Interview de Mme Amélie Oudéa-Castéra, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques, à TF1 le 2 février 2024, sur la polémique liée à la scolarité de ses enfants dans l'école privée parisienne Stan
Amélie Oudéa-Castéra (auteur), Adrien Gindre (intervenant)
BRUCE TOUSSAINTIl est 08h11, tout de suite Adrien GINDRE reçoit Amélie OUDEA-CASTERA.
ADRIEN GINDREBonjour Amélie OUDEA-CASTERA.
AMELIE OUDEA-CASTERABonjour.
ADRIEN GINDREPrès d'un enseignant sur deux dans les collèges et lycées étaient en grève, hier, d'après le syndicat FSU, un sur cinq si l'on regarde les chiffres du ministère, tous niveaux confondus. C'était une grève contre votre politique ou contre votre personne ?
AMELIE OUDEA-CASTERAEcoutez, c'est une grève qui a été suivie, voilà, on s'y attendait. L'appel à la grève, il avait été posé dès le 22 décembre dernier…
ADRIEN GINDREAvant votre nomination à l'Education.
AMELIE OUDEA-CASTERA... et les revendications qui ont été exprimées par les organisations syndicales, je ne les découvre pas, je les connais, j'ai beaucoup échangé avec les, avec l'intégralité d'entre elles dans les 15 derniers jours. Ces revendications, je les entends, je les respecte, et elles savent, les organisations syndicales, que j'ai fait moi-même de l'attractivité des métiers de l'enseignement, l'une de mes trois priorités.
ADRIEN GINDREAlors, on va parler du fond, Amélie OUDEA-CASTERA. Ce qui a frappé hier, également, c'est la forme. Il y avait des mots très durs contre vous. Je les cite, dans les cortèges : « Une ministre hors-sol, incompétente, méprisante, disqualifiée ». Vous êtes devenue, en quelques jours, depuis votre nomination, un point de crispation pour eux ?
AMELIE OUDEA-CASTERAMoi, j'entends l'expression d'une volonté de défendre l'école publique. Moi, ça me va très bien. L'école publique, j'en viens, je sais ce que je lui dois…
ADRIEN GINDRECes mots-là, ils ne vous font rien ?
AMELIE OUDEA-CASTERA... et je sais l'ambition que je porte pour elle, et j'aurai à cœur de la démontrer, cette ambition. Je pense que le meilleur service…
ADRIEN GINDREVous avez une forme d'indifférence vis-à-vis de ces critiques.
AMELIE OUDEA-CASTERA... à rendre à l'école publique, c'est d'avoir cette ambition-là.
ADRIEN GINDREPersonnellement, humainement, vous êtes totalement indifférente à ces mots. Ils sont très durs, objectivement.
AMELIE OUDEA-CASTERAJe ne suis absolument pas indifférente, absolument pas indifférente. Vous savez, dans la vie, je ne cache pas mes émotions. Je ne les cache pas, pourquoi ? Parce que j'ai appris à en faire une force pour avancer.
ADRIEN GINDREDonc ils vous touchent ?
AMELIE OUDEA-CASTERAOui, ils me touchent, mais ils renforcent encore ma détermination à me mettre au service de l'école et de la réussite de tous les élèves de ce pays, avec nos enseignants, avec toute la communauté éducative.
ADRIEN GINDREParlons de vos mots, à vous, cette semaine, vous avez aussi devant le Comité olympique français, expliqué que de votre point de vue, vous étiez devenu le symbole d'une caste à abattre. Qu'est-ce que cela signifie ?
AMELIE OUDEA-CASTERAEncore une fois, le sujet, ce n'est pas moi aujourd'hui.
ADRIEN GINDREUne caste à abattre…
AMELIE OUDEA-CASTERANon.
ADRIEN GINDRE... c'est un mot très fort. C'est votre mot.
AMELIE OUDEA-CASTERAMoi, j'ai exprimé ce que j'avais à dire sur ce sujet. Mes valeurs, c'est celles du mérite, de l'effort et l'amour du travail bien fait.
ADRIEN GINDREMais c'est quoi « cette caste à abattre » ? De quoi vous parlez ?
AMELIE OUDEA-CASTERAUne déclaration de politique générale où des propos ont été tenus par Marine LE PEN d'un côté et par Mathilde PANOT de l'autre. J'ai voulu marquer ma désapprobation par rapport à ces interpellations.
ADRIEN GINDREVous considérez être un symbole aujourd'hui ?
AMELIE OUDEA-CASTERASi je suis un symbole de quelque chose, c'est de la volonté d'avancer. La détermination. Vous savez, ma méthode depuis 20 mois, je l'ai démontrée. C'est quoi ? C'est d'être à l'écoute et dans le dialogue. C'est de travailler, d'accord ?
ADRIEN GINDREOn voit quand même…
AMELIE OUDEA-CASTERAC'est d'avoir du courage et c'est aussi une capacité à avancer en équipe. C'est ça, voilà, ma manière d'avancer.
ADRIEN GINDREMais, cette capacité à avancer, elle existe Amélie OUDEA-CASTERA, quand vous-même vous reconnaissez une meurtrissure, quand en face, les enseignants, on le voit dans le cortège, disent qu'ils ne sont pas prêts à vous pardonner vos mots sur l'école publique.
AMELIE OUDEA-CASTERAJe vous l'ai dit, ces émotions, elles existent, mais il faut en faire quelque chose pour être plus forts et pour avancer. Ça, ma vie m'a appris à le faire. Alors moi, je l'ai dit, je me suis excusée, je me suis expliquée. Maintenant, avançons.
ADRIEN GINDREVous partagez les mots du syndicat SE-UNSA, qui vous donnent le point, qui dit : « Le début était catastrophique - c'est une manière de dire - et on peut avancer ». Vous reconnaissez un début catastrophique en espérant une suite meilleure ?
AMELIE OUDEA-CASTERALe début n'a pas été bon, bien évidemment. Mais ce qu'il faut regarder c'est la manière dont j'ai commencé à avancer depuis trois semaines, en rencontrant l'intégralité des organisations syndicales, en intervenant devant le Parlement de l'Education, le Conseil supérieur de l'éducation, mercredi dernier, en exposant toute ma feuille de route, que j'ai déjà détaillée, structurée, phasée, en allant sur le terrain, à la rencontre déjà de nombreux enseignants qui me réservent un accueil tout à fait constructif, qui ont envie d'avancer, parce qu'ils savent l'urgence qui est la nôtre pour l'école.
ADRIEN GINDRESur le fond, hier, dans les cortèges, au-delà de l'école publique et de votre personne, il y avait bien sûr les salaires, les conditions de travail. Il y a une inquiétude en ce moment qui concerne l'annonce faite au sujet de la création de groupes de niveaux, en math, en français, en 6e et en 5e à partir de la rentrée prochaine. Les moyens sont jugés insuffisants. Est-ce que vous pouvez dire ce matin, aux parents qui nous regardent, aux professeurs qui nous regardent, combien de professeurs vous allez mettre en plus, combien d'heures d'enseignement vous allez mettre en plus, pour permettre ces groupes de niveaux ?
AMELIE OUDEA-CASTERAAlors d'abord, ces groupes de niveaux, ils procèdent d'une volonté, c'est de remettre l'exigence à tous les étages. Cette ambition, Elle est portée par le chef de l'Etat, elle est portée par Gabriel ATTAL, et moi, je veux en être la garante.
ADRIEN GINDREMais ça ne marchera que s'il y a des moyens en plus.
AMELIE OUDEA-CASTERALes groupes de niveaux sont l'une des composantes, on va en effet les mettre en place à la rentrée en 6e et en 5e…
ADRIEN GINDREAvec plus de professeurs ?
AMELIE OUDEA-CASTERA... pour en faire un outil d'égalité des chances. Oui, avec plus de moyens, près de 2 500 ETP équivalents temps plein, qui sont mobilisés pour cette réforme. Il devait y avoir initialement des suppressions de postes qui ont été annulées. Il y a des rééquilibrages qui se font entre le premier et le second degré. Et le but, c'est évidemment de donner, et notamment aux établissements qui sont les plus, avec le plus grand nombre d'élèves fragiles, en difficulté, les moyens pour mettre en place ces groupes de niveaux.
ADRIEN GINDREMais il y aura bien plus de moyens dans 100 % des établissements ? Certains syndicats s'inquiètent de dire « ça ne sera qu'une partie des établissements seulement ».
AMELIE OUDEA-CASTERANous avons deux éléments. Il y a d'abord la réallocation de la fameuse 26e heure, qui va permettre de redonner des marges de manœuvre, pour mettre en place ces groupes de niveaux, dont je le redis qu'ils doivent permettre de réinstaller de remettre en marche l'ascenseur scolaire. Et dans les établissements où il y a des difficultés un peu plus fortes, il y a la création de plus de 830 ETP.
ADRIEN GINDREÇa aura aucune conséquence sur les autres disciples. Il n'y aura pas de disparition localement, d'options langues vivantes, de latin, de grec ?
AMELIE OUDEA-CASTERANon, le but, c'est qu'on puisse avoir une assise, une maîtrise des savoirs fondamentaux, et qu'il n'y ait pas de remise en cause de la maquette, qu'il n'y ait pas non plus de remise en cause des dispositifs de soutien qui sont très importants, avec d'ailleurs le concours des professeurs des écoles, avec le dispositif « Devoirs faits », et l'intervention de ces professeurs pour permettre aux enfants d'être accompagnés dans leur réussite.
ADRIEN GINDRETout ça, mis bout à bout, Amélie OUDEA-CASTERA, ça donne, quand on regarde le baromètre réalisé par votre ministère, sur le ressenti de vos personnels, des chiffres qui sont quand même très bas sur les conditions de travail, la note donnée est de 4,8/10 sur les perspectives de carrière, 2,9/10 sur les salaires, 3,3/10. Dans son discours à l'Assemblée, mardi, le Premier ministre a parlé de fonctionnaires qui seraient rémunérés au mérite. Est-ce que les enseignants seront concernés ?
AMELIE OUDEA-CASTERAEcoutez, le chantier de la résolution de la crise des recrutements, de l'attractivité des carrières, j'en fais une priorité. Cela veut dire que je suis d'ores et déjà au travail, comme me l'ont demandé le président de la République et le Premier ministre, notamment avec Sylvie RETAILLEAU, pour revoir les conditions de recrutement et la formation initiale. Je veux aussi travailler sur les déroulés de carrières, et notamment la perte d'attractivité des milieux de carrières pour les enseignants. Et je veux aussi me mobiliser pour l'ensemble des métiers qui font le service public de l'éducation. Le Premier ministre a évoqué les dispositifs que nous allons mettre en place, par exemple pour les infirmières scolaires, mais aussi pour les AESH qui s'occupent des enfants en situation de handicap.
ADRIEN GINDREVous serez où, Amélie OUDEA-CASTERA, le lundi 2 septembre prochain ?
AMELIE OUDEA-CASTERAJe serai aux côtés des élèves et des enseignants pour la rentrée scolaire.
ADRIEN GINDREC'est le jour de la rentrée scolaire.
AMELIE OUDEA-CASTERAEt je serai en même temps déterminée à ce que les Jeux paralympiques, les premiers de notre histoire, qui peuvent changer le regard qu'on porte sur le handicap et le quotidien des personnes en situation…
ADRIEN GINDREMais on sera en pleins Jeux paralympiques, vous n'avez pas le don d'ubiquité, vous ne pourrez pas physiquement être dans une école et dans un stade.
AMELIE OUDEA-CASTERAAu contraire. Vous savez, il y a beaucoup de synergies, et quand je m'occupe des Jeux olympiques et paralympiques, je m'occupe aussi de la jeunesse.
ADRIEN GINDREIl y a une deuxième vague de nominations au gouvernement qui est attendue dans quelques jours. Il y a des interrogations sur votre maintien au gouvernement. Est-ce que vous avez eu des garanties du président et du Premier ministre sur votre maintien au gouvernement ?
AMELIE OUDEA-CASTERANon mais, ni l'un ni l'autre ne sont dans les états d'âme. Ce qu'ils veulent, c'est des ministres qui savent ce qu'ils ont à faire et qui bossent pour le faire. C'est exactement dans cette perspective…
ADRIEN GINDREMais est ce qu'ils vous ont garanti votre maintien au gouvernement ?
AMELIE OUDEA-CASTERAMais rien n'est garanti, pour personne. Le sujet n'est pas : est-ce que moi je suis garantie ? On a une feuille de route qui est extrêmement claire, que j'ai travaillée à nouveau avec l'ensemble des organisations syndicales, pour la phaser. Moi je suis dans l'action, et je veux…
ADRIEN GINDREVous ne songez pas à démissionner.
AMELIE OUDEA-CASTERA... contribuer à la réussite de l'école. Parce que je pense que j'ai beaucoup de choses à apporter à cette action…
ADRIEN GINDREVous ne songez pas à démissionner.
AMELIE OUDEA-CASTERA... de la méthode, du dialogue, de l'action, de la volonté et du courage.
ADRIEN GINDREVous ne songez pas à démissionner.
AMELIE OUDEA-CASTERANon, je ne songe pas à démissionner.
ADRIEN GINDREVous n'y avez pas songé, à aucun moment.
AMELIE OUDEA-CASTERAEcoutez, je vous l'ai dit. Moi, je ne cache pas mes émotions. D'accord ? J'en fais encore une fois une force, pour avancer avec sincérité. Voilà. Je dis les choses. Aujourd'hui, je suis dans l'action, au service de l'Education Nationale et pour faire réussir tous les élèves de ce pays.
ADRIEN GINDREMerci Amélie OUDEA-CASTERA d'avoir été l'invitée de TF1 ce matin.
AMELIE OUDEA-CASTERAMerci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 février 2024
La source —
vie_publique · nº 292928
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