Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ministre chargée de l'énergie, à TF1 le 10 juillet 2026, sur le déclenchement du plan Orsec en raison de la canicule.
Maud Bregeon (auteur), Adrien Gindre (intervenant)
ADRIEN GINDREBonjour Maud Bregeon.
MAUD BREGEONBonjour à tous.
ADRIEN GINDREOn va parler notamment de la canicule ce matin, mais d'abord cette bonne nouvelle, les Bleus se sont qualifiés pour les demi-finales du mondial de foot hier, victoire 2-0 face au Maroc. En France, 20 000 policiers et gendarmes avaient été déployés, dont 8 000 à Paris, préventivement puisque les renseignements avaient évoqué une forte probabilité de troubles à l'ordre public. On s'est fait peur pour rien ? À moins que vous n'ayez d'ailleurs peut-être connaissance d'incidents hier, parce qu'on n'a pas vraiment de bilan jusqu'ici.
MAUD BREGEONNon, ça s'est dans l'ensemble bien passé. Et le rôle de l'État, c'est de s'assurer qu'un événement festif reste un événement festif et tant mieux s'il n'y a pas de heurt, tant mieux s'il n'y a pas de débordement. Encore une fois, ça n'exclut pas de prévenir et donc c'est ce qu'on fait, c'est ce que fait le ministre de l'Intérieur. Maintenant, je constate que les Français sont massivement unis autour de leur équipe, autour de cette Coupe du monde, qu'ils suivent avec attention, encore une fois, dans la joie et la bonne humeur.
ADRIEN GINDREEt vous nous confirmez donc qu'il n'y a pas eu d'incident majeur hier soir ? En tout cas, pas qu'il soit remonté jusque là.La canicule donc, elle, pour le coup, elle est bien de retour. Si on avait encore un doute, 9 départements sont aujourd'hui en vigilance rouge, 76 en orange. Demain, on passera même à 24 départements en rouge. Il se trouve que ce matin, le Premier ministre présidera une nouvelle cellule de crise. Ce sera pour faire quoi ? Est-ce qu'il va y avoir de nouvelles décisions prises par le Gouvernement ?
MAUD BREGEONOui, le Premier ministre unira une dizaine de ministres concernés directement ou indirectement par cette canicule. Et nous déclencherons le plan Orsec chaleurs extrêmes, qui est un dispositif nouveau mis en place pour tenir compte du retour d'expérience des dernières vagues de chaleur. Il sera mis en place à compter d'aujourd'hui, il y a eu des consultations, des échanges, des travaux, bien sûr, qui ont été menés, encore une fois, à la demande de Sébastien Lecornu. Il sera déclenché sur tous les départements en vigilance rouge, donc vous l'avez dit, 9 à compter d'aujourd'hui.
ADRIEN GINDREEt donc, 24 demain, c'est ça ?
MAUD BREGEONEt donc, 24 demain. Alors ça, je laisserai, bien sûr, notamment Météo France le confirmer. L'objectif de ce plan Orsec chaleurs extrêmes, qui n'existait pas par le passé, c'est de tenir compte du retour d'expérience des dernières vagues, et notamment sur un point.
ADRIEN GINDREEt ça va consister en quoi donc ?
MAUD BREGEONOn a observé, dans les dernières vagues, que les personnes les plus vulnérables, celles qui sont seules, souvent en ville, souvent âgées, subissent davantage de surmortalité que le reste de la population. Et donc, on va ouvrir des centres dédiés, des centres de protection, des centres de rafraîchissement, dans lesquels on va pouvoir les mettre à l'abri.
ADRIEN GINDREDonc, dès aujourd'hui, ces centres ouvrent dans les départements en rouge ?
MAUD BREGEONTout à fait. Il y a tout un travail qui a été fait avec les préfets, les ARS, notamment, pour répertorier, pour cibler des zones de protection dans lesquelles on puisse mettre à l'abri les personnes les plus vulnérables. Et puis pour ça, il y a un travail, j'ajoute, qui a été fait sur les fichiers, parce que ces personnes les plus vulnérables, faut-il encore pouvoir les cibler ?
ADRIEN GINDREMais qui les ouvre ? Ce sont les mairies qui doivent le faire, dans leurs locaux, dans leurs salles ? C'est le préfet qui l'organise ? Qui le décide et où ce sera organisé ?
MAUD BREGEONIl y a d'abord un travail qui a été fait, encore une fois, avec les préfets, avec les ARS, qui, eux-mêmes, travaillent avec l'ensemble des services déconcentrés et, bien sûr, des communes. Je pourrais vous parler très modestement de ma circonscription, où de tels centres avaient déjà été ouverts, ou en tout cas, été mis à disposition la journée, notamment dans les mairies, pour que les gens puissent venir se rafraîchir. Là, on va deux, voire trois crans plus loin, en ciblant d'abord les personnes les plus vulnérables, avec un meilleur croisement des fichiers. Vous savez qu'il y a des fichiers dans les mairies, dans les CCAS, les ARS ont des fichiers. Donc, voilà, on cible mieux les personnes vulnérables.
ADRIEN GINDREDonc, ces personnes seront appelées. Où on peut se manifester pour en bénéficier ? C'est pour les personnes âgées particulièrement ou… ?
MAUD BREGEONC'est notamment pour les personnes âgées, mais pas uniquement. Il y a des fichiers, encore une fois, de personnes vulnérables. On peut imaginer, par exemple, que des sans-abris, vous savez, qui subissent particulièrement ces périodes de chaleur extrême, pour qui c'est très difficile, on n'en parle pas beaucoup. On a tendance à en parler quand il fait très froid l'hiver, mais c'est aussi le cas quand il fait très chaud l'été, puissent être concernés. Donc, voilà, l'objectif, c'est de protéger les Français les plus vulnérables, parce qu'on a vu que, notamment, lorsqu'ils sont seuls, et effectivement, chacun le comprend, lorsqu'ils sont âgés, ils sont les plus vulnérables lors des dernières semaines.
ADRIEN GINDRELors des dernières vagues, on a également beaucoup parlé de climatisation. Le Premier ministre a fait des annonces sur la climatisation à l'hôpital avec des livraisons annoncées. Où est-ce qu'on en est exactement ? Est-ce que pour cette vague-ci, ça y est, on a les 30 000 climatiseurs promis ?
MAUD BREGEONAlors, 6 000 climatiseurs ont d'ores et déjà été livrés et installés. Le reste arrive au fur et à mesure dans les hôpitaux. Les différents centres hospitaliers ont répertorié leurs besoins, ont transmis leurs besoins. Des commandes ont été passées avec des marchés publics dédiés, je ne vais pas rentrer dans le détail. Et donc, au fur et à mesure que les jours passent, ils sont petit à petit grés en fonction de leurs besoins.
ADRIEN GINDREUne petite précision, vous êtes également ministre de l'Énergie. On a appris hier qu'il y avait un réacteur nucléaire de la centrale de Golfech près de Toulouse qui était arrêté en raison de la température de la Garonne, puisqu'il y a un arrêté qui prévoit que la température du fleuve ne peut pas dépasser les 28 degrés après rejet. Est-ce qu'il y a d'autres réacteurs à l'arrêt en France ? Est-ce qu'il va y en avoir d'autres dans le week-end avec les chaleurs qu'on attend ?
MAUD BREGEOND'abord, c'est un phénomène qui est assez ordinaire. Lors de la précédente vague de canicule, trois réacteurs avaient été mis à l'arrêt pour des raisons environnementales.
ADRIEN GINDREOrdinaire mais pas rassurant pour autant, vous me l'accorderez.
MAUD BREGEONEt j'ai envie de vous dire que si, c'est rassurant parce qu'on a des règles, qu'on les respecte. Ça ne représente pas grand-chose sur la puissance annuelle, c'est moins de 0,5 %, mais enfin, en tout état de cause, quand il fait très chaud, quand le débit des fleuves est bas, on s'assure de ne pas déranger, de ne pas impacter l'écosystème et donc on peut mettre à l'arrêt des réacteurs ou on peut baisser la puissance. Ce que je voudrais dire aussi, c'est que tant sur le parc historique, les réacteurs existants, que sur les futurs réacteurs qu'on va construire, on prend désormais bien davantage en compte la question du changement climatique, la question de l'augmentation des températures dans tous les travaux de maintenance, dans tous les travaux de design qu'on fait, de manière à ce que nos réacteurs nucléaires soient plus résistants.
ADRIEN GINDREOutre la canicule, il y a la sécheresse, bien sûr, le risque d'incendie ; plusieurs préfectures ont annoncé l'interdiction de feux d'artifice, des maires eux-mêmes ont décidé d'en reporter certains. Qui dit préfecture, dit État, parce que c'est le bras armé de l'État. La consigne générale pour le Gouvernement, c'est l'annulation du 14 juillet des feux d'artifice ?
MAUD BREGEONLà encore, je pense qu'on en parlera lors du Comité interministériel de crise de ce matin. La décision qui a été prise depuis le début de ces vagues, c'est de laisser la main encore une fois au territoire, notamment aux préfets, bien sûr aux maires. Je crois que les situations ne sont pas les mêmes partout, les vagues de chaleur ne sont pas les mêmes partout, les conditions de mise en place de ces événements ne sont pas les mêmes partout. Et donc, on a pu voir que d'un territoire à un autre, les événements pouvaient être ou non maintenus. Maintenant, ce qu'on dit, bien sûr, c'est que dans un souci de protection, dans un souci de prudence et de sécurité des populations, il faut être extrêmement vigilant. Et puis, je rappelle que derrière, c'est les forces de secours qui sont mobilisées. Et donc, il faut les préserver autant que possible.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 304025
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