Interview de Mme Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants, à TF1 le 13 juillet 2026, sur le rôle de l'armée face au feu exceptionnel en forêt de Fontainebleau, le défilé du 14 juillet et la situation au M
Alice Rufo (auteur), Adrien Gindre (intervenant)
CHRISTOPHE BEAUGRANDC'est l'heure de l'interview " En toute franchise " avec Adrien Gindre. Bonjour Adrien.
ADRIEN GINDREBonjour Christophe.
CHRISTOPHE BEAUGRANDCe matin, vous recevez Alice Rufo. Bonjour, bienvenue, ministre déléguée des Armées et des Anciens combattants.
ADRIEN GINDREBonjour Alice Rufo.
ALICE RUFOBonjour.
ADRIEN GINDREAvant d'en venir au défilé du 14 juillet bien sûr et au soutien à l'Ukraine, un mot de ce feu exceptionnel en forêt de Fontainebleau près de Paris. Votre collègue Laurent Nuñez sera sur place dans un peu plus d'une heure. On a appris il y a quelques minutes que deux Canadair allaient être déployés. La semaine dernière, il était question que l'avion A400M de l'armée soit lui aussi adapté pour pouvoir effectuer des largages d'eau. On parle de quel horizon ? Est-ce que c'est une intervention possible dès cet incendie-ci ou c'est plutôt une question de moyen, voire de long terme ?
ALICE RUFONon, on y travaille et on espère pouvoir le faire dans les prochaines semaines. Mais il y a quelques éléments préalables à traiter, notamment en matière de formation des pilotes pour que les vols soient sûrs. Mais effectivement, c'est une piste sur laquelle on travaille.
ADRIEN GINDREDonc potentiellement dès cet été, malgré tout, pour de premiers largages.
ALICE RUFOPotentiellement, tout en restant évidemment prudent, même si vous savez que les armées apportent déjà beaucoup leur concours à la sécurité civile dans le cadre de l'opération Sentinelle.
ADRIEN GINDREIl y a des militaires qui ont été déployés d'ailleurs, y compris en marge de la lutte contre les incendies.
ALICE RUFOAbsolument.
ADRIEN GINDREUn mot également de la canicule, puisqu'il se trouve que demain le défilé se fera sous très forte chaleur. Est-ce que vous nous confirmez qu'il va bien pouvoir se tenir tel qu'il est prévu, aux horaires qui sont prévus ? Pas question par exemple de l'avancer plus tôt dans la matinée ?
ALICE RUFONon, je vous confirme qu'il se tiendra comme prévu. Maintenant, le dispositif a été complètement adapté, notamment pour les blessés qui participent au public, pour le public, pour nos forces évidemment. Les horaires ont été adaptés pour la présence des forces. Toutes les dispositions sont prises. Vous savez que le service de santé des armées s'occupe du défilé. Donc, on espère que tout se passera bien. En tout cas, on a pris toutes les dispositions nécessaires.
ADRIEN GINDREAlors, il se trouve que c'est un défilé hors norme par sa taille, par le nombre de défilants, d'appareils qui sont également mobilisés. On va détailler ça dans un instant. Il se trouve que dès aujourd'hui, 25 Chefs d'État et de Gouvernement seront réunis autour du Président français. À chaque fois, le message, demain comme aujourd'hui, ce sera un message de soutien à l'Ukraine, dans le cadre notamment de ce qu'on appelle la coalition des volontaires. En creux, ça veut dire que c'est un défilé anti-Poutine, anti-invasion russe ?
ALICE RUFOC'est un défilé, en tout cas, de démonstration de la solidarité stratégique entre les Européens, oui. Et puis, il est aussi assez exceptionnel parce qu'il est aussi le résultat de 10 ans d'investissement dans la défense et du doublement du budget des armées.
ADRIEN GINDREDonc, on peut aussi montrer nos capacités.
ALICE RUFOCe n'est pas qu'on veut les montrer, c'est qu'elles sont là. Et donc, en fait, il faut le vivre comme ça, le prendre comme ça. Et puis, j'ajoute qu'effectivement, ce défilé agrège autour de lui de très nombreux pays européens et au-delà de la coalition des volontaires, sur laquelle on peut revenir. Et ça, il faut en être fier. Il y a peu de pays dans le monde qui peuvent agréger comme ça autour d'eux pour leur fête nationale, autant de pays qui affichent leur détermination ensemble et leur solidarité stratégique ensemble.
ADRIEN GINDREUne petite précision sur ce défilé, il se trouve qu'il y a également la mobilisation massive de réservistes cette année, par des entreprises d'ailleurs, qui permettent à leurs salariés de le faire : la SNCF, AIRBUS, par exemple. Ce défilé, c'est aussi un appel à s'engager. Vous souhaiteriez qu'il y ait davantage de réservistes en France aujourd'hui ?
ALICE RUFOOn vise à peu près 100 000 à horizon 2030. D'abord, on a beaucoup de candidatures pour la réserve opérationnelle. Et en tout état de cause, le défilé est aussi un moment de lien entre l'armée et la nation. Et la réserve en est l'un des exemples les plus parfaits, puisque ce sont des personnes qui travaillent et qui s'engagent au service des armées et donc de la protection de la France et des Français. Donc oui, c'est de toute façon toujours, le 14 juillet, un grand moment de communion entre la nation et ses armées. Et donc la réserve opérationnelle qui a été, vous savez, dans la loi de programmation militaire de 2023, extrêmement mise en avant, parce qu'on a besoin de densification dans nos armées, et puis aussi d'hybridation, et puis que les gens s'engagent. Donc oui, c'est aussi une manifestation de cet engagement collectif.
ADRIEN GINDREAlors, on parlait de l'Ukraine. Arrêtons-nous un instant sur ce sujet. Cet après-midi, il y aura une réunion aux Invalides, autour d'Emmanuel Macron. Ce sera l'occasion d'avoir de nouvelles aides, de nouveaux armements pour l'Ukraine. Quel est l'objectif exactement ?
ALICE RUFOAlors, le premier objectif, c'est effectivement d'adresser un message de soutien à l'Ukraine. D'ailleurs, ça fera l'objet de paquets français de soutien, notamment dans le domaine aérien, antimissiles, où vous savez que les besoins de l'Ukraine sont importants, pour l'hiver en particulier. Donc ça, c'est le premier élément. Puis d'autres apporteront leur soutien. Ensuite, c'est aussi évidemment un message à la Russie de notre détermination dans un contexte où, au fond, l'Ukraine, sur le terrain, est en position favorable et où, donc, propose qu'enfin, il y ait la paix et que la Russie renonce à cette guerre.
ADRIEN GINDREMais ça se fait sans Donald Trump. Le Président américain, à peu près, dit tout et son contraire sur l'Ukraine et la Russie ces derniers mois, ces dernières années. Est-ce que vous considérez qu'il est désormais à 100% engagé derrière l'Ukraine ?
ALICE RUFOJe constate que, depuis le sommet d'Evian, où vous savez que les Américains…
ADRIEN GINDREC'était le sommet du G7.
ALICE RUFOVoilà, le sommet du G7, où nous avons obtenu, au fond, des Américains qu'ils soutiennent l'Ukraine et qu'ils affirment leur soutien à l'Ukraine. Ça, c'est confirmé au moment du sommet de l'OTAN, y compris dans le communiqué des Chefs d'État, dans les déclarations du Président américain. Donc oui, j'ai bon espoir que les États-Unis - comme il l'avait dit d'ailleurs dès janvier sur la coalition des volontaires - soutiennent cette ligne. Maintenant, il faut continuer à travailler pour cela. Mais au-delà de ça, je crois que ce qui va être vu dans les jours qui viennent, c'est que la coalition des volontaires, les Européens, prennent leur destin en main. Pourquoi ? Parce que cette coalition, c'est pour le soutien à l'Ukraine, mais aussi dans l'intérêt des Européens eux-mêmes.
ADRIEN GINDREJe voudrais évoquer avec vous également, d'un mot ce matin, l'escalade au Moyen-Orient. On lit certaines informations ces dernières heures selon lesquelles une base française en Jordanie aurait été touchée par l'Iran, peut-être confondue avec une emprise américaine. Est-ce que vous avez confirmation de cette information ?
ALICE RUFOAlors, les moyens français ne sont pas visés, vous le savez, mais parfois aussi, ils le sont, dont on a eu quand même des pertes. Cette guerre, qui malheureusement repart dans une logique d'escalade, a des conséquences pour nous, militaires. Et donc, les forces qui sont déployées dans la région sont protégées, donc je veux ici avoir un message rassurant pour nos forces. Néanmoins, il y a des risques et cette guerre, on ne peut pas dire qu'elle n'a pas de conséquences militaires pour nous.
ADRIEN GINDRES'il s'avérait qu'une emprise française était bel et bien touchée, est-ce que ce serait de nature à entraîner une riposte de notre part contre l'Iran ?
ALICE RUFOCe n'est pas comme ça que ça fonctionne. Si vous voulez, quand on se déploie, on se déploie aux côtés de nos partenaires, à l'appui de leur souveraineté. C'est vrai dans plusieurs pays, au Levant, comme aussi aux Émirats arabes unis, au Qatar, au Koweït, nous sommes là pour défendre la souveraineté de nos partenaires de manière défensive. On ne rentrera pas dans une logique d'escalade, dont les événements récents démontrent qu'elle est de nouveau possible, ce qui est grave et dangereux, il faut revenir à la voie diplomatique.
ADRIEN GINDREY compris avec un appel, on l'a compris, de la France, à ce que les deux parties américaines et iraniennes puissent trouver un apaisement.
ALICE RUFOÉvidemment, ça a des conséquences militaires, je le disais, mais ça a des conséquences économiques pour les Français et pour le monde entier, donc il faut revenir à la négociation, oui.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 304109
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