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7 novembre 2024 · Gouvernement · Sud Radio · discours Discours

Interview de M. Bruno Retailleau, ministre de l'intérieur, à Sud Radio le 7 novembre 2024, sur une grande bâche déployée au Parc des Princes par des supporters du Paris Saint-Germain avec le slogan " Free Palestine ", l'élection de Donald Trump, la délin

Bruno Retailleau (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)

JEAN-JACQUES BOURDINNotre invité politique ce matin est Bruno RETAILLEAU, ministre de l'Intérieur. Bruno RETAILLEAU, bonjour. BRUNO RETAILLEAUBonjour Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDINMerci d'être avec nous. Je commence… Evidemment, nous allons parler de la lutte contre le narcotrafic, de l'immigration, de l'insécurité. Évidemment, ce sont les sujets majeurs actuels. Mais je voudrais revenir sur ce qui s'est passé hier soir pour commencer, au Parc des Princes, Ligue des Champions, le match PSG-Atlético Madrid. Un tifo d'une grande bâche déployée Tribune Auteuil par des supporters du Paris Saint-Germain avec le slogan " Free Palestine. " Jusque-là, pas trop de problèmes. Mais… Mais une carte où l'État d'Israël n'existe plus et le portrait d'un combattant du Hamas. On parle du portrait du porte-parole du Hamas. Est-ce que le Paris Saint-Germain doit être sanctionné ? BRUNO RETAILLEAUEh bien, écoutez, je ne m'interdis rien. Je vais demander des explications au Paris Saint-Germain. C'est inacceptable. C'est une bâche quand même de dizaines de mètres carrés. Un, les règlements du foot d'UEFA etc. interdisent les messages politiques. C'est un message politique. Deux, je veux rappeler quand même que le Hamas… On a malheureusement commémoré les attentats du 7 octobre. Si on réduit le nombre de morts par rapport à la population israélienne, si on fait le parallèle nombre de morts par rapport à la population française, c'est comme si nous, on avait mis plus de 8 000 morts. Vous vous rendez compte ? C'est comme si aujourd'hui encore, on avait plus de 700 occases. Et je ne comprends pas qu'on veuille la paix. Bien sûr, je voudrais que ça cesse, moi aussi. JEAN-JACQUES BOURDINMais Bruno RETAILLEAU… BRUNO RETAILLEAUMais les otages ; qui parlent des otages ? JEAN-JACQUES BOURDINOui, d'accord. Mais là, je voudrais parler de ce qui s'est passé hier soir. BRUNO RETAILLEAUMais parlons-en. JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que vous demandez une sanction contre la direction du Paris Saint-Germain ? BRUNO RETAILLEAUEh bien, je vais... D'abord, quand on inflige une sanction, il y a le principe du contradictoire. Donc d'abord, je veux les entendre.Je veux qu'ils viennent… JEAN-JACQUES BOURDINVous allez entendre le président du Paris Saint-Germain ? BRUNO RETAILLEAUJe veux qu'ils s'expliquent. JEAN-JACQUES BOURDINVous allez entendre le président du Paris Saint-Germain ? BRUNO RETAILLEAULe club, pour l'instant, il n'y a pas de rendez-vous de fixé. J'ai, ce matin, d'ailleurs, fait un tweet. J'ai eu le préfet de police pour qu'il me rende compte de ce qui s'était passé. Nous avons convenu d'un certain nombre de choses. Mais je demande des comptes, solennellement. Je m'exprime devant vous ce matin. Mais au-delà de vous, à eux, je leur demande des comptes. Ensuite, où ils sont capables d'interdire ce genre de choses sinon, il y aura une interdiction, évidemment, des banderoles, comme vous l'avez dit. Et s'il faut, il y aura des sanctions. Moi, j'en ai marre. Est-ce que vous savez, Jean-Jacques BOURDIN, ce que nous coûtent, à la collectivité, les services d'ordre tous les dimanches ? C'est l'équivalent de 30% de mon service d'ordre que je mobilise, justement, pour la sécurité autour des enjeux footballistiques. Le sport, ce n'est pas de la politique. On doit préserver, justement, l'unité, le message d'unité, à travers, si j'ose dire, tout ce qui peut nous différencier… JEAN-JACQUES BOURDINMais est-ce que le président d'un club est responsable ? BRUNO RETAILLEAUMais bien sûr. Mais il y a le principe de responsabilité. Donc, je veux en savoir plus, savoir comment cette bâche est arrivée, comment elle a pu être déployée, comment des messages avaient effectivement... Pour l'instant, je n'y étais pas. Il faut voir, vous avez parlé de la représentation d'une carte où on supprimait Israël, et y compris d'un dirigeant du Hamas. Je voudrais dire à vos auditeurs, rappelez que le Hamas a éliminé les opposants palestiniens dans les années 2000. Je voudrais dire qu'ils ont tué des opposants politiques, qu'ils ont défenestré des homosexuels pour leur homosexualité. Donc, je veux rappeler à une certaine gauche, extrême-gauche, qui est alignée en réalité avec le message du Hamas, la noirceur de ce mouvement terroriste. Ce ne sont pas des résistants, ce sont des terroristes. JEAN-JACQUES BOURDINOui, justement, cette extrême gauche, vous parlez de LFI ? BRUNO RETAILLEAULes Insoumis, oui. JEAN-JACQUES BOURDINVous parlez des Insoumis. Est-ce que les Insoumis doivent être interdits ? Non, on ne va pas jusque-là. Non, parce que j'ai entendu des responsables politiques. J'ai entendu " Jean-Luc MELENCHON devrait être fiché S. " BRUNO RETAILLEAUNon, mais attendez. Vous me connaissez. J'ai des convictions et je n'ai pas peur de les afficher. Et moi, à chaque fois qu'un élu, un non-élu dérape, je saisis la justice. À chaque fois. Ce n'est pas à moi d'interdire, vous vous rendez compte, un mouvement politique. Non. En revanche, il y a un débat politique. Il faut mettre les choses sur la table et il faut nommer les choses. Il faut les nommer. C'est la raison pour laquelle je veux rappeler à tous ceux qui ont une forme de complicité qu'est-ce que c'est que le Hamas. Qu'est-ce que le Hamas a fait, pas seulement vis-à-vis des Israéliens, mais vis-à-vis des Palestiniens, vis-à-vis du Fatah, qui était un autre mouvement opposé du Hamas. Le Hamas ne soutient pas la cause palestinienne ; il l'a islamisé. Il l'a défigurée en l'islamisant d'ailleurs. JEAN-JACQUES BOURDINBruno RETAILLEAU, Donald TRUMP, élu aux États-Unis. Faut-il, maintenant, une Europe plus unie, plus forte, plus souveraine, comme le souhaite Emmanuel MACRON, Olaf SCHOLZ et même Marine Le PEN ? BRUNO RETAILLEAUBien sûr qu'il faut une France souveraine et il faut une Europe plus forte, évidemment. Puisqu'on sait très bien que Donald TRUMP, c'est " America first ", l'Amérique d'abord. Mais vous savez, si ça avait été madame Kamala HARRIS, ça serait pareil. Ils sont nigauds, ceux qui, en France ou en Europe, pensent que les États-Unis sont un continent philanthropique qui veulent aider l'Europe. C'est d'abord les Américains et justement l'Amérique, les États-Unis. Par conséquent, on doit se renforcer. Cette question de la souveraineté est importante. Mais force est de constater que la victoire de TRUMP a surpris tout l'establishment, les instituts de sondage, mais c'est une victoire populaire et il faut la méditer. JEAN-JACQUES BOURDINIl faut la méditer. L'Allemagne annonce son intention de réinstaurer le service national. Est-ce que la France devrait réfléchir à réinstaurer un service national ? BRUNO RETAILLEAUOn peut y réfléchir, mais ça coûte très, très cher. Il y a d'autres façons de le faire. On a le SNU qui est en déshérence en réalité. Ça a été un échec qui a eu une première… JEAN-JACQUES BOURDINIl faut le relancer ou pas ? BRUNO RETAILLEAUMoi, je pense que si on veut être efficace, on doit réfléchir. JEAN-JACQUES BOURDINRéfléchir à quoi ? BRUNO RETAILLEAUOn a, aujourd'hui, une jeunesse à la dérive, Jean-Jacques BOURDIN. On va en parler avec le narcotrafic. Vous savez qu'on a un constat qui est effroyable, un effroyable rajeunissement. Ceux qui tuent sont de plus en plus jeunes et ceux qui sont tués sont de plus en plus jeunes. Je pense que face à cette jeunesse en dérive, moi, je serais pour une solution éducative militarisée. Vous vous souvenez des EPI d'ailleurs ? JEAN-JACQUES BOURDINComment ? BRUNO RETAILLEAUDans des établissements qui auraient une discipline militaire, qui prendraient ces jeunes pour les encadrer strictement. JEAN-JACQUES BOURDINMais ce serait obligatoire ou ce serait uniquement destiné à des jeunes qui ont commis un délit ou qui ont commis un crime ? BRUNO RETAILLEAUEn rupture de ban. Parce que ne mélangeons pas tout. Moi, quand j'entends que c'est la société qui devient ultra-violente. Non, non, non ! Ce n'est pas toute la société, c'est des individus. Eh bien, si on veut être efficace, on n'a plus d'argent en plus. On ne peut pas s'éparpiller. On doit cibler, concentrer nos efforts. Alors ciblons-les sur des solutions où on prend ces jeunes qui, dès l'âge de 10 ans, 11 ans, 12 ans, sont en rupture de ban, commettent des délits. JEAN-JACQUES BOURDINMais c'est quoi en rupture de ban ? BRUNO RETAILLEAUPar exemple, sur la drogue, on en parlera tout à l'heure. JEAN-JACQUES BOURDINOui. BRUNO RETAILLEAUSur la drogue, quand il y a des délits. Vous vous rendez compte que… JEAN-JACQUES BOURDINDès le premier délit, placement dans un centre militarisé. BRUNO RETAILLEAUUn délit suffisamment grave, effectivement. Mais je pense qu'il faut étudier… JEAN-JACQUES BOURDINVous allez le proposer ? BRUNO RETAILLEAUJ'ai demandé à mon secrétaire d'État qui est Othman NASROU, d'étudier cette question. Bien sûr, parce que dans les solutions, il y a des solutions répressives, policières, judiciaires, on va en parler. Mais fondamentalement, il faut prendre aussi le mal à la racine. Il y a la question éducative de ces familles qui sont déstructurées, de ces familles auxquelles les enfants échappent totalement. Et il y a le problème de l'école. Et ces enfants-là, ces jeunes, on doit essayer de les reciviliser. JEAN-JACQUES BOURDINMais Bruno RETAILLEAU, justement, sondage IFOP pour Sud Radio, Fiducial Sud Radio : 49% des Français favorables à la privation pour les familles de mineurs délinquants, multirécidivistes, des aides sociales. BRUNO RETAILLEAUJ'applaudis. JEAN-JACQUES BOURDINVous dites oui ? BRUNO RETAILLEAUJ'applaudis, j'applaudis. JEAN-JACQUES BOURDINÇa va être généralisé par la loi ? BRUNO RETAILLEAUNon. Il faut… Mais ça, c'est à la Justice... Ce que je veux dire, c'est qu'il y a des familles qui sont totalement… qui sont de bonne volonté. Elles sont débordées. Mais il y a des familles qui ne remplissent pas leurs devoirs, notamment pour l'assiduité à l'école. Quand on donne des allocations, ce n'est pas un dû. C'est un droit, mais qui exige des devoirs. JEAN-JACQUES BOURDINDonc sanction. BRUNO RETAILLEAUEt quand ces devoirs ont si soustrait, il peut y avoir des sanctions, bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDINMais qui va les infliger, ces sanctions ? BRUNO RETAILLEAUC'est la Justice, bien sûr. JEAN-JACQUES BOURDINC'est la Justice. C'est la loi, donc. BRUNO RETAILLEAUBien sûr. JEAN-JACQUES BOURDINÇa doit être contenu dans la loi. BRUNO RETAILLEAUJe vous rappelle qu'on l'avait votée, cette loi. Elle a été détricotée par François HOLLANDE. On l'avait revotée. On l'avait revotée au Sénat. Vous savez qu'on l'avait revotée au Sénat. JEAN-JACQUES BOURDINEt alors maintenant ? La suite ? BRUNO RETAILLEAUEt elle a été supprimée. JEAN-JACQUES BOURDINEt la suite ? BRUNO RETAILLEAUMoi, je suis favorable. JEAN-JACQUES BOURDINIl va y avoir une nouvelle loi ? BRUNO RETAILLEAUÇa n'est pas dans mon champ de compétences, si j'ose dire. Mais je serais favorable à ce que ce type de disposition législative soit revotée. Oui, mille fois oui, Jean-Jacques BOURDIN. JEAN-JACQUES BOURDINBien. L'Australie va interdire les réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans. Vous êtes favorable ou pas ? BRUNO RETAILLEAUMoi, je suis favorable… JEAN-JACQUES BOURDINLa dépêche est tombée ce matin. BRUNO RETAILLEAUJe ne le connais pas, donc je ne peux pas avoir des avis péremptoires sur tout. Simplement, la question des écrans ; c'est que moi, je suis stupéfait. Là aussi, il y a un problème de parentalité. Quand je vois des familles qui laissent des enfants de 3 ans, 4 ans, 5 ans, 6 ans, très jeunes, dans leur chambre, avec un accès libre à Internet ; je me dis « ce n'est pas possible », évidemment parce que ces écrans sont en train de faire un mal fou. Quand je vois sur les jeux vidéo - d'ailleurs, parlons-en un petit peu - qui sont hyper violents, où vous, plus vous tuez de gens et plus vous avez de points. Ça encourage une violence et ça nous questionne, non ? Moi, je ne suis pas contre la liberté de création. Mais cette violence qui s'infuse partout, c'est ce que je dis aux créateurs ; c'est qu'au bout du compte ça produit justement une violence non plus virtuelle mais réelle. JEAN-JACQUES BOURDINBruno RETAILLEAU, il y a eu rixe entre bandes rivales, opposant plusieurs centaines de personnes, c'est ce que vous avez dit vendredi dernier à Poitiers, après la mort d'un jeune de 15 ans. En fait, la réalité c'est qu'il y a eu une échauffourée de quelques dizaines de personnes. La maire de Poitiers vous demande de rétablir la vérité. Alors est-ce que vous rétablissez la vérité, ce matin, sur Sud Radio ? BRUNO RETAILLEAUJe veux rappeler qu'à Poitiers, un jeune de 15 ans est mort. Derrière ce meurtre, comme le meurtre du jeune Nicolas - on pourra y revenir - il y a la main de la mafia de Marseille. JEAN-JACQUES BOURDINLà, vous confirmez que pour la mort de Nicolas… BRUNO RETAILLEAUVous aimez les scoops, Jean-Jacques BOURDIN… JEAN-JACQUES BOURDINC'est un scoop… Pour la mort de Nicolas, il y a la main de la mafia de Marseille. BRUNO RETAILLEAUDe la DZ Mafia. Et je vous confirme aussi que derrière le meurtre du jeune, à Poitiers, de 15 ans, il y a aussi derrière un autre clan marseillais. Vous voyez qu'il y a une forme d'exportation un peu comme une entreprise qui, depuis un socle, depuis un territoire totalement gangréné, est en train d'exporter et de conquérir et d'installer des succursales partout sur des villes moyennes. Maintenant, je veux m'adresser à madame la maire de Poitiers. Moi, mon combat, ce n'est pas un combat de statistiques. Quand j'ai eu les rapports, d'ailleurs, j'ai eu deux rapports, un premier rapport très tôt le matin et qui était sans doute un rapport avec un certain nombre de chiffres, mais qui n'était pas précis, et il y a eu un autre rapport en fin de matinée avec les pompiers. Les pompiers, qu'est-ce qu'ils constatent ? Qu'il y avait entre 400 et 500 personnes et qu'une partie, justement, s'était affrontée à tel point que ça avait gêné les secours. Le problème, ce n'est pas la statistique. Mon combat, moi, c'est contre la pieuvre du narcotrafic et je laisse madame la maire de Poitiers à ses propres combats. Simplement, ce que je lui dis, c'est que le mal est si profond que tout le monde doit se mettre en ligne contre ce mal. Je l'interroge. Combien de policiers municipaux sont-ils armés à Poitiers ? Combien de caméras de surveillance ? JEAN-JACQUES BOURDINBien, Bruno RETAILLEAU, parlons de ce narcotrafic, de cette lutte contre ce narcotrafic. Demain, vous êtes à Marseille avec le garde des Sceaux, Didier MIGAUD. Premier déplacement commun, d'ailleurs, ça a une signification, c'est évident. Bruno RETAILLEAU, vous allez… BRUNO RETAILLEAUOn appartient au même Gouvernement… JEAN-JACQUES BOURDINOui, du même Gouvernement, mais maintenant, vous êtes sur la même ligne. Si je comprends bien, ce n'a pas toujours été le cas. BRUNO RETAILLEAUVous comprenez bien. JEAN-JACQUES BOURDINDisons clairement les choses. Bruno RETAILLEAU, frapper vite, c'est l'objectif riposte républicaine, d'est l'objectif riposte commune ; donc, est-ce que vous allez créer un parquet national anti-narcotrafic ? BRUNO RETAILLEAUMoi, vous savez, j'y suis favorable depuis le débarquement. JEAN-JACQUES BOURDINDonc, oui ? Oui ou non ? BRUNO RETAILLEAUC'est un sujet qui est un sujet du garde des Sceaux, bien sûr. J'en ai souvent parlé avec le garde des Sceaux. Et nous avons, cet après-midi, une réunion avec le Premier ministre sur ce sujet-là. JEAN-JACQUES BOURDINDonc, vous allez créer un parquet national. BRUNO RETAILLEAUJe pense, il y aura une préfiguration très vite. Et ensuite, la loi viendra légaliser, si j'ose dire, inscrire dans notre droit la création d'un parquet national qui sera dédiée à la lutte anti-crime organisée. JEAN-JACQUES BOURDINComme il existe un parquet antiterroriste. BRUNO RETAILLEAUC'est mon souhait le plus cher. Je pense, si vous voulez que... Vous avez parlé de terrorisme, et depuis le départ. Qu'est-ce que je dis ? C'est que le narcotrafic, il faut bien voir que ce n'est pas seulement de la sauvagerie, c'est une menace à nos intérêts fondamentaux. Avec la corruption, c'est une menace contre la démocratie française. Donc, il faut qu'on en fasse une cause nationale. J'en ai parlé et au Président de la République et au Premier ministre, qui sont totalement… JEAN-JACQUES BOURDINCauses nationales. BRUNO RETAILLEAUC'est une grande cause, comme le terrorisme. JEAN-JACQUES BOURDINCe sera une grande cause nationale ? BRUNO RETAILLEAUComme le terrorisme, c'est pour ça que je veux, si vous voulez, qu'en miroir ce que nous avons fait pour le terrorisme, on le fasse maintenant pour le crime organisé, ça veut dire une chaîne judiciaire spécialisée, ça veut dire des techniques d'enquête spécialisées, d'investigation, notamment de renseignement, ça veut dire des lois nouvelles avec un certain nombre de dispositions qui seront des dispositions dérogatoires par rapport aux droits actuels, mais si on ne se réarme pas, c'est fichu. Et j'avertis les Français solennellement, le mal est profond et il menace nos institutions. JEAN-JACQUES BOURDINAlors la lutte contre la corruption, c'est aussi l'un des éléments importants, évidemment, vous avez dit : « Les trafiquants parviennent à corrompre, y compris jusque dans l'administration de l'État ». Vous pensez à qui ? À quelle administration ? BRUNO RETAILLEAUJean-Jacques BOURDIN… JEAN-JACQUES BOURDINSoyons précis et clairs. BRUNO RETAILLEAUJ'aime votre précision et j'espère que vous appréciez le caractère direct et franc de mes propos. Simplement, sur ce genre de questions, il y a des choses que je peux dire, des choses que je ne peux pas dire. Alors, je vais vous donner un exemple, qui est un exemple stupéfiant, parce qu'il concerne un des services en charge du renseignement, qui est la DGSI. Parce que la DGSI est un service très professionnel, elle a détecté en son sein, il y a quelque temps, un policier, c'est l'affaire Horus, qui vendait sur le Darknet, en crypto-monnaie, des informations ultraconfidentielles à la mafia marseillaise. Ce policier a été découvert. Il était jugé le 17 octobre dernier. Et je pense que les informations qu'il a pu donner ont pu avoir des conséquences très graves. JEAN-JACQUES BOURDINÇa veut dire que, Bruno RETAILLEAU, il y a dans l'administration aujourd'hui publique des fonctionnaires qui renseignent les mafias, et notamment la mafia marseillaise dont vous parlez ? BRUNO RETAILLEAUJean-Jacques BOURDIN, je vous dis que le secteur public comme le secteur privé ne sont pas épargnés et que nous aurons dans le texte que nous allons présenter avec mon collègue, Didier MIGAUD, un certain nombre de mesures dédiées à la lutte contre la corruption. JEAN-JACQUES BOURDINOui, quelles mesures ? BRUNO RETAILLEAUJe ne peux pas vous le dire maintenant. Je veux faire une conférence de presse avec Didier MIGAUD. Demain, nous irons ensemble à Marseille et ce texte-là, c'est ensemble... D'ailleurs ce texte, très franchement, j'espère, puisque la conférence des présidents du Sénat hier l'a inscrit le 27 janvier. C'est un texte qui sera enrichi, bien entendu. JEAN-JACQUES BOURDINLe 27 janvier ? BRUNO RETAILLEAULe 27 janvier prochain, c'est le texte qui avait donné lieu à la reprise des conclusions d'une commission d'enquête sur le narcotrafic au Sénat que j'avais moi-même initiée lorsque j'étais président du groupe LR et cette Commission d'enquête… JEAN-JACQUES BOURDINJ'ai reçu l'un des rapporteurs, il y a deux jours, Monsieur DURAIN. BRUNO RETAILLEAUJérôme DURAIN était le président et le rapporteur était LR et je pense que là-dessus, quand je dis cause nationale… JEAN-JACQUES BOURDINMonsieur BLANC, le rapporteur. BRUNO RETAILLEAUÉtienne BLANC, exactement et cause nationale, unité nationale. Et là-dessus, je suis sûr qu'on va réussir à faire l'union sacrée. JEAN-JACQUES BOURDINAlors j'ai deux questions, beaucoup de questions, mais le temps presse. Les consommateurs, j'ai entendu Jean-Philippe TANGUY du RN dire : " Il faut tous les mettre en prison ". Bon, ce n'est pas la solution, c'est impossible, il y a cinq millions de consommateurs de... Bon, alors comment faire pour les concerner plus, pour les sanctionner plus ? Est-ce qu'il faut les sanctionner ? BRUNO RETAILLEAUIl faut les responsabiliser, il faut… C'est un changement de culture où pour le moment, on a toujours considéré que finalement, il y avait des arrangements, des accommodements, et que fumer un joint, sniffer de la coke, il y avait quelque chose de récréatif. Il faut les responsabiliser. Pour leur dire que sniffer de la coke ou fumer un joint, c'est deux balles dans la tête d'un enfant de cinq ans, que c'est ce jeune qui a été lardé à Marseille de cinquante coups de couteau, il a été brûlé vif. Je veux que les consommateurs le sachent. Nous allons faire pour la première fois… JEAN-JACQUES BOURDIN150 euros aujourd'hui. BRUNO RETAILLEAUJe vais y revenir. Pour la première fois, nous allons faire une campagne choc, avec des images choc, pour responsabiliser. Et puis, il y a les amendes. JEAN-JACQUES BOURDINQuand la campagne ? BRUNO RETAILLEAUJ'ai demandé à mes services d'y travailler, c'est important, je veux que ça soit bien fait, mais je veux que ce soit des images choc. Je ne veux pas qu'on passe de l'eau tiède, exactement comme on a pu le faire avec des résultats sur la délinquance routière. Ce que je veux aussi, c'est que les agences forfaitaires délictuelles, inscrites - écoutez-moi bien - inscrites au casier judiciaire, frappent le plus souvent possible les consommateurs. Car quand c'est inscrit… JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire, je consomme un produit stupéfiant… BRUNO RETAILLEAUVous êtes pris… JEAN-JACQUES BOURDINJe suis pris… BRUNO RETAILLEAUVous avez une amende forfaitaire délictuelle. JEAN-JACQUES BOURDINVous allez l'augmenter, l'augmenter, l'amende ? BRUNO RETAILLEAUAlors, on peut l'augmenter, elle peut être déjà… Alors, elle est autour de 200… JEAN-JACQUES BOURDINElle est à 150 euros aujourd'hui. BRUNO RETAILLEAUNon, un peu plus et ça peut… JEAN-JACQUES BOURDIN150, 400, tout dépend, oui. BRUNO RETAILLEAUÇa peut être doublé en quatre, etc. Bon, on peut revoir l'échelle, mais ce qui est important aussi… JEAN-JACQUES BOURDINC'est l'inscription ? BRUNO RETAILLEAUC'est l'inscription au casier judiciaire, c'est déjà le cas, mais ça n'est pas connu. JEAN-JACQUES BOURDINEt ce sera systématique ? BRUNO RETAILLEAUSystématiquement, bien sûr, il faut que ce soit systématique. JEAN-JACQUES BOURDINDonc inscription au casier judiciaire systématique si on est pris en train de consommer de la drogue ? BRUNO RETAILLEAUOui, oui, si on a une amende, décidément, forfaitaire délictuelle. JEAN-JACQUES BOURDINL'armée dans certains quartiers, vous avez entendu aussi, c'est… Vous y croyez à ça ? BRUNO RETAILLEAUJe suis officier de réserve, j'étais officier quand j'ai fait mon service militaire et parlez-en aux militaires, c'est la dernière chose qu'ils souhaitent, parce qu'eux… JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes composé, vous êtes opposé à ça ? BRUNO RETAILLEAUBien sûr, je pense que ça n'est pas la solution. En revanche, ce qui est la solution, c'est que… Hier, j'avais le préfet de police de Marseille. Il m'a dit deux choses. Parce qu'on reçoit des coups, mais on porte des coups. Lundi, on a intercepté dans un véhicule des aides mafias 1,2 million… JEAN-JACQUES BOURDINEuros ? BRUNO RETAILLEAUEuros, là encore, c'est exactement, c'est un coût. Il a fait son travail, il a mobilisé les services de l'État, et on a découvert dans une fratrie impliquée dans le narcotrafic que cette fratrie touchait en aides sociales 9 000 euros. Vous vous rendez compte ? Vous êtes assis, il y en a une partie en prison, ils touchent 9 000 euros à plusieurs d'aides sociales. Donc, ce que je veux, moi, c'est mobiliser tous les services de la l'État, c'est-à-dire le fisc, la douane, bien sûr, la police, la justice pour que dans un certain nombre de zones, de quartiers, on puisse faire des enquêtes approfondies. Et qu'on détruise aussi l'écosystème. Qu'aujourd'hui, pratiquement… Ce que je veux, moi, demain, par exemple, pour être très clair, c'est qu'un jeune qui fait du deal, on puisse l'interdire de ce territoire. Qu'un commerçant véreux, on puisse fermer son commerce. Qu'un voyou qui roule avec une grosse cylindrée, on lui demande de justifier l'origine des fonds qui lui ont permis d'acheter la grosse voiture. C'est ça que je souhaite avoir. Je veux frapper les narcotrafiquants, les narco-dealers, et surtout les narco-racailles aux porte-monnaie. JEAN-JACQUES BOURDINBien, j'ai trois questions, je termine. Première question à propos du terrorisme : est-ce qu'aujourd'hui, des actes terroristes sont déjoués tous les jours ? BRUNO RETAILLEAUJe ne peux pas vous dire tous les jours, mais croyez-moi, et je veux le dire aux Français, avec un grand coup de chapeau à nos services. On a, comme ministre de l'Intérieur des notes qui sont secrètes, qui sont confidentielles. Je peux vous dire que très régulièrement, on déjoue des attentats. JEAN-JACQUES BOURDINIl y a toujours la menace terroriste sur le pays ? BRUNO RETAILLEAULa menace terroriste, je peux vous dire, elle est là. On en a déjoué, par exemple, trois qui visaient spécifiquement les Jeux olympiques. C'est une petite dizaine qu'on a déjouée depuis le début de l'année et encore une fois, j'ai été d'ailleurs salué il y a quelques jours, quelques semaines, je ne dirais pas l'endroit, des enquêteurs de la DGSI qui avaient fait un excellent boulot. Il s'agissait donc d'un individu qui était très menaçant et qui était sur le point de passer à l'acte. Il y a quelque temps, très récemment, on a eu une autre affaire. Croyez-moi, la menace est là. Mais je ne peux pas dire que demain, il n'y aura pas d'attentat. Mais ce que, je vous disais tout à l'heure, c'est qu'il y a dix ans, il y a quinze ans, quand il y a eu Mohamed MERAH en 2012, et puis Charlie Hebdo, etc., le Bataclan en 2015, la France a été pris au dépourvu et on s'est réarmé. On a été capable d'un sursaut. Moi, ce que je demande, c'est que le sursaut dont on a été capable pour le terrorisme, on en soit désormais capable sur le narcotrafic, sur la criminalité organisée. JEAN-JACQUES BOURDINJ'ai une autre question. L'immigration, votre projet de loi, immigration en janvier ? BRUNO RETAILLEAUNon, plus tard, parce qu'on va privilégier le narcotrafic. C'est vraiment une urgence et puis on a l'opportunité, avec le texte de loi au Sénat, il faudra deux textes sur l'immigration. Il faudra un premier texte pour mettre en oeuvre le paquet européen immigration Asie, qui nous permettra de mieux contrôler les frontières extérieures. Il faudra aussi, j'ai été très heureux de pouvoir convaincre aussi facilement, d'ailleurs parce qu'il y a une très grande convergence de tous les ministres de l'intérieur, la directive Retour, qui est mal nommée parce qu'elle nous empêche les retours, pour mieux garder nos frontières intérieures. Et enfin, il faudra une loi de transposition et enfin une loi qui portera, par exemple, le rétablissement… JEAN-JACQUES BOURDINDonc pas avant le printemps ? BRUNO RETAILLEAUAu printemps, oui. JEAN-JACQUES BOURDINAu printemps. Dernière question : est-ce que vous allez dénoncer l'accord entre la France et l'Algérie, signé le 27 décembre 1968 ? BRUNO RETAILLEAUIl est sur la table. Il est sur la table. JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes favorable ? Vous voulez le dénoncer ? BRUNO RETAILLEAUMoi, j'y suis favorable, mais ce que je souhaite, c'est qu'avec des pays récalcitrants... Moi, mon problème, c'est à la fois de faire qu'il y ait moins de flux d'entrées. Je veux réduire l'immigration. Je pense que les Français de droite et de gauche veulent la même chose. On voit bien que le désordre migratoire, aujourd'hui, plus personne n'en veut, si ce n'est quelques idéologues, mais très franchement, je veux réduire les entrées, mais je veux expulser plus. Pour expulser plus, il me faut des laissez-passer consulaires. Et les pays récalcitrants... Il y a des pays avec le Maroc, par exemple. J'y suis allé. Les choses vont bien parce qu'on a rétabli une concorde. Et les choses vont s'améliorer très vite. Je le souhaite et je l'espère. Et j'en suis sûr. Mais par exemple, avec Algérie, je ne souhaite pas, si j'ose dire, avoir des moyens de rétorsion tout de suite, mais si jamais l'Algérie était réticente pour qu'elle puisse réadmettre ses ressortissants… JEAN-JACQUES BOURDINLa France dénoncera cet accord. BRUNO RETAILLEAUIl y a plusieurs. Il y a les visas. Il y a un système de préférence commercial droit de douane au niveau européen. Il y a un système aussi vis-à-vis du développement. On peut mettre les choses sur la table. Et moi, je pense que dans ce dialogue-là, il faut avoir ce qu'on appelle des leviers pour les réadmissions de ressortissants algériens et tout doit être sur la table. Tout. JEAN-JACQUES BOURDINDonc c'est sur la table, bien, merci, Bruno RETAILLEAU, d'être venu nous voir ce matin sur l'antenne de Sud Radio. J'ai un peu débordé, mais Patrick ROGER ne m'en voudra pas. L'actualité est extrêmement riche. Merci beaucoup. Merci d'être là. Il est 9h01, les infos. Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 novembre 2024
La source — vie_publique · nº 296070
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/296070-bruno-retailleau-07112024-sud-radio-ordre-public?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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