Déclaration de Mme Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, sur les axes clés pour le déploiement national de la télémédecine, à Paris le 26 janvier 2026.
Stéphanie Rist (auteur)
Mesdames et Messieurs les élus,Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs généraux des Agences régionales de santé,Mesdames et Messieurs les représentants du réseau de l'Assurance maladie,Mesdames et Messieurs les représentants des institutions, des professionnels de santé, des acteurs industriels,Mesdames et Messieurs,
Je suis ravie d'être parmi vous aujourd'hui pour conclure les "Assises de la télémédecine", idée portée par l'Assurance maladie et mise en œuvre avec la Direction générale de l'offre de soins durant l'année 2025.
Vous le savez, je le dis souvent, derrière les chiffres sur l'accès aux soins, derrière les sondages plaçant la santé comme priorité des Français, il y a des réalités bien concrètes : des renoncements aux soins, des rendez-vous différés, des inquiétudes et parfois des angoisses.
Face à cela, les possibilités offertes par les technologies du numérique doivent nous permettre d'appréhender l'accès aux soins de façon plus large.
Je l'ai toujours soutenu : la télémédecine est utile. Elle s'est installée dans les pratiques dès 2018, et la crise sanitaire a accéléré le mouvement. Aujourd'hui, elle ouvre de vraies perspectives pour mieux suivre les patients et mieux coordonner les soins.
Elle est évidemment complémentaire aux consultations en présentiel, et ne les remplace pas. Mais son potentiel doit être pleinement déployé.
C'est tout le sujet de vos travaux.
Le succès de ces Assises, c'est d'abord le succès d'une méthode : celle de la co-construction. Elle se mesure par l'ampleur des mobilisations qu'elles ont suscitées depuis près d'un an, avec plus d'un millier de participants d'horizons variés, dont une partie sont aujourd'hui dans la salle.
Permettez-moi de saluer le travail fait par les équipes de l'Assurance Maladie et de la DGOS, mais également l'ensemble des professionnels du secteur qui se sont mobilisés.
Tout au long de ces Assises, les réflexions ont été nourries, à Paris comme en région.
C'est grâce à cette dynamique collective que nous posons aujourd'hui les bases d'une télémédecine ambitieuse, au service des patients.
Les Assises ont alimenté les grandes orientations que je vais vous présenter. L'objectif, c'est une feuille de route nationale pour les 2 années à venir. Elle visera à favoriser son déploiement, ancré dans les territoires, en renforçant ce qui existe déjà plutôt que de le remplacer. Bien-sûr, elle doit aussi et surtout garantir un haut niveau de qualité des pratiques.
La télémédecine doit trouver sa juste place dans notre système de santé.
Les travaux conduits lors de ces Assises ont permis de dégager 4 axes clés, que je vais vous présenter.
Ils constitueront le socle commun de notre action et guideront, dans les mois à venir, la mise en œuvre concrète des propositions qui nous engagent collectivement.
Le premier axe, c'est le développement des compétences des professionnels de santé. C'est le prérequis numéro 1 pour le déploiement de la télémédecine.
Les échanges menés lors des ateliers régionaux ont clairement montré que beaucoup d'entre eux expriment un besoin d'accompagnement pour s'approprier ces nouveaux usages.
C'est pourquoi je souhaite que nous travaillions à développer leurs compétences.
La télésanté figure déjà dans la formation initiale et continue mais ces enseignements doivent être consolidés.
Un travail sera donc conduit en lien avec les universités, les Doyens et les sociétés savantes afin de développer des formations théoriques et pratiques consacrées à l'activité médicale à distance dans les 2 prochaines années.
Surtout, je l'ai dit, le défaut d'accès aux soins peut créer des ruptures de suivi et des délais allongés.
Dans ce contexte, la télémédecine ne doit pas être vue comme un outil ponctuel mais bien comme un outil puissant et structurant, intégré aux parcours de soins.
Le deuxième axe de cette stratégie nationale consistera donc à renforcer la place de la télémédecine dans le suivi et le parcours des patients.
Les propositions que je vais vous présenter s'appuient largement sur les bonnes pratiques observées sur le terrain
Premièrement, je souhaite que la HAS, en lien avec les sociétés savantes, puisse définir de nouvelles recommandations en matière de recours à la téléconsultation. Elles devront englober l'intégration dans le suivi et le parcours des patients atteints de pathologies chroniques, mais aussi la pertinence des prescriptions réalisables à distance. En tant que médecin, je le sais bien, la modification des pratiques part avant tout de l'évolution des recommandations médicales et scientifiques.
Deuxièmement, la téléexpertise doit être plus largement mobilisée et mise à disposition des médecins généralistes. Son développement reste aujourd'hui trop limité, faute de leviers organisationnels suffisamment clairs, et ce, malgré les revalorisations tarifaires. Alors que l'accès à un médecin spécialiste est un enjeu majeur, il est nécessaire de se fixer un objectif clair : déployer massivement la télé-expertise en allant la chercher là où elle se trouve, c'est-à-dire dans les hôpitaux mais aussi chez les spécialistes libéraux : je souhaite ainsi que les établissements de santé, et notamment les CHU, se mettent en situation de répondre aux demandes de téléexpertise de la médecine de ville, notamment pour les structures labellisées "France Santé".
Mon objectif est clair : permettre l'accès, dans chacune des maisons France Santé, à l'expertise spécialisée des établissements de santé de leur territoire. Je souhaite également que nous déployons plus rapidement les équipes de soins spécialisées (ESS) pour répondre à ce besoin.
Enfin, améliorer les parcours, c'est aussi s'assurer que l'information du suivi médical soit disponible. Aussi, chaque téléconsultation devra donner lieu à un résumé de téléconsultation à destination du médecin traitant et disponible dans "Mon Espace Santé".
Le troisième axe de cette stratégie nationale consistera à déployer les possibilités de téléconsultation au bénéfice des patients qui en ont le plus besoin.
Je suis convaincue que la télémédecine doit être un outil d'inclusion en permettant d'"aller vers" celles et ceux qui sont les plus éloignés du système de santé :
- les personnes sans médecin traitant ou qui vivent dans des territoires sous-denses,- les personnes dépendantes ou en situation de handicap,- les populations isolées- les patients dans l'incapacité de se déplacer- ou encore les détenus.
Dans cette perspective, certaines règles actuelles doivent évoluer, dès lors qu'elles freinent l'accès aux soins.
Le seuil fixant une part maximale de consultations réalisée en téléconsultation est nécessaire et gage de qualité.
Mais, dans certains cas, cela peut devenir un frein, au point d'empêcher certains médecins de continuer à exercer.
C'est pourquoi, des dérogations à ce seuil de 20 % seront mises en place de façon ciblée, comme le prévoit la convention médicale.
Ce sera notamment le cas pour les médecins retraités, les médecins remplaçants, les médecins en situation de handicap. Et aussi ceux qui traversent des moments de vie particuliers : je pense par exemple aux jeunes parents. L'objectif est simple : leur permettre de continuer à exercer et renforcer l'offre de soins.
Je souhaite que l'on puisse aussi déroger temporairement à ce seuil lorsque le système de soins fait face à des tensions, à l'instar de la période hivernale que nous traversons.
De la même manière, je souhaite que les téléconsultations assistées par un professionnel de santé ne soient plus comptabilisées dans ce seuil d'activité maximum. Ce modèle repose sur un travail en équipe, et il est important de le préserver. Un professionnel de proximité est présent aux côtés du patient et l'accompagne tout au long de la consultation. Cela rend la télémédecine plus humaine et efficace.
La téléconsultation assistée sera aussi développée dans les établissements sociaux et médico-sociaux, et notamment dans les EHPAD. Tout le monde ici connaît en particulier l'enjeu très fort d'éviter des passages inutiles aux urgences.
Je souhaite ainsi que les auxiliaires médicaux, comme des infirmières, puissent être mobilisés pour renforcer l'accompagnement des résidents. En ville, les assistants médicaux pourront également accompagner la téléconsultation avec son médecin traitant.
Par ailleurs, et parce que l'accès à la télémédecine doit être effectif pour tous, je souhaite renforcer la lisibilité de l'offre pour les personnes en situation de handicap. C'est pourquoi, un annuaire des bornes de téléconsultation accessibles sera mis à disposition afin de permettre à chacun d'identifier simplement une solution adaptée à ses besoins
J'en termine avec le quatrième et dernier axe : améliorer la qualité des soins et limiter les éventuelles dérives.
Les cabines de téléconsultation, je le défends depuis longtemps, sont un outil pertinent pour améliorer l'accès aux soins, notamment dans les zones sous-denses en médecins.
Pour autant, elles ne peuvent se développer de manière déconnectée des besoins des territoires. Elles doivent répondre aux besoins réels, être pensées avec les élus et les acteurs locaux, et s'intégrer pleinement à l'offre de soins de proximité.
L'implantation des cabines de téléconsultation sera ainsi soumise à une obligation de déclaration préalable aux agences régionales de santé avec une information partagée aux acteurs de terrain. Cette transparence est indispensable pour garantir une offre lisible et coordonnée. Pour poursuivre cet encadrement, nous nous appuierons sur les recommandations de la Haute autorité de santé de 2024, qui invitent à privilégier l'implantation de ces équipements au sein des lieux de soins dans lesquels exerce un professionnel de santé.
Enfin, les filières visuelles et auditives suscitent parfois des inquiétudes légitimes quant à certaines dérives. Je suis convaincue que la télémédecine a un rôle à jouer, à condition d'être utilisée dans un cadre vertueux facilitant l'accès encadré à des médecins ophtalmologues ou ORL.
Pour autant, certaines pratiques devront être questionnées ou interrompues lorsqu'elles ne répondent pas aux exigences de qualité et de pertinence des prises en charge. Un travail sérieux sera mené dans les prochains mois. Il permettra d'y voir clair sur les pratiques et de faire évoluer les règles si nécessaire. L'objectif est d'adapter les façons de travailler, notamment pour mieux répondre aux besoins des patients les plus fragiles, comme les résidents en EHPAD.
Mesdames et messieurs,
Le cap est clair : transformer l'essai pour faire de la télémédecine un outil qui améliore l'accès aux soins, renforce la continuité des parcours, réduit les inégalités et soutient les professionnels de santé dans leur exercice quotidien.
Ce cap doit désormais être déployé dans la feuille de route nationale 2026-2028, à laquelle vous serez pleinement associés.
Je veux le dire avec force : je suis totalement mobilisée pour faire de la télémédecine un levier puissant de notre système de santé, ancré dans les parcours et au plus près des réalités de terrain.
Je vous remercie.
Source https://sante.gouv.fr, le 9 juin 2026
La source —
vie_publique · nº 303538
Fichier d'origine conservé
Ce texte n'a été ni résumé ni corrigé