Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 18 février 2026, sur la mort du jeune Quentin Deranque et l'enquête en cours.
Maud Bregeon (auteur), Alix Bouilhaguet (intervenant)
ALIX BOUILHAGUETBonjour Maud BREGEON.
MAUD BREGEONBonjour.
ALIX BOUILHAGUETOn commence naturellement avec l'enquête sur la mort de Quentin DERANQUE, ce jeune nationaliste battu à mort par des militants de l'ultra-gauche. Cette enquête, elle progresse. Neuf interpellations dont les six suspectés d'avoir frappé l'étudiant. Est-ce que déjà vous nous confirmez ces informations ?
MAUD BREGEONOui, en tout état de cause, il y a eu neuf interpellations. Ce n'est pas à moi de le confirmer. Je laisserai le procureur donner davantage de détails.
ALIX BOUILHAGUETIl devrait s'exprimer quand, le procureur ?
MAUD BREGEONEncore une fois, ce sera à lui de le dire. En tout cas, l'enquête avance et c'est une bonne chose. C'est une bonne chose pour la famille de Quentin. C'est une bonne chose pour ses proches.
ALIX BOUILHAGUETD'après Le Figaro, six suspects, au moins, étaient d'anciens membres du mouvement d'ultra-gauche de la Jeune Garde. Est-ce que c'est vraiment le cas ?
MAUD BREGEONLà encore, ce n'est pas à moi de confirmer ces informations. Vous savez que je suis porte-parole du Gouvernement. En revanche, la Jeune Garde, et pas uniquement la semaine dernière, mais structurellement, depuis qu'elle est construite, s'adonne à des mouvements de violence et d'ultra violence, c'est une réalité. Et on le sait. Et la France Insoumise, on en parlera tout à l'heure, le savait déjà.
ALIX BOUILHAGUETParmi les interpellés, justement, il y a Jacques-Élie FAVROT. C'est le collaborateur parlementaire du député insoumis Raphaël ARNAULT, qui est cofondateur de la Jeune Garde, justement. Donc Jacques-Élie FAVROT était bel et bien devant Sciences Po Lyon, le soir du meurtre de Quentin DERANQUE. Donc vous nous confirmez aussi cette implication ?
MAUD BREGEONAlors vraiment, j'insiste. Moi, je suis porte-parole du Gouvernement. Ce n'est pas à moi de vous confirmer des informations relatives à une enquête de justice Encore une fois, vraisemblablement et en tout état de cause, ces informations ont été transmises et sont connues, mais ce n'est pas à moi de vous confirmer ces informations. Voilà.
ALIX BOUILHAGUETDonc vous connaissez peut-être ou pas le profil des autres interpellés. On parle aussi d'un stagiaire qui aurait été donc le stagiaire de Raphaël ARNAULT à l'Assemblée nationale.
MAUD BREGEONAlors je peux vous faire... Pardonnez-moi, je ne comprends pas bien ces questions-là qui viennent parce que…
ALIX BOUILHAGUETNon, mais c'était pour savoir, effectivement, si vous pouvez en savoir plus. J'entends ce que vous dites.
MAUD BREGEONCe n'est pas à moi de... Voilà. Donc je vous propose qu'on discute des sujets pour lesquels…
ALIX BOUILHAGUETHier, Sébastien LECORNU a demandé aux Insoumis de faire le ménage dans leurs propos, leurs idées et leur rang. Quand ils disent ça, le Premier ministre, il pense à qui ? Est-ce qu'il pense à Raphaël ARNAULT, justement ? Est-ce qu'il a toujours sa place à l'Assemblée nationale ?
MAUD BREGEONLa France insoumise a assumé des liens avec la Jeune Garde. Jean-Luc MELENCHON a parlé d'un mouvement lié à la France insoumise. Il a nommé ses membres de la Jeune Garde comme étant, je cite encore une fois, ses jeunes camarades. Ces mots datent de cette année. Ça ne date pas d'il y a cinq ou dix ans. La semaine dernière, vous savez que le Gouvernement avait demandé la dissolution de la Jeune Garde. Jean-Luc MELENCHON, la France insoumise, par voie de communiquer, a demandé au Gouvernement d'abandonner cette dissolution. Et on voit qu'en toute vraisemblance, les liens entre la Jeune Garde et la mort de Quentin se resserrent. Ce sera encore une fois à l'enquête de le préciser. Mais on voit qu'en tout état de cause, c'est la direction que prend l'enquête. Et donc on arrive à un grand moment de clarification. Effectivement, la France insoumise doit faire le ménage dans ses rangs. Et moi, j'appelle la présidente Mathilde PANOT à exclure Raphaël ARNAULT de son groupe, ou du moins à l'exclure temporairement, pour marquer cette clarification, pour dire non à la violence.
ALIX BOUILHAGUETHier, il y a eu une minute de silence qui a été observée à l'Assemblée nationale, en mémoire de Quentin DERANQUE. Un hémicycle où régnait une quasi-unanimité politique pour pointer effectivement la responsabilité de LFI dans ce drame. Est-ce que vous pensez que Jean-Luc MELENCHON est responsable, d'une certaine façon, de la mort de ce militant nationaliste ?
MAUD BREGEONJ'ai eu l'occasion de l'exprimer en disant que la France insoumise et Jean-Luc MELENCHON avaient une responsabilité morale vis-à-vis du climat, de violences qu'ils exacerbent en permanence. On le voit avec la Jeune Garde, on le voit dans l'hémicycle, on le voit dans la façon dont ils alimentent le débat public et le débat politique. Gérald DARMANIN rappelait hier cette image d'un député Thomas PORTES, le pied sur un ballon avec la tête d'Olivier DUSSOPT pendant la réforme des retraites. Ça, ce sont des moments politiques extrêmement violents. Qui s'étonne qu'ensuite, quand les responsables politiques qui sont censés donner l'exemple ont ce genre de comportement et ont ce genre de propos, ça se traduise dans la rue par des actes d'une extrême violence.
ALIX BOUILHAGUETHier encore, Manuel BOMPARD remerciait la Jeune Garde qui fait, selon lui, un travail d'autodéfense populaire. Est-ce que ces mots vous choquent ?
MAUD BREGEONEncore une fois, moi j'en appelle à la grande clarification. Bien sûr, ces mots sont profondément choquants. Mais en fait, ce qui est profondément choquant, c'est qu'en juin 2024, en mai-juin 2024, la France insoumise ait investi un membre fondateur de la Jeune Garde en toute connaissance de cause. On savait déjà que la Jeune Garde était un mouvement ultra-violent qui encourageait ce type d'action, qui était structuré pour ça, qui formait ses membres pour ça. Et donc ils l'ont fait en toute connaissance de cause. Là encore, ils doivent s'interroger. Quel est le sens de l'engagement politique de Manuel BOMPARD, de Mathilde PANOT, évidemment de Jean-Luc MELENCHON, lorsqu'ils envoient ce message-là ? Lorsqu'ils disent, et notamment à la jeunesse, au fond, le modèle que vous devez suivre, les gens qu'on décide d'investir pour vous représenter à l'Assemblée nationale, ce sont des membres fondateurs de groupuscules d'ultra-gauche extrêmement violents. C'est gravissime.
ALIX BOUILHAGUETJean-Luc MELENCHON hier…
MAUD BREGEONJe terminerai sur une chose. On a, et là encore une fois, j'ai eu l'occasion de le dire, toutes et tous, une responsabilité lorsqu'on glisse un bulletin La France insoumise dans l'urne. Et donc, moi, j'en appelle aussi ce matin aux Français, qui, par le passé, auraient déjà fait ce choix. Plus jamais, plus jamais un député LFI au sein de l'Assemblée nationale pour les prochaines élections.
ALIX BOUILHAGUETIls ne sont plus dans l'arc républicain ?
MAUD BREGEONPour les prochaines élections. Moi, je ne desserre pas des brevets d'arc républicain ou pas d'arc républicain, mais, enfin, ils contreviennent en tout état de cause aux valeurs de la République quand ils font ce type de choix et quand ils portent ce type de discours.
ALIX BOUILHAGUETMais ça veut dire que s'il y a un second tour, Jordan BARDELLA versus Jean-Luc MELENCHON à la présidentielle, vous dites quoi ?
MAUD BREGEONEh bien, je m'organise pour que ce ne soit pas le cas. Et là, c'est de notre responsabilité. En revanche, au sein de cette famille qui est celle, pour moi, de la droite et du centre, il est urgent que les candidats déclarés réputatifs, que les chefs de parti, que les parties prenantes principales se parlent. On ne peut pas se permettre de laisser aux Français, et on l'a encore vu ces derniers jours, le choix d'un second tour entre Monsieur MELENCHON et Madame LE PEN ou Monsieur BARDELLA. Et donc, il faudra, et le temps presse.
ALIX BOUILHAGUETLe temps presse, sauf qu'il y a pléthore de candidats. Il y a déjà Bruno RETAILLEAU, Édouard PHILIPPE, Gabriel ATTAL ne devrait pas tarder, Gérald DARMANIN réfléchit. Ça veut dire quoi ? Que le Bloc central va dans le mur
MAUD BREGEONDavid LISNARD, on pourrait faire une liste et elle serait probablement non exhaustive.
ALIX BOUILHAGUETIl faut quoi, une primaire ?
MAUD BREGEONIl faut un candidat unique de la droite et du centre.
ALIX BOUILHAGUETUne primaire d'où à où ?
MAUD BREGEONDès le premier tour de l'élection 2027. Une primaire sur cet espace politique qui est celui du socle commun, qui est celui sur lequel on gouverne, dans lequel on gouverne depuis la dissolution.
ALIX BOUILHAGUETJusqu'à Bruno RETAILLEAU ?
MAUD BREGEONJusqu'à ceux qui refusent l'alliance avec le Rassemblement national. C'est très simple. Et c'est la seule solution si on veut proposer autre chose aux Français qu'un second tour entre l'extrême gauche et l'extrême droite. Donc, il faut que les uns et les autres se parlent, laissent leurs égos de côté. Les ambitions sont légitimes, mais l'intérêt du pays est évidemment supérieur aux intérêts individuels. J'ajoute, et c'est ma conviction personnelle, que les aventures individuelles n'amèneront que des défaites collectives, donc Gabriel ATTAL, Edouard PHILIPPE, Bruno RETAILLEAU, et tous ceux que vous avez cités, David LISNARD, Xavier BERTRAND, Elisabeth BORNE, Yaël BRAUN-PIVET, je pense au président du Sénat, Gérard LARCHER.
ALIX BOUILHAGUETSébastien LECORNU ? Que tous ceux qui voudront jouer un rôle, sans nécessairement être candidats eux-mêmes, mais tous ceux qui voudront jouer un rôle, discutent pour qu'on arrive à s'entendre.
ALIX BOUILHAGUETHier soir, je reviens à ce qui s'est passé avec Quentin DERANQUE, et Jean-Luc MELENCHON a nié toute responsabilité, il a néanmoins appelé au calme et a refusé la surenchère, mais il estime que ce sont les insoumis qui se sont agressés, notamment par des groupuscules d'extrême droite. Ce week-end, des permanences parlementaires ainsi que le siège parisien du parti ont été vandalisées. Donc, la violence, elle est des deux côtés ?
MAUD BREGEONLa vandalisation, pardonnez-moi, de permanences parlementaires est toujours inadmissible. Je les condamne d'où qu'elles viennent et qui qu'elles touchent. Il faut être extrêmement clair, on ne touche pas un élu de la République, on ne menace pas un élu de la République et on n'essaie pas d'intimider un élu de la République. Pour autant, si on parle de ce qui s'est passé à Lyon, c'est le jeune Quentin qui est mort. Et quand j'entends Jean-Luc MELENCHON hier qui insinue qu'au fond, ce que venait faire Quentin à Lyon serait une forme de circonstance atténuante à son décès. Quand il dit, il n'était pas venu là, je le cite encore une fois, pour enfiler des perles. De quoi parle-t-on ? On parle d'un jeune homme qui a trouvé la mort, peut-être pour ses idées, mais rien ne justifie qu'un homme ou qu'une femme meurt pour ses idées en 2026 en France. Et là encore, il y a une forme de double discours dans ce qu'a dit Jean-Luc MELENCHON hier qui est profondément choquant.
ALIX BOUILHAGUETLes Insoumis pointent aussi la responsabilité du Gouvernement, notamment concernant le maintien de l'ordre. Ils affirment qu'aucun dispositif n'a été prévu pour éviter les débordements. Est-ce que le ministère de l'Intérieur a bien évalué la menace ?
MAUD BREGEOND'une part, la menace a été évidemment évaluée à sa bonne hauteur et les forces de l'ordre étaient présentes sur place. Maintenant, excusez-moi, il y a une hypocrisie terrible dans les mots de Jean-Luc MELENCHON. Jean-Luc MELENCHON et de ceux qui manifestent sous les slogans de la police tue, et ce à plusieurs reprises, sont ceux qui insultent en permanence les forces de l'ordre, on l'entend à l'Assemblée nationale, on l'entend dans leurs déclarations publiques, et qui aujourd'hui se tournent vers elle en disant, au fond, qu'elles n'ont pas été à la hauteur. Ce sont des propos qui sont ignobles et qui ne sont pas à la hauteur.
ALIX BOUILHAGUETGérald DARMANIN a réaffirmé la volonté du Gouvernement de dissoudre des groupuscules d'extrême-droite ou d'extrême-gauche, mais c'est vrai que parfois ça se reheurte au réel. Le Conseil d'État, récemment, s'est opposé à la dissolution des Soulèvements de la terre. Est-ce qu'il n'y a pas une forme d'impuissance publique sur ce sujet-là ?
MAUD BREGEONOn a prononcé, je crois, la dissolution d'une cinquantaine d'organisations depuis 2016, si je reprends les chiffres donnés par mon collègue Laurent NUNEZ, ministre de l'Intérieur. Donc non, il n'y a pas d'impunité. Et lorsque des ligues se retrouvent après dissolution, évidemment, tout le nécessaire est fait pour reconstruire un dossier et redemander leur dissolution.
ALIX BOUILHAGUETDernière question, est-ce qu'il faut interdire aux élus de faire des conférences dans les universités ?
MAUD BREGEONEn tout cas, quand ces conférences contreviennent à l'ordre républicain et engendrent des drames comme ce qui s'est passé à Lyon, je crois qu'en effet, ces interventions n'ont plus leur place, et ne peuvent plus avoir leur place dans les universités.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 février 2026
La source —
vie_publique · nº 302140
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé