Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes, et de la lutte contre les discriminations, à CNews le 13 juillet 2026, sur les incendies, le regain d'actes antisémites, les mesures du projet de loi
Aurore Bergé (auteur), Pierre De Vilno (intervenant)
PIERRE DE VILNOC'est la grande interview sur CNews et sur Europe 1. Bonjour Aurore Bergé.
AURORE BERGÉBonjour.
PIERRE DE VILNOMerci d'être avec nous. Vous êtes ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, et de Lutte contre les discriminations. 25 000 hectares brûlés dans toute la France depuis le début des épisodes caniculaires, 25 000 auxquels il faudra sans doute rajouter à peu près un millier d'hectares à Fontainebleau, un départ de feu très virulent, très spectaculaire aux portes de Paris. L'autoroute A5, l'autoroute A6, coupées, les trains Sud-Est retardés de 6 heures, Laurent Nuñez sur place ce matin. On est sur des niveaux de sécheresse de 1976, avec des conséquences, bien sûr, pour les agriculteurs. La France brûle et le Gouvernement est impuissant ?
AURORE BERGÉNon, le Gouvernement, évidemment, est à pied d'œuvre, mais c'est surtout, d'abord, nos sapeurs-pompiers, et je veux évidemment leur rendre hommage, parce qu'ils y vont au péril de leur vie, et ils sont particulièrement mobilisés avec une intensité jamais connue sur tous les fronts que nous avons dans notre pays. C'est la première fois qu'en Île-de-France, on a des bombardiers d'eau qui sont mobilisés. Donc, c'est pour aussi démontrer l'ampleur, aujourd'hui, de ce qui est en train de se passer. C'est rappeler aussi à la vigilance de chacun. Vous savez que beaucoup de ces départs d'incendie sont des départs d'incendie qui sont parfois de nature humaine. Donc, il faut aussi que chacun soit responsable tout au long de l'été, parce qu'il y a une responsabilité collective, évidemment, de mobilisation de l'ensemble des moyens de l'État et aussi des responsabilités individuelles.
PIERRE DE VILNOVous le dites, effectivement : c'est l'humain qui est à l'origine, 9 fois sur 10, d'après les chiffres de l'Office national des forêts.
AURORE BERGÉExactement.
PIERRE DE VILNOMais est-ce qu'on s'y est préparé, justement, à cette sécheresse qui est, je le disais, des chiffres de 1976. Le premier plan off sec a été déclenché vendredi, est-ce qu'il a été déclenché trop tard ?
AURORE BERGÉIl a été déclenché au moment où c'était légitime de le faire, c'est-à-dire, c'est en fonction, à la fois des niveaux de sécheresse, c'est en fonction des températures, c'est en fonction du nombre de départements qui sont en vigilance rouge. Et donc, il y a une mobilisation qui est absolument exceptionnelle, en continu, de nos soignants, tant en médecine de ville qu'à l'hôpital, de nos sapeurs-pompiers, de la protection civile. Et cette mobilisation, elle continuera aussi longtemps que nécessaire.
PIERRE DE VILNODonc, vous diriez qu'il n'y a pas de défauts d'anticipation, ce matin, Aurore Bergé ?
AURORE BERGÉIl y a, en tout cas, depuis de nombreuses années, un réarmement sur beaucoup de sujets, on en parlera en matière méditaire à la veille du défilé du 14 juillet, mais aussi sur la question de la protection civile, sur des commandes de Canadair qui ont été faites.
PIERRE DE VILNODes Canadairs qui ont 30 ans.
AURORE BERGÉPour garantir qu'on ait suffisamment d'éléments et de moyens, justement, pour garantir, eh bien, tout simplement, qu'on soit en capacité de protéger les Français.
PIERRE DE VILNOHier, dans le Val-d'Oise, 300 personnes évacuées à Sarcelles après une alerte concernant la communauté juive. Une voiture a été retrouvée avec des armes dans le coffre. Les services de renseignement ont déjoué ce qui s'apparente à un attentat de grande envergure. Qu'est-ce que cela signifie ? Qu'on n'est plus en sécurité, quand on est juif, en France ?
AURORE BERGÉDéjà, il faut dire qu'on a toujours eu un niveau de menace extrêmement élevé à l'encontre de notre pays. On est un pays qui a eu à connaître des attentats terroristes islamistes. On va célébrer, malheureusement, demain les dix ans de l'attentat de Nice. Donc, on est toujours avec un niveau de menace extrêmement important dans notre pays. Et puis, on le sait : il y a malheureusement, pour le terrorisme islamiste, des cibles qui sont des cibles privilégiées. Les Français juifs en font partie. Alors, les éléments d'enquête diront si c'était un attentat et de quelle nature il était. Ce qui est certain, c'est qu'on a des services de renseignement qui sont exemplaires et qui savent déjouer les menaces. Et c'est ce qui s'est passé les 48 dernières heures, notamment à Sarcelles, puisque les personnes ont été évacuées par anticipation pour qu'il n'y ait aucun risque pris, et des armes qui ont été retrouvées.
PIERRE DE VILNOOn salue les services de renseignement qui ont fait leur travail, qui ont déjoué ce qui s'apparente à un attentat.
AURORE BERGÉExactement.
PIERRE DE VILNOLe Royaume-Uni, en revanche, débloque 250 millions de livres sterling pour protéger les Juifs du Royaume-Uni. Est-ce qu'il faut faire de même en France ?
AURORE BERGÉMais nous, contrairement à d'autres démocraties, on n'a jamais cédé. On n'a jamais cédé, parce qu'il y a toujours eu une protection, et vous le savez, par, à la fois les militaires, les policiers, les gendarmes, de l'ensemble des lieux de culte, des ensembles des lieux de vie juive, des écoles. Ce qui est absolument, d'ailleurs, insupportable, de se dire qu'on a besoin de protéger des lieux de culte, qu'on a besoin de protéger même des écoles où se rendent des enfants, mais parce qu'on sait qu'il y a un niveau de menace, qui est un niveau de menace élevé. Et donc, c'est l'État qui répond, c'est l'État qui est présent, c'est l'État qui protège. Et l'État continuera à le faire aussi longtemps, aussi longtemps qu'il y aura des menaces à l'encontre des personnes dans notre pays.
PIERRE DE VILNOMalgré l'intensité de la protection de l'État, comme vous le dites, 3,5 actes antisémites par jour. Ce sont les derniers chiffres. Hier, à l'avant-veille du 14 juillet, le président Macron a présidé la première journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus, et il a, à cette occasion, parlé de l'odieux antisémitisme. Qu'est-ce qu'on fait pour protéger les Juifs de France, Aurore Bergé ?
AURORE BERGÉOn célébrait, vous l'avez dit, hier, la réhabilitation d'Alfred Dreyfus. J'étais moi-même à Colmar, parce que, vous le savez, Alfred Dreyfus était Alsacien. Et le soupçon, à l'époque, a suffi à sa condamnation. Le simple fait d'être juif et Alsacien a suffi à le condamner ; avec une campagne massive de désinformation, à l'époque, qui s'est mise en place, des faux documents qui ont été réalisés. Et ce qui est exceptionnel dans son histoire, c'est son attachement à la France et son amour de la France, qu'il ne s'est jamais démenti. Même au moment où il est dégradé dans la Cour d'honneur, il écrit "Vive la France". Donc, ça, je crois que c'est aussi une leçon qui doit continuer à être transmise. Donc, ce n'est pas anodin qu'on ait ce genre de commémorations, parce que ne pas avoir la mémoire qui flanche, c'est aussi mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui. Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'on a malheureusement un regain d'antisémitisme, un antisémitisme qui s'est renouvelé dans ses formes. Et puis, moi, ce que j'appelle antisémitisme d'atmosphère, c'est-à-dire ces phrases du quotidien, ces tract, ces crachats, ces gifles qui, aujourd'hui, ne sont pas condamnés pour ce qu'elles doivent être. C'est-à-dire des personnes qui sont ciblées, parce qu'elles sont ou seraient juives. C'est ça que je veux changer dans la loi que j'ai présentée la semaine dernière, parce qu'aujourd'hui, quand vous recevez une gifle, eh bien, le fait d'avoir été ciblée, parce que vous êtes juif ou parce qu'on pense que vous l'êtes, eh bien, ça n'est pas pris en compte par la loi. Donc, la sanction, elle n'est pas aggravée, mais il n'y a pas de petit acte antisémite. Et donc, moi, je considère que dès qu'il y a un mobile antisémite ou dès qu'il y a un mobile raciste, évidemment, d'ailleurs, alors, ça doit pouvoir être retenu, et la sanction doit pouvoir être aggravée. Aujourd'hui, il y a, je trouve, un sentiment à la fois d'impunité, trop d'impunité chez les auteurs, qui considèrent qu'ils sont libres de continuer à tenir des propos ou à avoir des atteintes qui sont des atteintes aussi physiques et un sentiment de solitude de la part des victimes. Moi, je veux résoudre les deux, à la fois qu'il n'y ait plus d'impunité vis-à-vis des auteurs, mais que ces auteurs soient sanctionnés pour ce qu'ils sont, des antisémites, quand il y a un mobile antisémite ; et puis, que les victimes ne se sentent jamais seules dans notre pays et qu'elles soient accompagnées. C'est aussi ce qu'on vient faire dans le projet de loi. Les associations qui pourront se constituer partie civile à leurs côtés, ce qui est absolument essentiel pour les accompagner, et même l'État qui pourra porter plainte à la place des agents publics. Je pense notamment à nos enseignants. Vous savez qu'eux aussi sont victimes de ces attaques.
PIERRE DE VILNOQu'est-ce qui vous assure d'une sanction immédiate ? Vous dites : il y aura une sanction immédiate dès lors qu'on se fait prendre une claque parce qu'on est juif. Il y a évidemment…
AURORE BERGÉAujourd'hui, il n'y a pas d'aggravation de la sanction. Aujourd'hui, vous avez un tag sur votre porte. Eh bien, c'est considéré de la même manière que ce soit un dessin ou que ce soit une croix gammée. Que ce soit une phrase anodine ou que ce soit une attaque antisémite, évidemment, pas de la même nature.
PIERRE DE VILNOMais au bout du bout du bout, c'est l'appréciation du juge. Combien d'actes ont été recensés dans la justice où il y avait un caractère aggravant, en l'occurrence un caractère antisémite, qui n'était pas retenu ?
AURORE BERGÉMais là, on ne pouvait même pas le retenir. Et nous, ce qu'on dit, c'est que de manière générale, encore une fois, dès qu'il y a un mobile antisémite ou raciste, il n'y a pas…
PIERRE DE VILNOIl faut le qualifier, ce mobile antisémite.
AURORE BERGÉVous savez, quand vous avez un tag sur votre porte, qui est une insulte antisémite, je crois que ça laisse peu de place aux doutes. Il n'y a pas de raison que ce ne soit pas aggravé, parce que c'est ça qui vous pourrit la vie au quotidien. Ce sont ces agressions qui sont insupportables. E donc, vous avez le sentiment, finalement, qu'elles ne comptent pas, qu'elles ne comptent pas assez. Eh bien, la loi viendra le changer, parce que je n'ai pas de doute que ça, ça sera adopté et adopté à l'unanimité.
PIERRE DE VILNOOn attend de voir les dispositions exactes de votre loi, justement, sur ce caractère aggravant et le caractère caractérisé, je veux dire, justement, de la loi, parce que c'est ça qu'il faudra analyser et voir comment réagissent les juges à ça. Il y a une autre chose, et certains, comment dirais-je, observateurs disent qu'il y a forcément, il y aura un effet miroir, un effet boomerang à cette loi, qu'elle pourra être utilisée, j'allais dire, de manière contre-productive. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
AURORE BERGÉJe ne vois pas l'argument, en fait, du caractère contre-productif.
PIERRE DE VILNOSur l'éligibilité, par exemple, de quelqu'un qui aurait…
AURORE BERGÉMoi, ce que je vois, c'est que malheureusement, et on en parle régulièrement, et heureusement d'ailleurs, sur votre plateau, on a un antisémitisme qui s'est aggravé dans notre pays depuis les attentats terroristes, depuis le 7 octobre 2023. Et donc, il y a une nécessité d'adapter notre droit, d'adapter notre droit, parce que c'est ce que je vous expliquais, il y a des faits qui, aujourd'hui, ne sont pas qualifiés, il y a des faits qui ne sont pas aggravés, il y a des faits où, aujourd'hui, le mobile antisémite ne peut pas être retenu alors qu'il n'y a pas de doute quant à son existence. Donc, ça, je pense que c'est nécessaire.
PIERRE DE VILNOLà-dessus, c'est nécessaire.
AURORE BERGÉEt puis, il y a un enjeu d'exemplarité.
PIERRE DE VILNOD'éligibilité.
AURORE BERGÉIl y a un enjeu d'exemplarité. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on estime qu'il y a 1 jeune sur 20 dans notre pays qui pense que la Shoah est une invention ou est un mensonge. Donc, ça veut dire qu'on ne peut pas jouer avec la vérité des faits, avec la vérité historique. Donc, si un élu de la République prend la parole, prend la parole et dit à votre antenne, par exemple, justement, que la Shoah n'a pas existé, eh bien, ce n'est pas n'importe qui qui le dit, et ça n'a pas n'importe quelle conséquence. Et donc, se dire qu'un élu de la République a un devoir supplémentaire d'exactitude des faits, notamment, je pense que c'est essentiel. Donc, un élu qui viendrait contester un crime contre l'humanité, eh bien, oui, pourrait avoir une peine complémentaire d'inéligibilité. Et je crois que c'est sain dans une République où aujourd'hui, trop souvent, on a encore une fois la mémoire qui flanche, où on ne se souvient plus suffisamment des faits. Eh bien, les faits, ce n'est pas une opinion comme les autres. Et je pense que c'est nécessaire que ça puisse être le cas. Et c'est d'ailleurs dans des cas très limités qu'on viendrait l'organiser.
PIERRE DE VILNOEn espérant qu'il y ait des garde-fous, qu'il n'y ait pas de dérive, justement, à cette utilisation de l'inéligibilité.
AURORE BERGÉOn ne change pas la définition. Je ne change pas la définition de ce qu'est une contestation, une négation d'un crime contre l'humanité ou un génocide.
PIERRE DE VILNOOn verra à l'usage. Vous savez comment ça se passe avec les lois, Aurore Bergé.
AURORE BERGÉMais ce que je sais, c'est que moi, je ne viens pas changer la nature même de ce qu'est la contestation ou la négation d'un crime contre l'humanité ou d'un génocide. Ce sont des faits suffisamment graves. Ils sont caractérisés dans notre droit. Je viens juste dire qu'à partir du moment où c'est un élu de la République qui le fait, ce n'est pas n'importe quel citoyen. Il a un devoir d'exemplarité supplémentaire.
PIERRE DE VILNOIl est effectivement 8 h 23 sur Europe 1 et sur CNews. Aurore Bergé, notre invitée, justement, Marine Le Pen, est en campagne. Les juges, en appel, lui ont rendu son éligibilité. Êtes-vous de ceux qui, comme Gabriel Attal, disent qu'elle provoque une guérilla dans la présidentielle ou de ceux, comme Édouard Philippe, qui préfèrent l'abattre dans les urnes plutôt que de l'avoir disqualifiée dans un tribunal ?
AURORE BERGÉMoi, je dis deux choses simples. Les faits : elle a été reconnue coupable en premier instant et en appel de détournement de fonds.
PIERRE DE VILNOElle fait un pourvoi en cassation.
AURORE BERGÉElle-même et de nombreux cadres de son parti, à la fois le Front National et Rassemblement National. Ça, ce sont les éléments de fait. Elle fait un pourvoi en cassation, et c'est son droit, parce que nous sommes dans un État de droit, et la justice a décidé qu'elle pouvait être candidate. Donc, la question, elle n'était pas une question juridique, c'était une question politique. Est-ce qu'elle estimait que politiquement, elle était empêchée par sa condamnation pour être candidate ou pas ? Elle, elle a considéré qu'elle n'était pas empêchée. Maintenant, la présidentielle a vraiment démarré. Nous savons qui est l'adversaire. Nous savons que c'est Marine Le Pen. Donc, ma question, elle n'est pas juridique aujourd'hui et ce matin. Elle est politique. Elle est d'avoir une alternative au Rassemblement National. Parce que moi, je ne crois pas qu'une présidentielle, ça soit uniquement le camp du non, le camp du refus.
PIERRE DE VILNOJustement, regardons les chiffres. D'après ce sondage IFOP pour Le Figaro, elle l'emporte sur Gabriel Attal et Édouard Philippe, à 55 et 54 %. Je sais qu'on est loin de la présidentielle, mais c'est le tout premier sondage. Et sur Jean-Luc Mélenchon : à 70 %. La mission que vous vous donnez dans cette campagne, c'est quoi ? C'est trouver à tout prix un substitut à Marine Le Pen ou unir toutes les chances pour battre Jean-Luc Mélenchon ?
AURORE BERGÉC'est convaincre les Français.
PIERRE DE VILNODonc, ni l'un ni l'autre ?
AURORE BERGÉC'est convaincre les Français qu'il y a une alternative. C'est convaincre les Français qu'il y a une alternative. Est-ce que j'estime être un poison mortifère pour le pays de se dire qu'il y aurait uniquement comme seule voie un duel entre le Rassemblement National et la France insoumise ? Je pense que notre pays n'a pas envie de ce niveau de conflictualité qu'il y aurait dans la vie politique. Il n'a pas envie de savoir quel serait le jour d'après, dans un pays où il y aurait eu cet entre-deux-tours.
PIERRE DE VILNOEt si jamais ça se présente ? on aura l'occasion d'en reparler, Aurore Bergé, mais je vous pose régulièrement la question.
AURORE BERGÉParce que je crois que ça ne se présentera pas. Parce que je crois que les Français ne veulent pas ce duel.
PIERRE DE VILNOVous avez vu les chiffres, les premiers chiffres.
AURORE BERGÉEt ça suppose, en effet, un, qu'il y ait un projet, qu'il y ait un projet suffisamment solide, à la fois lucide sur ce qu'on a fait ces dix dernières années, et solide en termes d'espérance à présenter aux Français. Parce que je crois que notre principale volonté, c'est de garantir que la vie de nos enfants sera plus douce que la nôtre. Je crois que c'est ça qu'une démocratie doit être en capacité de construire et de promettre, et sur tous les champs : sur les champs régaliens, sur les questions de sécurité, sur les questions identitaires et de civilisation, sur les questions éducatives. Donc, ça, c'est notre mission : c'est de convaincre et de porter un projet clair et lisible ; évidemment, c'est de nous rassembler.
PIERRE DE VILNOJe rappelle que vous êtes celle qui, devant l'Assemblée nationale, a dit : "L'antisémitisme, c'est trois lettres : L, F, I". À propos d'hémicycle, l'Assemblée a rarement connu pareil violence à l'adoption d'un texte donnant aux policiers la présomption de légitime défense. Qu'est-ce que vous voulez dire ce matin à propos, ce jour-là, de la présence d'Assa Traoré, de son collectif, des injures, des menaces, des pétitions qui circulent ?
AURORE BERGÉC'est, je pense, la première fois qu'au sein de l'hémicycle, il y avait des tentatives manifestes d'intimidation des parlementaires. C'est-à-dire des personnes qui sont venues, qui sont venues assister dans le public, qui ont hurlé, crié, menacé, insulté des parlementaires, qui, en leur âme et conscience, votent, et votent librement. Les Députés, les Sénateurs n'ont pas à subir des intimidations ou des menaces. Ils doivent pouvoir appuyer sur un bouton pour contre-abstention, sans jamais craindre le jour d'après. Ils auront des comptes à rendre. Et les comptes à rendre, c'est l'avis démocratique : est-ce qu'ils seront réélus ou pas ? Mais ça n'est jamais l'intimidation ou la menace.
PIERRE DE VILNOEst-ce que vous interrogez aujourd'hui les responsables de l'Assemblée nationale, et je parle de la présidente Yaël Braun-Pivet, de savoir qui a fait rentrer Assa Traoré ?
AURORE BERGÉOn sait. On sait toujours. Vous savez, quand il y a des visiteurs qui viennent à l'Assemblée nationale, ils sont enregistrés par des parlementaires qui leur permettent de venir assister à des séances. Donc, on sait pertinemment, en tout cas, l'Assemblée nationale peut savoir à qui ces personnes ont permis de rentrer. Et je pense qu'il y a des sanctions qui doivent pouvoir être prises.
PIERRE DE VILNOEt donc ? Vous attendez les sanctions ?
AURORE BERGÉEn tout cas, les huissiers de l'Assemblée nationale ont fait ce qu'ils pouvaient. Et surtout, je rappelle que cette loi, elle est importante. Aujourd'hui, on a eu, en 2025, 21 000 policiers et gendarmes qui ont été blessés dans l'exercice de leurs fonctions. 21 000 policiers et gendarmes blessés, 5 policiers tués. Donc, quand j'entends qu'on parle de permis de tuer, non.
PIERRE DE VILNOEt vous rajoutez 28 000 refus d'obtempérer sur la route.
AURORE BERGÉ28 000 refus d'obtempérer. Et souvent, d'ailleurs, des policiers blessés. Et puis, des civils qui pourraient l'être. Les policiers ou les gendarmes ne sortent jamais leur arme par plaisir. Ils le font par nécessité absolue, dans un cadre extrêmement encadré. Cette loi, elle réaffirme juste la confiance que notre pays a envers sa police et sa gendarmerie. Et d'ailleurs, les Français ont confiance, à part la France insoumise, les Français ont confiance dans leur police et dans leur gendarmerie.
PIERRE DE VILNOAurore Bergé, je rappelle que vous êtes la ministre en charge de la Lutte contre les discriminations. À ce titre, après les propos racistes et outrageants de la sénatrice paraguayenne, Céleste Amarilla, à l'encontre de Kylian Mbappé, voilà l'ancien chef du gouvernement espagnol, Marianne Rajoy, qui affirme, à 48 heures seulement de la demi-finale entre les Français et l'Espagnol, que dans l'équipe de France, il n'y a aucun Français. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
AURORE BERGÉCes propos sont absolument insupportables. Ces propos racistes sont indignes de ceux qui exercent des fonctions ou qui ont exercé des fonctions. Je crois qu'on est fiers de notre équipe de France, tout simplement. Je crois que les Français vibrent avec leur équipe de France, avec le talent de leurs joueurs.
PIERRE DE VILNOMais ça suffit juste, des mots comme ça, ou comme Monsieur Macron ou la ministre des Sports, Marina Ferrari, qui s'est indignée. Il n'y a pas d'autre chose à faire ? De faire venir ou de convoquer l'ambassadeur du Paraguay ? Il n'y a pas d'autre sanction à faire ?
AURORE BERGÉDéjà, je pense qu'en tant que Français, notre équipe va démontrer qu'elle va gagner. Donc, la meilleure réponse, c'est évidemment de gagner, de démontrer qu'évidemment, cette équipe, elle nous rend fières et qu'elle va continuer à gagner par son talent, par sa compétence, par son énergie et par son sens collectif.
PIERRE DE VILNOOn ne peut pas exiger des excuses publiques de cette dame et de ce chef du gouvernement ?
AURORE BERGÉAlors, c'est un ancien chef du Gouvernement. J'ose espérer qu'il y aura évidemment des excuses qui seront faites, parce que ce sont des excuses qui sont nécessaires et attendues, au regard des propos racistes qui ont été tenus à l'égard de l'équipe de France et de certains joueurs, notamment Kylian Mbappé en particulier.
PIERRE DE VILNOHier, Europe 1 vous révélait que les deux derniers suspects dans la mort de Shem Sedin, 15 ans, en 2024, à Viry-Châtillon, ont été libérés de prison, en partie, effectivement, à cause de la bévue d'une magistrate. Le Conseil constitutionnel valide la libération de détenus dits sans titre. Ça concerne plusieurs dizaines d'individus, donc, potentiellement dangereux. La question qui se pose, c'est : à quoi bon porter des nouvelles lois alors qu'il y a des lois qui sont déjà là et qui ne sont pas appliquées ?
AURORE BERGÉIl y a des lois qui doivent être évidemment appliquées. Je pense que la plus grande difficulté pour les Français, c'est de se dire qu'il y a des lois qui ne le sont pas et qu'il y a des peines, surtout, qui sont prononcées et qui, ensuite, ne sont pas exécutées.
PIERRE DE VILNOÇa, les Français ne le comprennent pas.
AURORE BERGÉC'est ça. La véritable lacune qui est la nôtre, c'est comment on garantit l'exécution des peines.
PIERRE DE VILNOAlors, qu'est-ce qu'on fait ?
AURORE BERGÉC'est ce qu'on essaie de faire quand on réforme la justice criminelle, par exemple, pour garantir, encore une fois, cette exécution des peines. C'est sans doute un débat qu'on doit avoir aussi dans le cadre de l'élection présidentielle.
PIERRE DE VILNOEncore un débat au bout de dix ans de présidence.
AURORE BERGÉMais vous savez, on a, par exemple, supprimé la remise automatique des peines, parce qu'avant, c'était le cas. C'est-à-dire que quelqu'un qui était condamné, eh bien, en fonction du volume de la peine, on savait qu'il y avait des remises automatiques de peines qui allaient lui être octroyées. On a supprimé les remises automatiques de peines. Donc, on a fait progresser les choses. Après, il faut garantir cette exécution des peines, qu'elles aillent évidemment jusqu'au bout, parce que c'est ce qu'on doit à la société à partir du moment où quelqu'un a été condamné.
PIERRE DE VILNOHier, sur l'hyperviolence des jeunes, le député RN de La Somme, Jean-Philippe Tanguy, qui était mon invité dans le grand rendez-vous Europe 1, CNews, Les Echos, prenait la construction de nouvelles prisons. Il prenait l'exemple de la prison de sa circonscription, qui a une surpopulation de 260 %. C'est bien Emmanuel Macron qui avait promis la construction de nouvelles prisons. Qu'est-ce qui s'est passé ?
AURORE BERGÉIl y a eu évidemment des constructions de nouvelles places de prison. Mais j'espère aussi que les nouveaux maires du Rassemblement national qui ont été élus seront donc les premiers à candidater pour accueillir des nouvelles places de prison.
PIERRE DE VILNOQu'est-ce que vous voulez dire par là ?
AURORE BERGÉParce que c'est souvent ça qu'on a, c'est-à-dire un front du refus qui fait que quand il faut construire de nouvelles places de prison, beaucoup d'élus s'y opposent. Donc, j'espère que les premiers qui demandent des nouvelles places de prison seront aussi les premiers pour accepter que ces places de prison puissent être construites.
PIERRE DE VILNOQu'est-ce qu'on fait contre la récidive également, cet individu qui avait fait 15 ans de prison, qui reviole une fois sorti de prison ?
AURORE BERGÉJustement, moi, c'est ce que je veux qu'on fasse dans la loi : c'est garantir que quand on a violé à plusieurs reprises, parce qu'on sait que quelqu'un qui a violé, en général, le fait à plusieurs reprises, eh bien, il puisse être condamné pour chacun des viols qu'il a eu à commettre jusqu'à la perpétuité. Ce d'autant plus quand ça concerne des mineurs. Aujourd'hui, ça n'est pas possible. Il faut que la loi puisse être changée. Et on en discutera dès la semaine prochaine à l'Assemblée nationale.
PIERRE DE VILNOUn mot sur la fin de vie, plus particulièrement le sujet du suicide assisté. Après-demain, le texte de loi sur la fin de vie sera soumis une ultime fois au vote de l'Assemblée nationale. Si vous étiez Députée, vous voteriez quoi ?
AURORE BERGÉJe ne voterais pas ce texte. Je ne voterais pas ce texte, parce que j'ai suivi les nombreux débats, et je respecte évidemment celles et ceux qui ont une opinion différente de la mienne, parce que je pense que c'est une question très intime et personnelle qui va se poser à chaque Député. Je pense que c'est sans doute l'un des votes les plus importants qu'on ait à faire dans une vie, de savoir si on souhaite ou pas permettre cette possibilité. Mais aujourd'hui, je considère que les garde-fous ne sont pas suffisants : dans la manière avec laquelle les débats se sont passés, sur l'absence de collégialité des médecins, sur le délai de réflexion qui est extrêmement court, sur les critères aussi qui sont posés pour savoir quelles sont les personnes qui pourraient accéder à ce qui est appelé un droit. Moi, je considère que ça va aujourd'hui trop loin et que les garde-fous nécessaires n'ont pas été posés. Donc, je n'impose ma position évidemment à personne. Et d'ailleurs, le Premier ministre, comme le Président de la République, ont laissé une totale liberté de position aux membres du Gouvernement, aux parlementaires.
PIERRE DE VILNOEt le Président Macron veut en faire une loi testament de son mandat ?
AURORE BERGÉNon, le Président Macron a pris un engagement qui était que le débat puisse exister et aller à son terme. Et donc, c'est chaque Député, chaque Sénateur, qui a eu à se prononcer. Les Députés auront, en effet, une extrême lourde responsabilité en faisant ce choix dans 48 heures. Moi, si j'étais Députée, en effet, je ne le voterais pas pour les raisons que je vous ai indiquées.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 304107
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