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10 décembre 2025 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Laurent Panifous, ministre délégué, chargé des relations avec le Parlement, à France Info le 10 décembre 2025, sur la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.

Laurent Panifous (auteur), Alix Bouilhaguet (intervenant)

ALIX BOUILHAGUETBonjour Laurent PANIFOUS. LAURENT PANIFOUSBonjour. ALIX BOUILHAGUETLe projet de budget de la Sécurité sociale est passé hier à 13 voix près. Comment est-ce que vous qualifiez cette victoire pour le Gouvernement ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, c'est forcément satisfaisant pour le Gouvernement. C'est une méthode, celle qui avait été initiée par le Premier ministre et qui a démontré que c'était possible. Mais c'est surtout une victoire pour les parlementaires, pour les députés qui ont été capables de transformer ce compromis, qui est le fruit de très longues heures de travail, des nuits, des journées, des semaines de travail, de compromis. C'est une méthode assez nouvelle dans un Parlement et une Assemblée nationale très morcelées. Donc la méthode du compromis a fonctionné, mais ce sont les députés eux-mêmes qui ont été capables de transformer ça. Donc c'est une victoire pour eux d'abord. ALIX BOUILHAGUETPour eux d'abord, pour le Premier ministre aussi. Ça veut dire quoi ? Que Sébastien LECORNU est là jusqu'en 2027 ? LAURENT PANIFOUSAh ça, je ne sais pas. Ce seront les parlementaires, le Premier ministre lui-même qui en décideront. Mais écoutez, en tout cas, je vous le redis, c'est satisfaisant. C'est satisfaisant pour la France qui aura probablement... parce qu'attention, il y a encore une procédure à terminer la semaine prochaine. ALIX BOUILHAGUETOn va en parler. LAURENT PANIFOUSUne transformation de ce vote. Mais c'est satisfaisant pour notre protection sociale, pour notre Sécurité sociale qui va se doter d'un budget et nous allons donc pouvoir fixer un cadre et éviter les dérives. ALIX BOUILHAGUETVous étiez en coulisses, si je puis dire, vous êtes aussi l'artisan de ce vote. Est-ce que vous avez eu chaud, comme on dit ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, on est restés tous concentrés et vigilants jusqu'à la dernière seconde. On peut voir que ces débats, que ces négociations, mais qui sont naturelles, qui sont normales, cette recherche de compromis ont duré jusqu'au bout. Hier, avec notamment l'ONDAM, l'Objectif de dépenses d'assurance maladie, c'est très concret, parce que c'est le financement des hôpitaux, des EHPAD, etc., c'est nos dépenses de soins qui ont fait le fruit d'un compromis, notamment avec les Ecologistes. ALIX BOUILHAGUETAvec les Ecologistes. LAURENT PANIFOUSOui. Tout à fait. ALIX BOUILHAGUETEt c'est à ce moment-là que vous vous êtes dit, donc c'était quelques heures avant le vote, que c'était gagné ? LAURENT PANIFOUSNon, je ne me suis pas dit que c'était gagné. Je me suis dit que c'était un élément positif supplémentaire dans la capacité des uns et des autres à voter ce texte et lui donner une majorité. Mais les déclarations des responsables de groupe n'emportent pas forcément toujours l'ensemble des députés, on l'a vu. Les consignes de vote ne sont pas toujours suivies. Il y a des positions différentes dans les groupes. Donc vigilant. Un point positif forcément à quelques heures du vote, mais qui n'emportait pas forcément la majorité. Donc jusqu'au bout, nous étions vigilants. ALIX BOUILHAGUETDes Ecologistes qui ont accusé l'entourage du Premier ministre de pression sur leurs députés via des entreprises du secteur environnemental pour leur faire voter le texte ou au moins s'abstenir. Si c'est avéré, c'est extrêmement grave ? LAURENT PANIFOUSOui, parfaitement. Le Premier ministre a répondu hier à la présidente Cyrielle CHATELAIN à ce sujet aux questions d'actualité au Gouvernement en disant qu'il diligentait une enquête et il faisait recours d'ailleurs à la justice pour vérifier cela, disant lui-même que c'était parfaitement inacceptable, quel que soit le domaine d'ailleurs. ALIX BOUILHAGUETVous avez des détails sur cette affaire ? Parce que ce sont certaines personnes qui se seraient présentées comme des collaborateurs de Sébastien LECORNU qui auraient passé ces coups de fil ? LAURENT PANIFOUSNon, je n'ai pas de détails particuliers, mais ce que je peux vous dire, c'est la très grande fermeté du Premier ministre à l'égard de cette procédure et sa très grande vigilance pour que nous ayons une certitude que quelles que soient les situations, pour l'énergie notamment, qui est un sujet qui peut amener beaucoup à essayer d'obtenir des évolutions par des biais qui ne seraient pas acceptables, le Premier ministre est très vigilant et a rappelé qu'il saisirait la justice systématiquement si c'était le cas. ALIX BOUILHAGUETEt donc là, la plainte, elle a déjà été déposée ? LAURENT PANIFOUSPar le Premier ministre. ALIX BOUILHAGUETPour assurer la neutralité des Verts, on en parlait à l'instant, le Gouvernement a donc concédé ce nouveau geste en faveur de l'hôpital. Je rappelle un petit peu, c'est l'augmentation de l'objectif des dépenses d'assurance maladie qui passerait de 1,6 % prévu à 3 %. C'est un geste qui pèse 600 millions. Est-ce que c'est bien raisonnable ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, est-ce que vous savez quel est le déficit de la Sécurité sociale en 2025 ? 23 milliards d'euros. Le déficit, si nous n'avions pas réussi à trouver d'accord sur le budget de la Sécurité sociale, 30 milliards d'euros. La copie initiale était à 17 milliards. Ces concessions, oui, en transparence, nous ont amené autour de 20 milliards d'euros. Alors oui, ce sont des concessions qu'il faut financer. Oui, ça amène un déficit plus important que la copie initiale, mais bien moins important que celui de l'année dernière, et encore moins les 30 milliards que nous aurions si nous n'avons pas réussi le compromis. C'est la méthode du compromis. Ce n'est pas forcément la copie initiale du Gouvernement qui a été adoptée, c'est le fruit du compromis des députés eux-mêmes qui nous a amenés à cette copie de 20 milliards et qui a été adoptée hier. ALIX BOUILHAGUETMais c'est quand même une dérive des comptes de la Sécurité sociale avec des dépenses sociales qui sont en hausse et ce déficit, comme vous le dites, qui va grimper à près de 20 milliards. LAURENT PANIFOUSUn déficit en 2026 qui est ciblé à 20 milliards alors qu'il sera à 23 milliards cette année, donc c'est une baisse du déficit de la Sécurité sociale. ALIX BOUILHAGUETAlors il y a quand même eu un jeu comptable un peu technique de la part du Gouvernement qui a repris, et de l'État qui a repris à son compte certains milliards. Parce que certains parlaient plutôt de 23 à 24 milliards. LAURENT PANIFOUSÉcoutez, vous parlez là des transferts et des sommes dus par l'État à la Sécurité sociale. La Sécurité sociale elle-même aura un déficit de 23 milliards, c'est la cible, en 2026, au lieu de... de 20 milliards, pardon, au lieu 23 milliards en 2025. Pour notre protection sociale, pour notre système de sécurité sociale, il ne faut pas mégoter, pardon. C'est une excellente nouvelle. ALIX BOUILHAGUETLe coût du compromis, il est quand même cher. J'en rappelle quelques-uns. La suspension de la réforme des retraites, l'abandon de l'année blanche, l'abandon du doublement des franchises médicales. Certains au sein du socle commun, y compris au sein de Renaissance, mais également du côté d'Horizons, disent que Sébastien LECORNU a fait trop de concessions. Est-ce que ça va laisser des traces ? LAURENT PANIFOUSNon, je ne crois pas qu'il y ait eu trop de concessions. Je crois que c'étaient les concessions nécessaires pour arriver au compromis. C'est vrai que le Bloc central, qui a porté beaucoup de politiques publiques, puisqu'ils étaient en responsabilité jusqu'à aujourd'hui, a dû faire le premier, beaucoup de concessions, et c'était difficile pour eux. Mais le principe du compromis, surtout quand c'est une procédure inédite, est forcément difficile pour tout le monde. Ça a été aussi difficile pour la Gauche de voter hier ce texte qui n'est pas satisfaisant. Et également, pour la Droite. Ça a été en réalité difficile pour les trois blocs, la Gauche, la Droite et le Centre, de se mettre d'accord, de faire des compromis. Et forcément, les groupes que vous venez d'évoquer ont considéré que ces concessions étaient dures au regard des engagements qu'ils ont portés ces dernières années. Mais c'est le fait non majoritaire de cette Assemblée nationale. Et ça renvoie à certains sujets, notamment à l'élection présidentielle de 2027, ou notamment sur la question des retraites. Il y aura alors des positions, des sujets majeurs à aborder pour les candidats, un projet de société. Mais aujourd'hui, il fallait régler la question de la Sécurité sociale et lui donner un budget. ALIX BOUILHAGUETIl y a eu une charge très violente la semaine dernière de la part d'Edouard PHILIPPE, qui fait pourtant partie du socle commun puisque c'est le patron du groupe Horizons. Il a menacé même de ne pas voter, malgré que c'était un budget un petit peu invotable. Vous avez compris quand même les états d'âme, plus que les états d'âme de l'ex-Premier ministre ? LAURENT PANIFOUSÉcoutez, ce que je comprends, c'est qu'il y a des personnalités politiques qui sont déjà engagées pour l'élection présidentielle de 2027. ALIX BOUILHAGUETDonc vous dites qu'ils prenaient date pour 2027 ? LAURENT PANIFOUSOui, je le crois, mais à titre personnel, je reste concentré, et avec les députés au sein de l'Assemblée nationale, hier soir, nous l'avons vu, sur l'obtention d'un budget de la Sécurité sociale aujourd'hui. Demain, celui de l'État, qui reste tout aussi important. Ce n'est qu'une étape, il y en a bien d'autres pour faire en sorte que la France soit dotée de ces deux grands budgets, celui de la Sécurité sociale et celui de l'État et des collectivités. ALIX BOUILHAGUETC'est un budget socialiste, celui qui a été voté hier ? LAURENT PANIFOUSAbsolument pas. Non, c'est un budget de… ALIX BOUILHAGUETC'est ce que dit Bruno RETAILLEAU, qui dit : "On rejette le problème sur le fardeau sur les jeunes générations". LAURENT PANIFOUSPour Bruno RETAILLEAU, ce budget est forcément trop à Gauche, on l'entendrait le comprendre. Mais non, ce n'est pas un budget socialiste. Les Socialistes auraient déposé et fait adopter un budget bien différent s'ils étaient en responsabilité. En 2027, si les Socialistes sont en responsabilité, nous verrons bien qu'ils feront des propositions bien différentes, mais comme le fera le Bloc central, ou le feront les femmes, les hommes politiques de droite. ALIX BOUILHAGUETLe budget de l'État est en phase d'examen au Sénat, parce que c'est quand même la deuxième étape qui attend le Premier ministre. Ça semble quand même presque impossible de le faire passer à l'Assemblée nationale ? LAURENT PANIFOUSNon, écoutez, nous venons de démontrer hier qu'il y a une méthode qui était possible, celle du compromis dans un contexte inédit, celui de la fragmentation. ALIX BOUILHAGUETMais parce qu'il y avait la suspension de la réforme des retraites dans le PLFSS. Dans le projet de budget de l'État, il n'y a rien qui plaise vraiment aux Socialistes. On a vu les votes précédents. LAURENT PANIFOUSLa géographie de ce compromis sera peut-être différente, il n'y a peut-être pas d'objet comme la réforme des retraites qui était un objet fortement symbolique dans le budget de l'État. Mais enfin vous avez des sujets de fiscalité qui vont intéresser beaucoup. Avec la fiscalité, vous pouvez porter des politiques publiques bien différentes. Mais je le redis, vous avez le budget de l'État qui sera voté lundi au Sénat. Ensuite, une commission mixte paritaire, vous savez ces sept députés et ces sénateurs qui se rejoignent et qui essaient de trouver un compromis. Et ensuite, encore une nouvelle étape, ce compromis qui sera soumis aux deux chambres, à l'Assemblée et au Sénat. Vous voyez, ça fait beaucoup d'étapes avec la même méthode et avec la même volonté de la part du Gouvernement de créer les conditions pour un compromis. ALIX BOUILHAGUETPas de 49.3, ça c'est sûr, c'est gravé dans le marbre pour ce budget. LAURENT PANIFOUSDepuis maintenant deux mois, on nous parle du 49.3 tous les jours. Le Premier ministre a pris un engagement, on a vu jusqu'à hier qu'il a respecté et que sans 49.3, nous avons réussi à faire adopter. Les députés ont réussi à s'y mettre d'accord. Et oui, c'est une victoire de l'Assemblée nationale. ALIX BOUILHAGUETDonc on ne change pas de méthode. LAURENT PANIFOUSNon, la méthode est la bonne manifestement. Mais c'est la victoire, je le redis, des parlementaires. ALIX BOUILHAGUETMerci beaucoup Laurent PANIFOUS. LAURENT PANIFOUSMerci à vous. Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2025
La source — vie_publique · nº 301310
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