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7 janvier 2020 · Gouvernement · France Info TV · discours Discours

Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à Franceinfo TV le 7 janvier 2020, sur la réforme des retraites, le tabou de la pédophilie que révèle l'affaire Matzneff ainsi que les combats à mener.

Adrien Taquet (auteur)

SAMUEL ETIENNE Je vous le disais, l'actualité de ce mardi, nous l'évoquons avec l'invité de la matinale, le Secrétaire d'Etat chargé de la Protection de l'enfance Adrien TAQUET. Bonjour Adrien TAQUET. ADRIEN TAQUET Bonjour Samuel ETIENNE. SAMUEL ETIENNE Merci d'être avec nous ce matin. Les négociations sur la réforme des retraites, on l'a dit, vont reprendre ce matin. Le conflit dure, les grèves durent. Le texte sera présenté, lui, le 24 janvier en conseil des ministres. Le débat à l'Assemblée, ce sera a priori au moment des municipales. Manifestement le gouvernement a choisi sa stratégie, celle du pourrissement. C'est tout cas l'avis de plusieurs syndicats. Tablant sur l'usure des grévistes, tablant sur le retournement de l'opinion. ADRIEN TAQUET Ce n'est évidemment pas mon avis. Vous l'avez dit, les négociations et les concertations reprennent aujourd'hui. En fait, elles ne reprennent pas, elles ne se sont jamais arrêtées. Notamment durant les vacances, les discussions ont continué avec les différentes organisations syndicales SAMUEL ETIENNE Informelles, oui. ADRIEN TAQUET De façon informelle et ce qui permet aujourd'hui d'avoir bon espoir d'arriver à un compromis, ce compromis que demandait le président de la République de façon assez rapide à l'occasion de ses voeux. Un certain nombre de propositions vont être formulées. Elles ont été formulées d'ailleurs récemment par Laurent BERGER lui-même s'agissant de la conférence de financement. C'est ce que le Premier ministre avait dit dès le départ d'ailleurs. SAMUEL ETIENNE Sortir le financement de la réforme. ADRIEN TAQUET Le Premier ministre en termes de méthode avait dit la question de l'équilibre financier est importante. On ne peut pas proposer une réforme de cette importance pour les Français, pour la vie des Français sans assurer l'équilibre financier de cette réforme. SAMUEL ETIENNE Mais là ce serait quand même assez différent de la sortir de la réforme. ADRIEN TAQUET Le Premier ministre avait proposé une méthode, une solution qui est ce fameux âge pivot mais en disant tout de suite qu'il appartenait aux syndicats effectivement de faire d'autres propositions et je constate que des propositions commencent à être faites. Donc la méthode telle que nous l'avions annoncée dès le début qui est celle de la discussion de façon calme, détendue, posée, sereine continue à se faire. SAMUEL ETIENNE Mais vous ne pensez pas quand même que c'est le péché originel de cette réforme d'avoir voulu mélanger une réforme – alors pardon pour les mots mais ils expliquent bien de quoi il s'agit - une réforme systémique de fond, la retraite à points, et une réforme paramétrique avec les notions d'économie ? Est-ce qu'il ne fallait pas dès le début distinguer, séparer pour que ce soit plus clair ? Parce que beaucoup de Français n'y comprennent plus grand-chose. ADRIEN TAQUET On peut se refaire l'histoire de mille façons probablement. Ce qui est évident, c'est qu'on ne peut pas - entendez bien - qu'on ne peut pas proposer aux Français une réforme de cette ampleur sur laquelle tout le monde s'accorde, je crois. Ça fait une trentaine d'années que l'on sait que le système actuel est injuste. A proposer aux Français une réforme de cette ampleur sans leur garantir que celle-ci sera financée et sera équilibrée… SAMUEL ETIENNE Ça ne serait pas responsable, c'est ce que vous dites. ADRIEN TAQUET Ce ne serait pas responsable et surtout ça ne serait pas crédible. Les Français nous auraient dit « mais attendez, il y a du flou donc il y a un loup » pour reprendre cette expression. Non, ce n'était pas envisageable de procéder à cette réforme-là sans qu'elle soit garantie. Les Français auraient vu une nouvelle réforme à venir dans quatre ou cinq ans. Ce n'est pas possible. SAMUEL ETIENNE En tant que Secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance, vous suivez de près, je le sais, l'affaire Gabriel MATZNEFF. ADRIEN TAQUET Bien sûr. SAMUEL ETIENNE Le parquet s'est autosaisi, a ouvert une enquête après la publication du livre de Vanessa SPRINGORA. Vous vous en félicitez ? ADRIEN TAQUET Oui, je m'en félicite. Je m'interroge surtout, si vous voulez, sur cette affaire on a dit que c'était le procès d'une époque. SAMUEL ETIENNE Oui. ADRIEN TAQUET Moi, je ne le crois pas. SAMUEL ETIENNE Vous n'êtes pas d'accord avec ça ? ADRIEN TAQUET Non. Moi je pense que ça doit être le procès, en tout cas une interrogation, sur notre propre époque. Sur nous-mêmes. Sur comment depuis trente ans nous avons pu laisser passer cela sans rien faire. Sans que la justice se saisisse, sans que les médias se saisissent car les écrits, les propos, le prosélytisme car c'est de cela dont il s'agit… SAMUEL ETIENNE Ils étaient là. ADRIEN TAQUET Il n'est pas question de littérature, il n'est pas question de littérature. Il s'agit de prosélytisme de la pédophilie que dénoncent les associations depuis des années et qui enfin, enfin, fait la une des journaux. Enfin fait l'objet d'une saisie du parquet. Pourquoi pendant tant d'années nous avons laissé faire cela ? C'est ça l'interrogation que nous devons avoir. SAMUEL ETIENNE Et est-ce que vous, vous avez une piste d'explications, pour expliquer ce silence que vous évoquez ? ADRIEN TAQUET Je pense que cette question-là, chacun de nous doit se la poser, pas uniquement le gouvernement, pas uniquement les autorités judiciaires, mais chacun de nous… SAMUEL ETIENNE Eventuellement les médias. ADRIEN TAQUET Et pas seulement les médias, mais chacun d'entre nous, et surtout se poser cette question-là pour faire en sorte que cela ne soit plus jamais possible. Moi je veux qu'il y ait un avant et un après… SAMUEL ETIENNE Gabriel MATZNEFF. ADRIEN TAQUET Voilà. Et je veux que ce sujet-là reste à la Une de vos journaux, car, et les associations nous le disent depuis des années, il y a dans ce pays, mais comme dans d'autres pays, un problème avec la pédophilie, un problème avec la violence, de toute nature d'ailleurs, sexuelle, physique, psychologique, faite aux enfants… SAMUEL ETIENNE Une forme de tabou… ADRIEN TAQUET Quelques chiffres, et avec… SAMUEL ETIENNE Alors que les chiffres sont impressionnants, du nombre… ADRIEN TAQUET Les chiffres sont impressionnants. SAMUEL ETIENNE Du nombre d'enfants concernés par ces violences. ADRIEN TAQUET Absolument, ce sont 27 000 plaintes pour agressions sexuelles sur enfants qui sont déposées chaque année, ce ne sont que les plaintes déposées. SAMUEL ETIENNE Eh oui, ce n'est que la partie visible de l'iceberg. ADRIEN TAQUET C'est la partie visible. La réalité c'est que dans notre pays, 100, 150 000 enfants probablement, sont victimes chaque année, dans notre pays en France, de violences sexuelles. On estime, vous parliez de tabou, c'est le dernier tabou je pense, qu'il faut briser, on estime, c'est une estimation, et qui équivaut à ce qu'on estime dans d'autres pays comme les Etats-Unis où la seule l'enquête épidémiologique un peu sérieuse a été faite, que 4 millions de nos concitoyens ont été victimes d'inceste dans notre pays. 4 millions de nos concitoyens. C'est ça la réalité des enfants en France, il faut que ça soit le combat des prochaines années. SAMUEL ETIENNE Donc tabous à briser et cette affaire peut… ADRIEN TAQUET Peut y contribuer. SAMUEL ETIENNE Peut y contribuer. Il y a 5 ans tout juste, on l'évoque depuis ce matin bien sûr dans nos journaux, c'est la Une de plusieurs quotidiens, le tragique attentat contre Charlie Hebdo. 5 ans après, est-ce que notre pays, est-ce que la France est toujours Charlie, pour reprendre ce mot d'ordre ? Le Figaro en doute ce matin, dénonce je cite le journal, les reculs de notre pays face à l'islamisme et face aux communautarismes. ADRIEN TAQUET Non, je pense que nous avons… SAMUEL ETIENNE On est toujours Charlie ? ADRIEN TAQUET Probablement pas suffisamment. Nous avons probablement lâché un peu trop notre vigilance ; Et il y a effectivement un certain nombre de choses qui minent toujours notre pays, le repli communautaire, l'islamisme radical. D'ailleurs le président de la République l'a évoqué à l'occasion de ses vœux, il a dit que des initiatives seront prises dans les semaines à venir… SAMUEL ETIENNE Il pourrait bientôt faire des annonces. ADRIEN TAQUET Des annonces seront faites pour lutter contre ce communautarisme, cet islamisme radical qui oui, mine notre vivre ensemble, au quotidien, pour des millions de Français qui vivent dans certains quartiers, et de façon dramatique comme ça a pu être le cas il y a 5 ans. SAMUEL ETIENNE Il nous reste quelques secondes. Un feuilleton a défrayé la chronique ces derniers jours, c'est la rocambolesque fuite de Carlos GHOSN du Japon vers le Liban. Quel est votre regard sur cette affaire ? ADRIEN TAQUET Je vous avoue que j'ai assez peu suivi le côté rocambolesque de l'histoire, voilà, je préférais me concentrer sur d'autres choses. SAMUEL ETIENNE Mais le fait que Carlos GHOSN, ancien patron de RENAULT NISSAN ait fui le Japon et la justice japonaise pour se réfugier au Liban, en tant que membre du gouvernement, qu'est-ce que vous en pensez ? ADRIEN TAQUET Ecoutez, moi je n'ai pas à porter d'avis sur une affaire judiciaire, puisque c'est bien de cela dont il s'agit. Carlos GHOSN est poursuivi pour un certain nombre de faits, comme tout autre justiciable il doit répondre de ces faits devant la justice. Il estime que les conditions d'un procès équitable n'étaient pas garanties, moi je n'ai pas d'avis sur le sujet, je n'ai pas d'avis à donner là-dessus. Je peux simplement vous dire qu'effectivement j'ai découvert à cette occasion-là, je dois l'admettre, qu'elles étaient les conditions de détention, à l'époque, au Japon, et qui sont effectivement particulièrement dures et pas forcément conformes à l'image que l'on peut avoir du respect des droits de la défense dans notre pays. Voilà. SAMUEL ETIENNE Un grand merci Adrien TAQUET d'avoir été notre invité ce matin, dans la Matinale de Franceinfo. ADRIEN TAQUET Merci à vous. Au revoir. Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 janvier 2020
La source — vie_publique · nº 272773
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