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22 janvier 2026 · Gouvernement · CNews · discours Discours

Interview de Mme Maud Bregeon, ministre déléguée, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 22 janvier 2026, sur la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) par le Parlement européen sur la légalité de l'accord entre l'Union européenne e

Maud Bregeon (auteur), Sonia Mabrouk (intervenant)

SONIA MABROUK"La grande interview" sur CNews et Europe 1. Mon invitée ce matin est la porte-parole du Gouvernement. Bonjour et bienvenue Maud BREGEON. MAUD BREGEONBonjour. SONIA MABROUKMerci de votre présence ce matin. Une bataille remportée pour nos paysans, ou plutôt un sursis, puisque la proposition de saisir la Cour de justice européenne sur l'accord du Mercosur a donc été adoptée hier. L'effet immédiat, précisons-le, étant une suspension du processus de ratification. Quelle est votre réaction ce matin ? Est-ce que vous criez victoire ? En tous les cas, vous soutenez ce sursis ? MAUD BREGEONC'est une excellente nouvelle. C'est une excellente nouvelle pour les agriculteurs français et c'est une excellente nouvelle pour les consommateurs européens. Parce que ce traité n'était ni juste ni équitable. Nous, vous savez, on n'est pas opposés par principe aux échanges commerciaux. Et les agriculteurs ont eux-mêmes besoin de pouvoir exporter pour vivre. Mais en l'occurrence, le Mercosur est un accord d'un autre âge. Et donc, je remercie vraiment l'ensemble des eurodéputés. SONIA MABROUKTous les eurodéputés ? MAUD BREGEONTous les eurodéputés. SONIA MABROUKParce que chacun dit que c'est grâce à lui, le RN, La France Insoumise… MAUD BREGEONOui, je vois bien. La réalité, c'est que l'ensemble des eurodéputés ont voté pour la saisine de la Cour de justice de l'Union Européenne. Tous les eurodéputés français. Et donc, pour une fois, pour une fois, on a un consensus national et c'est une excellente chose. Je rappelle par ailleurs que le Président de la République, vous le savez, s'était opposé… SONIA MABROUKEn fin de course. Il n'a pas toujours contré sa position, madame Maud BREGEON. MAUD BREGEONIl avait voté contre après avoir bataillé pendant des années, après avoir posé des exigences sur la table. SONIA MABROUKÇa n'a pas été perçu comme ça par les paysans eux-mêmes. MAUD BREGEONBeaucoup disaient qu'il n'osera pas voter contre, il n'osera pas tenir tête à VON DER LEYEN. Il a tenu tête à VON DER LEYEN. Et ensuite, les eurodéputés ont fait cette saisine. C'est une excellente chose. Encore une fois, pour une fois, il y a un consensus. SONIA MABROUKAlors, chiche, s'il tient tête à madame Ursula VON DER LEYEN alors qu'il continue, parce que là, c'est un sursis, attention. Puis on va voir, elle-même parlait hier d'une sorte de coup de force. Est-ce qu'il faudrait là mener un véritable bras de fer avec elle, quitte, je ne sais pas, par exemple, à menacer de geler notre contribution française au budget de l'UE ? MAUD BREGEONMais la contribution française sert à financer des dispositifs comme la PAC. La PAC, c'est le revenu des agriculteurs. Tout ça n'aurait pas beaucoup de sens. Il faut mener ce bras de fer sur le Mercosur. C'est ce qu'on a fait. Encore une fois, depuis des années, c'est ce qu'on a fait en décembre dernier, quand le Président de la République a obtenu un report, encore une fois, au forceps. C'est ce qu'a fait le Président de la République quand il a voté contre. Et c'est ce qu'ont fait l'ensemble des eurodéputés hier à Strasbourg. SONIA MABROUKContre, Maud BREGEON, les eurodéputés allemands. Voilà la belle unité européenne. Tous les eurodéputés allemands ont voté contre ce sursis. MAUD BREGEONMoi, j'ai dit une chose très simple. Il est hors de question de brader l'agriculture française pour privilégier l'industrie allemande. SONIA MABROUKIl faut le dire à madame Ursula VON DER LEYEN, qui préfère les voitures allemandes aux paysans français. MAUD BREGEONJe vous le dis à vous ce matin. J'ajoute une chose. Se pose désormais la question de la possibilité d'appliquer ce traité de façon provisoire. C'est une décision qui revient… SONIA MABROUKCe serait un déni incroyable de démocratie. MAUD BREGEONC'est une décision qui revient à Ursula VON DER LEYEN et à la Commission. Moi, je dis une chose extrêmement simple. Ce n'est même plus un enjeu d'agriculture ou de Mercosur, c'est un enjeu démocratique. Si Ursula VON DER LEYEN, si l'Union européenne, venait à passer de force en imposant une application provisoire, ça constituerait, en l'état, eu égard au vote qui a eu lieu hier à Strasbourg, une forme de viol démocratique. SONIA MABROUKEt on verra dans ce cas-là les conséquences. Ce ne sera pas seulement des mots. MAUD BREGEONJe n'imagine pas que ça puisse être le cas. Je pense que les conséquences, notamment sur le lien qu'ont les peuples avec l'Union européenne, seraient profondément délétères. On ne construit pas l'Europe contre la souveraineté populaire. On ne construit pas l'Europe contre le Parlement européen, qui est élu par les citoyens européens. SONIA MABROUKEt pourtant, certains disent qu'on a piétiné ici-même la souveraineté. Bon, nous verrons. MAUD BREGEONCe qui s'est passé hier, montre que ce sont bien les élus, encore une fois, élus au suffrage universel dans chacun des pays de l'Union européenne qui, à la fin, ont le dernier mot. J'ajoute une dernière chose avant de conclure sur ce sujet. C'est eux qui, encore une fois, auront le dernier mot sur le vote de ratification, qui est repoussé à d'ici environ 18 mois. C'est eux qui, une nouvelle fois, auront le dernier mot. SONIA MABROUKNous verrons ce qui est décidé. MAUD BREGEONDonc le travail de conviction doit continuer. SONIA MABROUKEn parlant d'Europe, Maud BREGEON, Donald TRUMP a dit hier qu'il ne reconnaissait plus l'Europe. On va venir sur le fond, puisque semble-t-il un accord cadre a été trouvé sur le Groenland. Il s'en est pris énormément à Emmanuel MACRON, qu'il a moqué. Ce fut une lourde charge au cours de laquelle il a ciblé le Président français. Ses lunettes de soleil à effet miroir. Je ne vais pas m'attarder sur cela. Mais il a dit que ses lunettes lui permettaient de jouer les durs à cuire. Il a raillé le Président français. Franchement, humiliation, intimidation, Emmanuel MACRON est devenu la cible préférée de Donald TRUMP. Pourquoi, selon vous ? MAUD BREGEONProbablement parce qu'il vise juste. Probablement. Je ne rentrerai pas dans une surenchère verbale avec le Président TRUMP. Ce n'est pas à la hauteur de ce qui est en train de se dresser face à nous. Le Président de la République, il porte une parole qui est extrêmement simple et qui est extrêmement claire. On refuse toute forme de vassalisation que ce soit à l'écart des États-Unis ou que ce soit à l'écart d'autres grandes puissances. Et pour ça, l'Europe doit se construire et l'Europe doit se renforcer. SONIA MABROUKC'est intéressant. Après ce que vous venez de dire sur Ursula VON DER LEYEN, c'est intéressant. Elle incarne l'Union européenne. Donc est-ce que ce n'est pas une forme de vassalisation par rapport à l'Europe déjà de la France ? MAUD BREGEONUrsula VON DER LEYEN n'incarne pas l'Union européenne. Ceux qui incarnent l'Union européenne, ce sont les eurodéputés, ce sont les chefs d'État et ce sont les peuples et les intérêts qu'ils ont en commun. Et l'intérêt qu'on a en commun, c'est de se construire face, encore une fois, aux grandes puissances. SONIA MABROUKMais ça vous a choqué hier, les mots qu'il avait utilisés ? MAUD BREGEONEt d'avoir des réponses encore une fois, extrêmement fermes. SONIA MABROUKPrésident Français moqué, raillé. C'est une forme d'humiliation. Je ne sais pas comment vous, porte-parole du Gouvernement, vous l'avez pris hier. C'est à Davos. Il y aura un avant et un après à un tel discours. Un Président moqué à ce point, pourquoi ne le fait-il pas avec le président chinois ? Avec le président russe, monsieur POUTINE… monsieur TRUMP. MAUD BREGEONVous savez, ça fait un certain temps désormais que je ne relève plus les outrances de Donald TRUMP et je n'ai pas envie de le faire. Ce que je note, en revanche, c'est que lorsqu'il s'attaque à la souveraineté du Groenland, par exemple, la réponse d'Emmanuel MACRON, ça a été probablement la plus forte au sein des chefs d'État de l'Union Européenne. Elle est immédiate avec cette volonté mise sur la table d'utiliser cet instrument anti-coercition. Ça, ce sont des réponses complètes. SONIA MABROUKDont on voit que les autres, effectivement, ne sont pas montés au… Mais pardonnez-moi, est-ce qu'on est autant attaqué parce qu'on n'est pas faible, justement ? MAUD BREGEONÉcoutez, j'ai noté qu'hier soir, Donald TRUMP parle d'un éventuel accord. Alors, je n'ai pas le fond de cet accord, donc je ne pourrais pas vous en dire plus ce matin. Mais il semble reculer sur l'application de droits de douane. On verra si c'est bien le cas. SONIA MABROUKSemble-t-il, il a obtenu ce qu'il voulait aussi. MAUD BREGEONOn verra ce qu'il y a dedans. On verra si c'est bien le cas. Mais en tout état de cause, si ces droits de douane ne sont pas appliqués et si on arrive à revenir à une situation un peu plus normale, je pense que le poids qu'a mis dans la balance le Président de la République française n'y sera pas pour rien. SONIA MABROUKJe ne sais pas si vous voyez la réalité avec des lunettes, pardonnez-moi, à effet miroir ou pas, mais vraiment, c'est une question importante, je pense. Est-ce que notre déclassement économique n'est pas le corollaire de notre déclassement diplomatique ? Est-ce que monsieur TRUMP se permet cela avec le Président français et la France parce que nous sommes faibles économiquement et nous sommes donc déclassés sur le plan géopolitique ? MAUD BREGEONDe quel déclassement géopolitique parle-t-on ? SONIA MABROUK3 400 milliards de dettes. Est-ce que ça nous permet de parler comme les autres ? MAUD BREGEONVous avez entendu le discours du Président de la République à Davos. Vous avez eu le sentiment, eu égard aux réactions qu'il y a eu, à la visibilité qu'il y a eu. Vous avez eu le sentiment d'un déclassement géopolitique ? Quand on réunit, parlons de l'Ukraine, la coalition des volontaires, qu'on arrive à embarquer les États-Unis dans ce plan de paix, est-ce qu'on a le sentiment d'une forme de déclassement ? Non. Ensuite, est-ce que la France peut y arriver seule face aux grandes puissances ? Je ne crois pas non plus. SONIA MABROUKVous pensez que la réponse est européenne ? MAUD BREGEONJe pense que la réponse est double. Je pense que la réponse est française parce qu'effectivement, il faut se muscler économiquement, se muscler militairement, mais qu'il y a aussi une réponse européenne. On voit bien que face à TRUMP… SONIA MABROUKQuand les Danois achètent des avions américains, quand les Allemands reculent et ne parlent plus du tout d'armes anti-coercition, elle est où l'unité, honnêtement ? MAUD BREGEONJe ne vous dis pas qu'elle est parfaite, cette Union Européenne. Je vous dis que si on pense pouvoir y arriver chacun dans notre coin, face à la Chine, face aux États-Unis ou face à la Russie, on se met le doigt dans l'œil. Et je vois que même ceux qui, hier, proposaient la sortie de l'Union européenne ou avaient des discours extrêmement critiques à son encontre. SONIA MABROUKVous pensez à qui ? MAUD BREGEONJe pense par exemple au Rassemblement national… admettent qu'on vienne, que c'est bien à l'échelle de l'Union européenne qu'il faut qu'on ait une réponse pertinente. SONIA MABROUKVous avez dit, Maud BREGEON, qu'il faut se muscler économiquement. Est-ce que vous pensez qu'on peut se muscler économiquement avec un budget socialiste alourdi de dépenses nouvelles et chargé de plus de taxes pour les entreprises ? En somme, est-ce qu'une France qui vit à crédit peut encore avoir du crédit à l'international ? MAUD BREGEONVous reprenez les éléments de langage du Rassemblement national ou d'une partie de la droite. SONIA MABROUKNon, les Socialistes disent que c'est leur budget, pardonnez-moi. MAUD BREGEONNon, Olivier FAURE n'a jamais dit que ce… Je vais remettre… SONIA MABROUKJe mets un peu l'église au milieu du village. MAUD BREGEONJe suis un peu provocatrice volontairement. Ce n'est pas un budget socialiste. Ce n'est pas un budget de droite, ce n'est pas un budget macroniste, mais ce n'est pas un budget socialiste. Si c'était un budget socialiste, il y aura la taxe ZUCMAN. Si c'était un budget socialiste, il y aurait peut-être une augmentation d'impôts pour les ménages ou pour davantage d'entreprises. Ce n'est pas le cas. Il n'y aura aucune augmentation d'impôts pour les ménages. Il n'y aura aucune hausse du coût du travail. Il y aura une revalorisation du travail de par la prime d'activité. On n'en parle pas beaucoup. 50 euros par mois pour des personnes autour du SMIC, 3 millions de personnes, ce n'est pas rien. Effectivement, il y a une contribution exceptionnelle. SONIA MABROUK300 entreprises qui représentent environ 8 millions de salariés, 32 % de la richesse créée en France vont encore être pressurisées. Ce matraquage fiscal, on est passé de la start-up nation à la "Tax up nation". MAUD BREGEONPardonnez-moi, ce n'est pas du matraquage fiscal. Quand on maintient, quand on n'augmente pas le coût du travail, quand on préserve les TPE, les PME, les ETI, tous les commerçants qui sont en train de nous écouter ce matin, qui auront une stabilité fiscale totale, ce n'est pas du matraquage fiscal. Maintenant, un budget, c'est faire des choix. SONIA MABROUKDes compromis ou des compromissions ? MAUD BREGEONRappelez-vous, le budget qui avait été présenté en juillet-août dernier, il y avait la suppression de deux jours fériés. SONIA MABROUKOui, effectivement. MAUD BREGEONEst-ce qu'on estime qu'on aurait dû maintenir cette suppression de deux jours fériés ? SONIA MABROUKVous allez voir, le verre à moitié plein. Je parle du reste. MAUD BREGEONNon. Ce n'est pas le verre à moitié plein. Prenons l'exemple de la Défense. On augmente les moyens de la Défense de 6,5 milliards d'Euros. SONIA MABROUKDont acte. MAUD BREGEONOn parlait du contexte international. On voit bien que c'est absolument nécessaire. SONIA MABROUKMais moi, je vous parlais de ces entreprises-là, Maud BREGEON, vraiment. Quand on taxe plus, on prend le risque d'avoir une croissance moindre, d'avoir un chômage qui augmente. Tout le monde paie à la fin. MAUD BREGEONNon, tout le monde ne paie pas. SONIA MABROUKQuand on dit que c'est l'État ou l'entreprise qui paie à la fin, les Français trinquent. MAUD BREGEONTout le monde ne paie pas. Il y avait 440 grandes entreprises qui étaient mises à contribution de façon particulière, ciblées, l'année dernière. Ça a été porté par un Premier ministre de droite, Michel BARNIER. J'ai eu le grand honneur d'être sa porte-parole. Bruno RETAILLEAU était lui-même membre du Gouvernement. On a décidé… SONIA MABROUKSi vous voulez souligner les incohérences de la droite, il y a tout un chacun… MAUD BREGEONOn a décidé de reconduire cette contribution exceptionnelle en préservant les ETI, les entreprises de taille intermédiaire. Effectivement, parce qu'on a aujourd'hui des priorités. Et les priorités, c'est la hausse des moyens des armées, c'est la préservation du pouvoir d'échelle des Français. SONIA MABROUKJe vous parle à vous personnellement, Maud BREGEON. Je connais vos positions sur la réforme des retraites. Je connais vos positions sur la politique de l'offre. Vous êtes parmi ceux qui, vraiment, dans la macronie, vous avez défendu tout cela. Et la politique de l'offre, reconnaissez-la. Vous n'êtes pas si à l'aise que ça, quand même, avec un tel budget. Je ne peux pas le croire. MAUD BREGEONEst-ce que c'est un budget macroniste ? Non, jusqu'à preuve du contraire… SONIA MABROUKEst-ce que c'est un budget pour la France, surtout ? MAUD BREGEONC'est indéniablement un budget pour la France. SONIA MABROUKVraiment ? MAUD BREGEONEt c'est un budget que j'assume. Je vais vous dire deux choses. D'une part, moi, je vais aller en circonscription ce week-end. Je n'aurai aucun problème à dire à mes électeurs, un, que leurs impôts n'augmentent pas. Deux, qu'on va augmenter les budgets alloués aux régaliens et que ceux-là, on les préserve pour leur sécurité. Et trois, que les commerçants à Antony, à Bourg-la-Reine et à Châtenay-Malabry, chez moi, seront préservés. Bon. Ensuite, si on voulait un budget Macroniste… SONIA MABROUKMerci qui ? Merci le patron, le Parti socialiste. MAUD BREGEONMerci les députés qui ont accepté de se mettre à la table des négociations. SONIA MABROUKMerci à la clémence du PS. MAUD BREGEONJ'entendais Laurent WAUQUIEZ hier. On ne peut pas dire que Laurent WAUQUIEZ soit Socialiste ou alors j'ai loupé quelque chose. Laurent WAUQUIEZ disait lui-même que ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite, c'est un budget qui est issu d'une situation politique et parlementaire.Tout le monde n'est pas d'accord à droite. David LISNARD dit qu'il faut voter la motion de censure. En étant de droite, on ne peut pas accepter de tel pacte. MAUD BREGEONIl est élu dans quelle circonscription ? SONIA MABROUKIl est maire de Cannes. Il présente l'association des maires de France. MAUD BREGEONJ'entends, mais je pense que les maires, ils ont aussi besoin d'un budget. Ensuite, je terminerais là-dessus, si on voulait faire un budget entièrement à notre main, il fallait gagner les élections. SONIA MABROUKIl ne fallait pas faire de dissolution. MAUD BREGEONIl fallait avoir une majorité absolue. Nous d'ailleurs ou d'autres… Personne n'a gagné les élections. Personne n'a de majorité absolue. Cela nécessitait de facto d'être en capacité d'avoir ce dialogue-là. SONIA MABROUKQuand sera-t-il au Parlement et plus particulièrement au Sénat, avec ce coup de théâtre, peut-on le dire ainsi, puisqu'on connaît la position du Sénat. En séance, les parlementaires de la Chambre ont rejeté à 144 voix contre 123 l'article 4. C'est l'article clé sur le principe de l'euthanasie et du suicide assisté. Les sénateurs dénoncent un basculement anthropologique. Est-ce que vous le comprenez ? MAUD BREGEONOui, je le comprends. Je voudrais commencer par dire que je parle uniquement à titre personnel, ce qui ne se fait pas pour une porte-parole. Le Premier ministre, sur ce sujet, a permis à l'ensemble du Gouvernement et il a été très clair, nous avons tous une liberté totale d'expression sur ce sujet. C'est un sujet qui relève de l'intime, des convictions de chacun, des croyances, de l'histoire personnelle. Je respecte vraiment les positions des uns et des autres. SONIA MABROUKJe vous ai rarement entendu parler… MAUD BREGEONJe n'ai aucune volonté de blâmer les différents parlementaires. Pour ma part, je n'ai pas voté ce texte. En première lecture à l'Assemblée nationale, j'ai bien sûr voté celui sur les soins palliatifs parce que je pense que la priorité doit être donnée aux soins. J'ai de gros doutes quant à la question de ce qu'on appelle l'aide à mourir ou l'euthanasie, en fonction d'à qui vous posez la question. Je pense qu'on ouvre là, en tout cas qu'on prend le risque d'ouvrir une boîte de Pandore. Alors on verra comment le texte évolue. Il y a eu un texte présenté par le Gouvernement. Le texte sorti de l'Assemblée nationale n'était pas le même. Le texte sorti de la commission d'euthanasie était encore différent. Donc on verra où on en sera à la fin. Mais moi, je conserve de gros doutes en la matière. SONIA MABROUKC'est tout à votre honneur de les exprimer, de les assumer. Prenons-le, on va voir ce que vous en pensez également. On va prendre la direction de l'Assemblée nationale avec Maud BREGEON, la niche parlementaire des LR sur l'interdiction du voilement des mineurs. Alors c'est un texte qui, je précise, a été repoussé en commission. Laurent WAUQUIEZ entend, je cite, "interdire à tout parent d'imposer à sa fille mineure ou de l'autoriser à porter dans l'espace public une tenue destinée à dissimuler sa chevelure". On sait, je le précise, que Gabriel ATTAL et donc ses troupes, logiquement, sont pour cette interdiction, pour les moins de 15 ans. Peut-être qu'il y aura un amendement de la part de Prisca THEVENOT en ce sens. Alors quelle est la position du Gouvernement entre un Laurent NUNEZ, ministre de l'Intérieur, qui est contre, et une Aurore BERGE, qui est pour ? MAUD BREGEOND'abord, je comprends l'intention de Laurent WAUQUIEZ. Et ce sujet, nous ne le balayons pas d'un revers de main. Parce qu'il embarque des enjeux et des questions de laïcité, d'égalité femmes-hommes, de protection de l'enfance, qui sont absolument primordiales. Pour autant, nous avons des doutes avérés, quant à l'applicabilité et la constitutionnalité d'une telle loi. L'applicabilité, j'ai le souvenir du président du Sénat, Gérard LARCHER, dire, il y a quelques mois, que cette mesure était probablement inapplicable. Bon, on voit bien, quand on écoute les élus locaux, concrètement, que ça risquerait de poser des problèmes. Donc il y a peut-être besoin de réfléchir à comment est-ce qu'on le met en place. Ensuite, on peut estimer, et c'est mon cas, que cette question, si elle doit être posée, doit l'être pour l'ensemble des signes religieux. C'est une deuxième chose. Et enfin, il y a la question de la constitutionnalité. Si on votait une mesure, en sachant qu'elle est délibérément inconstitutionnelle, on laisserait donc la charge au Conseil constitutionnel de se prononcer dessus. Moi, je pense que si on doit aller sur ce débat qui sera, je n'en doute pas, un débat présidentiel 2027, il faut le faire. Et encore une fois, je ne balaie pas le sujet d'un revers de main, et je ne dis pas que je suis opposée mais il faut le faire en ayant la certitude qu'il est bel et bien constitutionnel. SONIA MABROUKNon mais je voudrais préciser votre position, mais vous venez de dire que la kippa soit interdite pour les mineurs, enfin, je pense que pour les jeunes filles mineures, c'est un signe, vous le reconnaissez volontiers, qui est différent du port de la kippa. Donc, vous, personnellement ? Parce que Laurent NUNEZ, il dit quand même, il ne faut pas stigmatiser. Je ne sais pas qui on stigmatise en dénonçant le voilement des fillettes. Qui stigmatise-t-on ? MAUD BREGEONEncore une fois, je ne vais pas m'exprimer à titre personnel sur les sujets. SONIA MABROUKMais qui stigmatise-t-on ? C'est quand même le ministre de l'Intérieur qui dit qu'on stigmatise, alors qu'on dénonce le voilement de fillettes. Qui ? Les musulmans ? Pas possible. Je ne peux pas le croire. MAUD BREGEONLa position du Gouvernement ne se base pas sur la stigmatisation, elle se base sur le caractère constitutionnel. SONIA MABROUKMais la femme que vous êtes, que pense-t-elle ? Quand elle voit une fillette voilée à l'Assemblée nationale ? Que pense-t-elle dans son cœur, dans son âme, dans sa conscience ? MAUD BREGEONEst-ce que je pense que voiler les jeunes filles, que voiler les femmes, ça va dans le sens de davantage d'égalité entre les femmes et les hommes ? La réponse est non. SONIA MABROUKPour des mineurs ? MAUD BREGEONLa réponse est deux fois non, du coup. SONIA MABROUKMoi, je me rappelle d'une phrase, cette phrase "On peut être féministe et libre en portant le voile". C'était Emmanuel MACRON qui l'avait dit face à une femme voilée. On peut être féministe et libre en portant le voile. Vous pouvez assumer de tels propos ? Vous pensez que c'est le cas ? MAUD BREGEONIl y a probablement des femmes qui portent le voile et s'estiment féministes, et elles ont tout à fait le droit de le penser, et elles ont tout à fait le droit de le faire. Vous savez, il n'y a pas une démocratie au monde qui interdit le port du voile dans l'espace public. C'est peut-être pour des raisons. C'est peut-être pour des raisons. Voilà. SONIA MABROUKÇa, vous répondez également au Rassemblement national, vous dites que c'est impossible… MAUD BREGEONNon, je le dis là parce qu'on en parle. Après, est-ce que j'estime que, encore une fois, le port du voile va dans le sens de plus d'égalité entre les femmes et les hommes, et va dans le sens de l'émancipation de la femme ? La réponse est non. Est-ce qu'en tant qu'élu politique, en tant que porte-parole du Gouvernement, en tant que Gouvernement, on estime pertinent, eu égard à la Constitution française, aujourd'hui, de l'interdire ? La réponse est non aussi. Et donc, on est sur des sujets complexes. Dans un débat qui manque parfois de complexité, qui manque parfois de subtilité… SONIA MABROUKVous le dites à qui ? C'est intéressant. MAUD BREGEONMais en réalité, il faut prendre en compte ces subtilités. Est-ce que c'est constitutionnel ? Oui ou non. Est-ce que c'est applicable ? Oui ou non. Ce sont des questions qu'on ne peut pas mettre de côté. SONIA MABROUKIl faut quand même qu'il soit tranché avant ou, en tous les cas, pour la présidentielle. Vous reconnaissez que ces questions d'euthanasie... Je ne fais pas de comparaison du tout, mais c'est des questions qui appellent... À l'intime, est-ce qu'il peut faire société ou pas, quand même ? Est-ce qu'elles doivent être tranchées, là, ou ce sont, selon vous, des questions essentielles pour la présidentielle ? MAUD BREGEONSur la question de la fin de vie, je pense que ça doit être tranché avant la présidentielle, et c'est la position du Président de la République sur la question des signes religieux dans l'espace public. Ça appelle à un débat plus large sur la place de la laïcité et sur l'application de la laïcité en 2026. La question se posait probablement en des termes différents il y a 20 ou 30 ans, et ça, il me semble que c'est un beau débat si tant est qu'on arrive à l'aborder sans caricature et sans invective, ce qui n'est pas facile. SONIA MABROUKJe le reconnais, mais je note que vous avez des différences avec vos collègues, assumez. C'est votre liberté. MAUD BREGEONJ'ai mon histoire, et je le dis simplement et avec, encore une fois, beaucoup de respect pour tous ceux qui s'expriment dans le débat public, parce que je crois que c'est des questions sur lesquelles on n'a pas réussi à mettre suffisamment de respect et d'écoute mutuelle, notamment au sein de l'hémicycle de l'Assemblée nationale. C'est bien dommage, d'ailleurs. SONIA MABROUKMerci, Maud BREGEON. MAUD BREGEONAvant de terminer, Sonia MABROUK, je me permets de prendre 30 secondes, parce que vous avez eu, mardi dernier, un échange avec Jérôme GAY sur le sujet de la protection de l'enfance. Je ne vais pas remettre 10 balles dans la machine, comme on dit, mais je tenais à vous dire que c'est un combat que je partage avec vous. Et vous avez répondu avec beaucoup d'authenticité et beaucoup de courage, et ça m'a sincèrement touchée. Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 janvier 2026
La source — vie_publique · nº 301758
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/301758-maud-bregeon-22012026-cnews-cjue-mercosur-et-dette-publique?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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