Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, à RTL le 6 octobre 2022, sur le plan de sobriété énergétique, notamment les mesures concernant les entreprises et les administrations.
Agnès Pannier-Runacher (auteur), Amandine Bégot (intervenant)
YVES CALVIAmandine BÉGOT, vous recevez donc ce matin Agnès PANNIER-RUNACHER, notre ministre de la Transition énergétique.
AMANDINE BÉGOTAgnès PANNIER-RUNACHER, vous nous dévoilez donc ce matin sur RTL le plan de sobriété énergétique qui sera présenté tout à l'heure par la Première ministre. Il y a beaucoup de mesures, c'est le résultat de quatre mois de concertation à la fois avec les entreprises, les syndicats, les collectivités territoriales. On a peu de temps ce matin, on va donc essayer d'être extrêmement concret pour tous ceux qui nous écoutent. Les bureaux d'abord, baisse du chauffage dans les bureaux à 19 degrés. Ça, c'est la consigne mais, on est d'accord, il n'y a aucune obligation.
AGNÈS PANNIER-RUNACHERIl n'y a pas d'obligation au sens où il n'y aura pas de police des températures. En revanche, ce sont des engagements qui sont pris par les entreprises et par l'État et par les collectivités locales. Donc par exemple dans les collectivités locales, c'est voté en conseil municipal, en conseil départemental, donc ç'a une certaine valeur. De même dans les entreprises, c'est l'objet de négociations avec les organisations syndicales.
AMANDINE BÉGOTDans les entreprises, c'est déjà le cas. Dans la loi normalement, ce n'est pas plus de 19 degrés. Pourquoi aujourd'hui les entreprises l'appliqueraient alors qu'elles ne le faisaient pas jusqu'ici ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERPrécisément parce qu'aujourd'hui ça fait l'objet de discussions avec les organisations syndicales, avec les salariés et donc c'est beaucoup plus approprié par les entreprises et par les collectivités locales qu'une mesure qu'on vote dans l'hémicycle de nuit et qui, finalement, n'est pas redescendue sur le terrain. Et c'est bien tout le sens de la méthode. La méthode, c'est de construire un plan de sobriété qui a vocation à durer. Je rappelle que pour atteindre nos objectifs de neutralité carbone, il faut réduire de 40% notre consommation d'énergie d'ici 2050.
AMANDINE BÉGOTL'idée, ce n'est pas juste de passer l'hiver.
AGNÈS PANNIER-RUNACHERExactement. L'idée, c'est d'être dans la durée. Moi je reviens de la pré-COP à Kinshasa et je peux vous dire qu'on est extrêmement engagé au niveau de la France et de l'Union européenne pour tenir nos objectifs de neutralité carbone.
AMANDINE BÉGOTDonc moins de chauffage, dans les sanitaires plus d'eau chaude. Ça, ce sera le cas dans les administrations, on est d'accord ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERPour se laver les mains. Je vous rassure, on continuera à prendre sa douche à l'eau chaude dans les administrations et, évidemment, dans les endroits où on a besoin d'eau chaude pour travailler, des ateliers, il y aura encore de l'eau chaude.
AMANDINE BÉGOTLes entreprises, vous leur demandez aussi d'arrêter l'eau chaude ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERLes entreprises, encore une fois, c'est une négociation avec les salariés. C'est-à-dire que c'est à chaque entreprise de définir les mesures qui ont le plus d'impact et de faire en sorte de les appliquer. On leur donne un objectif, moins 10 % de consommation d'énergie. Elles ont intérêt à le réaliser pour des raisons très simples : ça leur coûte très cher aujourd'hui l'énergie.
AMANDINE BÉGOTC'est peut-être leur chance dans cette histoire si j'ose dire. Ça coûte tellement cher que d'une certaine manière…
AGNÈS PANNIER-RUNACHERC'est-à-dire une incitation à l'action. Elles ont intérêt aussi à le réaliser parce que leurs clients, leurs salariés quand elles recrutent, on leur demande qu'est-ce que vous faites pour la planète. Et donc elles y vont aujourd'hui, à elles de décider ce qui vraiment permet d'économiser de l'énergie et de ne pas faire des mesures gadgets.
AMANDINE BÉGOTOn est d'accord. Dans les crèches, les écoles, les hôpitaux on ne touche pas au chauffage ni à l'eau chaude.
AGNÈS PANNIER-RUNACHERNon. On reste sur 20-21 degrés.
AMANDINE BÉGOTL'État veut aller plus loin sur le chauffage puisque vous dites, pas plus de 18 degrés en cas d'alerte Ecowatt, c'est ça ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERTout à fait. On l'expérimentera là aussi. Il y a des situations de travail qui ne permettent pas d'aller sur ces températures-là. Vous avez mentionné les environnements de santé par exemple, les crèches, mais dans les bureaux c'est tout à fait acceptable.
AMANDINE BÉGOTIncitation aussi au télétravail pour les agents de l'État. Est-ce que vous demandez aux entreprises aussi de faire la même chose ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERAlors le télétravail, il y a deux objectifs. On est certain que lorsqu'on télétravaille, on économise du carburant. Et je veux dire que comme c'est un plan qui s'inscrit dans une vision de plan climatique, le carburant c'est également très important alors qu'on aura du carburant cet hiver. Donc télétravail, économie de carburant. Est-ce que ça fait des économies de chauffage ? Ça dépend des situations et nous allons, au Ministère de la Transition énergétique, faire une expérimentation sur le week-end de la Toussaint en fermant quatre jours différents bâtiments pour voir si, concrètement, on fait des économies d'énergie dans les bâtiments, mais surtout les salariés eux-mêmes peuvent nous dire leur ressenti et leur consommation.
AMANDINE BÉGOTIl vaut mieux faire deux jours de télétravail, les mêmes pour tout le monde - on est bien d'accord – que des jours par ci, par là.
AGNÈS PANNIER-RUNACHERSi on veut économiser du carburant, on est sûr, quelle que soit l'organisation et ça peut être des jours libres. Si on veut économiser du chauffage, clairement il faut fermer le bâtiment et donc que personne ne vienne le même jour.
AMANDINE BÉGOTÀ propos de carburant, limiter la vitesse sur autoroute à 110 kilomètres/heure pour les agents qui prennent leur véhicule de service pour les trajets professionnels non urgents, ça doit permettre de réduire de 20% ; un gain de carburant en tout cas de 20%. Vous appelez les Français ou pas à faire la même chose ? Pourquoi est-ce que finalement on ne se dit pas : on réduit la vitesse à 110 kilomètres/heure sur autoroute pour tout le monde ? Ce serait trop impopulaire ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERMais je crois surtout que, et je le redis, c'est un plan qui est approprié. Ce sont des mesures qui sont venues du terrain, et dès lors qu'elles viennent du terrain elles sont beaucoup plus acceptables par ceux qui les portent. Aujourd'hui, les agents de la Fonction publique interpellent leur direction en disant : qu'est-ce que vous faites pour le climat ?
AMANDINE BÉGOTOui, mais regardez l'exemple du masque. Pendant le Covid toutes les fois où on ne l'a pas rendu obligatoire, personne ne le portait. En ce moment on dit : dans les transports, ce serait peut-être pas mal. Vous prenez le métro aujourd'hui, personne ne porte le masque.
AGNÈS PANNIER-RUNACHERLa différence, je crois, avec le Covid, c'est que dans le Covid si vous ne portiez pas de masque, vous pouviez communiquer le virus à votre voisin et ça allait très, très vite. Là on a un objectif de réduction de 10 % des économies d'énergie.
AMANDINE BÉGOTOui mais moi, je vous parle d'incitation. Quand on dit aux gens : on vous conseille de porter le masque, ce n'est pas obligatoire, ils ne le portent pas. Quand on dit : c'est obligatoire, là ils le portent. Est-ce que, si on leur dit : on vous conseille de rouler moins vite, de vous chauffer moins etc, ils vont vraiment le faire ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHEROui, ils vont le faire et, je vous le redis. Pourquoi ? Parce qu'encore une fois, comme ce sont des plans qui sont appropriés dans les entreprises, comme ils font l'objet de négociations, comme ils font l'objet d'engagements qui sont publiés, les entreprises se mettent évidemment risque si elles ne le respectent pas. En risque vis-à-vis de leurs salariés, en risque vis-à-vis de leurs organisations syndicales, en risque aussi vis-à-vis de leurs actionnaires. Et c'est pour ça que c'est beaucoup plus puissant qu'une mesure qu'on prend dans la loi et qui n'est pas respectée comme c'est le cas depuis des années sur la température de 19 degrés.
AMANDINE BÉGOTAgnès PANNIER-RUNACHER, vous demandez aussi aux collectivités locales de réduire l'éclairage public.
AGNÈS PANNIER-RUNACHERC'est plutôt elle qui le proposent. Vous avez différents plans de réduction de l'éclairage public. Certaines installent du LED, c'est à peu près 60% d'économies par rapport aux lampes les plus consommatrices. D'autres diminuent l'intensité de l'électricité.
AMANDINE BÉGOTMais les décorations de Noël par exemple. Cette année vous dites : on s'en passe ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERNon, surtout pas. Parce que la sobriété, ce n'est pas s'arrêter de vivre. Ce que je dis, c'est que c'est à chaque collectivité locale de définir sa politique. Beaucoup ont décidé de commencer un peu plus tard, c'est-à-dire pas forcément au mois de novembre mais en décembre. Elles ont travaillé sur leurs luminaires, elles ont travaillé sur l'intensité électrique et donc elles termineront peut-être un peu plus tôt.
AMANDINE BÉGOTIl nous reste une minute trente. Les Français vont avoir droit à un bonus sobriété, une réduction pour les ménages qui maîtrisent leur consommation d'énergie. Ça va se faire automatiquement, c'est ça ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERNon. Ça, c'est chacun avec son fournisseur d'énergie. Chaque fournisseur d'énergie a fait des propositions, donc il faut que chaque Français regarde les offres de tarifs qui sont faites. Par exemple, certains proposent 30% de bonus si vous faites 5% d'économies, 120% de bonus si vous faites des économies supérieures mais c'est à voir avec chacun son énergéticien.
AMANDINE BÉGOTIl y a un bonus de 100 euros pour ceux qui s'inscrivent sur une plateforme de covoiturage. Il suffira de s'inscrire ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERÉgalement, oui. Alors ça, c'est une mesure qui est portée par l'État. Avec Clément BEAUNE, nous allons présenter un plan spécifique sur le covoiturage et ça, ce sera une des mesures.
AMANDINE BÉGOTMais il ne va pas falloir prouver qu'on fait du covoiturage ? Il faut juste s'inscrire ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERIl faut s'inscrire et il faut utiliser la plateforme. C'est-à-dire que si la plateforme n'est pas utilisée, nous retirerons dans la durée la mesure. Ce qu'on observe, c'est que ces mesures permettent de - comment dire - pour faire progresser le covoiturage. Je précise : les 100 euros, c'est pour couvrir votre abonnement.
AMANDINE BÉGOTJe vous taquinais tout à l'heure avec les cols roulés et la doudoune, mais ça ne vous a pas échappé j'imagine toutes ces critiques. Jean-Pierre RAFFARIN, qui pourtant a plutôt l'habitude de soutenir le gouvernement, a parlé ici- même sur RTL d'un coup de com' qui relève de la politique pour les nuls.
AGNÈS PANNIER-RUNACHERMoi je moi je vais être très claire, le plan sobriété c'est quelque chose de très sérieux et qui fait partie de tous les plans du Haut Conseil pour le climat, du GIEC.
AMANDINE BÉGOTMais ça, on est d'accord. Mais cette histoire de col roulée, de doudoune, c'était nécessaire ?
AGNÈS PANNIER-RUNACHERChacun s'habillera comme il le faudra mais moi je suis très claire : le plan de sobriété, ce n'est pas gadget et donc col roulé, doudoune ou décolleté profond, ce sera à chacun de définir sa manière de s'habiller. Ce qui est important aujourd'hui, c'est cette mobilisation générale que nous lançons et où les acteurs les plus gros, les plus grandes entreprises, les plus grandes collectivités locales, les administrations montrent l'exemple. Il serait inacceptable de demander aux Français de faire des efforts et que ces grandes institutions ne fassent pas des efforts. Et c'est ça qui compte pour moi.
AMANDINE BÉGOTMerci beaucoup Madame la Ministre.
YVES CALVIEt nous avons bien compris qu'il n'y aura pas de police des températures. Merci Madame la Ministre.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2022
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vie_publique · nº 286658
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