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16 juillet 2026 · Gouvernement · France Inter · discours Discours

Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à France Inter le 16 juillet 2026, sur Parcoursup, les mesures du projet de loi relatif à la protection de l'enfance et l'enseignement de "la vie affective, relationnelle et à la sexuali

Édouard Geffray (auteur), Simon Le Baron (intervenant)

SIMON LE BARON7h45. Notre invité est le ministre de l'Éducation nationale. Bonjour Édouard Geffray. ÉDOUARD GEFFRAYBonjour. SIMON LE BARONNous allons parler du projet de loi sur la protection des enfants, examiné depuis hier dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Projet de loi très attendu, mais d'abord - on l'entendait tout à l'heure, au tout début du journal de 7h30 -, un mot sur ces… allez, je le dis en exagérant un peu, ces "naufragés" de Parcoursup. Ils sont 126 000, ces jeunes, à attendre une affectation ce matin. Ça concerne davantage votre collègue de l'Enseignement supérieur, devant chez qui une manifestation sera organisée cet après-midi. Mais que dites-vous à ces jeunes et à leurs parents ce matin ? ÉDOUARD GEFFRAYQue tout est fait pour trouver une place à leurs enfants au cours des prochaines semaines. Et à ces jeunes, que tout est fait pour leur trouver une place à eux. On a un nombre croissant d'étudiants, d'élèves sur Parcoursup, parce que vous avez non seulement les bacheliers, mais vous avez aussi tous les étudiants en réorientation, qui sont assez nombreux. Et donc, on a beau chaque année avoir plus de places, il y a effectivement une partie de nos élèves qui pour l'instant n'a pas encore de place. SIMON LE BARON126 000, ça vous paraît un chiffre acceptable ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, mais ce n'est jamais acceptable. Nous, notre rôle, c'est de trouver des places pour tous les élèves, donc c'est ce qu'on va faire. On va faire ça - passez-moi l'expression - quasiment "à la main", c'est vraiment du sur-mesure. Mais on va le faire, et donc il faut que nos élèves soient rassurés. Chaque année, on y arrive. Il y a plus d'étudiants cette année qui étaient en réorientation, et donc le volume global a été plus important. Donc ça demande encore un peu plus d'efforts, mais on va y arriver, et on est là pour eux. SIMON LE BARONEt ils auront tous des propositions. ÉDOUARD GEFFRAYOn est là pour eux SIMON LE BARONVenons-en donc à ce projet de loi, ce texte sur la protection des enfants. Très attendu, je le disais. Certaines dispositions découlent directement du scandale des violences sexuelles dans le périscolaire et de la mort de Lyhanna, dont le principal suspect, on le sait, faisait l'objet d'une plainte mais n'avait jamais été inquiété. Pourtant, beaucoup de spécialistes regrettent une loi fourre-tout, trop technique, pas assez ambitieuse. Est-elle à la hauteur des attentes et des enjeux ? ÉDOUARD GEFFRAYMoi, je pense qu'elle est à la hauteur des enjeux. Il ne faut pas tout attendre de la loi. On a cette tentation en France - et c'est normal, on est le pays de Rousseau - de croire que la loi peut tout résoudre. SIMON LE BARONSurtout quand elle vise à répondre à l'émotion, comme c'est le cas ici. ÉDOUARD GEFFRAYElle est antérieure à l'affaire Lyhanna. SIMON LE BARONElle a été modifiée à plusieurs reprises après ce scandale. ÉDOUARD GEFFRAYOui mais c'est important, c'est un processus de fond. Typiquement sur l'école, ça fait quasiment depuis mon arrivée que je porte l'idée de la "liste noire" pour les intérêts de l'école. Pour faire en sorte qu'une personne qui est identifiée comme représentant un danger pour les mineurs ne puisse plus mettre les pieds, sous quelque forme que ce soit, dans une école. Ça, je l'ai proposé au mois de décembre dernier, on a travaillé jusqu'au mois de mars, et ça sort maintenant au niveau du Parlement. SIMON LE BARONDonc, liste noire, à l'école, dans le périscolaire aussi, dans les activités sportives ? ÉDOUARD GEFFRAYListe noire commune : à l'école, dans le périscolaire, et les activités sportives. Ça veut dire que si j'ai été écarté de l'un de ces trois environnements… SIMON LE BARONPas forcément condamné ? ÉDOUARD GEFFRAYPas forcément condamné. Si j'ai été écarté au terme d'une procédure disciplinaire, si j'ai été licencié au terme d'une procédure disciplinaire - donc contradictoire, bien sûr, les gens ont des droits -, mais si j'ai été écarté au terme d'une procédure disciplinaire, je ne pourrai plus remettre les pieds dans l'un de ces trois environnements. SIMON LE BARONEst-ce que ça vise avant tout à régler un dysfonctionnement ? C'est-à-dire que ces trois environnements ne se parlent pas aujourd'hui ? ÉDOUARD GEFFRAYEn fait, aujourd'hui, chaque environnement a ses propres règles, ses propres codes, etc., ses propres listes, ça c'est la première chose. Et surtout, la deuxième chose, c'est qu'on raisonne beaucoup par rapport à la condamnation pénale, et pas par rapport au licenciement administratif. Or, si vous avez un comportement inadmissible avec des enfants, même s'il n'est pas pénalement répréhensible, si je vous licencie pour ça, il n'y a aucune raison que vous remettiez les pieds dans l'école. SIMON LE BARONDonc il y a cette liste noire, principale mesure en ce qui vous concerne, en tout cas à l'Éducation nationale, dans ce texte. Il y a aussi le contrôle d'honorabilité régulier. De quoi on parle, là ? ÉDOUARD GEFFRAYLe contrôle d'honorabilité, c'est très simple, c'est juste vérifier que vous n'avez pas eu de condamnation pénale. Ni vous, en tant que professeur, par exemple, ça veut dire qu'on va vérifier périodiquement que vous n'avez pas été condamné en cours de route. SIMON LE BARONPour l'instant, ça se fait à l'embauche seulement. ÉDOUARD GEFFRAYAujourd'hui, ça se fait systématiquement à l'embauche, et ensuite, l'autorité judiciaire nous signale quand un professeur ou un membre du personnel est condamné. C'est un signalement individuel, donc il est toujours faillible. Et donc, pour être sûr qu'on soit infaillibles, on passera tout le monde régulièrement au fichier. Puis la deuxième chose, c'est qu'on va également faire en sorte que tous les intervenants extérieurs, qu'ils soient bénévoles ou professionnels, ne puissent plus entrer à l'école sans une attestation d'honorabilité. C'est-à-dire qu'on sera certain qu'ils ne sont pas inscrits au fichier des condamnés pénaux en raison d'un comportement incriminé. SIMON LE BARONEt puis, il y a une autre mesure, mais celle-là qui a été supprimée, je crois, c'est la possibilité de communiquer aux parents l'identité des animateurs, donc dans le périscolaire, qui s'occuperont de leurs enfants. Vous voulez la réintroduire, cette disposition ? ÉDOUARD GEFFRAYOn va proposer effectivement au Parlement de la reprendre. Moi, j'y crois beaucoup, si vous voulez, parce que… SIMON LE BARONQu'est-ce que ça changerait ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, c'est très simple. Vous déposez votre enfant le matin à l'école, vous connaissez la maîtresse, si vous êtes en maternelle, vous connaissez l'ATSEM. Le midi, il y a une personne qui surveille votre enfant, et que vous ne connaissez pas. Et il y a une chose qui est certaine, c'est qu'en matière de pédocriminalité, le crime se niche dans les zones d'ombre. Dans les interstices. Ça crée la possibilité. Et donc, nous, ce qu'on dit simplement : il ne s'agit pas de mettre en pâture quoi que ce soit, mais il s'agit de dire que, de même que vous connaissez votre garagiste ou votre professeur, quand votre enfant est confié le midi à des animateurs ou des animatrices, vous connaissez, vous, en tant que parents, leur nom. SIMON LE BARONMais est-ce que c'est tenable à l'épreuve des faits ? Il y a beaucoup de vacataires, beaucoup de remplaçants, ça veut dire qu'il faut communiquer à chaque fois ? ÉDOUARD GEFFRAYD'abord, ça serait bien qu'on ait un peu moins de vacataires et des gens un peu plus fixes dans le périscolaire. Ça, c'est la première chose. Et ensuite, effectivement, moi, ça me semble assez élémentaire : quand vous confiez votre enfant, vous savez qui s'en occupe. Pardon, mais je pense que tous les parents comprendraient, à mon sens… SIMON LE BARONMais qu'est-ce que ça changerait ? Les parents vérifieraient ? ÉDOUARD GEFFRAYÇa fait que, lorsque votre enfant par exemple - je pense à un cas très précis en tête - vous dit que tel animateur a eu tel comportement, vous savez au moins qui c'est. Vous pouvez poser la question, vous pouvez dire que ça se passe bien avec untel, etc. Là, actuellement, vous avez une sorte de "trou noir" sous prétexte que c'est le périscolaire. Ça ne me semble pas très de bon sens. SIMON LE BARONLe premier maillon de la protection des enfants, dites-vous, c'est l'éducation à la sexualité. Plus exactement, ça s'appelle désormais… ÉDOUARD GEFFRAYÀ la vie affective et relationnelle. SIMON LE BARON…La rentrée dernière, c'est "la vie affective, relationnelle et à la sexualité". Nouveau programme mis en place il y a quelques mois, bilan très mitigé pour l'instant : moins de la moitié des enfants ont eu droit à plusieurs séances. Comment vous expliquez ce chiffre ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, ce n'est pas si mitigé que ça. D'abord, pour que tout le monde l'ait bien en tête, globalement, la quasi-totalité des écoles le font aujourd'hui, et on a 63 % des écoliers qui ont eu leurs trois séances cette année. C'est beaucoup moins vrai au collège et au lycée, où là, pour le coup, il y a à peine 23 % des collégiens qui ont eu leurs trois séances. Ça, c'est beaucoup plus embêtant. Donc, première chose : l'appropriation est massive à l'école. Deuxième chose, pardon de les citer mais ces séances se passent bien. Vous savez que c'était une des grandes angoisses. Tout le monde disait : "Comment ça va se passer ? Les parents vont contester, etc." 97 % des professeurs nous disent que ça s'est passé sereinement. En revanche, on a clairement un problème au niveau de l'adolescence. Un, parce que c'est plus difficile d'en parler et donc il faut former les professeurs. On a 41 % de nos professeurs qui nous ont dit "Moi, je ne suis pas assez formé pour faire ça". Et donc, il faut qu'on forme les professeurs. Et puis deux, il faut l'inscrire vraiment dans le temps et les usages, et donc trouver les plages horaires pour permettre de le faire. SIMON LE BARONVous parlez de la bonne volonté des professeurs qui vous disent "Je le fais mais sans être assez formé". Est-ce que ça repose essentiellement et trop aujourd'hui sur la bonne volonté des enseignants ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, ce n'est pas une question de bonne volonté parce que la bonne volonté, elle existe. Mais par contre, effectivement, c'est un programme désormais. Donc, ce sont aux professeurs de le faire et donc il faut à la fois identifier le professeur - c'est pour ça aussi que c'est plus difficile dans le second degré quand vous avez dix professeurs par classe -, il faut identifier le professeur et ensuite le former, et c'est ce qu'on va continuer à faire à la rentrée. SIMON LE BARONConcrètement, Édouard Geffray, est-ce qu'il y a un problème aujourd'hui ? Une réticence, en tout cas particulière, dans les établissements privés catholiques ? ÉDOUARD GEFFRAYNon. SIMON LE BARONNon ? ÉDOUARD GEFFRAYAujourd'hui, non. Les statistiques sont absolument comparables. SIMON LE BARONC'est un vrai trou noir, en tout cas, l'éducation à la sexualité en France, même si, si je vous écoute, ça progresse. Mais ça fait depuis 2001 qu'elle est obligatoire, cette éducation à la sexualité. Or, l'État a été symboliquement condamné par la justice il y a quelques mois pour ne pas avoir respecté cette obligation depuis 25 ans maintenant. Pourquoi on n'y arrive pas ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, pourquoi on n'y arrivait pas ? On n'y arrivait pas parce que précisément, on n'avait pas de programme. C'est-à-dire qu'on disait aux gens : "Faites-le, mais faites-le comme vous voulez, quand vous pouvez." Depuis la rentrée - c'est nouveau, ça date de cette année, c'est vrai que l'appropriation encore n'est pas complètement complète -, mais depuis cette année, on a un programme. Donc ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est qu'il y a deux ans, on avait 15 % des élèves qui avaient une séance d'éducation à la vie sexuelle et affective par an. Désormais, c'est 75 %. Donc, pardon, mais on a complètement changé de braquet. Ce n'est pas tout à fait fini. On n'est pas encore à la maille, mais enfin, quand même, ça a sensiblement progressé. SIMON LE BARONUn mot d'un décret qui scandalise plusieurs syndicats d'enseignants et de parents d'élèves. L'idée, c'est de permettre de changer un enfant d'école si ses parents ou un membre de sa famille se comportent mal, je cite, "s'ils compromettent gravement le fonctionnement normal de l'établissement scolaire". Qu'est-ce que ça veut dire ? ÉDOUARD GEFFRAYAlors, d'abord, c'est un projet qui est en cours de discussion et de consultation. C'est important. Et ensuite, je vais vous expliquer très concrètement ce que ça veut dire. Si vous avez un professeur qui est physiquement agressé, molesté, par exemple, par un parent le vendredi soir, est-ce que vous pensez vraiment qu'il est en mesure d'ouvrir la grille de l'école le lundi matin pour accueillir l'enfant et les parents à l'entrée ? SIMON LE BARONMais la question, c'est de savoir, et c'est ce que disaient les syndicats, si c'est à l'enfant de pâtir du comportement de ses parents. ÉDOUARD GEFFRAYEt donc, ce que nous disons, c'est que lorsqu'il y a une menace grave sur la santé ou la sécurité des personnels, des autres parents ou des autres enfants, moi ce que je souhaite, c'est qu'effectivement il y ait la possibilité de changer l'enfant d'établissement, avec évidemment une vigilance, un accompagnement particulier pour l'enfant. L'enfant doit être protégé, accompagné. Mais moi, il y a un moment, si vous voulez, on ne peut pas se dire - quand on regarde, c'est quand même terrible ce qu'il s'est passé pendant quinze jours, etc. Il y a eu des menaces, etc. -, on ne peut pas avoir des gens qui se font molester, ici une directrice d'école ou là un professeur, et se dire à la fin : "Mais ce n'est pas grave, les parents reviennent demain matin et pourront continuer." SIMON LE BARONEt vous assumez donc le risque de décrochage peut-être aussi pour l'enfant ? ÉDOUARD GEFFRAYNon, parce que la rescolarisation, elle est immédiate le lendemain matin. Elle est préparée et elle est accompagnée. Mais il faut savoir qu'aujourd'hui c'est possible, juridiquement c'est possible, il n'y a aucune procédure. Moi ce que je veux, c'est poser une procédure justement contradictoire, propre, protectrice, mais au bout d'un moment dire qu'on ne touche pas à l'institution et à ses professeurs. Et ça, pour moi, c'est catégorique. SIMON LE BARONDeux questions très rapides pour terminer, il nous reste quelques secondes, Édouard Geffray. Sur le brevet, près de 4 % en moins de taux de réussite cette année, vous dites que c'est parce que l'examen est désormais plus exigeant. Vous serez encore plus exigeant, c'est votre volonté l'année prochaine ? ÉDOUARD GEFFRAYLes règles du jeu ont changé, donc c'était attendu. Et par contre ensuite, je pense qu'on a encore un travail de conciliation à faire sur les sujets - tout le monde en a convenu cette année -, notamment en sciences, donc on va continuer à travailler là-dessus. SIMON LE BARONEt vous adapterez le calendrier pour vous adapter aussi aux fortes chaleurs, la canicule. Ça a été très compliqué cette année pour les élèves. ÉDOUARD GEFFRAYC'est pour ça qu'il n'y aura plus aucune épreuve l'après-midi, ni à l'écrit, ni à l'oral, à compter de l'année prochaine. On a quasiment achevé le travail avec les partenaires sociaux. SIMON LE BARONUniquement le matin ? ÉDOUARD GEFFRAYUniquement le matin. Sur quatre jours. Brevet comme baccalauréat. Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2026
La source — vie_publique · nº 304105
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/304105-edouard-geffray-16072026-parcoursup-protection-de-l-enfance-enseignement?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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