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10 février 2026 · Gouvernement · Sud Radio · discours Discours

Interview de Mme Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, à Sud Radio le 10 février 2026, sur l'affaire Epstein, la proposition de loi visant à lutter contre l'exploita

Aurore Bergé (auteur), Jean-François Achilli (intervenant), Patrick Roger (intervenant)

JEAN-FRANÇOIS ACHILLIBonjour Aurore BERGÉ. AURORE BERGEBonjour. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIAffaire Epstein, faut-il que la justice française rouvre les enquêtes aujourd'hui ? AURORE BERGÉC'est à la justice de le déterminer. Ce n'est pas à moi évidemment de le dire. Cette affaire, elle démontre que pendant des années, il y a un système qui a été mis en place et qui a permis l'exploitation sexuelle de jeunes filles, parfois d'adolescentes. On parle de centaines et de centaines de jeunes filles. Et c'est la raison pour laquelle il avait été déjà condamné. Sa compagne est d'ailleurs toujours en détention aux États-Unis. Et s'il y a une nécessité que la justice française soit saisie, elle le sera. Et c'est à elle de le déterminer en fonction des éléments de preuve. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIL'affaire concerne surtout les États-Unis d'Amérique. La justice, là-bas, il faut qu'elle fasse son travail. Et c'est tout. C'est ce qu'a déclaré le Président Emmanuel MACRON. Il a raison, on en fait un peu trop ici, en France ? AURORE BERGÉNon, mais on a raison d'en parler, parce que c'est une affaire qui est absolument insupportable. Ce qui est insupportable, c'est de se dire que pendant des années, encore une fois, un système a été mis en place, permettant l'exploitation sexuelle, la traite d'êtres humains, des jeunes filles, parfois des adolescentes, qui étaient considérées juste comme de la marchandise, pouvant être mises à disposition des hommes, mais vraisemblablement d'hommes très puissants. Donc, ça, maintenant, c'est à la justice de le déterminer, de déterminer ce qui est sorti, qu'est-ce qui est vrai, est-ce qu'il y a des choses qui sont fausses ou pas. Je n'en sais rien. Ce n'est pas à moi de le dire. JEAN-FRANÇOIS ACHILLID'accord. Mais quand il dit ça, le Président… AURORE BERGÉCe n'est pas à moi d'éplucher les dossiers. C'est à la justice américaine, d'abord, de s'en saisir, parce que c'est sur le sol américain, vraisemblablement, que les éléments se sont déroulés. Et si la justice française doit être saisie, elle le sera évidemment, et en toute indépendance, pour garantir que ceux qui auraient profité de l'exploitation sexuelle de ces jeunes filles et de ces adolescentes soient évidemment, et très sévèrement, punis. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIVous avez quand même Jack Lang, dont nous avons beaucoup parlé. Vous avez quand même le cas de cet agent de mannequin, Jean-Luc BRUNEL, suicidé en détention, ce qui fait que, d'ailleurs, l'enquête précédente s'est arrêtée. AURORE BERGÉNon, mais moi, je ne suis pas là pour faire des suppositions. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIIl y a les séjours d'Epstein en France. Vous ne pensez pas qu'il y a beaucoup de choses à découvrir quand même ? AURORE BERGÉMoi, je ne suis pas là, à votre micro, pour faire des supputations sur qui aurait fait ou n'aurait pas fait. Ça, c'est le travail de la justice, d'éplucher l'intégralité des dossiers, de confronter les personnes qui pourraient être mises en cause, et s'il y a des mises en examen nécessaires, de les conduire. Ça, c'est à la justice de le faire. C'est pour ça qu'elle est indépendante. Et c'est pour ça, justement, qu'elle est capable de condamner, qu'on soit fort ou pas, qu'on soit puissant ou pas. Elle est capable de condamner et de passer, et c'est ça qui compte. Mais ce n'est pas à moi de le dire. Ce n'est heureusement pas au Gouvernement de déterminer la manière avec laquelle elle doit fonctionner. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIEt ce n'est pas seulement aussi aux enquêtes journalistiques qu'évoque le Président, d'ailleurs, au passage, d'avancer. C'est aussi, effectivement, à la justice de s'auto-saisir dans ces cas-là. Mais vous savez, les Français ont besoin de vérité. On se demande toujours pourquoi ça traîne, ces histoires-là, en fait. C'est ça qui… AURORE BERGÉÇa traîne, parce que ça fait quelques jours maintenant, je crois, qu'il y a un certain nombre d'éléments qui ont été révélés, de dossiers qui sont sortis. Je comprends qu'il y a des milliers et des milliers de dossiers à éplucher et à examiner. Et je pense qu'il faut encore une fois que la justice passe si elle doit passer. Et elle le fera en toute intégrité, en toute indépendance. Et je pense que ce qui inquiète, c'est ce qui a été révélé, c'est-à-dire le volume de celles, encore une fois, qui ont subi ce système de domination. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIAurore BERGÉ, tout à fait autre chose : des plateformes comme OnlyFans ou MYM, MYM c'est… AURORE BERGÉPas totalement autre chose, en fait. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIOui, c'est assez connexe en réalité. Vous avez raison. Sont-elles des sites pornos, voire de prostitution en ligne ? Je vous demande ça, parce que le Sénat, vous y serez, examine aujourd'hui une proposition de loi, celle de la Sénatrice les Républicains de la Saône-et-Loire, Marie MERCIER, visant à prohiber l'achat en ligne de services sexuels virtuels personnalisés, et à lutter contre, on va dire, le proxénétisme sur le net. Vous allez la soutenir ? AURORE BERGÉOui, le Gouvernement soutient clairement cette proposition de loi. Pourquoi ? Parce qu'on voit qu'aujourd'hui, quand on parle de prostitution, c'est-à-dire quand on parle d'achat d'actes sexuels, il y a ce qui se passe dans la vraie vie, et puis il y a la manière avec laquelle ça commence. Et aujourd'hui, ça commence par un clic, ça commence par une image, ça commence par une vidéo, où on a des jeunes filles, et trop souvent d'ailleurs, des adolescentes, qui se retrouvent dans ce système, qui, au départ, n'y voient pas forcément de mal, n'y voient pas forcément de contraintes, n'y voient pas forcément les conséquences que ça peut entraîner sur toute leur vie. Mais ce sont des images d'elles qui vont circuler, ce sont des réseaux dans lesquels elles vont malheureusement être appréhendées, c'est de l'argent qu'on va se faire sur leur dos. Donc, nous, ce qu'on dit avec la Sénatrice dans ce texte, c'est quoi ? C'est que le proxénétisme, c'est-à-dire le fait de faire commerce du corps de quelqu'un d'autre, eh bien, doit être appréhendé, que ce soit en ligne ou hors ligne. Qu'est-ce que ça change à la fin ? C'est un système de domination. À la fin, vous faites commerce sur le corps de quelqu'un d'autre, vous avez moyen de pression sur cette personne, parfois pour lui détruire toute une vie. Si jamais la personne veut arrêter, par exemple, du jour au lendemain, vous avez toutes les vidéos, toutes les images qui vous permettent de faire pression pour garantir qu'elle puisse continuer, et parfois même que ça s'aggrave, et qu'au-delà de ce qui se passe en virtuel, ça puisse entrer dans la vraie vie. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIParce que ceux qui organisent sur ces sites, je répète, OnlyFans ou MYM, ce sont des plateformes populaires aujourd'hui, qui organisent le travail. Ce sont des proxénètes pour vous ? AURORE BERGÉEn fait, sur ces plateformes, vous avez de tout. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIOui. Soi-disant de tout. AURORE BERGÉVous avez autant la capacité à acheter un cours de cuisine en ligne que la capacité à commander qu'une jeune fille en direct commette des actes sexuels, se dénude… JEAN-FRANÇOIS ACHILLIAurore BERGÉ, ce sont des sites pornos déguisés ? AURORE BERGÉDe facto, ça va même au-delà du site porno, parce que le site pornographique, les choses sont structurées, sont organisées, il y a un contrat, on peut considérer que ça n'est pas ce qu'on souhaite dans la vie, mais de facto, les choses sont structurées et organisées. Là, ce n'est pas le cas. On ne sait pas quel est le consentement de la personne qu'on va voir à l'écran. On ne sait pas quel est l'âge de la personne qu'on va voir à l'écran. Et parfois, vu les images qui nous parviennent, on voit qu'encore une fois, ce sont des enfants, c'est-à-dire des adolescentes, des mineurs, qui se retrouvent dans ces systèmes et qui sont appréhendés. Donc, ce qu'on dit, c'est quoi ? C'est qu'il faut aller sanctionner ceux qui en font le commerce, ceux qui font profit du corps de l'autre. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIParce que la prostitution est illégale, officiellement, en France, sur ceux qui ont recours à la prostitution, qui peuvent être passibles, on va dire, d'amende… AURORE BERGÉDe détention, oui. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIJusqu'à détention. Là, ce qui se produit, c'est quand même, c'est sur le net, ce n'est pas de la prostitution. Il faut avancer là-dessus. AURORE BERGÉEn fait, aujourd'hui, ce n'est pas caractérisé. C'est-à-dire que comme beaucoup de choses qui se passent en ligne, forcément, notre droit, il y a dix ans, quand on a fait la loi sur la lutte contre le système prostitutionnel, ne l'abordait pas, parce qu'il y a dix ans, on n'avait pas ces plateformes, on n'avait pas ces sites. Et donc, ce qu'on dit, c'est qu'on va actualiser, en fait, ce droit, de manière à garantir que ceux qui sont prétendument, ce qu'on appelle des managers de comptes, c'est-à-dire ceux qui vont aller chercher ces adolescents, chercher ces jeunes filles, leur commander des vidéos, leur commander des images, leur commander des postures, être rémunérés pour ça, eh bien, doivent pouvoir être incriminés comme étant des proxénètes, de manière à ce qu'enfin, on cesse d'avoir, comme ça, des milliers et des milliers de jeunes filles dans notre pays, qui ensuite sont soumises à un système, qui est un système d'exploitation. On parle d'enfants, ça pourrait être les nôtres, ça pourrait être les nôtres, qui, dans le secret de leur chambre, tout d'un coup, se mettent à nu, au sens propre du terme, ont des images d'elles qui vont circuler parfois pour toute une vie, et qui, ensuite, peuvent être même appréhendées dans des réseaux qui sont des réseaux dangereux, qui sont des réseaux mafieux, et qui peuvent les prostituer dans la vie réelle, au-delà des images virtuelles. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIPour conclure, l'idée, c'est de les faire fermer, ces sites, carrément ? AURORE BERGÉC'est déjà... Non, c'est de réguler. C'est-à-dire que si c'est un cours de cuisine, ça ne me pose évidemment pas de problème. JEAN-FRANÇOIS ACHILLID'accord. AURORE BERGÉSi c'est, par contre, de l'exploitation sexuelle et un système de domination, ça me pose un problème. Et ça devrait poser un problème à tous les parents qui nous écoutent ce matin, de considérer que, peut-être, demain, ce sont leurs enfants qui pourraient être appréhendés dans ces réseaux-là. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIAurore BERGÉ, dans vos attributions, vous luttez contre les discriminations. Que dites-vous, quelle est votre réaction à cette banderole du collectif Ultra Paris, qui a fait grand bruit, c'était dimanche soir, au Parc des Princes, lors du match PSG-OM ? "Les Marseillais, c'est des livreurs", c'était écrit sur la banderole. Et au-dessus, il y avait, on appelle ça des typhos, une espèce de grand déballage avec une autre représentation, c'est un livreur de la société DPD, bien connue, on imagine l'allusion, évidemment, avec une casquette de l'OM qui tient un carton sur lequel il représentait un rat, bref. Vous pensez quoi, vous ? AURORE BERGÉCe que je dis de manière très claire, c'est que ça n'est pas du folklore. Pendant trop longtemps, on a considéré que les insultes homophobes ou racistes étaient du folklore, comme si c'était normal. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIVous êtes choqués par ça, j'imagine. AURORE BERGÉJ'espère que tout le monde est choqué. J'espère qu'on arrête de considérer que des insultes homophobes qui sont vues par des millions de téléspectateurs, potentiellement, qui sont scandées dans un stade, ça n'est pas du folklore. Ce sont des insultes. Et ça banalise ces insultes-là. Ça donne le sentiment que le sport, et le foot en particulier, ne pourrait pas se départir de ça. Le sport mérite mieux. Le sport mérite mieux que des slogans qui sont insupportables, qui blessent, qui heurtent, qui fragilisent des personnes, qui peuvent ensuite, évidemment, les vivre dans la vraie vie. Parce que si c'est autorisé dans un stade, alors, on a l'impression que c'est autorisé partout, et qu'on a le droit de brandir, encore une fois, des insultes, qu'elles soient homophobes, qu'elles soient racistes, qu'elles soient antisémites. Elles n'ont leur place nulle part. Nulle part. JEAN-FRANÇOIS ACHILLID'accord. Chaque fois, il y a une condamnation. Ça, c'est à la ligue professionnelle du football d'étudier le cas. Qui doit faire le ménage ? C'est le club ? AURORE BERGÉC'est les clubs, c'est la ligue. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIChaque fois, on dit la même chose. Et chaque fois, ça se reproduit. AURORE BERGÉC'est le club, c'est la ligue. On en a parlé encore hier avec la ministre des Sports, pour voir aussi comment on pouvait, sans doute, agir encore plus et de manière encore plus déterminée. Parce que je pense qu'encore une fois, ça fragilise et ça dénature l'image du sport. On a beaucoup, aujourd'hui, de familles qui renoncent parfois à aller au stade pour suivre des matchs par peur de ce qui pourrait s'y passer. Par les slogans qu'on va entendre, par les mouvements de foule qu'on peut avoir. Parce qu'on n'a pas envie d'être confrontés à ça et qu'on n'a pas envie que nos enfants soient confrontés à ça. Il faut que le sport, ça reste une fête exceptionnelle. On a commencé là les JO d'hiver. On voit à chaque fois à quel point le sport a une capacité inouïe à nous réunir, à créer des émotions. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIMais ce n'est jamais réglé. Vous êtes d'accord, Aurore BERGÉ ? AURORE BERGÉMais il ne faut pas que ces émotions, elles soient en permanence dénaturées par cela. JEAN-FRANÇOIS ACHILLICe n'est jamais réglé. Vous êtes d'accord ? Ce n'est jamais réglé. AURORE BERGÉMais ce n'est pas parce que ça ne l'a pas été jusque-là qu'on est incapable de le faire. Parce que je pense qu'à la fin, ça fait tort aux clubs eux-mêmes. Ça fait du tort au sport lui-même. Ça fait du tort au foot. Et qu'encore une fois, on a besoin de sport dans notre société pour notre santé, mais au-delà de ça, pour créer des émotions et des moments collectifs. C'est absolument vital dans une société qu'on dit suffisamment fracturée. Le sport, il est là pour nous réunir, il n'est pas là pour nous diviser. JEAN-FRANÇOIS ACHILLILa décision de Jean-Marc MORANDINI de se retirer de l'antenne de Cnews après toutes ces semaines de polémique, vous la saluez ? AURORE BERGÉÉcoutez. Il a pris cette décision. Moi, je pense qu'en effet, c'est sans doute plus sain qu'il ne soit plus à l'antenne. Je pense d'abord aux victimes. Il a été condamné. Il a été condamné. Donc, on n'est pas dans la supputation de qu'est-ce qu'il aurait fait. Il a été condamné. Et quand on parle, regardez les sujets qu'on a abordés jusque-là dans cette émission. On parle de cette question-là, de la question des violences sexuelles, de la question de l'exploitation sexuelle. Donc, il ne faut évidemment jamais prendre le risque de la banalisation. Et à partir du moment où une condamnation existe, je pense qu'en effet, c'est sain, ne serait-ce que pour les victimes qui n'auront plus à le voir à l'antenne, de prendre cette décision. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIRetrait ne vaut pas une démission dans cette histoire, au fait. AURORE BERGÉÉcoutez. Ça concerne évidemment la chaîne. Et c'est à elle après d'en tirer toutes les conséquences qui s'imposent. Mais je crois que les partis politiques, sur cette histoire, ont été unanimes pour expliquer qu'ils considéraient que plus aucun parti n'avait sa place dans cette émission-là. Et je pense que c'est suffisamment rare pour être salué que les décisions aient été unanimes de la gauche jusqu'à l'extrême droite, et évidemment, nous, nous avions pris la décision depuis longtemps, de dire que dans cette émission, on considérait qu'on n'avait plus notre place. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIAurore BERGÉ, publication aujourd'hui par la Grande Mosquée de Paris, d'un ouvrage qui vise à accorder la pratique musulmane aux sociétés laïques et favoriser une meilleure acceptation dans les pays occidentaux. J'imagine que vous avez pris connaissance du contenu de ce livre qui est publié, qui veut déconstruire les discours haineux et communautaires, et montrer que la participation de la vie citoyenne s'accorde pleinement avec les principes fondamentaux de l'islam. Vous saluez cette initiative ou pas ? AURORE BERGÉOui, je les salue, parce que je crois que c'est important de démontrer que les religions, et quelles qu'elles soient, doivent se conformer aux valeurs de la République et qu'elles sont en capacité de le faire. Et que face à des discours de haine d'un côté, face à des discours communautaristes de l'autre, les deux, en fait, visent à nous séparer de la République. Les deux visent à fracturer la République. Et au contraire, on a besoin de démontrer la puissance de la République. Et la puissance de la République, c'est de garantir à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer sa religion dans le respect des valeurs de la République. Et tous les guides qui peuvent y contribuer, tous les messages qui peuvent y contribuer, je crois, sont utiles et sont pertinents dans des moments où on a besoin de repères. JEAN-FRANÇOIS ACHILLILe guide rappelle quand même que le port du voile relève d'un choix personnel qui doit être respecté. Ça n'éteint pas cette histoire de voile, Aurore BERGÉ, choix personnel. AURORE BERGÉOui, c'est un choix personnel. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIQuand on voit ce qu'il se passe en Afghanistan, en Iran, où les femmes sont contraintes de porter le voile, vous n'y voyez pas une forme de soumission ? AURORE BERGÉMais attendez. Que le fait de porter le voile soit un choix personnel, c'est un choix qui doit, justement, toujours être personnel, qui ne doit jamais être guidé par la contrainte. Qu'aucune femme ne soit jamais contrainte de porter un signe religieux ostensible si elle ne le souhaite pas. C'est aussi ça qui est rappelé en disant cela. Oui, c'est un geste qui doit être un geste personnel, intime, qui doit émaner d'une conviction, qu'elle soit culturelle ou religieuse, d'ailleurs, mais qui, jamais, ne doit être guidée par la contrainte. Pourquoi moi, par exemple, depuis des années, je demande qu'on puisse interdire le port du voile pour les mineurs, au moins pour les jeunes filles de moins de 15 ans ? Parce que ça n'est pas la même chose qu'une jeune femme se voile quand elle a 20 ans. Parce que c'est sa liberté, et que personne ne doit lui enlever cette liberté-là. Mais pour autant, quand vous avez 8 ans ou 10 ans, évidemment, vous n'avez pas la même capacité à consentir ou pas. JEAN-FRANÇOIS ACHILLICe n'est pas dans le guide ça, hein ? AURORE BERGÉMais c'est pour ça que je pense que c'est très important, justement, qu'il y ait des guides et qu'il y ait des textes qui rappellent que ça doit toujours émaner d'une volonté qui est une volonté personnelle, qu'il y a un consentement, qu'il y a une volonté libre et éclairée de le faire ou de ne pas faire. Et c'est ça qu'on doit garantir. Et c'est ça que nous, la loi, doit garantir. Et évidemment, pour les mineurs, la question se pose de leur liberté, de leur capacité à consentir, plutôt que juste à se conformer à ce que la famille souhaite, à ce que les parents souhaitent. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIAmélie DE MONTCHALIN, nommée, en conclusion, dans notre échange, Aurore BERGÉ, par Emmanuel MACRON à la tête de la Cour des comptes, pour succéder à Pierre MOSCOVICI. C'est la bonne idée, c'est un pas de plus vers l'égalité femmes-hommes ? AURORE BERGÉEn tout cas, c'est certain que c'est la première femme à être nommée à ce poste, qui est un poste extrêmement important pour la République. Je crois que tout le monde salue sa légitimité et sa compétence. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIC'est un symbole, non ? AURORE BERGÉEt pour la connaître très bien et travailler avec elle depuis 2017, je n'ai aucun doute sur le fait qu'elle sera exemplaire dans cette mission, qui est une mission extrêmement importante. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIOui, parce qu'il y a ceux qui disent qu'elle va devoir se prononcer sur des politiques qu'elle a contribué à mettre en place. AURORE BERGÉJe pense que tous ceux qui connaissent Amélie DE MONTCHALIN connaissent son sérieux, sa rigueur et son intégrité. Et en tout cas, moi, je salue le fait qu'elle puisse être nommée. Et je salue aussi le fait que ce soit la première femme nommée à ce poste, puisqu'il y a encore des postes où on dit que c'est la première fois que c'est une femme. Peut-être qu'un jour on s'habituera au fait qu'on n'ait plus besoin de le dire, parce que justement, les femmes auront pris la place et toute la place qui doit leur revenir. PATRICK ROGERMerci Aurore BERGÉ. AURORE BERGÉMerci à vous. PATRICK ROGERMerci Aurore BERGÉ. Dans un instant, on va revenir sur vos propos, ce que vous avez dit à propos des mineurs. Tiens, on viendra aussi sur ce qui se passe à Marseille, avec, évidemment, ce procès. Il avait 14 ans, Pépito. Ses parents étaient incarcérés pour trafic de drogue. Lui, était dans un camp de gitan. Il y a beaucoup de gamins comme ça, qui sont complètement à la dérive, qui sont exploités par les réseaux, les mafias. Évidemment, il y a le procès qui s'ouvre, en fait, aujourd'hui. Nous reviendrons aussi sur Karine LE MARCHAND, qui se retrouve accusée de racisme par des élus écologistes et insoumis, parce qu'elle a dit qu'il y a près d'une quarantaine d'années, quand elle est arrivée à Paris, elle venait de Nancy, elle a vu dans le RER beaucoup de gens de couleur. Aurore BERGÉ, est-ce que vous estimez que ce qu'elle a dit, c'est du racisme ? Ou alors, est-ce que vous la soutenez, parce qu'elle est accusée de racisme par des élus écologistes et insoumis ? AURORE BERGÉCe que je trouve insupportable, de manière générale, c'est le cyberharcèlement que les femmes, notamment, subissent après un certain nombre de déclarations. Voilà. Moi, je n'ai pas d'autre chose à dire sur le sujet, mais je déteste l'idée qu'on envoie comme ça une meute en cyberharcèlement à l'encontre d'une femme qui s'est exprimée. JEAN-FRANÇOIS ACHILLIVous pensez que ces mots l'ont dépassé ou pas ? AURORE BERGÉJe ne sais pas. Il faut que je revoie l'intégralité de la séquence. Sincèrement, je ne l'ai pas vue. PATRICK ROGEREn revanche, vous parlez de meute. Vous parlez de meute. AURORE BERGÉJe n'ai vu que l'écume sur les réseaux sociaux. PATRICK ROGERVous parlez de meute. AURORE BERGÉOui, parce que c'est souvent ça. C'est rarement une génération spontanée. PATRICK ROGERParce que c'est les insoumis, c'est ça ? AURORE BERGÉC'est rarement une génération spontanée. Quand vous avez des milliers et des milliers de messages qui vous arrivent sur les réseaux sociaux, c'est qu'en général, c'est un peu organisé et structuré. PATRICK ROGERAh, bon ? Vous les accusez, en fait, un peu ? Non ? AURORE BERGÉJe n'aime pas l'idée du cyberharcèlement en général. PATRICK ROGERD'accord. AURORE BERGÉEt vraisemblablement, c'est ça qui la vise depuis hier. PATRICK ROGEROui. Merci. AURORE BERGÉMerci à vous. Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 février 2026
La source — vie_publique · nº 302025
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/302025-aurore-berge-10022026-loi-lutte-contre-exploitation-sexuelle-en-ligne?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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