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19 avril 2024 · Gouvernement · RMC · discours Discours

Interview de M. Roland Lescure, ministre délégué, chargé de l'industrie et de l'énergie, à RMC le 19 avril 2024, sur le laboratoire pharmaceutique Biogaran, le fabricant français de panneaux solaires Systovi et la politique industrielle en France.

Roland Lescure (auteur), Charles Magnien (intervenant)

CHARLES MAGNIENOn va tout de suite ouvrir notre armoire à pharmacie, avec Roland LESCURE. Bonjour. ROLAND LESCUREBonjour. CHARLES MAGNIENMinistre de l'Industrie et de l'Energie. Et justement, c'est un leader de l'industrie française qui pourrait passer sous pavillon étranger : le laboratoire BIOGARAN, qui appartient au groupe SERVIER, et qui fabrique un tiers des médicaments génériques en France. Autrement dit, tous les Français ont chez eux sûrement des médicaments fabriqués par BIOGARAN. Mais on l'a appris hier, BIOGARAN est à vendre. Quatre repreneurs seraient sur le coup, dont deux labos indiens. Ce sont plus de 8 000 emplois sur le sol français qui seraient menacés, sans parler de notre souveraineté en matière de médicaments. Alors, Roland LESCURE, est ce que le gouvernement, est ce que la France peut s'opposer potentiellement à cette vente de BIOGARAN à des capitaux, à des labos étrangers ? ROLAND LESCUREBon, d'abord, moi je regrette cette vente. Moi j'ai dit clairement aux laboratoires SERVIER, que je ne souhaitais pas qu'ils vendent BIOGARAN. S'ils souhaitent le faire, moi, je serai extrêmement ferme et j'examinerai toutes les conditions qu'on peut imposer à une transaction, dans deux dimensions extrêmement importantes. La première, vous l'avez dit, il y a un générique sur trois en pharmacie vendu en France, qui est du BIOGARAN. Donc moi je souhaite évidemment que l'approvisionnement en médicaments des Françaises et des Français soit assuré. Et la deuxième c'est la production. Il y a 39 sites industriels ; alors, BIOGARAN ne produit pas en France, mais il y a 39 usines en France qui produisent pour BIOGARAN. Donc, moi je souhaite évidemment… CHARLES MAGNIENOui, donc les 8 000 emplois sont en fait des sous-traitants de BIOGARAN… ROLAND LESCUREExactement. CHARLES MAGNIENMais qui seraient directement menacés. Si un laboratoire indien rachète BIOGARAN et dit : on rapatrie la production en Inde… ROLAND LESCURENon mais aujourd'hui, l'Amoxicilline générique, le Doliprane générique, l'Ibuprofène générique, tout ça, c'est fabriqué en France, pour BIOGARAN, et vendu en France dans les pharmacies. Donc à la fois l'approvisionnement et la production doivent être assurés. La question ce n'est pas, est ce que l'acheteur il est indien ou canadien… CHARLES MAGNIENDonc juste, Roland LESCURE, qu'on soit clairs, vous ne bloquerez pas, par principe, si un acheteur étranger, indien notamment, veut racheter BIOGARAN. ROLAND LESCUREOn a ce qu'on appelle la procédure investissements étrangers en France, qui nous permet de faire beaucoup de choses. Mais la question aujourd'hui, elle ne se pose pas dans ces termes. La question, c'est : est-ce qu'on aura des médicaments en France ? Est ce qu'ils seront produits en France ? Hier, j'étais dans la Sarthe. Vous savez ce que c'est ça ? CHARLES MAGNIENVous brandissez une paire de gants. ROLAND LESCURECe sont des gants chirurgicaux, faits dans la Sarthe. Ça fait 30 ans qu'on ne faisait plus de gants en Europe. Depuis hier, on fait des gants made in France. Et vous savez quoi ? C'est un investisseur canadien qui va les fabriquer. CHARLES MAGNIENDonc vous n'êtes pas contre les investissements étrangers. Si un Indien veut racheter BIOGARAN, il pourra le faire. Mais vous mettrez des conditions. ROLAND LESCUREVous savez ce qui m'énerve le plus dans cette histoire… CHARLES MAGNIENA quelles conditions un Indien, un laboratoire indien, pourrait racheter BIOGARAN ? Quelles conditions fixera l'Etat pour ce rachat ? ROLAND LESCUREEcoutez, d'abord, vraiment, je vais répondre à votre question, mais ce qui m'énerve le plus, c'est que ça fait maintenant des mois qu'on met en place une politique pro-active pour faire venir des grands laboratoires pharmaceutiques en France, PFIZER, AstraZeneca, NOVO NORDISK, les Canadiens qui vont faire des gants chirurgicaux, ils viennent en France et c'est le moment que choisit le laboratoires SERVIER pour vendre. Donc ça, je le regrette. Ensuite, oui, cette procédure nous permet de mettre des conditions drastiques. Un, pour assurer l'approvisionnement, et deux, pour assurer que l'empreinte industrielle, que la production soit faite en France. CHARLES MAGNIENC'est-à-dire, vous diriez aux Indiens : vous pouvez racheter BIOGARAN, mais on maintient l'emploi et surtout la production de médicaments en France. La France doit avoir le même niveau d'approvisionnement en médicaments. ROLAND LESCUREEt l'approvisionnement. Exactement. Donc ça, ça fait partie des conditions qu'on est prêt à mettre, à une acquisition. Pour l'instant… CHARLES MAGNIENVous dites " qu'on est prêt à mettre ", qu'on va mettre ? ROLAND LESCURENon, mais pour l'instant… CHARLES MAGNIENOu qu'on réfléchit à mettre ? ROLAND LESCURENon mais pour l'instant, il n'y a pas de transaction, il n'y a pas d'offre, il n'y a pas de proposition. Moi, j'annonce aujourd'hui, je suis prêt à recevoir les acheteurs potentiels dans mon bureau, pour leur expliquer les conditions auxquelles nous serions éventuellement prêts à regarder ce type de transaction. Pour l'instant… CHARLES MAGNIENMais, avant de recevoir les repreneurs, vous allez recevoir peut-être SERVIER, non ? Essayer de convaincre SERVIER... ROLAND LESCUREAh mais on les a reçus… CHARLES MAGNIENVous les avez reçus. ROLAND LESCUREOn les a reçus SERVIER. On leur a dit qu'on était évidemment extrêmement contre, en fait, cette vente, et que, évidemment, on le regrettait, à un moment où, je le répète, la France est en train de devenir à nouveau attractive. CHARLES MAGNIENSauf qu'on sait pourquoi BIOGARAN ne veut plus produire en France de médicaments, pourquoi cette vente est envisagée, c'est parce que l'Inde, aujourd'hui, on le sait, produit beaucoup moins cher. L'Inde est surnommée " la pharmacie du monde ". Le fond du problème, c'est le prix des médicaments en France. Le directeur général de BIOGARAN, Jérôme WIROTIUS, était sur ce plateau il y a quelques mois face à Apolline. Ecoutez, il alertait déjà sur la question du prix. JEROME WIROTIUSÇa fait trois ans qu'on travaille là-dessus, avec les pouvoirs publics. Ça fait trois ans qu'on met, entre guillemets, une pression positive pour essayer de sortir par le haut de tout ça, parce que justement, les prix sont tellement bas en France, sur les 20 pays qui ont été comparés l'année dernière, la France est au 14e niveau. L'Italie, la moyenne des médicaments est à 38% au-dessus du prix français. APOLLINE DE MALHERBEPlus chère. CHARLES MAGNIENÇa fait des années que SERVIER et BIOGARAN vous disent : vous ne payez pas assez cher les médicaments. ROLAND LESCUREEt vous savez quoi ? On est justement en train de changer ça. C'est pour ça que je suis énervé aujourd'hui. C'est, il y a un an, le président de la République a annoncé qu'on mettait en place une stratégie de relocalisation, qui repose sur trois leviers : des subventions, des commandes publiques privilégiées et des prix privilégiés pour des produits fabriqués en France et en Europe. On est justement en train de changer ça. Il y a des entreprises mondiales aujourd'hui, qui choisissent la France du fait de cette politique d'attractivité. Donc une entreprise française, au moment où ça change, choisisse de vendre son laboratoire générique, moi, je le regrette. Maintenant, on va travailler, si on continue à avancer avec cette transaction, avec les repreneurs potentiels, pour s'assurer que ces repreneurs-là, ils choisissent la France, à la fois les consommateurs français, qu'on ait des médicaments dans nos pharmacies, et les producteurs français, qu'on les produise chez nous. CHARLES MAGNIENParce que le risque concret, ce sont les pénuries, les ruptures de stocks. Si, BIOGARAN change de pavillon, on entend bien les conditions que vous voulez mettre à cette vente. Mais Roland LESCURE, là, ça vient complètement contrecarrer votre plan. Vous avez lancé un plan anti-pénurie il y a quelques semaines, une liste de 450 médicaments essentiels. Là, c'est toute la politique industrielle du médicament qui est remise en cause par cette vente. ROLAND LESCUREEh bien non, au contraire, j'allais dire. Justement, ces conditions, elles sont cohérentes avec cette politique pour lutter contre les pénuries. Lutter contre les pénuries, c'est s'assurer à la fois qu'on innove et qu'on produit en France, qu'on livre et qu'on gère bien les livraisons dans les pharmacies, parce qu'aujourd'hui il y a sûrement de l'optimisation à faire. Et cette politique, elle est en marche. On a aujourd'hui mis de la pression pour les industriels. On n'a pas entendu parler de pénurie de paracétamol cette année, alors que c'était le cas il y a un an, parce qu'on a augmenté la production en France… CHARLES MAGNIENMais notamment avec BIOGARAN. ROLAND LESCUREExactement ! CHARLES MAGNIENMais si dans un an, BIOGARAN passe sous pavillon indien… ROLAND LESCUREEh bien c'est la raison… CHARLES MAGNIEN... et que les Indiens préfèrent vendre le médicament à d'autres pays, on peut avoir une rupture dès l'hiver prochain. ROLAND LESCUREC'est la raison essentielle pour laquelle ces conditions seront drastiques. CHARLES MAGNIENElles seront drastiques. ROLAND LESCUREBien sûr. CHARLES MAGNIENElles seront fixées quoi qu'il arrive, pour le rachat, on entend bien… ROLAND LESCURESi on vient me voir avec une proposition, moi j'aurai des conditions. CHARLES MAGNIENJ'aimerais vous entendre sur un autre exemple, industriel, c'est le fabricant français de panneaux solaires SYSTOVI, qui est basé du côté de Nantes et qui a annoncé mercredi la fin de son activité. 87 salariés, et le patron qui dit : " Ça fait des mois qu'on se bat, mais là, on ne peut plus. Face au dumping chinois, c'est impossible d'être rentable en France en produisant des panneaux solaires ". Là, c'est encore un échec pour l'industrie, la réindustrialisation française. ROLAND LESCUREEcoutez, on a l'année dernière des entreprises qui ferment, des entreprises qui ouvrent. On a ouvert 200 usines de plus qu'on en a fermé. Donc, malheureusement, oui, il y a des usines qui ferment. On est en train d'installer deux gigafactories de panneaux solaires en France, une à Sarreguemines, une à Fos. Donc malheureusement, il y a un enjeu de compétitivité pour SYSTOVI, on regarde ça de près, on va voir si on peut trouver un repreneur, là aussi avec des conditions de production en France. Mais, aujourd'hui, je souhaite vraiment affirmer, avec force, qu'on est plus qu'au verre à moitié plein aujourd'hui. On ouvre des usines en France. Il y en a qui ferment, il y en a qui ouvrent, il y en a 200 de plus qui ouvrent. On a créé 130 000 emplois industriels en France depuis sept ans. L'industrie française est en train de renaître. Et donc je veux... Non mais j'insiste sincèrement là-dessus… CHARLES MAGNIENOui oui, c'est terrible pour vous, parce que d'où votre colère, j'imagine, vis à vis de BIOGARAN et de SERVIER, parce que l'image est catastrophique, là, ce leader français qui passerait sous pavillon indien… ROLAND LESCUREL'image m'importe peu, moi c'est la réalité qui m'importe. Je veux qu'on produise en France et je veux qu'on puisse consommer en France. CHARLES MAGNIENEt j'ai envie de dire : rendez-vous l'hiver prochain, on verra, surtout si ce labo est vendu et si ça a des conséquences dans nos pharmacies. J'ai une dernière question Roland LESCURE, vous êtes ministre de l'Industrie, mais aussi de l'énergie. On a suivi cette nuit la riposte israélienne en Iran. Conséquence immédiate sur le cours du baril, et on le sait, le cours du litre est déjà très élevé en ce moment en France. Ça va forcément grimper dans les jours qui viennent. On approche de la barre symbolique des 2 €. Bruno LE MAIRE avait promis de réactiver une indemnité carburant si on approchait de cette barre. Il parlait même de 1,95 le litre. Est-ce que vous plaidez pour une nouvelle indemnité de carburant ? ROLAND LESCUREEcoutez, on va suivre la situation. Comme vous le voyez, ça bouge au jour le jour. Mais évidemment, on suit le cours du pétrole, on suit l'impact sur la pompe. On travaille aussi avec les distributeurs, vous le savez, TOTAL s'est engagé à maintenir son plafond à 2 €. Donc tout ça est suivi de très près. Je ne souhaite pas réagir de manière trop précoce à un événement d'une nuit, dont aujourd'hui tous les éléments ne sont pas… CHARLES MAGNIENNon, mais le prix du litre à la pompe, là ça fait des semaines que ça grimpe. On en est à… ROLAND LESCUREIl est en dessous de 2 € dans la majeure partie des stations aujourd'hui en France. Il est même assez nettement en dessous, encore dans des grands distributeurs qu'on connaît bien. CHARLES MAGNIENEt il en approche. Donc tant qu'on est en dessous des 2 €, pas de geste de l'Etat. ROLAND LESCUREOn en reste là. CHARLES MAGNIENEh bien voilà, les consommateurs vous ont entendu, en tout cas ce matin, les automobilistes, Roland LESCURE… ROLAND LESCURENon mais j'entends bien, j'entends bien… CHARLES MAGNIENNon non, mais c'est important de le dire, de fixer en tout cas cette barre. Et puis je vous remercie surtout d'être venu réaffirmer… ROLAND LESCUREMerci à vous. CHARLES MAGNIEN... alors BIOGARAN pourrait être vendu, mais à des conditions que vous êtes venu fixer ce matin en direct sur RMC. Je vous remercie, Roland LESCURE, ministre de l'Industrie et de l'Energie, d'avoir été en direct pour réagir ce matin, donc, à ce qu'on a appris hier, la mise en vente du labo BIOGARAN. Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 avril 2024
La source — vie_publique · nº 293972
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/293972-roland-lescure-19042024-rmc-politique-industrielle?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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