Interview de M. Jean-Noël Barrot, ministre délégué, chargé de l'Europe, à Sud Radio le 26 février 2024, sur les élections européennes, l'Union européenne face au conflit en Ukraine, la politique agricole commune et le Pacte asile migration.
Jean-Noël Barrot (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)
JEAN-JACQUES BOURDINIl est 8h33, bonjour à toutes et à tous, les Français veulent savoir, parlons vrai ce matin avec Jean-Noël BARROT, qui est ministre délégué chargé de l'Europe et vice-président du MoDem. Jean-Noël BARROT bonjour.
JEAN-NOËL BARROTBonjour Jean-Jacques BOURDIN.
JEAN-JACQUES BOURDINMerci d'être avec nous. D'abord une question claire et précise, la députée européenne Valérie HAYER conduira-t-elle la liste Renaissance MoDem Horizons aux élections européennes ?
JEAN-NOËL BARROTValérie HAYER elle cumule toutes les qualités, elle est enracinée dans son territoire natal de la Mayenne, elle est rompue à l'exercice des responsabilités puisqu'aujourd'hui elle préside un groupe de plus de 100 députés issus de 24 nationalités au Parlement européen, et puis surtout c'est une femme engagée, avec la majorité présidentielle, mais aussi dans son mandat parce qu'elle a beaucoup travaillé, ce qui n'est pas tout à fait le cas de ses adversaires dans cette campagne.
JEAN-JACQUES BOURDINFille d'agricultrice.
JEAN-NOËL BARROTPetite-fille d'agriculteurs.
JEAN-JACQUES BOURDINPetite-fille d'agriculteurs, pourquoi est-ce un bon choix ?
JEAN-NOËL BARROTJe vous l'ai dit, elle cumule toutes les qualités, et je voudrais revenir sur la troisième, engagée dans la majorité présidentielle, mais aussi dans son mandat, elle a fait honneur au mandat que les Français lui ont confié il y a cinq ans lors des dernières élections présidentielles, ce qui n'est pas le cas, par exemple, de Monsieur BARDELLA. Quand Madame HAYER produisait 80 rapports en cinq ans, Monsieur BARDELLA n'en produisait aucun.
JEAN-JACQUES BOURDINDonc elle sera la candidate ?
JEAN-NOËL BARROTJe le souhaite.
JEAN-JACQUES BOURDINNe me dites pas je le souhaite…
JEAN-NOËL BARROTElle le sera dès lors qu'elle aura été officialisée, nous avons un meeting dans quelques jours…
JEAN-JACQUES BOURDINC'est quand l'officialisation ?
JEAN-NOËL BARROTCe sera sans doute dans la semaine.
JEAN-JACQUES BOURDINDans la semaine, donc dans la semaine officialisation de Valérie HAYER.
JEAN-NOËL BARROTC'est vous qui le dites.
JEAN-JACQUES BOURDINNon, ce n'est pas moi qui le dis, mais c'est la réalité.
JEAN-NOËL BARROTC'est sans doute ce qui va se produire, oui.
JEAN-JACQUES BOURDINCe qui va se produire, bon ! Aujourd'hui, réunion à Paris importante à propos de la guerre entre l'Ukraine et la Russie, je vais y revenir. Selon Volodymyr ZELENSKY 31 000 militaires ukrainiens ont été tués depuis deux ans, la victoire de l'Ukraine dépend de l'Europe. Alors, est-ce que vous souhaitez la victoire de l'Ukraine, donc la défaite de la Russie, que les choses soient claires ?
JEAN-NOËL BARROTQue les choses soient claires, l'Ukraine ne doit et ne peut pas perdre cette guerre, parce qu'en réalité, en résistant…
JEAN-JACQUES BOURDINDonc la Russie doit perdre.
JEAN-NOËL BARROTEn résistant à l'envahisseur russe…
JEAN-JACQUES BOURDINDonc la Russie doit la perdre.
JEAN-NOËL BARROTDonc la Russie soit la perdre, et je dois dire que, à ce stade, la Russie est en échec. Il y a deux ans, lorsque Vladimir POUTINE a lancé cette guerre d'agression contre l'Ukraine, il l'a présentée comme une opération spéciale qui allait durer quelques semaines seulement, et les soldats russes qui sont partis au front avaient dans leur paquetage leur costume de parade qu'ils comptaient arborer fièrement quelques semaines plus tard à Kiev. C'est un échec, car le peuple ukrainien résiste depuis deux ans, avec le soutien de l'Union européenne, des Etats-Unis.
JEAN-JACQUES BOURDINAlors, je vais y venir. 17e…17h aujourd'hui à l'Elysée, Conférence de soutien à l'Ukraine à l'initiative d'Emmanuel MACRON, seront réunis – je parlais de 17e – en fait 17 chefs d'Etat et de gouvernement européens, ainsi que des représentants des Etats-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, de la Suède, l'objectif c'est mobiliser l'Europe contre la Russie, mettre la Russie en échec, faire tout ce qui est nécessaire pour mettre la Russie en échec, c'est bien ce que vous dites, c'est ce que dit le communiqué de l'Elysée, donc la défaite de la Russie, accélérer les soutiens financiers et militaires à l'Ukraine, 50 milliards d'euros d'aides déjà…
JEAN-NOËL BARROTCiviles.
JEAN-JACQUES BOURDIND'aides promises, 50 milliards d'euros d'aides qui sont promis à l'Ukraine, mais la France n'est que le 15e donateur.
JEAN-NOËL BARROTLa France a fait beaucoup pour l'Ukraine…
JEAN-JACQUES BOURDINPourquoi 15e seulement ?
JEAN-NOËL BARROTMais 15e sur quels critères ? l'Union européenne c'est à peu près 90 milliards d'euros tout compris, en aides civiles, avec 50 milliards d'euros qui ont été engagés il y a quelques semaines, au mois de février, par les chefs d'Etat et de gouvernement, et puis de l'aide militaire. Quant à la France, c'est évidemment de l'aide militaire, 3 milliards d'euros en 2022, 2023, et 3 milliards d'euros annoncés la semaine dernière par le président de la République, à l'occasion de la visite de Volodymyr ZELENSKY, pour l'année 2024.
JEAN-JACQUES BOURDINAlors remarque que fait l'opposition, pourquoi est-ce que le Parlement français n'est pas consulté lorsqu'il s'agit d'aider l'Ukraine ?
JEAN-NOËL BARROTLe Parlement est largement consulté, il a eu l'occasion d'en débattre, il a eu l'occasion de poser des questions au gouvernement, il a eu l'occasion aussi de se déplacer en Ukraine, et c'est une très bonne chose, donc le Parlement français, ses commissions, des Affaires étrangères, des Affaires européennes, est constamment tenu au courant.
JEAN-JACQUES BOURDINJean-Noël BARROT, Emmanuel MACRON décide d'envoyer, d'aider l'Ukraine, plusieurs milliards d'aides à l'Ukraine, sans que les Français ne soient consultés.
JEAN-NOËL BARROTIls le sont, ils sont informés, ils sont consultés.
JEAN-JACQUES BOURDINIls sont informés.
JEAN-NOËL BARROTC'est le budget de l'Etat qui est chaque année voté, sanctionné si l'on peut dire, par le Parlement, donc tout cela se fait dans un cadre démocratique, et c'est heureux.
JEAN-JACQUES BOURDINAlors, quel est l'objectif de cette réunion de ce soir à l'Elysée ?
JEAN-NOËL BARROTC'est de prendre acte du durcissement de la position du régime de POUTINE, à la fois sur…
JEAN-JACQUES BOURDINNous sommes à un tournant, nous sommes à un nouveau tournant deux ans après ?
JEAN-NOËL BARROTNous avons constaté que depuis quelques mois, à la fois sur le champ de bataille, mais aussi dans d'autres champs de conflictualité, et notamment l'espace informationnel, le cyber espace, la position de Vladimir POUTINE s'est durcie, que désormais la Russie de Vladimir POUTINE cible nos intérêts, avec des campagnes de désinformation qui touchent nos démocraties, et qu'il nous faut donc réagir et ne surtout pas détourner les yeux alors que nous entrons dans la troisième année de la guerre.
JEAN-JACQUES BOURDINL'Europe doit maintenant s'armer plus ?
JEAN-NOËL BARROTElle doit évidemment poursuivre son réarmement, y compris…
JEAN-JACQUES BOURDINOui, enfin réarmement, est-ce qu'elle doit s'armer plus, oui, se réarmer plus, si vous voulez ?
JEAN-NOËL BARROTBien sûr, mais il faut quand même constater que depuis un an…
JEAN-JACQUES BOURDINConstruire au plus vite une défense européenne ?
JEAN-NOËL BARROTDepuis un an nous avons doublé notre capacité de production d'obus de 155 mm, donc l'Europe a déjà entamé son réarmement militaire. Il faut que nous puissions aller plus loin, il faut que nous puissions, à la fois sur le plan de la coordination de nos forces, mais aussi sur notre production industrielle, aller plus loin, et ça fait partie des sujets qui seront abordés ce soir.
JEAN-JACQUES BOURDINAlors, Jean-Noël BARROT, est-ce que Moscou nous menace ?
JEAN-NOËL BARROTBien sûr. En nous ciblant…
JEAN-JACQUES BOURDINAujourd'hui Moscou nous menace ?
JEAN-NOËL BARROTNon mais, dès lors, dès lors que le projet de Vladimir POUTINE est de montrer qu'on peut impunément violer des frontières dans l'ordre international, alors ce qui se produit, ce qui est en jeu en Ukraine, c'est notre existence, c'est notre liberté et notre sécurité. Mais au-delà de ça, nous avons déjà été victimes de manoeuvres qui nous visaient directement, de campagnes de désinformation, depuis deux ans, et singulièrement depuis ces dernières semaines, avec une intention claire, affaiblir le soutien dans l'opinion publique, à l'Ukraine, et déstabiliser nos démocraties. Et nous devons être extrêmement vigilants puisque nous avons dans quelques semaines une élection européenne qu'il nous faut à tout prix protéger.
JEAN-JACQUES BOURDINDonc nous sommes agressés par la Russie aujourd'hui ?
JEAN-NOËL BARROTIl y a une volonté d'agression très claire de la part de Vladimir POUTINE qui se manifeste dans des champs qu'on appelle désormais hybrides, c'est-à-dire dans l'information.
JEAN-JACQUES BOURDINDonc, agression russe, menace russe, sommes-nous en guerre contre la Russie, pas officiellement, mais nous sommes… ?
JEAN-NOËL BARROTNous sommes les cibles d'une volonté d'agression manifeste de la part de Vladimir POUTINE qui déploie un certain nombre de manoeuvres pour…
JEAN-JACQUES BOURDINSubversion en France ?
JEAN-NOËL BARROTPour affaiblir le soutien des Français au peuple ukrainien, pour déstabiliser notre démocratie.
JEAN-JACQUES BOURDINMais comment ?
JEAN-NOËL BARROTVous savez, on l'a vu il y a quelques mois, par exemple, en Slovaquie, où pendant la période de silence électoral, vous savez, les 48 heures qui précèdent le scrutin, un hyper truquage, un " deep fake ", a été diffusé massivement, qui figurait l'un des candidats en montrant qu'il était en train de vouloir subvertir le scrutin, et cet " deep fake " est très certainement, même si ça n'a pas encore été attribué, d'origine russe, et a pour vocation d'altérer la sincérité de nos Etats, et quand on s'en prend…
JEAN-JACQUES BOURDINAlors, les services secrets français sont en alerte, j'imagine.
JEAN-NOËL BARROTQuand on s'en prend à un scrutin, aux élections, eh bien c'est pour affaiblir la démocratie.
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que les Russes vont s'en prendre, pourraient s'en prendre aux élections européennes, aux prochaines élections européennes ?
JEAN-NOËL BARROTC'est sans doute leur intention et nous allons y faire échec.
JEAN-JACQUES BOURDINLes services secrets sont en alerte.
JEAN-NOËL BARROTNous avons un service, qui s'appelle VIGINUM, et que le Président de la République a créé en 2021, dont l'objectif est de détecter, et comme on dit dans le jargon, d'attribuer, les manoeuvres informationnelles, c'est ainsi que…
JEAN-JACQUES BOURDINDes manoeuvres ont été détectées là ?
JEAN-NOËL BARROTBien sûr, il y a deux semaines, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane SEJOURNE, a révélé l'existence de 193 sites Internet dormants et prêts à diffuser massivement des fausses nouvelles, par exemple, à l'approche d'une élection européenne.
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que la Russie a des complices en France, politiques ? est-ce que la Russie a des complices politiques en France ?
JEAN-NOËL BARROTLa Russie a des alliés, objectifs, celles et ceux qui, depuis le début de cette guerre, refusent…
JEAN-JACQUES BOURDINVous dites alliés, vous ne dites pas complices ?
JEAN-NOËL BARROTCelles et ceux qui refusent de condamner l'agression russe en Ukraine…
JEAN-JACQUES BOURDINQui ?
JEAN-NOËL BARROTCelles et ceux qui refusent de soutenir le soutien aux Ukrainiens à la fois dans le domaine civil, humanitaire et militaire, bref, ceux qui continuent de miser sur une forme de bienveillance de Vladimir POUTINE, et c'est irresponsable.
JEAN-JACQUES BOURDINQui ?
JEAN-NOËL BARROTJe pense évidemment au Rassemblement national.
JEAN-JACQUES BOURDINA Nicolas DUPONT-AIGNAN, Rassemblement National et d'autres ?
JEAN-NOËL BARROTL'extrême droite notamment, qui reste fascinée par Vladimir POUTINE…
JEAN-JACQUES BOURDINQui sont traîtres à la patrie ?
JEAN-NOËL BARROTQui restent fascinés par Vladimir POUTINE…
JEAN-JACQUES BOURDINDonc traîtres à la patrie.
JEAN-NOËL BARROTQui en tout cas ne rendent pas service à la France puisque, je le redis, le combat des Ukrainiens, c'est le nôtre, et ce qui se joue sur la ligne de front aujourd'hui en Ukraine c'est notre existence, notre sécurité et notre liberté.
JEAN-JACQUES BOURDINSi l'Ukraine tombe, est-ce que l'Europe risque de tomber ?
JEAN-NOËL BARROTSi l'Ukraine tombe, la ligne de front se déplacera à l'Ouest, comme l'a dit Volodymyr ZELENSKY il y a quelques jours, les dictateurs ne prennent pas de vacances, et donc il faut s'attendre à ce que Vladimir POUTINE, après avoir violé les frontières de l'Ukraine, en viole d'autres, les pays baltes, la Pologne, c'est donc l'Union européenne qui sera touchée directement.
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'il y a un risque, vous dites, il y a un risque d'envahissement de l'Europe, c'est ce que vous dites ce matin ?
JEAN-NOËL BARROTSi l'Ukraine devait tomber, et nous ferons tout pour empêcher que cela se produise, c'est en Union européenne que les combats se poursuivront.
JEAN-JACQUES BOURDINTout, ça va jusqu'où tout, parce qu'on aide financièrement l'Ukraine, on aide militairement l'Ukraine, mais que peut peut-on faire de plus ? nous n'enverrons jamais un soldat en Ukraine se battre face aux Russes, Jean-Noël BARROT.
JEAN-NOËL BARROTIl faut poursuivre ce soutien massif qui a été accordé à l'Ukraine depuis deux ans et l'inscrire dans la durée, c'est la raison pour laquelle la France porte une voix…
JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire que les Ukrainiens se battent pour nous, les Ukrainiens se battent pour nous.
JEAN-NOËL BARROTLes Ukrainiens se battent évidemment pour nous.
JEAN-JACQUES BOURDINSe sacrifient pour nous.
JEAN-NOËL BARROTIls tombent pour nous, bien sûr, pour la sécurité du continent européen. Ce que nous devons faire, et c'est la voix que porte la France, et c'est ce sur quoi le Président de la République a beaucoup insisté, c'est de démontrer que nous sommes là sur le long terme, que notre économie, qui est dix fois plus puissante que celle de la Russie, est en capacité de redévelopper ses capacités d'armement. Ce signal que nous avons envoyé en Russie et au monde, c'est le signal d'un soutien continu aussi longtemps que nécessaire pour faire en sorte que l'Ukraine ne perde pas cette guerre.
JEAN-JACQUES BOURDINMais si l'Ukraine est en difficulté, est-ce que nous enverrons un jour, un jour, des soldats en Ukraine ?
JEAN-NOËL BARROTA l'heure qu'il est l'important…
JEAN-JACQUES BOURDINEuropéens, je ne parle pas particulièrement des soldats français, des soldats européens, de l'Union européenne.
JEAN-NOËL BARROTA l'heure qu'il est l'important c'est de répondre à la demande des Ukrainiens qui est de pouvoir leur fournir de l'armement. Ce que nous voulons c'est que cet armement il soit, dans toute la mesure du possible, européen, nous voulons relever notre capacité à produire, comme nous l'avons fait en matière de munitions, et en parallèle continuer à sanctionner les intérêts russes, un 13e paquet de sanctions a été annoncé en fin de semaine dernière, d'éviter leur contournement et ainsi asphyxier la Russie de Vladimir POUTINE.
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'il y aura des annonces fortes ce soir ?
JEAN-NOËL BARROTNous verrons, en tout cas je constate qu'un grand nombre, un très grand nombre, de chefs d'Etat et de gouvernement ont répondu présent, c'est bien qu'il y a l'intention de tirer les conséquences de ce durcissement de la position stratégique de Vladimir POUTINE et de faire en sorte que de franchir une nouvelle durcissements.
JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire que face au durcissement de Vladimir POUTINE l'Europe durcit sa position, c'est cela ?
JEAN-NOËL BARROTNous allons voir, en tout cas elle doit…
JEAN-JACQUES BOURDINAttendez, il faudrait savoir…
JEAN-NOËL BARROTLe président de la République invite un grand nombre de chefs d'Etat et de gouvernement…
JEAN-JACQUES BOURDINCe que je veux dire c'est que j'essaie de mettre le doigt sur la limite de notre position, effectivement il y a un durcissement côté Vladimir POUTINE, mais nous, nous, quel durcissement pourrions-nous montrer au monde face à Vladimir POUTINE, l'Europe ?
JEAN-NOËL BARROTParmi les invités ce soir il n'y a pas que des pays européens…
JEAN-JACQUES BOURDINNon, je sais.
JEAN-NOËL BARROTC'est notamment l'axe transatlantique qui doit se coordonner, qui doit relever son niveau de soutien, qui doit aussi résister ensemble aux manoeuvres dont je disais qu'elles ciblent d'ores et déjà nos démocraties, et les discussions qui ont lieu ce soir seront l'occasion de franchir, peut-être, nous verrons, cette nouvelle étape dans la résistance au régime de Vladimir POUTINE.
JEAN-JACQUES BOURDINDonc nouvelle étape dans la résistance au régime de Vladimir POUTINE, donc nous ne sommes pas en guerre, mais presque quoi !
JEAN-NOËL BARROTNous sommes en résistance.
JEAN-JACQUES BOURDINNous sommes en résistance. Y a-t-il le risque d'une nouvelle guerre mondiale, Jean-Noël BARROT ?
JEAN-NOËL BARROTJe ne le souhaite pas, ce que je constate c'est que nous avons depuis la Deuxième Guerre mondiale un ordre international qui est fondé sur le droit et sur un principe simple, le respect des frontières. La démonstration que voudrait faire Vladimir POUTINE, après dix ans de conflit avec l'Ukraine, c'est qu'il est possible aujourd'hui de reconstituer des empires, de violer les frontières de ses voisins et d'acter le principe d'un ordre international fondé sur la force, ça nous n'en voulons pas, et c'est la raison pour laquelle il nous faut, nos dirigeants, notre opinion publique, nos peuples, résister à cette tentative impérialiste, parce qu'on comprend bien que si Vladimir POUTINE devait, ce que nous voulons à tout prix empêcher, de réussir son pari, c'est tous les dictateurs, les autocrates du monde, qui considéraient qu'on peut désormais violer les frontières de ses voisins, et là, oui, c'est le monde de la conflictualité, je ne sais pas si ça serait une guerre mondiale, mais ça serait des conflits partout, chacun tentant par la force de devenir le dominateur de ses voisins.
JEAN-JACQUES BOURDINL'Europe, en résistance face à Vladimir POUTINE, c'est ce que vous avez dit. Est-ce que la France est prête à mettre ses capacités, son potentiel nucléaire, à la disposition de l'Europe afin qu'il fasse partie d'un plan de sécurité paneuropéen ?
JEAN-NOËL BARROTLe Président de la République l'a redit récemment, la force de dissuasion française elle vise à protéger les intérêts vitaux de la nation, les intérêts vitaux de la nation ne se limitent pas au seul territoire national, il y a donc naturellement une dimension de voisinage, et donc naturellement une dimension européenne.
JEAN-JACQUES BOURDINDonc la France est prête à mettre ses capacités, son potentiel nucléaire, à disposition de l'Europe.
JEAN-NOËL BARROTJe vous ai dit ce que le Président de la République a rappelé…
JEAN-JACQUES BOURDINMais c'est ce que vous dites ce matin !
JEAN-NOËL BARROTLe président l'a dit, les intérêts vitaux de la nation, on le comprend bien, ne se limitent pas aux frontières administratives du territoire national.
JEAN-JACQUES BOURDINDonc, si un pays de l'Union européenne était attaqué par la Russie, par exemple, de Vladimir POUTINE, la France pourrait même utiliser son arme nucléaire, de dissuasion.
JEAN-NOËL BARROTEn matière de dissuasion, on ne sort d'une forme d'ambiguïté qu'à son détriment, je ne suis pas le ministre des Armées, ni le président de la République, il s'est exprimé en dessinant les contours de ce qu'est notre force de dissuasion.
JEAN-JACQUES BOURDINQuelles conséquences aurait, selon vous, la victoire de l'extrême droite le 9 juin ?
JEAN-NOËL BARROTUne conséquence très simple, c'est l'enlisement définitif de l'Union européenne, et, par voie de conséquence, son incapacité à se coordonner pour, en soutien au peuple ukrainien, faire échec à Vladimir POUTINE. Je le rappelle à nos auditeurs, les élections européennes c'est une élection proportionnelle à un tour, chaque voix compte, il n'y a aucune élection dans laquelle votre bulletin de vote compte autant que pour l'élection européenne. Alors, vous avez deux choix, le choix de la majorité présidentielle, en tout cas le choix d'une force politique qui, en cinq ans, a repris l'Europe en main…
JEAN-JACQUES BOURDINVous n'êtes pas le seul à défendre l'Europe !
JEAN-NOËL BARROTNon, et je défends notre Europe, c'est-à-dire une Europe qui, il y a cinq ans, était naïve et sombrait dans l'impuissance, qui ne savait pas comment faire sur les travailleurs détachés, sur la migration irrégulière, sur les géants du numérique, et qui en cinq ans a pris un grand virage, et donc soit nous poursuivons dans cet esprit-là, celui de la souveraineté et de la puissance que la France a réussi à insuffler en Europe, soit au contraire, eh bien nous nous tournons vers des partis qui se désintéressent complètement de l'Europe et qui vont la ramener dans la situation antérieure, c'est-à-dire une Europe bloquée.
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que la France soutiendra Ursula VON DER LEYEN, qui veut être candidate pour sa succession ?
JEAN-NOËL BARROTNous verrons, il faut d'abord que le Parlement européen soit réélu, c'est du Parlement européen que naîtra la future Commission.
JEAN-JACQUES BOURDINOui, mais est-ce que les députés européens français soutiendront Ursula VON DER LEYEN ?
JEAN-NOËL BARROTPas tous…
JEAN-JACQUES BOURDINQui sera candidate.
JEAN-NOËL BARROTJ'ai entendu que les parlementaires européens français, de son propre parti, LR, ne la soutenaient pas, donc nous verrons, ça a l'air compliqué.
JEAN-JACQUES BOURDINAgriculture européenne, La PAC est-elle indispensable aux agriculteurs français ?
JEAN-NOËL BARROTEvidemment. L'agriculture, donc la PAC, c'est le premier budget européen et la France en est le premier bénéficiaire avec 9 milliards d'euros chaque année, qui bénéficient à 450 000 agriculteurs. Regardez ce qui s'est passé au Royaume-Uni avec le Brexit, en sortant de la politique agricole commune, ce sont des exploitations qui ferme, ce sont des agriculteurs qui vendent leurs bêtes et ce sont des magasins où l'on ne trouve plus de tomates, de concombres ou d'oeufs, c'est naufrage l'agriculture du Royaume-Uni, vous ne trouverez pas un seul agriculteur de bonne foi en France qui veut sortir de la PAC.
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'il ne faut pas mieux répartir ces aides européennes, en France, les aides de la PAC ? qui sont injustes dans la répartition, c'est ce que j'entends chez beaucoup d'agriculteurs, beaucoup.
JEAN-NOËL BARROTAttendez, la Politique agricole commune c'est un instrument…
JEAN-JACQUES BOURDIN…chez beaucoup d'autres agriculteurs.
JEAN-NOËL BARROTC'est un instrument très puissant, mais il est évidemment perfectible, il faut, notamment, débureaucratiser la PAC. C'est d'ailleurs ce pour quoi la France, le président de la République, le ministre de l'Agriculture, ont demandé à la Commission des mesures de simplification, elles ont été présentées en fin de semaine dernière, elles seront discutées aujourd'hui, notre ministre de l'Agriculture sera à Bruxelles pour commenter, ou en tout cas donner l'avis de la France sur les propositions qui ont été faites, et demander à aller plus loin, parce qu'il faut…
JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire aller plus loin ?
JEAN-NOËL BARROTIl faut la simplifier, il faut diminuer le nombre de contrôles, il faut tenir compte de la réalité des agriculteurs sur les règles concernant la PAC, et notamment les prairies, il faut que, lorsqu'il y a des catastrophes naturelles, les fonds puissent être débloqués plus vite, la Commission a enfin compris, elle a apporté un certain nombre, elle a mis un certain nombre de propositions sur la table, nous allons donner notre avis sur celles-ci aujourd'hui à Bruxelles par la voix de Marc FESNEAU.
JEAN-JACQUES BOURDINLes accords de libre-échange sont-ils indispensables, Jean-Noël BARROT ?
JEAN-NOËL BARROTBien évidemment qu'ils sont indispensables. Regardez…
JEAN-JACQUES BOURDINDonc vous êtes favorable aux accords de libre-échange, que tout soit clair.
JEAN-NOËL BARROTJe suis favorable au commerce, le commerce c'est indispensable pour l'agriculture française, qui est une agriculture exportatrice. Regardez celui que nous avons signé avec le Canada, c'est plus de 50% d'exportations supplémentaires, le CETA, c'est formidable. Ceci étant dit, désormais, il nous faut, lorsque nous signons des accords de commerce, obtenir des garanties de réciprocité, ce n'est pas le cas, par exemple, du traité avec le Mercosur, qui a été négocié il y a 20 ans…
JEAN-JACQUES BOURDINLes pays d'Amérique du Sud, oui.
JEAN-NOËL BARROTEt c'est la raison pour laquelle le Président de la République a dit que nous ne pouvions pas le signer en l'état. C'est le cas, en revanche, de l'accord avec la Nouvelle-Zélande que nous venons de signer, et qui est un très bon accord. Donc il faut bien sûr poursuivre la signature d'accords de commerce, c'est indispensable pour nos agriculteurs, ce sont leurs débouchés, mais il faut que ces accords incorporent le principe fondamental de réciprocité. On ne peut pas accepter, en Europe, des produits fabriqués dans des conditions que nous n'acceptons pas chez nous.
JEAN-JACQUES BOURDINPuisqu'on parle des agriculteurs, Jean-Noël BARROT, là je m'adresse au vice-président du MoDem, Jean-Noël BARROT. J'ai entendu le Premier ministre nous dire, à l'Assemblée nationale, " tu casses, tu paies ", mais faut-il appliquer cette règle aux agriculteurs, " tu casses, tu paies " ?
JEAN-NOËL BARROTJe crois que traditionnellement les agriculteurs, les paysans, sont particulièrement respectueux, il leur arrive de manifester…
JEAN-JACQUES BOURDINNon, non, Jean-Noël BARROT, ne me dites pas ça…
JEAN-NOËL BARROTIl leur arrive de manifester leur colère.
JEAN-JACQUES BOURDINMoi je vous dis, ce que l'on veut appliquer aux délinquants, à juste raison, " tu casses, tu paies ", est-ce qu'on doit appliquer la même règle aux agriculteurs ?
JEAN-NOËL BARROTEh bien la loi s'applique à tout le monde.
JEAN-JACQUES BOURDINDonc même règle aux agriculteurs, " tu casses, tu paies " ?
JEAN-NOËL BARROTLa loi s'applique à tout le monde. Le principe qui est celui de la responsabilité, que le Premier ministre a évoqué…
JEAN-JACQUES BOURDINDonc quand le samedi matin il y a des agriculteurs qui cassent certains stands…
JEAN-NOËL BARROTLe stand de l'Union européenne…
JEAN-JACQUES BOURDINNotamment de l'Union européenne, ce sont ces agriculteurs qui doivent payer ?
JEAN-NOËL BARROTJe regrette en tout cas que ce stand ait été détruit…
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'ils doivent payer ?
JEAN-NOËL BARROTJe pense qu'on peut manifester son opinion, y compris sa colère, sans aller jusqu'à détruire des stands.
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce qu'ils doivent payer ?
JEAN-NOËL BARROTC'est la loi qui s'applique lorsqu'il y a des dommages…
JEAN-JACQUES BOURDINDonc ils doivent payer, " tu casses, tu paies. "
JEAN-NOËL BARROTEnfin ils, ils, c'est un nom un peu générique, j'imagine qu'il y a bien effectivement, dans cette affaire-là, des responsables…
JEAN-JACQUES BOURDINDes casseurs, des agriculteurs casseurs.
JEAN-NOËL BARROTVous savez, dans ces cas-là, on est dans l'Etat de droit, donc…
JEAN-JACQUES BOURDINJe suis bien d'accord, mais c'est très facile de dire à un délinquant " tu casses, tu paies ", c'est moins facile de dire à un agriculteur " tu casses, tu paies ", vous l'avez compris, et vous savez bien.
JEAN-NOËL BARROTJe crois qu'il faut effectivement faire un peu la part des choses, il y a dans le mouvement agricole, et la colère paysanne qui a touché la France, mais aussi beaucoup d'autres pays européens, des revendications qui viennent de loin, une souffrance qui vient de loin et à laquelle il faut accorder une forme de considération.
JEAN-JACQUES BOURDINLe Pacte asile migration, je vais terminer avec ça, quand ouvriront ces fameux centres fermés près des frontières européennes pour renvoyer plus rapidement ceux qui n'obtiennent pas le droit à l'asile ?
JEAN-NOËL BARROTLe Pacte asile migration c'est un sujet majeur parce que, quand nous sommes arrivés en responsabilités, il y a cinq ans, c'était un sujet qui était totalement enlisé alors même que cela faisait des années qu'on essayait d'y travailler. Nous avons réussi, notre majorité, au Parlement européen, Valérie HAYER, dont on parlait tout à l'heure, ont réussi à le faire sortir de terre, et c'est une protection majeure pour l'avenir des frontières européennes puisque désormais il y aura ces centres fermés, il y aura aussi un système…
JEAN-JACQUES BOURDINMais quand ?
JEAN-NOËL BARROTIl faut laisser le temps de se mettre en place, ce sera quelques mois, quelques années…
JEAN-JACQUES BOURDINQuelques années, dites-moi l'immigration…
JEAN-NOËL BARROTPour certaines de ces mesures, mais c'est majeur…
JEAN-JACQUES BOURDINL'immigration a le temps de s'installer.
JEAN-NOËL BARROTDites-vous bien, Jean-Jacques BOURDIN, que grâce au Pacte asile et migration, grâce à l'agence européenne eu-LISA, que je visiterai lundi matin à Strasbourg, nous aurons désormais un système d'information qui permettra, chaque fois qu'une personne entre dans l'espace européen, de vérifier, de le faire rentrer dans les systèmes de manière à suivre s'il reste plus longtemps que prévu ou s'il excède la durée de validité de son titre de séjour, ce sera une véritable protection. Après, c'est un système informatique majeur, c'est une transformation majeure de nos frontières, elle va prendre un petit peu de temps, mais lorsqu'elle sera en place, elle protégera définitivement nos frontières.
JEAN-JACQUES BOURDINVous savez quel est le problème avec l'Europe, c'est que tout prend toujours du temps.
JEAN-NOËL BARROTMais vous savez, nous sommes un grand continent, la première démocratie du monde, et donc il y a un certain nombre de choses qui prennent du temps. Après, moi je constate aussi qu'on nous a dit que, dans certains domaines, et en particulier la transition écologique, nous étions allés trop vite Jean-Jacques BOURDIN.
JEAN-JACQUES BOURDINMerci beaucoup Jean-Noël BARROT.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 février 2024
La source —
vie_publique · nº 293165
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