Interview de Mme Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement et ministre déléguée en charge de l'énergie, à France Inter le 29 juin 2026, sur la préparation gouvernementale face à la canicule, les propos de Monique Barbut, ministre de la transition écolog
Maud Bregeon (auteur), Benjamin Duhamel (intervenant)
BENJAMIN DUHAMELBonjour Maud Bregeon.
MAUD BREGEONBonjour.
BENJAMIN DUHAMELMerci d’être avec nous ce matin sur France Inter. Alors que la France commence enfin à respirer, que l’on peut déjà tenter de dresser un bilan de cette vague de chaleur inédite, école transformée en étuve, hôpitaux et services d’urgence en surchauffe, une ministre de la transition écologique aux prises de parole pour le moins aléatoires. Est-ce que vous dites pardon aux Français pour une telle impréparation ?
MAUD BREGEONBon d’abord on a beaucoup appris depuis 2003. Contrairement à ce que j’ai pu entendre ici ou là, on a massivement avancé dans la coordination des services, entre Météo France, entre les services des concentrés de l’Etat, l’ARS. Je veux saluer tout le personnel, encore une fois, des Préfectures par exemple, qui ont fait un travail formidable, les CCAS dans les différentes communes de France, qui ont pris le temps d’appeler l’ensemble des personnes fragiles qu’elles avaient sur leurs fichiers.
BENJAMIN DUHAMELJe ne suis pas sûr que ça ait sauté aux yeux pour les parents d’élèves et les enfants qui se sont retrouvés dans des écoles où il faisait 35 degrés.
MAUD BREGEONPeut-être pas, mais c’est de ma responsabilité que de rappeler ce qui fonctionne mieux que ce qu’on a connu avant. Ensuite on a mis des moyens supplémentaires sur la table. Les crédits du ministère de l’Ecologie ont doublé depuis 2017. Et vous parliez des écoles.
BENJAMIN DUHAMELEt le fonds vert a été divisé, ce que disait Patrick Cohen, par quasiment 4 en l’espace de deux ans.
MAUD BREGEONLe fonds vert, c’est un élément de l’ensemble des crédits. On parlait des écoles, il y a en ce moment 6 500 emprises scolaires qui ont été rénovés ou qui sont en cours de rénovation. Maintenant, je suis d’accord, le réchauffement climatique va plus vite que nous. Et donc il va falloir aller bien plus loin que ce que nous sommes en train de faire.
BENJAMIN DUHAMELEt donc juste, Maud Bregeon, tout a fonctionné ? Il n’y a pas une forme de reconnaissance de choses qui ne sont pas allées assez vite, pas allées assez loin ?
MAUD BREGEONOn fera ce matin un bilan autour du Premier ministre. Il y a un centre interministériel de crise avec l’ensemble des ministres concernés qui seront représentés. Ça permettra d’abord de dresser un premier bilan à date et ensuite de regarder très lucidement ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. Mais je crois qu’encore il faut faire preuve d’un peu de mesures contrairement à ce qu’on a pu entendre ici ou là, notamment dans les discours politiques depuis plusieurs jours.
BENJAMIN DUHAMELD’accord. Je voudrais juste prendre un exemple très concret, Maud Bregeon. On a appris que le Gouvernement avait commandé en urgence 30 000 climatiseurs pour les hôpitaux. Pourquoi ils n’ont pas été commandés avant ?
MAUD BREGEONEcoutez, je vous ai dit ce qui avait été entamé avant. Il y a eu une vague absolument historique qui est arrivée il y a quelques jours de ça. Et je sais que les Français en ont beaucoup souffert. Et le Premier ministre a fait le bon choix. Ses commandes de climatiseurs, encore une fois, pour des lieux qui sont des lieux essentiels, ce qui permet…
BENJAMIN DUHAMELMais vous n’auriez pas pu anticiper le fait qu’en été il y ait des vagues de chaleur. Quand on voit, pardon, que ces climatiseurs devraient être opérationnels au milieu de l’été, on se dit que s’ils avaient été commandés il y a quelques semaines, il y a quelques mois, ça aurait été un peu plus efficace.
MAUD BREGEONJe veux bien qu’on s’arrête à cette commande de climatiseurs, Benjamin Duhamel. Quand je vous dis que 6 500 emprises scolaires sont en cours de rénovation ou la rénovation achevée, quand je vous dis que depuis le Ségur de la Santé, les hôpitaux, lorsqu’ils sont construits ou rénovés, intègrent cette nécessité d’adaptation au changement climatique, c’est bien la preuve qu’on a avancé. Maintenant, je voudrais juste revenir sur un point que mentionnait Patrick Cohen et qui m’a beaucoup frappé depuis plusieurs années dans le débat public. C’est cette opposition systématique entre l’adaptation et l’atténuation. En réalité, le réchauffement climatique, c’est un voyage sans retour. Vous ne faites pas machine arrière. Et donc, notre premier enjeu, c’est évidemment d’en freiner les effets. Pour autant, les effets, le mal qui est fait, il est là. Et donc il y a cette nécessité, en parallèle, d’arriver à s’adapter. Et pendant longtemps, on a opposé les deux. Vous regardez ce que vous a dit l’extrême gauche depuis des années. L’extrême gauche vous disait : "Surtout pas de climatiseur, surtout pas d’adaptation". Mais en revanche…
BENJAMIN DUHAMELOui. Enfin Maud Bregeon, pardon, mais ce n’est pas l’extrême gauche qui est au pouvoir depuis 2017. Vous pouvez effectivement souligner leurs contradictions. Elles existent. Enfin, c’est bien de votre responsabilité que de mener cette adaptation.
MAUD BREGEONEt le Rassemblement National, qui s’est opposé, qu’on entend beaucoup ces derniers jours, mais qui s’est opposé méthodiquement à toutes les mesures qui allaient dans le sens de réduire les émissions de gaz à effet de serre, vient aujourd’hui nous donner des grandes leçons d’écologie depuis quelques jours, alors qu’ils se sont opposés à la construction d’énergie renouvelable, qui ont voté pour la suppression des ZFE, qui ont voulu baisser les budgets sur l’écologie. Donc vous voyez que chacun regarde un peu ces contradictions aussi.
BENJAMIN DUHAMELD’accord. Mais on est bien d’accord que c’est vous qui gouvernez depuis dix ans.
MAUD BREGEONMais je ne vous dis pas le contraire.
BENJAMIN DUHAMELD’accord.
MAUD BREGEONJe ne vous dis pas le contraire. Mais vous recevez tous les matins des gens qui nous attaquent sur vos matinales. Vous me permettrez, encore une fois, et c’est aussi mon rôle, de pouvoir y répondre.
BENJAMIN DUHAMELEt vous avez pu répondre. Maud Bregeon, je voudrais aussi vous entendre sur les propos tenus par la ministre de l’Ecologie, Monique Barbut. Après avoir anticipé, mercredi dernier, à votre place, une nouvelle canicule jusqu’au 14 juillet, ce qui a été démenti dans la foulée par ses propres services Météo France, elle a de nouveau suscité la polémique en parlant de la clim. Voilà ce qu’elle a dit. Je vais la citer in extenso. "Je suis horrifiée par les gens qui me disent : "Oh, mais il n’y a qu’à mettre la clim partout". Très bien, on va mettre la clim partout. Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ? Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons ? Vous croyez que ça va éviter quoi ? Rien". Est-ce que vous comprenez qu’il y a quelque chose d’étonnant à se faire sermonner comme ça par la ministre de l’Ecologie en pleine canicule ?
MAUD BREGEONÉcoutez, moi je vais vous répondre sur le fond. Sur le fond, bien sûr qu’il ne faut pas mettre de la climatisation partout. Nous, nous sommes favorables à la climatisation partout où c’est nécessaire, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les maternités, dans l’ensemble des services publics. On voit que nous n’avons plus d’autre choix. Pour autant, ce n’est pas la seule réponse à apporter. On voit bien que ça va bien au-delà de ça. Et je pense que c’est ce que voulait dire Monique Barbut, quand elle parle de la biodiversité, quand elle parle des incendies.
BENJAMIN DUHAMELMais quand elle dit : "Qui croit que la clim va éviter les feux de forêt " Est-ce que quelqu’un pense sincèrement que la climatisation va éviter les feux de forêt ?
MAUD BREGEONJ’ai entendu, là encore, dans certains propos politiques, des lignes qui tendaient à dire : "Il faut de la clim partout".
BENJAMIN DUHAMELD’accord. Mais ce qui n’est pas la même chose que de dire que la clim va éviter les feux de forêt ou la mort des animaux.
MAUD BREGEONVous comprenez très bien ce qu’elle veut dire. Ce qu’elle veut dire, c’est que la clim est une des réponses. Et nous l’assumons complètement. Nous ne sommes pas dans un discours dogmatique ou idéologique. Pour autant, ce n’est pas suffisant.
BENJAMIN DUHAMELMais est-ce que vous reconnaissez une forme de maladresse à minima de la part de la ministre de la Transition écologique ?
MAUD BREGEONMoi, je comprends que les Français qui ont beaucoup souffert depuis plusieurs jours, qui ont eu des difficultés dans leur quotidien parce que les crèches ont été fermées, parce que les écoles ont pu être fermées, ont surtout envie qu’on soit à leur côté.
BENJAMIN DUHAMELDonc il faut faire attention pour les propos.
MAUD BREGEONEt qu’on fasse preuve, en tout cas, d’écoute et d’empathie.
BENJAMIN DUHAMELMaud Bregeon, dimanche prochain, le 5 juillet, Édouard Philippe organise un grand meeting à Paris. Il y a quelques mois, vous disiez qu’il était le mieux placé pour 2027. Est-ce que vous avez fait votre choix entre soutenir le candidat de votre parti, Gabriel Attal, ou soutenir Édouard Philippe ?
MAUD BREGEONJ’ai fait mon choix sur la base d’un constat qui est aujourd’hui très clair, lucide, et qui, je crois, saute aux yeux de beaucoup d’entre nous, c’est ce risque absolument majeur d’un second tour, d’une part, entre la France Insoumise et le Rassemblement National. Et puis ensuite, le risque de victoire du Rassemblement National. Et aujourd’hui, en responsabilité, j’ai fait le choix, d’une part, d’aller au meeting d’Édouard Philippe la semaine prochaine, et puis plus globalement, de le soutenir dans sa candidature, pour deux raisons. D’abord, parce que je pense qu’il est le plus à même, aujourd’hui, à rassembler, très largement, bien au-delà de sa propre famille politique, bien au-delà de nos propres familles politiques. Et que ce rassemblement est un impératif absolument vital pour le pays, pour notre accession au second tour, et pour éviter l’arrivée du Rassemblement National au pouvoir. Et ensuite, parce que c’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience. Expérience de Premier ministre, expérience de maire. Et je crois que, dans les temps extrêmement troublés que nous vivions aujourd’hui, c’est quelque chose qui est important.
BENJAMIN DUHAMELPlus que Gabriel Attal ? Parce que, pardon, Maud Bregeon, mais vous êtes adhérente d’un parti, dont vous avez d’ailleurs été la porte-parole, et pourtant vous soutenez le candidat d’un autre parti. Qu’est-ce qu’il a de plus que Gabriel Attal, Edouard Philippe ?
MAUD BREGEONMoi, je ne renie rien, et je ne critique en rien les compétences et la légitimité des uns et des autres, de Gabriel Attal, comme d’autres. Je pourrais aussi citer Bruno Retailleau. Vous savez que je plaide pour un très large rassemblement.
BENJAMIN DUHAMELOn est d’accord. Mais enfin si vous choisissez Édouard Philippe, c’est bien que, selon vous, il a des qualités que Gabriel Attal n’a pas.
MAUD BREGEONCe que je pense, c’est qu’aujourd’hui, le rassemblement est un point absolument fondamental, et que de par le parcours qui est le sien, vous savez qu’il vient de la droite, qu’il a été Premier ministre d’Emmanuel Macron pendant trois ans.
BENJAMIN DUHAMELDonc il a plus de qualité pour rassembler que Gabriel Attal.
MAUD BREGEONQu’il est maire d’une ville populaire. Ça le met aujourd’hui, plus que les autres, dans cette capacité de rassembler largement. Or, si on n’est pas capable d’opérer ce rassemblement, nous n’arriverons pas à éviter ce duel entre la France Insoumise et le Rassemblement National. On n’est pas sur quelque chose de théorique, Benjamin Duhamel. On est à une croisée des chemins qui est absolument majeure, et donc c’est un enjeu de responsabilité.
BENJAMIN DUHAMELAlors deux questions rapides pour terminer, Maud Bregeon. Un, est-ce qu’en conséquence, vous allez quitter Renaissance pour rejoindre Horizons ?
MAUD BREGEONÉcoutez, je soutiens un homme qui a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron.
BENJAMIN DUHAMELVous ne répondez pas tout à fait. Est-ce que vous allez quitter le parti qui a un candidat que vous ne soutenez pas ?
MAUD BREGEONQui a été le Premier ministre du Président de la République, que je soutiens. Et Emmanuel Macron est d’ailleurs, vous le savez, Président d’honneur du parti, donc je n’ai pas l’intention de changer de parti.
BENJAMIN DUHAMELPremière question. Et la deuxième, je croyais, Maud Bregeon, que les ministres n’avaient pas le droit de faire de politique et n’étaient pas censés s’engager dans la campagne.
MAUD BREGEONLa règle est très claire.
BENJAMIN DUHAMELVous allez devoir quitter votre poste de porte-parole du Gouvernement ?
MAUD BREGEONLa règle est très claire. D’une part, pas de candidat au sein du Gouvernement. C’est bien normal. Et ensuite, pas de rôle opérationnel dans la campagne. Je n’aurai aucun rôle opérationnel dans la campagne. Mais pour autant, je crois qu’on parle aujourd’hui, encore une fois, de quelque chose qui nous dépasse, qui est plus grand que nous, c’est l’avenir et l’intérêt de la France.
Source : Service d’information du Gouvernement, le 30 juin 2026
La source —
vie_publique · nº 303887
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