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21 juillet 2026 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Laurent Panifous, ministre délégué, chargé des relations avec le Parlement, à France Info le 21 juillet 2026, sur l'adoption définitive de la loi d'urgence agricole, le budget 2027 et l'élection présidentielle 2027.

Laurent Panifous (auteur), Béatrice Mathieu (intervenant)

BÉATRICE MATHIEULaurent Panifous, bonjour. LAURENT PANIFOUSBonjour. BÉATRICE MATHIEUCette nuit, l'Assemblée a adopté la loi d'urgence agricole. Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, n'était pas sur les bancs. Est-ce que c'est un signe de son prochain départ du Gouvernement ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, je n'ai pas la réponse à l'instant où l'on se parle. Monique Barbut, pour qui j'ai beaucoup de respect, avait fixé clairement des limites pour elle. En ce qui concerne la question de l'eau ou la question des phytosanitaires, ce sont des sujets importants pour elle. Peut-être que ce texte franchira une ligne rouge, je ne sais pas, mais en tout cas, elle a tout mon respect et tout mon soutien. BÉATRICE MATHIEUEst-ce que vous êtes satisfait de ce texte ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, le Gouvernement a fait le choix de soutenir, d'accepter et d'accompagner le choix des parlementaires, le compromis trouvé en CMP. Nous avions dit clairement – le Premier ministre l'avait dit – que le texte sorti du Sénat n'était pas acceptable, notamment sur la question très sensible des phytosanitaires. Le compromis de la CMP… BÉATRICE MATHIEUSauf que la question des phytosanitaires est quand même resté dans le texte, alors que Sébastien Lecornu avait dit qu'il ne fallait pas qu'il y soit dans le texte et qu'il fallait qu'il soit à part. LAURENT PANIFOUSIl y a toujours la question des phytosanitaires dans le texte qui a été adopté largement par les députés hier – qui est donc le compromis de la Commission mixte paritaire avec les sénateurs –, mais une version très différente de celle du Sénat qui elle n'était pas acceptable et sur laquelle le Gouvernement aurait déposé un amendement de suppression. Ce n'est pas le cas. C'est un texte qui renvoie la décision non plus aux politiques, à titre exceptionnel, d'autoriser ou pas les deux fameux néonicotinoïdes, les deux phytosanitaires. C'est renvoyé à l'Anses, à l'Agence de sécurité sanitaire et non plus à décision politique. A titre dérogatoire exceptionnel, la règle reste l'interdiction. Ce n'était pas ce qui était dans le texte initial. Mais en effet, le Gouvernement a fait le choix de laisser les parlementaires trouver un compromis, et ils l'ont trouvé. On a vu hier que l'Assemblée nationale a voté très largement ce texte. BÉATRICE MATHIEUAlors, est-ce que ça ne veut pas dire non plus que Sébastien Lecornu, pour ne plus risquer la colère des agriculteurs, il a pris cette décision au détriment de la santé des Français ? Est-ce que c'est le deal qu'il a passé, finalement ? LAURENT PANIFOUSNon, ce n'est pas ça. L'idée est que cette agence de sécurité sanitaire va pouvoir, elle, en tant qu'expert, dire si oui ou non, et on n'a pas la réponse encore, elle pourra, à titre exceptionnel, déroger à la règle de base qui est de ne pas autoriser ces phytosanitaires. Et si elle le fait, c'est en conscience, en connaissant les éventuels risques sanitaires, les risques pour l'environnement, mais aussi la réalité de l'absence d'alternative pour les agriculteurs. Ce ne sera pas le politique qui va décider, ce sera cette agence, et rien ne dit que cette agence donnera l'accord. BÉATRICE MATHIEUVous ne craignez pas que cela laisse des traces, toutes ces bisbilles qu'il y a eu autour de cette loi, que ça laisse des traces dans la campagne électorale, dans la campagne présidentielle pour les candidats. LAURENT PANIFOUSPour la campagne présidentielle, je ne sais pas. Mais je reconnais une chose : c'est que c'est un sujet extrêmement sensible qui crispe énormément, et je peux le comprendre. On touche à la santé des gens et, en même temps, on touche à la question d'une réalité, c'est que ces phytosanitaires sont autorisés dans tous les pays autour de nous. Ils sont autorisés en Europe, et nous sommes le seul pays d'Europe à ne pas les utiliser. Le choix de la France, qui a été de les interdire, est aujourd'hui maintenu. Sauf que les parlementaires, les députés et les sénateurs ont fait le choix – on verra tout à l'heure pour le Sénat – de faire en sorte que cette agence sanitaire pourra, elle, elle seule, à titre dérogatoire, l'autoriser dans des cas très précis. Nous verrons bien si elle le fait. BÉATRICE MATHIEUEn tout cas, l'opposition a d'ores et déjà déclaré qu'elle porterait le texte devant le Conseil constitutionnel. LAURENT PANIFOUSC'est bien leur droit. BÉATRICE MATHIEUC'est leur droit. Passons au budget. Autre actualité. Les débats sur le budget auront lieu à l'automne, mais déjà certains députés, comme François Hollande ou encore la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, réclament déjà un 49.3. Est-ce que c'est la solution pour tenter de faire passer ce budget 2027 ? LAURENT PANIFOUSIl faudra trouver un moyen pour que ce budget passe, c'est l'objectif du Gouvernement. Mais ce que nous proposons, c'est une démarche d'essayer de faire les choses dans l'ordre. D'abord un état des lieux – ce que nous sommes en train de faire avec des experts qui analysent notre budget de la France aujourd'hui, en plus du Gouvernement lui-même – l'état des lieux du budget de la France aujourd'hui. Ensuite, proposer un budget, ensuite débattre de ce budget, et enfin trouver le chemin pour faire en sorte qu'il soit adopté. Ce que nous propose déjà des responsables politiques de premier plan, je le reconnais. Mais dire aujourd'hui "49.3", mais sur quel texte ? Est-ce que ça veut dire que ces personnalités politiques sont prêtes à accepter n'importe quel texte ? Bien sûr que non. Donc nous devons d'abord avoir un budget qui aura une nature, une forme, une sensibilité. BÉATRICE MATHIEUMais sauf que les lignes rouges des uns et des autres, elles n'ont pas bougé depuis l'année dernière. LAURENT PANIFOUSOui, mais nous n'avons pas encore présenté de budget, et ils ne savent pas ce qu'il y a dans ce budget. Donc avant de dire le comment, ce qui est quelque chose d'important, 49.3 ou une autre modalité, bien sûr que le moment venu, et bientôt, nous devrons débattre de cette question, comment faire en sorte qu'il soit adopté, qui est prêt à voter ou pas. On sait très bien que le vote sera compliqué et qu'il y aura peut-être d'autres chemins. Mais aujourd'hui, nous, ce que nous demandons aux gouvernants, c'est qu'on nous laisse montrer quel est ce budget, quelle est cette trajectoire de réduction des déficits acceptable et supportable par les uns et les autres, et quels sont les arbitrages que nous proposons, que nous mettons au débat des parlementaires, toujours, parce qu'à la fin, ce sont eux qui décident, sauf si le Gouvernement doit prendre ses responsabilités. Et s'il faut le faire, il le fera. Mais quel chemin ? Attendons d'abord d'avoir que nous ayons proposé un budget. BÉATRICE MATHIEUEst-ce que ce sera, comme certains le disent, un budget d'attente en attendant le nouveau président de la République, une nouvelle Assemblée et un projet de loi de finances rectificatif ? LAURENT PANIFOUSCe n'est pas l'état d'esprit dans lequel nous allons présenter ce budget. Mais c'est un budget sérieux, soyons réalistes, qui pourra être amendé par le nouveau Président, la nouvelle Présidente élue, par la nouvelle majorité qui arrivera si le Président élu dissout l'Assemblée nationale. Donc d'ici le mois de juin l'année prochaine, il n'y aura pas de nouveau budget. Donc c'est un budget qui va quand même courir sur l'essentiel de l'année 2027. Ce doit être un budget solide et réaliste. Et c'est pour cela que nous prenons très au sérieux ce budget et que nous demandons à celles et ceux qui sont un petit peu pressés de savoir comment on va sortir de la phase budgétaire parce que c'est vrai qu'elle difficile, de nous laisser d'abord travailler, proposer et présenter un budget avec ses arbitrages. Et qu'ensuite, eux pourront ensuite nous dire quelle est leur réaction pour qu'enfin on puisse choisir quel est le chemin pour qu'il soit adopté. Mais je comprends leur précipitation, leur volonté d'aller vite, mais il va falloir respecter ces étapes. Nous le présentons en Conseil des ministres le 30 septembre le budget. BÉATRICE MATHIEULes discussions auront lieu. LAURENT PANIFOUSDonc les choses arrivent et les discussions auront lieu. Voilà. BÉATRICE MATHIEUFrançois-Noël Buffet, nouveau Défenseur des droits très probablement – un Républicain très conservateur –, sa probable nomination fait déjà polémique avec son parcours et ses prises de position. Des associations dénoncent ses prises de position sur le mariage pour tous ou sur la PMA. Est-ce qu'il est la bonne personne ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, manifestement, ce n'est pas ma sensibilité politique. Les exemples que vous venez de prendre, j'ai des positions opposées. Mais si le président de la République l'a choisi, c'est que cette personne, que je ne connais pas à titre personnel, doit pouvoir faire preuve de toute l'objectivité nécessaire pour exercer cette fonction. Mais il faut dire aussi que là aussi, comme pour le budget, comme pour l'acétamipride, comme pour la loi agricole, ce sont les parlementaires – c'est-à-dire députés et sénateurs – qui, à la fin, vont devoir donner leur avis sur cette nomination. BÉATRICE MATHIEULes Défenseurs des droits, c'est une institution indépendante. Comment est-ce qu'il peut donner son avis sur des sujets potentiellement pour lesquels il a pris des positions qui vont à l'encontre du Défenseur des droits ? LAURENT PANIFOUSJe pense qu'à ce type de fonction, il faut faire preuve d'une grande capacité d'indépendance et d'objectivité. Quand on a eu des positions marquées sur certains sujets, c'est peut-être plus difficile. Mais des gens qui arrivent à ce type de responsabilité ont forcément pris des positions dans leur vie. À eux d'avoir la capacité de prendre du recul, de prendre de la hauteur et comme je disais, faire preuve d'objectivité. Si le président de la République nous le propose, c'est que je pense qu'il en est capable. Je n'en doute pas une seconde. Mais encore une fois, il va avoir les sénateurs et les députés à convaincre de cela. BÉATRICE MATHIEUAlors dans dix mois, c'est le premier tour de la présidentielle. Vous êtes membre de La Convention, le mouvement de l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve. Est-il candidat à la présidentielle, Bernard Cazeneuve ? LAURENT PANIFOUSPas à ce stade, mais il a écrit récemment aux Françaises et aux Français. Oui, c'est une personnalité pour qui j'ai beaucoup de respect et même d'admiration sa capacité à dire les choses simplement mais avec profondeur. BÉATRICE MATHIEUQu'est-ce qu'il attend pour dire s'il est candidat ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, c'est à lui de décider quand. Ce que j'apprécie, c'est la démarche. La lettre aux Français est précise, elle touche à ce qui compte pour moi, c'est-à-dire la social-démocratie, la protection des plus fragiles d'entre nous, et en même temps tenir compte de la réalité de notre monde. BÉATRICE MATHIEUEst-ce qu'il est le meilleur candidat pour représenter et défendre cette social-démocratie ? Il y a aussi François Hollande, il y a Raphaël Glucksmann. Pourquoi est-ce que lui serait meilleur candidat que les deux que je viens de citer ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, je suis membre de la convention, vous l'avez dit, nous travaillons ensemble depuis 2022. Je pense qu'il a parfaitement les capacités – c'est un homme d'État, personne n'en doute – à apporter au pays les solutions dont nous avons besoin et de porter les idées de la social-démocratie qui manquent cruellement. J'espère qu'il sera candidat. S'il l'est, je le soutiendrai. S'il ne l'est pas, de toute façon je soutiendrai un candidat de cet espace politique. J'espère qu'il y en aura un. BÉATRICE MATHIEUAlors la campagne présidentielle s'annonce très dure, Marine Le Pen est en tête dans les sondages. Est-ce que c'est une élection de plus en plus risquée pour les Français ? LAURENT PANIFOUSEncore une fois, le social-démocrate que je suis, je pense, c'est une élection difficile, et c'est pourquoi j'espère qu'il y aura un espace politique, une ligne politique qui peut apporter un peu d'espoir, conscient de la difficulté du monde dans lequel on vit. Mais on peut faire un projet de société, proposer aux Françaises et aux Français un projet de société un petit peu désirable. Moi, je crois que c'est possible. Réaliste et désirable. Protéger les jeunes, la question de l'école, la question de la santé et la question de l'instabilité internationale, on peut répondre à tout cela en même temps sans forcément proposer uniquement de la difficulté et de la crainte aux Françaises et aux Français. Je crois qu'il y a un vrai chemin pour cela. BÉATRICE MATHIEUMerci Laurent Panifous d'être venu ce matin. Bonne journée. Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 juillet 2026
La source — vie_publique · nº 304163
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304163-laurent-panifous-21072026-loi-urgence-agicole-budget-2027-presidentielle?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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