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4 novembre 2022 · Gouvernement · RMC · discours Discours

Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, à RMC/BFMTV le 4 novembre 2022, sur la polémique concernant le bateau de SOS Méditerranée avec à son bord des migrants, la politique d'immigration et les incidents violents à Sain

Gérald Darmanin (auteur), Philippe Corbe (intervenant)

PHILIPPE CORBEBonjour Gérald DARMANIN. GERALD DARMANINBonjour. PHILIPPE CORBEVous avez dénoncé, je cite votre tweet, le racisme du député RN Grégoire de FOURNAS qui a crié dans l’hémicycle « qu’il(s) retourne(nt) en Afrique » alors que son collègue Insoumis Carlos MARTENS BILONGO posait une question sur le bateau de SOS Méditerranée qui vient en aide à des migrants. Est-ce que vous demandez, vous, la démission de ce député Rassemblement national ? GERALD DARMANIND’abord je veux dire que comme énormément de Français, on est tous extrêmement choqués de ce qui s'est passé hier à l'Assemblée nationale qui est le lieu de la démocratie, qui est bien sûr le lieu des combats politiques. Il ne s'agit pas d'être en sucre et de ne pas accepter des arguments forts parfois difficiles. Moi ça fait 15 ans que d'une manière ou d'une autre je suis dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, c'est la première fois que j'ai entendu quelque chose aussi ignominieux. Donc il ne faut pas considérer que c'est un détail, pour reprendre un mot du Front national, un détail de notre histoire politique et parlementaire. PHILIPPE CORBEMais est-ce qu’il doit démissionner ? Je dis ça parce que votre parti Renaissance lance une pétition en ligne pour appeler à la démission de ce député. GERALD DARMANINMoi je signerai cette pétition. Je pense que cet après-midi le bureau de l'Assemblée nationale - je ne suis pas membre du Parlement tant que je suis ministre, mais j'espère - prendra la décision la plus forte pour sanctionner ce député du Rassemblement national. PHILIPPE CORBEC’est une suspension pour 15 jours, c'est le règlement de l'Assemblée nationale. GERALD DARMANINParce que le bureau de l'Assemblée nationale ne peut pas juger de la présence ou non des députés dans l'hémicycle. Seuls les électeurs peuvent le faire, il n’y a aucun doute. Je pense que la question de sa démission se pose pour lui en conscience, et je pense que la position - et c'est sans doute la chose la plus intéressante dans cette histoire terrible - c'est la position de Jordan BARDELLA et de Marine LE PEN qui pendant des semaines, des mois, des années, nous ont expliqué que le Front national ne ressemblait pas au Rassemblement national, qu’il n'avait rien à voir avec Jean-Marie LE PEN, avec les anciens de l'OAS, avec les anciens de Vichy, avec les propos racistes que nous avons connus quand nous étions jeunes, quand j'étais plus jeune. Madame LE PEN, elle soutient finalement ce député. Elle n’a pas fait un pas de côté. Je dirais même que les propos entendus depuis hier soir légitiment la parole de ce député. Et donc ce qui est encore plus inquiétant que les propos de ce député qui doit se retourner vers sa conscience, c'est la position de Marine LE PEN et de Jordan BARDELLA. Ils sont finalement complices de ce racisme ordinaire. PHILIPPE CORBEParce que pour préciser, ce député RN, lui, dit qu'il ne parlait pas de ce député Insoumis mais du bateau et des migrants qui s'y trouvent. GERALD DARMANINQu’est-ce que ça change ? PHILIPPE CORBEJustement, est-ce que dire " qu'il(s) retourn(ent) en Afrique " en parlant du bateau et des migrants qui sont à bord de ce bateau, c'est aussi un propos raciste ? GERALD DARMANINMais dans ce bateau au moment où nous parlons, il y a plus de 230 femmes, enfants, vieillards qui ont survécu à des naufrages en Méditerranée. Je rappelle qu'il y a eu des milliers de morts en Méditerranée depuis cinq ou six ans. PHILIPPE CORBEPlusieurs dizaines de milliers, oui. GERALD DARMANINEt on peut vouloir maîtriser l'immigration sur le sol national, je suis de ceux-là, et être humain en même temps. Bien évidemment que ces femmes et ces enfants doivent trouver le port le plus sûr. Et aujourd'hui, ce bateau il est au large de la Sicile et donc c'est le droit international par ailleurs Il doit pouvoir accoster dans un port italien et d'ailleurs nous avons dit à nos amis italiens que s’ils acceptaient évidemment le droit international, ce dont nous ne doutons pas, nous prendrions notre part évidemment, ce qu'on appelle des relocalisations, c’est-à-dire des accueils de ces femmes et de ces enfants, de ces vieillards. PHILIPPE CORBEParce que c'était la question que posait ce député de la France Insoumise. GERALD DARMANINOui, oui. PHILIPPE CORBECe député Insoumis qui disait : au fond l'Italie parce qu’il y a un nouveau gouvernement en Italie, un gouvernement d’extrême-droite, refuse l'accès de ses ports à des bateaux avec des migrants et donc interpellait le gouvernement français. Mais je crois que SOS Méditerranée interpelle aussi la Grèce, l'Espagne, la France pour que la France accueille ce bateau. Est-ce que nous pourrions accueillir ce bateau si l’Italie le refusait ? GERALD DARMANINMais la question du député était légitime. On n'a pas pu avoir la réponse du gouvernement puisqu'il y a eu ces propos racistes dans l'Assemblée nationale. Et " qu'il retourne " avec un singulier pour dire ce député qui est légitimement blessé profondément ou " qu'ils retournent " avec un ‘s’ parlant des femmes et des enfants sur ce bateau qui ont connu des naufrages en pleine Méditerranée : il faut que les pères et les mères de famille nous écoutent et ils voient leurs enfants qui… PHILIPPE CORBEDes migrants qui ont été secourus en mer parce qu'ils étaient en danger. GERALD DARMANINOui mais arrêtons-nous quelques instants. Les pères de famille qui nous écoutent aujourd'hui et mères de famille, ils ont leurs enfants peut-être au petit-déjeuner, ils les amènent à l'école, ils imaginent que leurs enfants ont été secourus en Méditerranée et ils sont sur un bateau, apeurés et sans doute en partie morts de froid, et il faudrait donc que l’inhumanité devrait nous pousser à dire à ces enfants et si c'étaient les nôtres qu'ils fassent le chemin en arrière, sachant qu’en plus les conditions météo sont extrêmement difficiles en ce moment. Evidemment que c'est inhumain et évidemment que c’est raciste. PHILIPPE CORBEJuste pour qu’on comprenne ce que vous voulez dire, que même l'argument que donne le RN en disant qu’il parlait du bateau, ça aussi c'est raciste. C’est pour préciser ça. GERALD DARMANINMais il n’y a aucun doute ou alors c'est profondément inhumain. PHILIPPE CORBED’abord. GERALD DARMANINC'est-à-dire qu’il distingue les personnes qui méritent un secours et ceux qui ne le méritent pas. PHILIPPE CORBEMais est-ce que la France pourrait accueillir ce bateau si l’Italie refusait de l’accueillir ? GERALD DARMANINJe vais répondre à cette question dans quelques instants, mais d'ailleurs le Rassemblement national n'en est pas à son premier propos raciste ou profondément inhumain. Il y a quelques jours, une députée a dit, une députée du Rassemblement national, que les sauveteurs en mer - on connaît tous des sauveteurs en mer, vous savez ces personnes qui bénévolement vont sauver les personnes en mer – ne devraient pas d'intervenir pour sauver des réfugiés lorsqu'ils considéraient que ce n'étaient pas des personnes qui étaient réguliers sur le territoire national ou français. Donc il y a évidemment un faisceau d'indices qui démontre que le Rassemblement national est dans la même veine que Jean-Marie LE PEN. PHILIPPE CORBESur le bateau, est-ce que la France pourrait l'accueillir si l'Italie le refusait ? GERALD DARMANINLe droit international est très clair. Quand un bateau demande à accoster lorsqu'il y a des naufragés à bord, c'est le port le plus sûr le plus proche qui doit l'accueillir. PHILIPPE CORBEDonc là la Sicile, l'Italie. GERALD DARMANINEn l'occurrence l'Italie. Donc nous ne doutons pas un seul instant que l'Italie qui est dans l'Union européenne, qui a signé toutes les conventions internationales, comme à son habitude l'Italie fait une grande part d'humanité, accueille ce bateau. PHILIPPE CORBEVous savez qu'il y a quelques années quand SALVINI qui était ministre de l’Intérieur avait engagé un bras de fer, refusait d'accueillir les bateaux, à cette époque-là il y avait eu un bras de fer engagé par la France d'ailleurs, par Emmanuel MACRON. GERALD DARMANINNous ne doutons pas, j'ai rencontré le ministre de l'Intérieur italien, le nouveau, je dis que nous ne doutons pas que l'Italie va respecter le droit international. Mais nous disons aussi à l'Italie que le problème de sa géographie, d'être la plus proche de ce bateau, ne doit pas la laisser seule. Et nous avons dit à l'Italie, et nous disons avec l'Allemagne à l'Italie - c'est ce que nous demandons également à nos amis allemands - que si ce bateau est accueilli en Italie, nous accueillerons une partie des migrants, des femmes et des enfants, pour que l'Italie n'ait pas le seul fardeau bien évidemment de cette arrivée de migrants. PHILIPPE CORBEGérald DARMANIN, je voudrais revenir sur ce que vous disiez il y a une minute en parlant du RN en général et, au-delà de ce député, de l'esprit du RN. Est-ce que selon vous le RN est un parti foncièrement, fondamentalement raciste ? Ou est-ce qu'au fond, ça c'était le Front national autrefois et aujourd'hui ce parti est peut-être différent ? GERALD DARMANINÀ coup sûr, il n'a pas apporté la preuve du contraire, et il y a parmi les membres du Rassemblement national quelques récidivistes de ce point de vue. Il n’y a aucun doute. Donc la démonstration que c'est un parti comme les autres n'est absolument pas faite dans son comportement et dans ses propos. Moi je pense que Madame LE PEN fait une grave erreur, une très grave erreur du point de vue de son propre comportement, démontrant qu'ainsi elle n’est pas capable de diriger notre pays aux plus hautes fonctions, en ne se séparant pas de certaines personnes qui manifestement tiennent des propos inhumains et racistes. Je terminerais par dire que la France Insoumise, et ça ne retire rien au soutien que j'ai pour Monsieur le député qui a été blessé, devrait quand même aussi tirer un certain nombre de conclusions de tout ça. On ne peut pas à la fois comme Monsieur MELENCHON… PHILIPPE CORBECe n’est pas le sujet. GERALD DARMANINSe satisfaire que le Rassemblement national ait voté les motions de censure urbi et orbi comme il l'a fait, on ne peut pas à la fois se dire " mettons-nous d'accord pour faire tomber le gouvernement et mélangeons toutes les voix puisque tout est bon finalement pour y arriver " et ensuite faire des manifestations pour expliquer que le Rassemblement national est absolument inacceptable. Moi je pose la question de cet après-midi, il y a une motion de censure : est-ce que la France Insoumise considère qu'elle doit toujours accueillir les voix du Front national ? PHILIPPE CORBEDonc vous demandez à la France Insoumise de retirer sa motion de censure ? GERALD DARMANIND'abord est-ce qu'elle peut dire oralement comme certains présidents de région - rappelez-vous de l'époque, moi j'étais dans un parti gaulliste - disait : nous ne voulons pas des voix du Front national ? Et est-ce que, deuxièmement, devant l'incroyable de cette situation, l'horrible de cette situation, est-ce qu'ils ne pourraient pas retirer leur motion de censure par dignité pour éviter que justement le Rassemblement national qui a déjà annoncé hier soir qu'il voterait la motion de censure, ils n'ont rien à voir avec ces gens-là. Que LFI fasse aussi la démonstration. PHILIPPE CORBEGérald DARMANIN, deux petites précisions sur ce que vous venez de dire. D'une part sur l'Italie, Giorgia MELONI a été très claire : elle n'accueillera pas de bateaux. Donc on sait très bien qu'ils ne vont pas accueillir ce bateau. GERALD DARMANINMais nous verrons bien. PHILIPPE CORBED’accord mais Giorgia MELONI a été très claire. GERALD DARMANINJ’ai eu un échange… PHILIPPE CORBEOn sait que le ministre de l’Intérieur n’est pas d'accord avec la présidente du Conseil. GERALD DARMANINMoi je vais vous dire qu’à la fois le président de la République française a eu un échange avec la Première ministre italienne, j'ai eu un échange avec mon homologue. Il y a aujourd'hui un bateau de naufragés, de femmes, d'enfants qui sont au large de l'Italie. Le droit international, c'est que le pays le plus sûr c’est l'Italie pour les accueillir. Il se trouve que nous avons dit à nos amis italiens avec nos amis allemands que nous sommes prêts à prendre bien évidemment, comme nous l'avons fait dans les cas précédents, une partie des femmes et des enfants pour que l'Italie n'ait pas seuls les réfugiés et il n'y a aucun doute que l'Italie ne se mettra pas en infraction avec le droit international. PHILIPPE CORBEDernière précision sur ce point puisqu’on parlait du RN. Ce député Insoumis Carlos MARTENS BILONGO, il sera à 9 heures sur BFM TV. Il était ce matin sur RMC et il a souhaité vous poser une question. Et pour qu’on comprenne la question qu'il qui vous pose, il fait référence à un débat en 2021 que vous avez eu avec Marine LE PEN, c'était un débat sur l'islam radical et vous aviez dit qu'elle était molle, qu’elle était dans la mollesse. Voici ce que disait ce matin ce député Insoumis, il vous interpellait On l’écoute. CARLOS MARTENS BILONGO, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISECe que j'aimerais dire à Gérald DARMANIN, j'ai vu son tweet et je l'en remercie. CHARLES MAGNIENIl vous a apporté son soutien évidemment. CARLOS MARTENS BILONGOC'est ça. Mais je trouve que c'est un peu tard comme soutien parce que Gérald DARMANIN, c'est lui en tant que ministre qui a trouvé Marine LE PEN un peu molle. Et j'aimerais savoir si aujourd'hui il la trouve à son goût. GERALD DARMANINMoi toute ma vie j'ai combattu le Front national. Je me bats dans ma matière de Tourcoing, dans le Nord, pour lutter contre le Front national. J'ai soutenu Xavier BERTRAND pour qu’il batte Marine LE PEN. J'ai toujours battu les candidats du Front national où le Front national est très haut chez moi, et mes deux grands-pères sont immigrés de l'autre côté de la Méditerranée. PHILIPPE CORBEMais vous ne regrettez pas de l'avoir traitée de molle puisque maintenant vous dites que son parti est fondamentalement raciste ? GERALD DARMANINMadame LE PEN était dans une stratégie de dédiabolisation, ce qu’elle essaye toujours d'être, chacun le constate. Elle s’est fait d’ailleurs doubler par sa droite identitaire par Monsieur ZEMMOUR à l'époque, tout le monde l’a constaté également, et elle a essayé de se parer - ou elle essaie de se parer - des habits d'une forme de mollesse par rapport à son père ou par rapport aux responsables du Front national ancien, et on voit que le naturel revient au galop. D'ailleurs dans ce débat qui a duré plus de deux heures contre Madame LE PEN, j'essayais justement de démontrer qu'elle était extrêmement contradictoire. Aujourd'hui Madame LE PEN, elle ne fait pas la démonstration - Elle n’arrête pas de le dire - mais elle ne fait pas la démonstration qu'elle est un parti comme les autres, qu’elle est une dirigeante comme les autres. PHILIPPE CORBEElle a recueilli 13 millions de voix et il y a 89 députés RN. GERALD DARMANINMais moi je respecte les électeurs du Front national bien évidemment, et les députés du Front national sont légitimes à siéger à l'Assemblée. PHILIPPE CORBEEt elle peut être élue dans quatre ans et demi. GERALD DARMANINC’est pour ça que je me bats en politique, c'est pour éviter notamment que Madame LE PEN soit présidente de la République. C'est pour ça que je dis aussi qu'il faut mettre des mots sur les choses. C'est pour ça que je dis aussi aux députés LFI que de dire que la police tue, ça ne fait que renforcer le Front national. On pourrait avoir ce débat pendant très longtemps. Ça ne retire en rien l'ignominie d’une insulte raciste et je veux dire aujourd'hui que nous constatons, je crois, devant la face du débat politique que Madame LE PEN ne s'étant pas et ne s'étant toujours pas séparée de ce député, elle est une forme de complice de ce propos raciste. PHILIPPE CORBEJe rappelle qu’au début de cet entretien, vous avez dit que vous signeriez cette pétition déposée par Renaissance pour appeler à la démission de ce député. Alors il se trouve que cet incident de séance arrive dans un contexte particulier. Vous avez présenté il y a deux jours les grandes lignes d'un projet de loi immigration qui sera discuté au début de l'année et qui va être un moment important. Il y a beaucoup de choses, il y a un aspect répression, il y a un aspect intégration et la mesure qui a surpris - puisqu'on ne l'attendait pas - c'est notamment la création d'un titre de séjour pour des étrangers qui occupent déjà des postes dans des secteurs qui ont du mal à recruter, par exemple le bâtiment. Et on a eu l'impression que vous avez très vite essayé de limiter, minimiser cette mesure-là en disant : attendez, ça ne sera que pour un an, ça ne sera que quelques milliers de postes. Si vraiment vous voulez mettre fin à une hypocrisie - au fond, dans plein de restaurants en France il y a des sans-papiers… GERALD DARMANINIl n’y a pas que les restaurants. PHILIPPE CORBEIl n’y a pas que des restaurants, des chantiers etc Pourquoi ne pas d'une certaine manière accorder ce titre de séjour à davantage de sans-papiers ? Parce qu'au fond, c'est peut-être en dizaines de milliers voire en centaines de milliers qu'on compte ces sans-papiers qui travaillent. Vous connaissez le nombre de sans-papiers qui travaillent, vous ? GERALD DARMANINCe n'est pas en centaines de milliers. PHILIPPE CORBEC’est combien ? C’est en dizaines de milliers ? GERALD DARMANINAujourd'hui la régularisation que le ministère de l'Intérieur fait au nom de la circulaire Valls, c'est-à-dire des gens qui sont sans-papiers, qui travaillent et qui ont les critères pour être régularisés, c’est 7 000 par an. PHILIPPE CORBEMais 7 000, ce n’est pas à la hauteur du nombre de sans-papiers qui travaillent dans des chantiers ou des restaurants. GERALD DARMANINAlors il y a plusieurs types de personnes qui travaillent sans-papiers. Il y a ceux qui travaillent au black comme on dit, c'est-à-dire qui sont payés de la main à la main. Ces gens-là ne sont pas concernés. Il y a ceux qui sont embauchés parce qu'ils ont créé une auto-entreprise et que nous ne vérifions pas l'identité des personnes qui créent des auto-entreprises. C'est un des problèmes d'ailleurs de notre droit, c'est d'ailleurs ce que nous allons changer dans la loi, et qui ensuite viennent livrer vos repas dans les grandes métropoles. PHILIPPE CORBEOui, Uber Eats, Deliveroo etc GERALD DARMANINVoilà, vous citez plusieurs marques, c'est une chose. Et qu'effectivement cela peut faire partie lorsqu'ils ont travaillé et lorsqu'ils n'ont aucun casier judiciaire et lorsqu'ils ont une volonté d'intégration de ce titre de séjour. Et il y a ceux qui travaillent au nom d'alias, c'est-à-dire qu’ils trichent sur leur identité soit parce qu’ils ont des faussaires qui leur ont fait des pièces d'identité, soit parce qu'ils ont pris la pièce d’identité de leur cousin, de leur ami, soit parce que l'employeur a fermé les yeux sur cette fausse identité. PHILIPPE CORBEMais comment vous allez fixer le nombre de titres de séjour ? GERALD DARMANINJe me permets juste. D'abord l'important, c'est quand même le principe. Vous avez parfaitement raison de dire qu'il faut arrêter l’hypocrisie. Nous sommes tous confrontés à des travailleurs illégaux, des travailleurs de l'ombre qui respectent la République, qui essayent d'élever leurs enfants tant bien que mal et qui pourtant, tout en payant des impôts et tout en payant des cotisations sociales, n’ont aucune protection sociale et ne sont pas reconnus comme réguliers sur le territoire national. C’est en effet une profonde hypocrisie donc nous voulons mettre fin à cette hypocrisie. Mettre fin à cette hypocrisie ne veut pas dire faire un appel d'air pour que tout le monde puisse venir travailler illégalement dans des entreprises pour enfin être régularisé. PHILIPPE CORBEC’est que vous disent Les Républicains, ça va créer un appel d'air. GERALD DARMANINNon mais il faut entendre ce que disent aussi Les Républicains. Il n'y a aucun doute, il y a à la fois mettre fin à l'hypocrisie sans créer d'appel d'air. Mettre fin à une situation que nous avons nous-mêmes créée en partie sans en créer d'autre. C'est ça la politique : c'est toujours difficile et c'est toujours un point d'équilibre. Moi ce que je veux dire, c'est que le principe de ce projet de loi, c'est que tous les hommes et les femmes qui aiment la France, qui respectent la République, qui respectent nos règles, qui travaillent, qui élèvent leurs enfants dans l'amour de notre drapeau et de notre terre sont les bienvenus et doivent être en effet accueillis par la France. Tous ceux qui ne respectent pas la République, qui crachent sur notre drapeau, qui ont un casier judiciaire parce que c'est des criminels ou qui commettent des délits, doivent partir du territoire national. PHILIPPE CORBENon mais sur le titre de séjour pour ceux qui travaillent, c’est combien ? Est-ce que c’est le Ministre de l’Intérieur, est-ce que c’est une loi qui va fixer le nombre d'étrangers qui seront accueillis comme ça ? GERALD DARMANINAvouez que la proposition du gouvernement, elle est à la fois ferme et originale. C’est une bonne chose. PHILIPPE CORBEMais on a l’impression que vous en limitez la portée, par crainte de votre propre audace. GERALD DARMANINNon. Nous créons le débat Mais ce n’est pas facile de créer un titre de séjour, et moi je ne regarde pas ça en quelques secondes sur un coin de table en disant : la politique migratoire de la France elle se fait en quelques heures, tout seul ou à quelques-uns. Bien sûr qu'il y a un débat public, et c'est pour ça que nous le faisons, et d'ailleurs on en parle ensemble. D'abord, nous allons faire des consultations politiques, syndicales, patronales, sociales, avec le ministre du Travail Olivier DUSSOPT, pendant un mois. A partir de la semaine prochaine nous recevons et toutes ces personnes. Ensuite nous aurons deux débats, l’un à l’Assemblée nationale, l'autre au Sénat, pour écouter ce que dit, que ce que disent des forces politiques. Et il y aura le projet de loi qui arrive à partir du mois de janvier au Sénat. Donc on a 4 mois de discussions, pour voir comment et à partir de quand nous pouvons mettre en place ce genre de dispositif. PHILIPPE CORBEEt vous êtes prêt à le retirer si les Républicains disent : pour nous, c'est vraiment, on ne votera pas le texte s’il y a ça dedans ? GERALD DARMANINMoi j'entends ce que disent les Républicains, j'ai entendu aussi ce que disent un certain nombre de personnes comme Patrick STEFANINI, qui était quand même le Monsieur Immigration des LR, qui a été le directeur de campagne de François FILLON, qui a été directeur de campagne de Valérie PECRESSE, il a dit : c’est une très bonne idée, mais il faut peut-être mettre un plafond, pour dire voilà, pour ne pas qu'il y ait un appel d'air justement, qu'on dise, il faut se mettre d'accord justement avec le patronat, avec les syndicats, avec le Parlement, c'est quoi le nombre maximum de personnes que l'on souhaite régulariser… PHILIPPE CORBEEt vous êtes favorable à ça. GERALD DARMANINMais pourquoi pas, c'est une proposition intéressante. Enfin, pour trouver une majorité à l'Assemblée nationale et au Sénat, évidemment qu'il faut discuter, mais c’est le principe de ce qu’ont voulu les Français. Si les Français avaient voulu qu'on décide tout seul, monsieur CORBE, ils nous auraient donné une majorité absolue à l'Assemblée nationale. PHILIPPE CORBEVous avez besoin des voix des Républicains pour faire passer ce texte. GERALD DARMANINMais, Les Républicains sont évidemment extrêmement respectables, mais les socialistes aussi. Mais je discute avec un certain nombre de dirigeants communistes. L'ancienne patronne de la CGT en charge des personnes travailleurs sans-papiers, Madame POULAIN, s'est félicitée très récemment sur France Info de cette proposition. Donc il faut discuter avec tout le monde. Nous discuterons avec tout le monde. Et je pense que l'important de ce texte, c'est que nous ayons une meilleure politique migratoire. Aider ceux qui veulent s'intégrer à la République, exclure ceux qui veulent poser des actes criminels contre la République. PHILIPPE CORBEGérald DARMANIN, avant que cet entretien ne se termine, je voudrais quand même qu'on revienne sur un mot, puisque vous parliez des mots et de la nécessité de mettre des mots sur les choses, sur un mot qui a fait débat en début de semaine, que vous avez utilisé à propos Sainte-Soline, le mot d'éco-terrorisme. Sainte-Soline c'était donc ces manifestations écolos contre des méga-bassines, il y a eu une soixantaine de gendarmes blessés, 22 sérieusement, une cinquantaine de manifestants blessés, il y a eu des jets de boules de pétanque, des tirs de mortier contre les forces de l'ordre. Pourquoi vous avez parlé de terrorisme, alors que quand on regarde, le terrorisme c'est une notion juridique très précise. Il y a un Parquet national antiterroriste, qui ne s'est pas saisi de cette affaire. Il n’y a pas de dimension de terreur ou d'intimidation de la population. Pourquoi vous utilisez un mot précis pour… GERALD DARMANINAlors, attendez, justement, on n’a pas vu les mêmes images, et honnêtement on n’a pas rencontré les mêmes gendarmes, alors. PHILIPPE CORBEAh j’ai vu… Vous auriez pu parler d’ultra-violence. GERALD DARMANINNon non. PHILIPPE CORBEVous auriez pu parler d’ultra-violence. GERALD DARMANIND'abord, le terrorisme, c'est aussi une notion en renseignement. Il se trouve que dans cette manifestation, je l'ai dit, je le dis peu en général lorsque j'ai à commenter un certain nombre de choses. Il y a eu 42 personnes fichées S, ultraviolence, ultragauche. Quand vous êtes Fiché S… PHILIPPE CORBEC'est un élément de surveillance, ce n’est pas un liste de terroristes… GERALD DARMANINQuand vous êtes Fiché S, par la DGSI, je rappelle que ce n’est pas moi qui ai créé les Fichiers S et c'est pas qui ai créé la DGSI, et ce n’est pas moi qui avais fiché, quand j'étais ministre de l'Intérieur, ces 42 personnes, c'était sous des gouvernements précédents et socialistes, ce sont des personnes radicalisées, suivies pour radicalisation pour une partie d'entre eux… PHILIPPE CORBEMais pas pour terrorisme. GERALD DARMANINQu'est-ce que vous en savez ? Vous dirigez les services de renseignement ? PHILIPPE CORBEEh bien je ne sais pas. Mais si vous avez des informations… GERALD DARMANINMais je l’ai dit… PHILIPPE CORBEJe constate juste que le Parquet national antiterroriste ne s’est pas saisi. GERALD DARMANINMais, le Parquet national antiterroriste ne se saisit pas, et c'est lui qui le fait. Mais j'ai le droit de faire de la politique et dire des mots sur des choses, et quand elle la violence est extrême, lorsqu'on attaque les gendarmes, par centaines, avec des pavés de 15 centimètres pour leur arracher la mâchoire. Lorsqu'on les attaque aux mortiers, lorsque les attaque aux cocktails Molotov… PHILIPPE CORBEC’est de l’ultra-violence. GERALD DARMANINMais, vous avez utilisé vos mots. Mais vous savez, les Français, ils en ont marre qu’on ne dise pas les bons mots. Quand on dit sentiment d'insécurité, quand il y a de l’insécurité… PHILIPPE CORBEAh non, je n’ai pas utilisé ce mot-là, j’ai parlé d’ultra-violence. GERALD DARMANINMoi je vais vous dire, non mais il y a de la terreur dans ce comportement, sans aucun doute, contre les agriculteurs. Vous pensez que les agriculteurs des Deux Sèvres et d'ailleurs ils ne sont pas terrorisés par des actes effectivement qui relèvent de la terreur ? PHILIPPE CORBEAlors pourquoi le Parquet national antiterroriste ne s'est pas saisi ? GERALD DARMANINMais c'est le Parquet national antiterroriste, moi je respecte l'autorité judiciaire et son indépendance. Permettez-moi de dire des mots sur choses, lorsque ces choses existent et qu'elles… Elles choquent tous les Français. Eh bien dans ce week-end, moi j'étais très fier des 1 700 gendarmes, qui ont été là et qui ont permis d'empêcher la ZAD de s'installer. Tout le monde a dit qu'une ZAD s'installerait, elle ne s'est pas installée. Tout le monde a dit qu'on lâcherait devant les agriculteurs, qui voulaient le fruit de leur travail, on n'a pas lâché. L'Etat a été ferme, contrairement à ce qui s'est passé jadis sur d'autres situations. Et on a été ferme, parce qu'on a su dire des mots sur les choses. Alors, moi effectivement je viens d'un territoire, je n’ai pas fait de grandes études peut-être, mais on dit des mots sur les choses, et les mots sur les choses c'est la première façon de pouvoir régler le problème. Si quand vous avez une difficulté, vous ne mettez pas les mots sur les choses, vous ne risquez pas de résoudre la difficulté. Aujourd'hui, il y a de l'éco-terrorisme dans le monde occidental en général, et en France bien sûr. PHILIPPE CORBEGérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, invité ce matin de BFM TV et RMC. Bonne journée. GERALD DARMANINMerci à vous. Source : Service d’information du Gouvernement, le 14 novembre 2022
La source — vie_publique · nº 287090
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/287090-gerald-darmanin-04112022-politique-dimmigration-sainte-soline?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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