Interview de M. Gabriel Attal, ministre délégué chargé des comptes publics, à France 2 le 25 octobre 2022, sur les motions de censure à l'Assemblée nationale, le budget pour 2023, les prévisions de croissance et la crise énergétique.
Gabriel Attal (auteur), Thomas Sotto (intervenant)
THOMAS SOTTOBonjour et bienvenue dans les "4V", Gabriel ATTAL.
GABRIEL ATTALBonjour.
THOMAS SOTTOLes motions de censure ont donc été rejetées hier à l'Assemblée, mais c'était beaucoup plus serré que prévu, le Rassemblement national et Marine LE PEN ayant finalement voté une des motions de la Nupes. Est-ce que la France se réveille ce matin avec un gouvernement fragilisé ?
GABRIEL ATTALD'abord, ce qui s'est passé hier, vous avez raison de le signaler, c'est un moment de bascule, puisqu'on a vu effectivement le Rassemblement national voter la motion de la Nupes, et surtout les dirigeants de la Nupes, je pense à Jean-Luc MÉLENCHON et à d'autres, dire : "Il nous manquait seulement 50 voix pour prendre le pouvoir", nous, c'est-à-dire la gauche et l'extrême droite. Et moi j'ai une pensée…
THOMAS SOTTOVous voyez là, une alliance politique ?
GABRIEL ATTALEh bien c'est revendiqué…
THOMAS SOTTOOu une alliance de circonstance ?
GABRIEL ATTALC'est revendiqué hier dans les expressions des dirigeants de la Nupes. Et donc ce qu'on voit, c'est que les députés socialistes, les députés écologistes, se retrouvent à faire du blanchiment de votes extrêmes. On le savait avec l'extrême gauche et la France insoumise, on l'a découvert hier soir avec l'extrême droite et le Rassemblement national. Moi j'ai une pensée pour les électeurs qui ont fait confiance à des députés socialistes ou écologistes, je pense qu'ils pensaient que la gauche allait continuer à creuser des digues avec le Rassemblement national, l'extrême-droite, ils ont découvert qu'elle construisait des ponts.
THOMAS SOTTOEn même temps, eux ils ont proposé leur motion, et c'est l'extrême droite qui a voté, ils n'ont pas appelé à voter pour cette motion.
GABRIEL ATTALOui, mais derrière, quand vous avez des propos qui, et des déclarations…
THOMAS SOTTOEt ils n'ont pas voté la motion du Rassemblement national.
GABRIEL ATTAOui, mais vous avez les déclarations hier qui disent : "Regardez, il nous manquait 50 voix pour prendre le pouvoir", et donc qui est-ce qu'il y avait derrière les 239 voix ?
THOMAS SOTTODonc, ma question : est-ce que le gouvernement est fragilisé ce matin ?
GABRIEL ATTALJe ne crois pas du tout.
THOMAS SOTTOEst-ce qu'il y a un bloc d'opposition qui est plus ferme ?
GABRIEL ATTALJe ne crois pas du tout, ça a été un moment de vérité, comme on le disait et comme on l'attendait, et la réalité c'est que si nous avons une majorité relative, il n'y a pas eu de majorité alternative pour s'exprimer, pour renverser le gouvernement. L'important c'est que le budget soit adopté, parce que le pays a besoin d'un budget. Dans ce budget il y a les mesures qui vont permettre de continuer à protéger les Français face à la hausse des prix de l'énergie. Vous savez que si on n'avait pas de budget, l'an prochain, la facture moyenne d'électricité de tous ceux qui nous regardent, augmenterait de 120 %. On va bloquer cette augmentation à 15 %, c'est grâce au budget.
THOMAS SOTTOÀ 15 % à partir de janvier.
GABRIEL ATTALIl y a des mesures extrêmement fortes sur le pouvoir d'achat aussi pour baisser l'impôt sur le revenu, de 6,4 milliards d'euros.
THOMAS SOTTOOn va y venir, mais je voudrais quand même vous donner quelques mots qui ont été prononcés par un député qui n'a pas voté la motion de censure, qui a dit : "si on veut éviter ce jeu de roulette russe à l'Assemblée, il va falloir changer de méthode". Qu'est-ce qu'il faut revoir, qu'est-ce que le gouvernement doit revoir ?
GABRIEL ATTALD'abord, la construction de ce budget est passée par une nouvelle méthode. Avant même que le budget soit présenté en conseil des ministres, on a réuni tous les parlementaires des différents groupes, majorité et de l'opposition, pour travailler avec eux, pour leur communiquer toutes les informations. La difficulté c'est que, dès la fin de l'été, avant même le contenu du budget soit connu, l'ensemble des oppositions nous ont dit : "quoi qu'il y ait dans le budget, de toute façon on votera contre et vous forcera à utiliser le 49.3".
THOMAS SOTTOEt aujourd'hui ils disent-ils qu'ils vous ont écoutés … pas entendus. Sur les amendements, ils ont pris des amendements qui sont périphériques.
GABRIEL ATTALOn a pris des amendements qui sont majeurs. On a pris des amendements pour les familles qui travaillent, pour prendre en charge davantage leurs frais de garde d'enfant, avec le crédit d'impôt service à la personne. On a pris des mesures pour les veuves d'anciens combattants, pour leur accorder une demi-part fiscale supplémentaire. On a pris des mesures pour toutes les classes moyennes qui travaillent sur les Ticket Restaurant, pour revaloriser la valeur des Ticket Restaurant, passer de 11 à 13 €. Des mesures très concrètes sur la vie des Français.
THOMAS SOTTOMais, sur la gouvernance, Gabriel ATTAL, prenons un cas concret. Aujourd'hui il y a le projet de loi de programmation des finances publiques 2023/2027, qui arrive à l'Assemblée. Ça peut paraître un peu technique comme ça, mais la vérité c'est que sur ce sujet il n'y a pas de 49.3 possible, ce n'est pas possible, est-ce que le texte, il risque d'être rejeté, puisque LR, a priori les députés LR qui n'ont pas voté la motion de censure, là pourraient voter contre. Il va se passer quoi ?
GABRIEL ATTALD'abord, on a bien vu ces dernières semaines, que les députés LR sont plus préoccupés de chercher un chef pour leur parti qu'un budget pour leur pays. Voilà. Et donc probablement qu'ils rejetteront la loi de programmation des finances publiques. La discussion du texte va se poursuivre ensuite au Sénat. Évidemment, moi mon souhait, c'est qu'on aboutisse à une loi de programmation des finances publiques, adoptée par le Parlement. Parce que, encore une fois, on a besoin évidemment de visibilité et de stabilité dans notre pays. Vous citiez il y a un an tant la situation au Royaume-Uni…
THOMAS SOTTOOui.
GABRIEL ATTAL… On voit bien qu'il y a ce besoin de stabilité, de cohérence, dans un moment de crise internationale. Vous avez la guerre au cœur de l'Europe, il y a des difficultés économiques…
THOMAS SOTTOPardon, mais est-ce que vous allez pouvoir continuer à gouverner comme ça, pendant 5 ans, sans majorité absolue ?
GABRIEL ATTALEh bien, on a bien vu que sur un certain nombre de textes, on a pu trouver une majorité. Sur la loi sur l'assurance chômage qui vise à faire en sorte qu'on incite davantage à la reprise d'emploi ceux qui sont au chômage. On a trouvé une majorité avec les LR sur la loi de programmation du ministère de l'Intérieur, qui nous permet de recruter 8 500 policiers et gendarmes supplémentaires, de doubler le temps de présence les forces de sécurité sur la voie publique. Au Sénat on a trouvé une très large majorité, avec des voix de gauche, et des voix de droite. On a un texte qui arrive sur les énergies renouvelables, pour renforcer la production d'électricité en France. Je suis sûr qu'on trouvera une majorité aussi.
THOMAS SOTTODonc vous ne voyez pas de risques de dissolution, de blocage ?
GABRIEL ATTALEn tout cas le blocage ne viendra jamais de nous, et nous on cherchera toujours à discuter et à dialoguer avec l'ensemble de ceux qui sont prêts à travailler au service de l'intérêt des Français. Moi j'entends les postures politiciennes, politiques, qu'il peut y avoir de certains groupes politiques, mais enfin on est dans un moment de crise internationale. La guerre au cœur de l'Europe, il y a la crise des prix de l'énergie, il y a une inflation dans le monde entier, on a pris des mesures pour protéger les Français. J'entends que certains puissent dire que c'est trop, que ce n'est pas assez ou qu'il faudrait faire un peu différemment, mais enfin l'essentiel quand même c'est qu'on continue à protéger les Français. En France on a l'inflation, c'est-à-dire l'augmentation des prix la plus faible au niveau européen.
THOMAS SOTTOOn va en parler justement, parce que les perspectives ne sont pas bonnes, c'est le Fonds monétaire international qui le dit. Ce budget il a été bâti sur une prévision de croissance de 1 % pour 2023, l'OCDE voit moins grand, voit 0,6 % pour la France. Est-ce que le contexte actuel que vous évoquiez, et cette litanie de crise rend ce budget déjà obsolète et ses prévisions obsolètes ?
GABRIEL ATTALNon, ce qui est certain, c'est qu'il y a des nuages au-dessus de nous et il y en a au-dessus de l'ensemble des pays du monde. Mais qu'il y a des nuages au-dessus de nous depuis plus d'un an et que moi, ce que je constate, c'est que déjà cette année en 2022, un certain nombre de prévisionnistes disaient : la France n'arrivera pas à sa prévision de croissance qui était à 2,5 %. Certains, parmi ceux que vous nous avez cités, nous disaient "ils seront au maximum à 2 %, 2,3 %". Eh bien on a déjà dépassé les 2,5 %.
THOMAS SOTTODonc vous maintenez les 1 % pour l'an prochain.
GABRIEL ATTALOui, bien sûr.
THOMAS SOTTOVous n'êtes pas inquiet.
GABRIEL ATTALIl n'y a pas lieu aujourd'hui de revoir notre prévision de croissance. Mais…
THOMAS SOTTOIl n'y a pas de risque de récession en France, comme il y en a en Allemagne, comme il y en a…
GABRIEL ATTALOn a une économie qui résiste, on a des Français qui travaillent, on a des entrepreneurs qui investissent et on a un gouvernement qui protège les Français, qui prend les mesures pour protéger nos concitoyens et l'économie. On va annoncer dans les tout prochains jours, des mesures très fortes pour soutenir les entreprises qui font face à l'explosion des prix de l'énergie. Ça sera dans les prochains jours…
THOMAS SOTTOÇa sera combien ? Parce que les entreprises elles n'ont pas le temps d'attendre les prochains jours, là elles voient les factures qui s'accumulent, elles voient les problèmes, et on entendait, on en parlait hier, du risque de faillites de plus en plus important.
GABRIEL ATTALOn a déjà pris un certain nombre de mesures, vous le savez, il y a un bouclier tarifaire qui fait que les petites entreprises, celles qui ont moins de 2 millions d'euros de chiffre d'affaires et moins de 10 salariés, elles sont comme les Français aux tarifs réglementés…
THOMAS SOTTOVous allez l'élargir alors aux plus grandes entreprises ?
GABRIEL ATTALOn va mettre en place des dispositifs de soutien pour des entreprises plus importantes, oui, ça sera annoncé dans les tout prochains jours.
THOMAS SOTTOQuel volume, les entreprises, enfin, quelle taille d'entreprises seront concernées ?
GABRIEL ATTALEh bien l'objectif, c'est d'accompagner toutes les entreprises.
THOMAS SOTTOToutes les entreprises.
GABRIEL ATTALÉvidemment, avec des niveaux d'accompagnement qui seront différents, et l'objectif c'est de permettre à notre économie de tenir.
THOMAS SOTTOAlors, en pourcentage ?
GABRIEL ATTALJe ne vais pas faire les annonces avant les annonces…
THOMAS SOTTONon, mais ce n'est pas pour les annonce, mais c'est juste parce que les chefs d'entreprise…
GABRIEL ATTALBien sûr.
THOMAS SOTTO… aujourd'hui, ils ne savent pas s'en sortir, ils n'ont pas le temps d'attendre. De quel ordre alors ?
GABRIEL ATTALDans les tout prochains jours ils auront une réponse. Vous savez qu'on a déjà mis en place un fonds, 3 milliards d'euros, qui permet de prendre en charge une partie importante de leurs coûts en matière d'énergie, et tout ça va être renforcé dans les tout prochains jours.
THOMAS SOTTOEt ce fonds sera abondé dans les prochains jours.
GABRIEL ATTALOui, bien sûr, il y aura davantage de moyens. Pourquoi, parce qu'on a mis en place un mécanisme pour taxer les superprofits, qui était demandé par un certain nombre de politiques, ils nous en ont parlé pendant des mois, on le met en place, là on ne les entend pas en parler, puisque le gouvernement le met en place, ça nous rapportera entre 5 et 7 milliards d'euros, en plus, qui vont nous permettre de financer des aides supplémentaires, notamment pour les entreprises.
THOMAS SOTTOL'essence n'est toujours pas revenue partout, notamment en Ile-de-France et dans le Nord. On sait que le l'aide de 30 centimes par litre a été prolongée au 15 novembre, il n'y a, a priori pas de raison que les prix se mettent à baisser d'un coup derrière, est-ce que cette aide de 30 centimes pourra être prolongée au-delà de novembre et peut être même en 2023 ?
GABRIEL ATTALD'abord, je crois qu'elle ne disparaît pas après les 30 centimes…
THOMAS SOTTONon, elle passe à 10.
GABRIEL ATTALElle passe à 10 centimes. Ensuite on va regarder quelle est l'évolution du prix du baril de pétrole et de l'essence. Ce qu'on a dit, c'est que s'il y avait une nouvelle explosion des prix de l'essence, évidemment qu'on continuera à accompagner les Français.
THOMAS SOTTOVous ne l'excluez pas.
GABRIEL ATTALMais on le fera de manière plus ciblée, parce que moi je suis là pour dire la vérité aux Français, on ne peut pas se payer une ristourne à vie, une ristourne qui par ailleurs, je le dis quand même, finance aussi le plein d'un certain nombre de pays voisins qui viennent faire leur plein en France, des Belges, des Luxembourgeois, des Suisses…
THOMAS SOTTOC'est quand même résiduel, parce que quand on habite trop loin de la frontière, si on va faire le plein, il n'y en a plus dans le, enfin, ce n'est pas non plus…
GABRIEL ATTALOui, enfin, vous avez beaucoup de passage, et vous avez aujourd'hui le contribuable français qui paie pour un certain nombre de ces pleins. Et par ailleurs c'est en terme de coûts financiers, ça n'est pas soutenable à long terme pour les finances publiques. Moi je suis là pour dire la vérité. Certains se font plaisir en disant : on peut dépenser des milliards et des milliards d'euros, et ce qu'ils ne disent jamais aux Français…
THOMAS SOTTODonc la prime, telle qu'on la connaît à la pompe, c'est terminé au 31 décembre, telle qu'on la connaît.
GABRIEL ATTALOui, on l'a annoncé. Ce qu'ils ne disent jamais aux français, ceux qui disent "on peut dépenser sans compter", c'est qu'à la fin c'est taxer pour rembourser, et que c'est les impôts des Français qui augmenteraient si on ne faisait pas attention à nos dépenses publiques.
THOMAS SOTTOVous avez évoqué l'inflation tout à l'heure, est-ce que le plus dur est passé ou est-ce qu'on ne le sait toujours pas, même s'il faut dire que la France s'en sort mieux que tous les autres pays européens ?
GABRIEL ATTALOui, on a l'inflation la plus faible de la zone euro, parce qu'on a pris des mesures très fortes pour protéger, après…
THOMAS SOTTOÇa je l'ai dit pour ne pas que vous preniez deux minutes pour le dire, mais est-ce que le plus dur est passé sur l'inflation ou est-ce qu'on ne le sait pas ?
GABRIEL ATTALThomas SOTTO, moi je ne fais pas de politique avec une boule de cristal.
THOMAS SOTTOOn ne le sait pas.
GABRIEL ATTALJe fais de la politique avec une boussole, et notre boussole c'est de dire qu'on continuera à protéger les Français, tant que ce sera nécessaire, évidemment avec une contrainte qui est celle qu'il n'y a pas d'argent gratuit ou d'argent magique, mais on continuera les protéger, comme l'a fait depuis plus d'un an maintenant sur la question de l'inflation, avec un certain nombre de résultats que vous avez rappelés vous-même.
THOMAS SOTTOLa politique elle est aussi faite de symboles. Quand le ministre du Budget voit que Kylian MBAPPÉ a décroché un contrat estimé à 630 millions d'euros avec le Paris-Saint-Germain, selon les infos du Parisien, vous vous réjouissez des rentrées fiscales qui vont aller avec ses revenus, ou vous dites : là c'est vraiment trop ?
GABRIEL ATTALBon, ce qui est certain, c'est que le ministre du Budget voit qu'il y a je crois que c'est un peu plus de 150 millions d'euros de rentrées fiscales pour l'État, et que probablement que s'il était allé jouer au Real Madrid pour le même salaire, ce serait, on n'aurait pas eu ces rentrées fiscales pour l'État.
THOMAS SOTTOMais, est-ce que c'est choquant ou pas pour… ?
GABRIEL ATTALC'est des montants qui sont totalement hors sol. Je veux dire, personne ne peut se projeter dans de tels niveaux de rémunération. Voilà. C'est une réalité, maintenant on sait que c'est une réalité dans le football dans le monde entier, mais encore une fois, je préfère que les joueurs paient leurs impôts en France plutôt qu'ailleurs, c'est ce qui permet aussi de financer nos services publics et la protection des Français.
THOMAS SOTTOVous regarderez la Coupe du monde, vous, ou pas ?
GABRIEL ATTALAh oui, je pense, oui.
THOMAS SOTTOMerci beaucoup Gabriel ATTAL d'être venu dans les "4V".
source : Service d'information du Gouvernement, le 26 octobre 2022
La source —
vie_publique · nº 286925
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