-Watch au large des côtes libyennes. Des migrants directement transbordés des bateaux des passeurs sur le bateau de cette ONG. C'est la deuxième fois en une semaine. Est-ce qu'il y a une collusion entre les ONG et les passeurs ?
NAÏMA MOUTCHOUAlors c'est un sujet qui revient de manière récurrente. C'est possible, c'est possible. Ce sont les enquêtes qui le détermineront, ce qui montre bien qu'il faut reprendre la main le contrôle sur les flux migratoires. C'est un des sujets majeurs. Ce sera un sujet de débat d'ailleurs de la présidentielle. Il faut reprendre le contrôle des flux migratoires.
PIERRE DE VILNOComment ? Avec quoi ?
NAÏMA MOUTCHOUIl faut le faire avec des mesures très précises.
PIERRE DE VILNOC'est-à-dire ?
NAÏMA MOUTCHOULe Gouvernement en a les moyens, il en a la possibilité. Je regarde par exemple ce qui se passe à Mayotte, comme ministre des Outre-mer. Vous savez, c'est un territoire particulier qui suit une pression migratoire hors normes. Aucun territoire…
PIERRE DE VILNOAvec les Comores.
NAÏMA MOUTCHOUNon seulement les Comores, mais aussi les Africains des Grands Lacs. Il faut des moyens. D'abord des moyens matériels, humains. Parce qu'il faut traiter les demandes d'asile très rapidement pour pouvoir délivrer des OQTF, pour pouvoir reconduire ceux qui n'ont pas vocation à rester dans les frontières. Il faut pouvoir échanger avec les pays partenaires et donc établir des conventions qui permettent d'obtenir des laissez-passer diplomatiques.
PIERRE DE VILNOIl faut… Il faut… Il faut… Pourquoi est-ce qu'on ne le fait pas ?
NAÏMA MOUTCHOUC'est ce qu'on est en train de faire. C'est ce qu'on est en train de faire à Mayotte. On monte en puissance. Je peux vous dire que les forces de sécurité agissent quotidiennement pour interpeller des migrants, pour les ramener. Nous sommes en lien, le quai d'Orsay est en lien avec les pays tiers en question pour obtenir des laissez-passer diplomatiques. Il faut être dans l'action. Peut-être dans les slogans, imaginer organiser les référendums.
PIERRE DE VILNOC'est là que ça bloque sur les visas de retour ? C'est là que ça bloque, justement ?
NAÏMA MOUTCHOUÇa peut bloquer sur les visas de retour parce que c'est effectivement une question de rapport de force aussi, nous le savons bien.
PIERRE DE VILNOQu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ? On met la pression ?
NAÏMA MOUTCHOUOn continue la discussion, bien sûr. On met la pression, on continue la discussion et on obtient des résultats. J'aurai l'occasion de me déplacer avec le ministre de l'Intérieur, c'était prévu, dans les semaines qui arrivent à Mayotte, justement pour montrer l'action de l'État au quotidien pour gérer ces flux migratoires. Donc évidemment, c'est possible. Je ne dis pas que c'est simple. Personne ne dit d'ailleurs que c'est simple, mais je ne vous dis pas que tout est perdu non plus. Il y a des résultats qui se font et on doit continuer à être offensif sur le sujet.
PIERRE DE VILNOLe présent et le futur, Édouard Philippe sera-t-il celui qui réglera le contentieux avec l'Algérie ?
NAÏMA MOUTCHOUAlors, qui s'est prononcé sur l'Algérie ? Le contentieux avec l'Algérie, je n'aime pas beaucoup le terme parce qu'on a l'impression qu'on met dans le même sac le gouvernement algérien et le peuple algérien.
PIERRE DE VILNOSi vous préférez, le contentieux avec le régime algérien.
NAÏMA MOUTCHOUC'est la convention notamment qu'il a dénoncé. Il a été le premier à le faire de délivrance de visas dont nous considérons que c'est un texte qui est anachronique tout simplement. Les conditions des années 50-60 sur fond de signature, ne sont plus du tout…
PIERRE DE VILNODonc on supprime ?
NAÏMA MOUTCHOUIl faut négocier avec l'Algérie.
PIERRE DE VILNOC'est possible ?
NAÏMA MOUTCHOUMais bien sûr que c'est possible. Oui, c'est possible. Il faut le faire.
PIERRE DE VILNOMéthode douce ou méthode forte ?
NAÏMA MOUTCHOUAlors, il faut commencer par la méthode douce parce que les relations diplomatiques…
PIERRE DE VILNOC'est ce qu'est en train de faire le Gouvernement actuel avec Jean-Noël Barrot notamment.
NAÏMA MOUTCHOUEt c'est normal parce qu'il faut toujours privilégier les relations diplomatiques. Donc, il faut y aller étape par étape et voir comment tout ça se présente.
PIERRE DE VILNOEt donc, la méthode douce, c'est l'octroi de 250 000 visas supplémentaires. Vous pensez que c'est une bonne solution ?
NAÏMA MOUTCHOUAlors, c'est ce qu'a dit l'ambassadeur France en Algérie.
PIERRE DE VILNORomatet.
NAÏMA MOUTCHOUQui n'a pas été repris par… Ce n'est pas la position du Gouvernement. Donc, ce n'est pas la méthode qui a été…
PIERRE DE VILNOIl est ambassadeur de France en Algérie. Donc, s'il le dit, c'est qu'il a le Go du quai d'Orsay.
NAÏMA MOUTCHOUOui, mais ça n'est pas à l'ordre du jour. D'abord, si ça devait se faire, c'est du temps long. Ce qu'on souhaite d'abord, c'est remettre à plat l'exercice. Donc, il ne faut pas se tromper d'ordre dans les choses qu'on doit faire avec l'Algérie sur les sujets migratoires. D'abord, remettre de l'ordre, y voir plus clair. Renégocier cette convention qui n'est plus au goût du jour parce que nous avons un sujet de gestion migratoire avec notamment les Algériens et voir où cela nous mène.
PIERRE DE VILNOL'Allemagne, la Belgique, l'Autriche, le Portugal sont tous revenus sur le regroupement familial. Est-ce qu'on doit faire de même en France ?
NAÏMA MOUTCHOUJe crois qu'il faut s'y pencher. Je crois qu'il faut s'y pencher parce que les conditions dans lesquelles le regroupement familial a été pensé, a été imaginé, la manière dont il a évolué, tout ça ne correspond plus aux années 2026, aujourd'hui. Et donc, ça ne doit pas être un sujet tabou. Donc, ça fait partie d'ailleurs du programme d'Édouard Philippe qui dit qu'en matière de gestion de flux migratoires, il faut regarder les conditions du regroupement familial pour les restreindre. Il faut faire ça bien. L'idée n'est pas de priver ceux qui sont ici, leurs familles, quand les conditions sont remplies. Il y a aussi un aspect humanitaire qui n'est pas à négliger, mais il faut quand même de la fermeté. Donc, c'est un exercice là aussi auquel il faudra se plier.
PIERRE DE VILNONaïma Moutchou, il y a trois ans, vous avez vous-même, en tant que députée, fait l'objet d'attaques racistes absolument abjectes. Vous avez, pendant cette Coupe du Monde, alerté sur le racisme dont faisaient l'objet Kylian Mbappé, l'équipe de France, mais aussi Lucas Digne. J'en conclus que vous êtes d'accord pour dire que le racisme n'est pas limité à une couleur de peau.
NAÏMA MOUTCHOUOui, je suis tout à fait à l'aise pour le dire. J'ai toujours combattu toutes les formes de racisme, d'où qu'elles viennent. Il se trouve que je suis avocate de métier. J'ai beaucoup plaidé dans des affaires de racisme, de lutte contre les discriminations. J'ai plaidé dans des affaires de racisme anti-blanc. Elles existent.
PIERRE DE VILNODonc ça existe.
NAÏMA MOUTCHOUBien sûr qu'elles existent. Elles doivent toutes être combattues, d'où qu'elles viennent. À partir du moment où vous êtes attaqué pour votre couleur de peau, votre origine, votre orientation sexuelle ou religieuse, c'est du racisme. Il faut être au rendez-vous de ce combat. Que ce soit Kylian Mbappé, Lucas Digne ou n'importe quel autre, il y a aussi des joueurs qui viennent des Outre-mer, qui ont été attaqués, qui sont Français, qui viennent des territoires ultramarins, attaqués aussi.
PIERRE DE VILNOL'équipe de France tout entière a été attaquée par le chef du Gouvernement, l'ancien Chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qui avait dit qu'il n'y avait pas un seul Français dans l'équipe de France.
NAÏMA MOUTCHOUC'est une honte. C'est inacceptable d'entendre ça. Les propos qui ont été tenus reviennent à nous attaquer directement et à ce que nous sommes, à ce que nous représentons. Ce que je refuse, en revanche, c'est qu'on instrumentalise un racisme pour en minimiser les autres, ce que font certains. Vous voyez bien, il y a un racisme qui serait plus important que les autres.
PIERRE DE VILNOC'est-à-dire ?
NAÏMA MOUTCHOUIl n'y a pas de hiérarchie de victimes. Ça dépend des camps. Il y en a qui vont vous dire…
PIERRE DE VILNOQu'est-ce que vous voulez dire, Naïma Moutchou ?
NAÏMA MOUTCHOUCe que je veux dire par là, c'est que vous avez certains responsables politiques, je parle de responsables politiques aujourd'hui…
PIERRE DE VILNONommez-les.
NAÏMA MOUTCHOU…qui vont instrumentaliser une forme de racisme, le racisme anti-musulman d'un côté ou l'antisémitisme de l'autre, pour monter les communautés les unes contre les autres. Ça, c'est inacceptable. C'est extrêmement dangereux. Il faut combattre toutes les formes de racisme, toutes les formes d'antisémitisme d'où qu'elles proviennent.
PIERRE DE VILNOL'antisémitisme est toujours là, et vous le dites très justement ce matin, Naïma Moutchou, 3,5 actes quotidiens, tous les jours. Que dites-vous à la DJ Barbara Butch ce matin ? Est-ce que vous lui apportez votre soutien ?
NAÏMA MOUTCHOUJe lui dis mon soutien et ma solidarité. Ce qui s'est passé, les images que j'ai vues, elles sont insupportables. Elles sont insupportables. On peut critiquer, ne pas être d'accord avec une artiste. On est un grand pays, vous voyez bien que la liberté d'expression peut s'exprimer, c'est une richesse que nous avons là. Mais empêcher une artiste de se produire parce qu'elle est juive ou parce qu'elle est homosexuelle, ça ne doit jamais exister. Jamais !
PIERRE DE VILNOLà en l'occurrence parce qu'elle avait signé la loi Yadan, qui vise à lutter contre l'antisémitisme.
NAÏMA MOUTCHOUOui, il y a des outils pour dire qu'on n'est pas d'accord, on peut même manifester, on est un grand pays. En revanche, empêcher une artiste de se produire, c'est une ligne rouge là qui est franchie. Tout le monde devrait le dénoncer, quel que soit le bord politique, et notamment la gauche devrait le dénoncer, sans nuance, sans ambiguïté.
PIERRE DE VILNOElle est absente la gauche ? Vous avez entendu le monde de la culture pour soutenir Barbara Butch ?
NAÏMA MOUTCHOUAssez peu, même si j'entends quelques artistes aujourd'hui. Je vois bien que c'est un sujet tabou encore une fois. Ça ne doit pas l'être. Ça ne peut pas être un sujet tabou. Le rapport à l'autre, la haine de l'autre, c'est une question de société qui nous engage tous. Et à partir du moment où vous êtes attaqué parce que vous êtes juif, alors il n'y a pas de mai, ça doit être condamné comme de l'antisémitisme.
PIERRE DE VILNONaïma Moutchou, vous portez le volet ultramarin contre le narcotrafic. Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, a reçu jeudi dernier des menaces de mort accompagnées de balles déposées dans sa boîte aux lettres et d'un message signé DZ Mafia. Cette lutte contre le narcotrafic, vous, pour l'Outre-mer, vous l'avez doté de 14 millions d'Euros. Est-ce que c'est à la hauteur des réseaux criminels qui, eux, disposent de moyens financiers colossaux ?
NAÏMA MOUTCHOUVous avez raison, ça nous oblige à adapter notre réponse en permanence. Ils ont des moyens colossaux, ils s'internationalisent. On a parfois affaire à des cartels. J'ai lancé un grand plan lutte contre le narcotrafic pour les Antilles et la Guyane à la demande du Président de la République, sous l'autorité du Premier ministre, justement qui opère un changement d'échelle pour qu'on soit a minima au même niveau que les trafiquants. On va renforcer les moyens, les équipements, parce que vous savez que les Outre-mer sont en première ligne. Les stupéfiants qui viennent d'Amérique du Sud passent aux abords, par les ports, par les aéroports des territoires ultramarins donc il faut y mettre les moyens : moyens matériels, radars, moyens de sécurité, plus de personnel, de douane, brigade nautique, c'est ce que nous faisons.
PIERRE DE VILNOÇa suffira ? La corruption, notamment, par ces moyens financiers colossaux des cartels ?
NAÏMA MOUTCHOUAbsolument. Il y a aussi un plan anti-corruption qui est décliné. Il y a aussi un moyen qui est mis sur les douanes mais c'est un combat total. C'est vrai que c'est un combat qui est gigantesque. Il faut à la fois des moyens de sécurité, mais je vais vous dire, il faut que tout le monde prenne ses responsabilités. Il faut que les collectivités et les élus locaux fassent de la prévention.
PIERRE DE VILNOC'est un appel que vous lancez ce matin ?
NAÏMA MOUTCHOUAbsolument. Il faut que les familles jouent leur rôle auprès de leurs enfants aussi pour les détourner de ces trafics. Il faut que l'école apporte aussi ce qu'elle a apporté en termes d'instructions, de valeurs.
PIERRE DE VILNOIl n'est pas trop tard pour ça ? Quand vous avez des jeunes qui sont gangrenés dans le trafic et dans le narcotrafic et qui apportent énormément d'argent, beaucoup plus que les allocations familiales aux familles, comment est-ce que vous voulez leur dire : "Écoutez, non, ce que vous faites, ce n'est pas bien." ?
NAÏMA MOUTCHOUEn leur donnant des perspectives, d'abord. Il faut leur donner des perspectives. C'est ce que je veux faire dans les territoires ultramarins.
PIERRE DE VILNOÇa peut prendre combien ? Une ou deux générations ?
NAÏMA MOUTCHOUÉcoutez, ça ne peut pas être…
PIERRE DE VILNOPardonnez-moi d'être plus pessimiste que vous, Naïma Moutchou.
NAÏMA MOUTCHOUJe ne peux pas me résoudre à dire qu'un enfant va préférer choisir un réseau plutôt que un travail, ou une formation à l'apprentissage.
PIERRE DE VILNOC'est la réalité.
NAÏMA MOUTCHOUNon, parce que quand vous mettez les moyens, vous voyez les résultats. C'est ce qu'on fait dans les territoires ultramarins, parce qu'on accélère sur la feuille de route économique en offrant de l'emploi, de la formation, de l'apprentissage, en permettant à des étudiants qui veulent venir continuer à poursuivre leurs études en Hexagone de pouvoir le faire pour les éloigner justement de la tentation de l'argent facile. Il faut des actions concrètes, c'est vrai, ça prend du temps, parce que c'est un combat qui se mène différemment aujourd'hui. On s'attaque à des réseaux…
PIERRE DE VILNOC'est pour ça que je vous disais, au moins une génération.
NAÏMA MOUTCHOUJe ne sais pas si c'est une génération…
PIERRE DE VILNOÇa va prendre dix ans.
NAÏMA MOUTCHOUCe qui est certain, c'est que ma responsabilité, c'est d'agir, c'est d'agir dès aujourd'hui.
PIERRE DE VILNOEt justement, selon une enquête d'Europe 1, et via notre journaliste William Molinié, la France n'est plus seulement un marché de consommation, c'est aussi un marché exportateur. La France, est-ce qu'elle se mexicanise, comme le disait un ancien ministre de l'Intérieur ?
NAÏMA MOUTCHOUJe ne dirais surtout pas qu'on en arrive à ces considérations. Et je reprends l'exemple des Outre-mer qui est très parlant. Quand vous êtes dans les Antilles, dans la Guyane, vous n'êtes pas loin de la Colombie, vous n'êtes pas loin du Pérou, du Venezuela, qui sont des pays avec des cartels très puissants, avec des moyens financiers colossaux. Est-ce qu'on veut prendre le risque, effectivement, d'avoir des États prédateurs, corrompus ? Certainement pas. Pour ne pas en arriver là, il faut mettre les moyens. C'est ce que nous faisons avec le plan narcotrafic. C'est ce que nous avons fait avec la loi narcotrafic votée l'année dernière. C'est ce que nous faisons en renforçant les moyens de renseignement partagés. C'est un panel d'action qu'il faut continuer à mener.
PIERRE DE VILNOLà aussi, ce sont des discussions avec la Colombie, avec des pays comme cela ?
NAÏMA MOUTCHOUAbsolument.
PIERRE DE VILNOLe Président colombien, l'ancien Président colombien, qui dit répliquer à Donald Trump que la cocaïne, ce n'était pas plus nocif que le whisky, en parlant du whisky américain.
NAÏMA MOUTCHOUÉvidemment, ce sont des propos qui ne sont pas acceptables, et je ne vais pas en prendre à mon compte. Quand j'étais en Martinique, précisément, ce n'est pas un combat qu'on peut mener seul. On le sait pertinemment. Il y a aussi la coopération régionale à mettre en place. Quand je suis allée en Martinique, c'est ce qu'on a fait. Une vingtaine de pays étaient réunis, de Sainte-Lucie, la Dominique, Haïti, qui ne sont pas très loin. Ensemble, nous disons qu'il faut qu'on mène ce combat, qu'on mutualise nos moyens, qu'on partage plus de renseignements, qu'on opère aussi de manière judiciaire. Il y a une volonté commune d'avancer, il y a des actions qui sont mises en place, qui sont en train de produire des résultats et qui continueront d'en produire.
PIERRE DE VILNORapidement, qu'est-ce qu'on fait pour le pouvoir d'achat dans les Outre-mer ? Taux de pauvreté 77 % à Mayotte, 53 % en Guyane, 36 % à la Réunion. Qu'est-ce qu'on fait ?
NAÏMA MOUTCHOUVous avez raison, c'est un sujet de préoccupation majeure, parce que la première des inégalités, c'est le pouvoir d'achat. C'est le premier sujet dont je me suis saisie, le Premier ministre ayant dit, c'est la priorité des priorités. J'ai fait voter un texte de loi au Sénat de lutte, justement, contre la vie chère, que je suis en train d'améliorer, qui poursuit sa navette parlementaire. Il arrivera à l'Assemblée nationale dans les prochains mois. Et je travaille à une feuille de route économique, parce qu'il faut redonner les moyens aux territoires ultramarins de développer leur économie. Ce sont des petits territoires insulaires, il faut qu'ils puissent, dans les filières où ils peuvent produire, le faire. Donc il faut investir, il faut les voir vraiment comme des territoires où investir, pas comme des territoires à compenser. Ils ont des atouts, il y a des potentialités, il y a de l'énergie, il y a des choses à faire. On va développer cette feuille de route économique pour leur donner des moyens, ce qui permettra de faire gagner du pouvoir d'achat à nos compatriotes.
PIERRE DE VILNOY compris sur le carburant qui augmente en métropole et qui va sans doute augmenter déjà dans les territoires ultramarins ?
NAÏMA MOUTCHOUConséquence effectivement de la guerre au Proche-Orient, à laquelle nous sommes opposés, mais que nous subissons par ailleurs. Mais il y a des mécanismes qui sont mis en place. Nous l'avons fait dès le début, avec des systèmes de compensation. Le Premier ministre en avait fait alors sa priorité.
PIERRE DE VILNODonc un prix spécial pour les territoires d'outre-mer.
NAÏMA MOUTCHOUDans les territoires ultramarins, il y a un mécanisme de fixation des prix déjà par arrêté, par voie préfectorale. On fixe un prix en fonction du mois précédent, ce qui permet déjà d'amortir le premier mois. Puis ensuite, on s'adapte. Tout ce qu'a proposé le Premier ministre sur le plan national a vocation à s'appliquer dans les territoires ultramarins. Puis après, s'il faut des dispositions spécifiques, on le fera.
PIERRE DE VILNOMerci beaucoup Naïma Moutchou. Bonne journée.
NAÏMA MOUTCHOUMerci beaucoup.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 304139
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