Interview de M. Vincent Jeanbrun, ministre de la ville et du logement, à France Info le 7 juillet 2026, sur l'adaptation des logements au réchauffement climatique, l'encadrement des loyers et l'élection présidentielle de 2027.
Vincent Jeanbrun (auteur), Alix Bouilhaguet (intervenant)
ALIX BOUILHAGUETBonjour Vincent Jeanbrun.
VINCENT JEANBRUNBonjour.
ALIX BOUILHAGUET61 départements en vigilance orange aujourd'hui et pourtant, dans votre projet de loi sur la relance du logement débattu aujourd'hui au Sénat, certaines passoires thermiques pourraient être remises sur le marché locatif. Alors, sous couvert pour les bailleurs de faire un certain nombre de travaux de rénovation énergétique. Mais pourquoi cette décision alors qu'il y a de nombreux Français qui étouffent désormais dans leur logement ?
VINCENT JEANBRUNLa décision est très simple, c'est que qu'est-ce qu'on veut ? On veut des logements qui n'existent plus ou on veut des logements qui se rénovent ? Eh bien, quand on affronte une crise du logement sans précédent comme c'est le cas aujourd'hui dans le pays, on veut que ces logements soient disponibles à la location et rénovés. Et c'est ça qu'on essaye de mettre en oeuvre avec un pacte au fond gagnant, gagnant, quatre fois gagnant, gagnant pour le propriétaire qui, en ayant la possibilité de continuer à louer, il a les moyens de financer la rénovation, gagnant pour les locataires qui ont tant de mal à se loger, et là on continue à mettre ces 700 000 logements qui sinon sortiraient du parc locatif en location, et puis le locataire dont le logement est rénové, il voit ses conditions s'améliorer. C'est gagnant aussi pour l'économie, pour nos artisans, et bien sûr gagnant pour la planète. Et c'est pour ça qu'on travaille à la rénovation, un grand plan de rénovation du bâtiment en France.
ALIX BOUILHAGUETVous dites : " Si on ne fait rien, c'est 700 000 logements qui sortiront de la location ", mais 24% par exemple des franciliens qui vivent dans des passoires thermiques quittent leur logement au moment de la canicule. Ça veut dire que c'est loger à tout prix, loger quel que soit le prix ?
VINCENT JEANBRUNNon, il faut être raisonnable. Est-ce qu'on doit absolument lutter contre les passoires thermiques l'hiver et contre les bouilloires thermiques l'été ? La réponse est oui. Il faut y mettre tous les moyens possibles et imaginables. Pour autant, il vaut mieux avoir un toit 12 mois de l'année, moins quelques jours de canicule, que pas de toit du tout. Même la Fondation pour le Logement le dit. Mais ce qui compte effectivement, c'est qu'on puisse avoir un toit et la garantie que ce toit soit rénové. Et dans le projet de loi qui est porté sur la base d'une proposition de loi sénatoriale de la sénatrice Amel Gacquerre, qui avait déjà porté ce combat et l'avait déjà fait voter au Sénat, l'idée c'est qu'on soit dans un processus de rénovation des logements pour que les Français, d'ici 3 ans ou 5 ans, en fonction qu'on soit dans une maison individuelle ou dans un bâtiment collectif, aient des logements rénovés. L'objectif, c'est de dire aujourd'hui aux Français, grâce au vote du Sénat cet après-midi, on pourra s'assurer que 700 000 logements qui sont aujourd'hui classés F ou G sur les listes d'APE, soient rénovés d'ici 5 ans. La promesse, elle est oui, on va rénover les logements en France.
ALIX BOUILHAGUETVous dites qu'il faut mettre tous les moyens, sauf que la Prime Renov' qui aide justement les propriétaires à faire leurs travaux de rénovation énergétique, elle a fondu comme neige au soleil.
VINCENT JEANBRUNPas du tout. Permettez de vous le dire, budgétairement...
ALIX BOUILHAGUETEst-ce que ce n'est pas sous-dimensionné par rapport à ce que souhaite l'État ?
VINCENT JEANBRUNLa prime Renov', le budget a été maintenu par rapport à l'année 2025. On va même réussir à faire plus d'accompagnement.
ALIX BOUILHAGUETMais elle est beaucoup moins universelle qu'au départ. Elle est beaucoup plus ciblée.
VINCENT JEANBRUNJe vais vous répondre là-dessus, mais quand on dit fondue comme neige au soleil, on laisse entendre qu'on a enlevé des moyens et la réponse est non. Dans un moment où la crise budgétaire du pays est importante, la volonté de préserver ma prime Renov' a été clairement affichée et le budget 2026 l'a confirmé. Je voudrais vraiment, je vais être très clair là-dessus. Ensuite, il y a une régulation sur qu'est-ce qui est financé avec. Avant, ma Prime Renov', vous pouviez faire un accompagnement global, rénovation intégrale de l'habitat, et de l'autre côté, des rénovations par geste. C'est-à-dire, je ne change que la fenêtre, j'isole que les combles, j'installe uniquement une pompe à chaleur. Là, aujourd'hui, on a recentré l'effort sur un accompagnement global parce que c'est réellement cet accompagnement global, cette rénovation intégrale qui fait la différence, qui permet d'ailleurs aux familles de faire des économies d'énergie sur la facture et mieux les protéger l'hiver, mieux les protéger l'été. Et juste une petite précision, on continue à accompagner par geste les pompes à chaleur réversibles, et donc la possibilité d'installer chauffage et climatisation puisque vous savez que ces pompes à chaleur font du chaud l'hiver et du froid l'été.
ALIX BOUILHAGUETCe qui a fondu comme neige au soleil, c'est quand même le Fonds vert. Il est passé de 2,4 milliards en 2024 à 837 millions pour 2026, donc près de 20 % gelé récemment. Les collectivités locales disent qu'ils n'y arrivent pas, qu'ils ne peuvent pas rénover parce que ça leur sert dans le monde, notamment pour rénover leurs bâtiments scolaires. Et on a vu que pendant la dernière canicule, beaucoup d'écoles étaient fermées.
VINCENT JEANBRUND'abord, cette canicule est hors du commun. Elle est totalement exceptionnelle et on voit bien qu'elle nous engage tous à aller beaucoup plus loin dans l'adaptation. Pour autant, ce Fonds vert, si on en parle aujourd'hui, c'est parce qu'il a été créé dans le quinquennat qui vient de s'écouler. Et donc, c'est déjà la preuve qu'il y a eu une volonté des gouvernements successifs et de l'État de s'engager sur cette rénovation des bâtiments. Mais il faut être clair aussi, tout le monde doit faire des efforts. On n'a pas le choix et on va continuer à avancer en ce sens.
ALIX BOUILHAGUETOui, mais quand on regarde le cas de la rénovation énergétique des écoles, le Gouvernement a lancé effectivement un plan en 2023. Mais vous savez combien d'écoles ont été rénovées depuis ce temps-là ? 6 500, ça correspond à environ une école sur sept en France. Pourquoi ça traîne autant ?
VINCENT JEANBRUNJ'ai été maire et on a, sur les huit groupes scolaires de ma belle commune de l'Île-des-Roses, on en a rénové deux intégralement qui sont livrés neufs. Et là, effectivement, les conditions étaient meilleures, même si avec la canicule hors du commun, on a vu que ça pouvait quand même atteindre ses limites sur le confort d'été. Il fallait continuer à avancer sur ces sujets-là. Mais les écoles de nos petits, ce sont d'abord à la charge des municipalités. L'État est venu en soutien parce qu'on voit bien qu'il y a un mur d'investissement, on voit bien que c'est considérable et qu'une commune comme la mienne, on n'aura jamais eu les moyens de rénover huit groupes scolaires d'un coup. Et les collègues maires le savent. Mais par contre, il faut qu'on engage ce processus et qu'on continue à y travailler. Et là aussi, le Gouvernement est en accompagnement, mais n'est pas en charge de rénover les écoles directement.
ALIX BOUILHAGUETUn dernier mot, vous êtes aussi favorable à une prolongation de deux ans de l'expérimentation de l'encadrement des loyers, sauf que selon l'association Que Choisir Ensemble, cet encadrement est largement détourné, avec notamment des loyers exorbitants pour les étudiants. Pourquoi il n'y a pas plus de contrôle ?
VINCENT JEANBRUNC'est une bonne question. D'abord, moi, à titre personnel, je n'y suis pas favorable à ce plafonnement des loyers parce qu'en réalité, j'ai attendu, pour me faire une opinion, un rapport de deux économistes indépendants qui ont démontré que ça ne fonctionnait pas et que quand il y avait une petite réduction de loyers, ça touchait plutôt les familles les plus aisées qui en profitaient. Et donc, on voit bien que ça a des dysfonctionnements. C'est pour ça que j'ai été très clair sur le fait que je ne voulais pas de généralisation de ce dispositif. Maintenant, vous avez 70 communes en France qui demandent la prolongation de leur expérimentation pour qu'il n'y ait pas de sortie brutale. J'ai été maire. Là aussi, j'ai envie de faire confiance aux élus locaux et de les accompagner. Donc, on a lancé une concertation et on travaille à voir s'il est possible de prolonger. Et ensuite, vous avez, de manière générale, des propriétaires qui contournent le dispositif. Là-dessus, il faut plus de contrôle. C'est un des sujets aussi de ces plafonnements, tous ces dispositifs. C'est qu'on voit bien qu'on n'arrive pas à aller au bout des contrôles. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on peut faire confiance à ce qu'on appelle l'intermédiation locative, c'est-à-dire les agences immobilières, pour dire la chose simplement, qui, en général, sont des professionnels et qui, eux, ont par l'obligation légale, de faire respecter la loi.
ALIX BOUILHAGUETEn tout cas, vous, vous ne comptez pas faire une loi qui pérennise l'encadrement des loyers ?
VINCENT JEANBRUNOn discute avec les différents groupes parlementaires pour savoir s'il y a une volonté de faire passer à l'Assemblée ou au Sénat un texte qui permette de prolonger de 2 ans ou 3 ans uniquement pour les communes qui y seraient déjà.
ALIX BOUILHAGUETDans quelques heures, Marine Le Pen sera fixée sur son sort. Est-ce que vous trouveriez normal qu'une décision de justice l'empêche éventuellement de concourir à la présidentielle ?
VINCENT JEANBRUNJ'étais gêné sur le fait qu'elle puisse être empêchée avant d'avoir fait appel. En revanche, à partir du moment où elle est condamnée en deuxième instance, le droit français permet d'empêcher un élu de se présenter et donc à partir de là, si elle a fauté, qu'elle ne soit plus éligible ne me choque pas en soi.
ALIX BOUILHAGUETMême si elle représente effectivement, on voit les derniers sondages, le Rassemblement National c'est une force prépondérante en France.
VINCENT JEANBRUNLe Rassemblement National ne sera pas empêché de concourir. D'ailleurs j'ai compris que le plan B était déjà là, prêt à faire campagne. Donc le Rassemblement National fait partie du débat démocratique, ils présenteront un candidat. Madame Le Pen pourra d'ailleurs exprimer son point de vue même si elle ne sera pas candidate en tant que telle. Le vrai sujet c'est aujourd'hui qu'est-ce qu'ils proposent pour la France et un programme que personnellement je veux combattre.
ALIX BOUILHAGUETEt qu'est-ce qui change Jordan Bardella ou Marine Le Pen ? En quoi la campagne serait différente ?
VINCENT JEANBRUNVous savez, je ne crois pas que ce soit une campagne très différente parce que Marine Le Pen tient les ficelles de toutes façons et c'est la même partie, les mêmes élus, le même projet, la même vision pour la France. Parfois un peu floue sur certains sujets comme les retraites mais je ne crois pas qu'il y ait une grande différence.
ALIX BOUILHAGUETC'est lequel le candidat qui serait le plus dangereux pour le Bloc central ? Elle ou lui ?
VINCENT JEANBRUNDifficile à dire. Certains nous disent Jordan Bardella c'est la jeunesse, d'autres Marine Le Pen c'est l'expérience. Moi dans tous les cas, je ne veux pas qu'on se trompe de débat. Le débat c'est quel est leur projet pour la France ? Est-ce que c'est sérieux budgétairement ? Absolument pas. Jusqu'hier ils étaient totalement climato-sceptiques, là avec la canicule ils se sont dit finalement : " Il y a un réchauffement climatique " mais la semaine prochaine ils vont changer d'opinion. Un parti qui continue à penser qu'il faut trier les Français en fonction de leurs origines, de leurs couleurs de peau, c'est quelque chose que je combats personnellement.
ALIX BOUILHAGUETJordan Bardella a souvent laissé entendre qu'il se sentait proche du RPR de Jacques Chirac ou de l'UMP de Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy qui le lui rend bien également. Vous êtes républicain, est-ce que vous pourriez travailler avec Jordan Bardella au sein d'un Gouvernement ?
VINCENT JEANBRUNJe ferai tout pour que ça n'arrive pas. Parce que je pense qu'il faut qu'on s'évite le duel mortifère de Monsieur Mélenchon et de Monsieur Bardella ou peu importe Marine Le Pen. Leurs projets sont populistes, totalement irréalistes d'un point de vue économique. Et les deux, à leur façon, LFI comme le RN, trient les Français en fonction de leurs origines. Certains dans une logique wokiste racisée, d'autres en fonction du degré de gêne français qu'on a dans le sang. C'est des projets qui sont mortifères pour la France.
ALIX BOUILHAGUETVous êtes républicain, votre candidat c'est Bruno Retailleau qui est le chef de votre parti aujourd'hui ou c'est plutôt Édouard Philippe qui peut être un dénominateur commun ?
VINCENT JEANBRUNAvec ce que je viens de vous dire sur les deux extrêmes, moi, mon candidat c'est celui qui rassemblera toutes les forces républicaines avec un grand R qui permettent de protéger notre pays et de lui donner un avenir. Et donc Bruno Retailleau est tout légitime pour porter les couleurs des LR. Édouard Philippe a fait son meeting qu'il a plutôt réussi. Gabriel Attal de son côté avance également. On est dans le moment où ils ont le droit d'avancer et faire campagne.
ALIX BOUILHAGUETAprès, il faudra se rassembler.
VINCENT JEANBRUNOui après il faudra se rassembler. Et je serai d'ailleurs celui qui a le plus de capacité à rassembler.
ALIX BOUILHAGUET30 secondes sur les propos racistes tenus sur X par une sénatrice paraguayenne à l'encontre de Kylian Mbappé. Je vais les citer : " Cet abruti n'a même pas appris à écrire. Au lieu de téter le lait maternel, il tétait des noix de coco. Et les êtres les plus instruits qu'il ait jamais entendus étaient des chimpanzés ". Ça vous inspire quoi ?
VINCENT JEANBRUNDu dégoût, c'est inadmissible. Il faut qu'on le condamne avec la plus grande fermeté possible. Et objectivement, déjà qu'ils ne savent pas très bien jouer au foot, visiblement en tout cas pas sans violence. Visiblement la violence n'est pas que sur le terrain. Elle est aussi dans les propos inadmissibles que je condamne évidemment avec la plus grande fermeté.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juillet 2026
La source —
vie_publique · nº 303987
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