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10 décembre 2018 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France Info le 10 décembre 2018, sur le gouvernement face à la contestation des "Gilets jaunes".

Didier Guillaume (auteur)

MARC FAUVELLE Ce matin, c'est le ministre de l'Agriculture et de l'alimentation que nous recevons jusqu'à neuf heures. La première question, Renaud DELY. RENAUD DELY Bonjour Didier GUILLAUME. DIDIER GUILLAUME, MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DE L'ALIMENTATION Bonjour. RENAUD DELY Le président de la République va s'exprimer à vingt heures ce soir. Il va s'adresser aux Français, c'est une allocution très attendue. Qu'est-ce qu'il doit leur dire ? DIDIER GUILLAUME « Je vous ai compris », il doit leur dire : « J'ai entendu votre message. J'ai été élu sur une énorme fracture, fracture politique, fracture territoriale. J'ai été élu sur un projet. Ce projet, c'était celui de libérer et de protéger. J'ai donné de la latitude à l'économie. Aujourd'hui, les entreprises recommencent, les industries recommencent à recruter. J'ai baissé les taxes et les impôts comme jamais, taxe d'habitation, les charges sur les salaires comme jamais. » Sauf qu'aujourd'hui, les Françaises et les Français ne s'en aperçoivent pas assez parce que ça ne va pas assez vite, parce que la taxe d'habitation c'est en trois fois et ça a commencé il y a un mois, que la baisse des charges sur les salaires, tous les salariés de France depuis le mois d'octobre ont vu leur salaire augmenter, leur pouvoir d'achat augmenter. Mais en même temps, cette fracture terrible qu'il y a entre la province et Paris, entre le rural et l'urbain et entre les Français et les élites n'a jamais été aussi forte, et donc il y a des gens qui vivent mal. RENAUD DELY Quelles mesures concrètes pour la résorber ? DIDIER GUILLAUME Donc moi, je crois vraiment qu'il faut qu'Emmanuel MACRON retrouve la magie de la campagne présidentielle. Il n'a pas changé, c'est toujours celui qui a entraîné dans cette campagne présidentielle, qui a été au premier tour devant, qui a empêché que Marine LE PEN comme en Italie ou ailleurs, comme en Europe, que l'extrême-droite prenne le pouvoir. Aujourd'hui Emmanuel MACRON a été élu sur un programme, sur un programme qui a été validé au premier tour et au deuxième tour, les Françaises et les Français ont voté contre MPL. Ce programme est en application mais il ne suffit pas. Et nous sommes, je pense, aujourd'hui dans un virage, dans un tournant, non pas une nouvelle étape, on ne va pas tout recommencer. Il est hors de question de revenir sur les fondamentaux mais il faut avancer plus loin. RENAUD DELY Un tournant social ? MARC FAUVELLE Il faut avancer plus loin ou c'est un virage ? Ce n'est pas la même chose. DIDIER GUILLAUME Il faut tourner un peu plus vers le social. MARC FAUVELLE Un peu plus vers la gauche. DIDIER GUILLAUME Non, mais ce n'est pas un problème de gauche ou de droite : vers le social parce que les gens attendent. Les gens des nos zones rurales, les Françaises et les Français qui sont sur les ronds-points Moi je ne compare pas, j'ai beaucoup d'empathie pour les Gilets jaunes qui sont sur les ronds-points mais je n'en ai pas du tout pour les Gilets jaunes qui viennent casser à Paris. C'est deux choses différentes. MARC FAUVELLE Vous nous dites : « Il doit être un peu de GAULLE ce soir, « je vous ai compris ». Est-ce qu'il faut aussi qu'il remette en question sa présidence et sa façon de présider Emmanuel MACRON ? DIDIER GUILLAUME Mais je ne crois pas. Je pense qu'Emmanuel MACRON, je vous le disais, doit reprendre la magie de la campagne présidentielle. Emmanuel MACRON est quelqu'un qui a beaucoup d'empathie, qui sait écouter, qui sait parler aux gens. Parfois, les Français ont pu être un peu agacés par les petites phrases. MARC FAUVELLE Pourquoi on ne la voit plus l'empathie ? DIDIER GUILLAUME Parce que la société est devenue difficile, elle est devenue divisée, elle est devenue violente, on le voit. MARC FAUVELLE Le Gaulois réfractaire, ce n'est pas la société. « Traverse la rue, je te trouve du boulot », ce n'est pas la société ça. Ce sont les mots du Président. DIDIER GUILLAUME Oui. Peut-être qu'il y a eu des mots qui ont pu choquer. RENAUD DELY Il a eu tort, il a eu tort. DIDIER GUILLAUME S'exprimera-t-il ce soir ? Ce n'est pas à moi de juger. En tout cas, je sais que ça a pu choquer les Français. Mais Emmanuel MACRON, ce n'est pas cela. Emmanuel MACRON, c'est celui qui a évité l'extrême droite. Emmanuel MACRON, c'est celui qui a mis en place une politique économique et sociale dans ce pays qui porte ses fruits. Est-ce que ça va assez vite ? Non puisque les Français demandent que ça aille plus vite. Il devra y répondre. RENAUD DELY Alors parlons-en. Parce que l'empathie c'est bien, la magie de la présidentielle que vous avez évoquée, Didier GUILLAUME, pourquoi pas, mais il faut aussi des mesures concrètes pour répondre aux attentes en matière de pouvoir d'achat qui sont exprimées par les Gilets jaunes. Hier déjà votre collègue chargée du Travail, Muriel PENICAUD, il y a une mesure qu'elle a écartée : c'est l'idée d'une hausse du SMIC. MURIEL PENICAUD, MINISTRE DU TRAVAIL Si on augmente tous les salaires de façon automatique, il y a plein d'artisans, de commerçants et cætera qui vont mettre la clef sous la porte, qui n'y arriveront pas, ou alors il vous augmenter les prix et puis personne ne pourra se payer le service. Le coup de pouce au SMIC, on sait que ça détruit des emplois. RENAUD DELY C'est vraiment dangereux d'augmenter le SMIC, Didier GUILLAUME ? DIDIER GUILLAUME Attendez. On ne va pas prendre petit point par petit point. RENAUD DELY C'est une revendication importante qu'on entend beaucoup chez les Gilets jaunes. DIDIER GUILLAUME Mais il y a beaucoup de revendications aussi. C'est « Macron démission », c'est la proportionnelle, c'est la VIème République, c'est la suppression du Sénat, c'est « On va marcher sur l'Elysée », c'est tout cela les Gilets jaunes. C'est la raison pour laquelle ce matin à l'Elysée à dix heures, il y a la réunion de toutes les forces territoriales, politiques, sociales, économiques pour parler de tout cela. Moi je pense qu'il faut des mesures de pouvoir d'achat. MARC FAUVELLE Est-ce que la hausse du SMIC en est une ou est-ce que tout est joué avant même la réunion de l'Elysée ? DIDIER GUILLAUME Mais pas du tout, rien n'est joué. Mais ce qu'a expliqué Muriel PENICAUD, il aurait fallu mettre l'ensemble de la phrase et vous, qui êtes le service public, vous ne faites jamais le petit bout de la lorgnette, elle explique que lorsqu'on augmente le SMIC, ça tamponne d'autres salaires et, du coup, ça ne fait pas augmenter le pouvoir d'achat des classes moyennes. Aujourd'hui, moi, je pense qu'il faut répondre aux classes populaires et aux classes moyennes. Les classes moyennes ont été les vaches à lait de la République ces dix dernières années. Chaque fois qu'il y a eu des augmentations de taxes ou d'impôts, ce sont les classes moyennes qui les ont pris en pleine figure. MARC FAUVELLE Donc ce n'est pas le SMIC, c'est les impôts. DIDIER GUILLAUME Les salariés, les fonctionnaires. Donc moi, il me semble qu'il faut continuer massivement la baisse des taxes et la baisse des impôts RENAUD DELY Lesquels ? DIDIER GUILLAUME Comme le Président de la République s'y est engagé. Il y a déjà beaucoup de baisses de taxes aujourd'hui, par exemple sur les heures sup'. Moi j'y suis très favorable. Je crois que nous avons fait une erreur en 2012 de revenir sur la mesure de qui avait été prise par Nicolas SARKOZY. C'est dans ce budget. Dans le budget 2019, il y a beaucoup de choses. Il y a la baisse des taxes pour les heures supplémentaires, c'est du pouvoir d'achat pour tous les salariés qui font des heures supplémentaires. MARC FAUVELLE Il faut l'avancer au 1er janvier ? La mesure doit entrer en vigueur en septembre 2019, c'est trop loin ? DIDIER GUILLAUME Mais c'est trop loin. Ecoutez, quand nous avons préparé ce budget, il n'y avait pas ces mouvements. Nous avons mis plein de mesures qui vont faire augmenter le pouvoir d'achat. MARC FAUVELLE Vous avez mis les bonnes nouvelles le plus les plus loin possible dans le quinquennat et les mauvaises au début. Est-ce qu'il faut rapprocher les bonnes nouvelles ? DIDIER GUILLAUME Oui mais, écoutez, au début : nous sommes encore au début du quinquennat. Donc nous entendons et je pense que le Président de la République entend ce qu'ont dit les Françaises et des Français qui souffrent, peut-être avancera-t-il. Moi, je n'ai aucune annonce à faire, je n'ai pas d'information mais il faut répondre. RENAUD DELY Par exemple la taxe de la taxe d'habitation en une fois dès maintenant, c'est possible plutôt que de l'étaler en plusieurs étapes ? DIDIER GUILLAUME Mais après, c'est des équilibres de budget. Renaud DELY Vous le souhaitez ? Vous le souhaitez ? DIDIER GUILLAUME Moi, je ne souhaite rien d'autre que de dire quels impôts pour quel service public et c'est de ça dont il faut parler. Parce qu'en même temps, on ne peut pas tout baisser et garder les mêmes services publics. Donc quels impôts pour quel service public ? C'est l'essentiel. Moi, j'ai trouvé que la mesure de baisse pour arriver à la suppression de la taxe d'habitation, c'était la meilleure mesure fiscale jamais prise. Pourquoi ? Parce que ça touche tout le monde. Elle est très inégalitaire, la taxe d'habitation. Et quand on me dit : « Mais les maires sont pas contents », si. Ils vont être remboursés à l'euro, c'est impossible autrement. RENAUD DELY Oui mais c'est long, c'est par étape alors que la suppression de l'ISF ; c'était en une fois. C'est immédiat. DIDIER GUILLAUME Excusez-moi, Renaud DELY, pour vous dire que l'ISF n'a pas été supprimé. RENAUD DELY Il a été supprimé en bonne partie. MARC FAUVELLE Remplacé par un impôt qui rapporte quatre fois moins. RENAUD DELY L'IFI. DIDIER GUILLAUME Il n'a pas été supprimé. Emmanuel MACRON avait indiqué : « On ne taxe pas les Françaises et les Français qui investissent dans l'économie » ; là effectivement, ç'a été supprimé mais on taxe l'impôt de solidarité pour ceux qui ont du patrimoine, et je peux vous dire qu'il y a encore beaucoup de Français qui payent l'impôt de solidarité sur la fortune. Mais parfois, il y a des symboles. Donc le Président de la République doit répondre au fond aux Françaises et aux Français MARC FAUVELLE Y compris sur ce symbole-là ? DIDIER GUILLAUME En disant qu'il les a compris et, en même temps, sans changer totalement l'orientation de son quinquennat parce que ce n'est pas au bout d'un an et demi qu'il faut tout remettre en l'air. Par contre, il ne faut pas hésiter dès ce mois-ci à réfléchir sur ce qui a marché et sur ce qui n'a pas marché. Et moi, je pense que le Président de la République a des choses à dire aux Françaises et aux Français, il va les dire ce soir. Il faut aller loin dans cette réflexion parce que ce qui s'est passé quand même - permettez-moi une demi seconde - ce qui s'est passé depuis un mois, ce n'est pas anodin et ça s'est rarement produit dans le pays. Parce qu'il y a tous les Françaises et les Français de toutes les catégories, donc c'est important d'y répondre vite MARC FAUVELLE Didier GUILLAUME, on poursuit cet entretien dans une minute. ( ) - Toujours avec le ministre de l'Agriculture et l'Alimentation jusqu'à 9h00, Didier GUILLAUME, invité de France-Info, vous nous avez dit il y a quelques instants, il faut regarder ce qui a marché et ce qui n'a pas marché. Vendredi à l'Elysée en rencontrant des élus locaux Emmanuel MACRON a dit, je me suis planté, j'ai fait des conneries, c'est le mot qu'il a utilisé et il a cité un exemple, c'est celui des 80 kilomètre-heure, est-ce que ça fait partie des choses qu'il faut remettre sur la table aujourd'hui ? DIDIER GUILLAUME Je ne pense pas, je pense qu'il faut réconcilier les Français entre eux et je pense qu'il faut réconcilier les Français et la République. Et aujourd'hui les Français de nos territoires, dans lesquels j'habite, ont le sentiment souvent d'avoir été oublié, excusez-moi l'expression, messieurs, par les Parisiens. MARC FAUVELLE C'est-ce qu'on a entendu au moment du passage aux 80 à l'heure, ça c'est une mesure de Parigos. DIDIER GUILLAUME Ce qui se dit en province, c'est que quand on parle des Parisiens, c'est tout le monde, c'est les hommes politiques, les journalistes, les technos, ils sont entre eux là dans le périphérique, mais ils ne pensent pas à ce qui se passe en province. MARC FAUVELLE Et ils n'ont pas compris que le passage à 80, ça allait changer DIDIER GUILLAUME Et ils n'ont pas compris que le passage à 80, ça embêtait beaucoup de Français parce qu'ils avaient l'impression qu'il y avait d'autres priorités que celle-là, mais enfin le mouvement des Gilets jaunes, il n'est pas partie là-dessus. RENAUD DELY Au printemps dernier lorsqu'il a mis en oeuvre, enfin lorsqu'il a annoncé la mesure, Emmanuel MACRON, il a dit qu'il y aurait une évaluation de cette mesure et que si ça ne fonctionnait pas, il était prêt à y revenir, à revenir en arrière. DIDIER GUILLAUME Bien sûr. RENAUD DELY Ça fonctionne pour vous aujourd'hui les 80 kilomètre-heure, le bilan est positif. DIDIER GUILLAUME Non, non, mais attendez, c'est beaucoup trop tôt, la question c'est de savoir est-ce qu'il y aura moins de morts, ce n'est pas pour l'embêter les gens, les automobilistes, est-ce qu'il y aura moins de morts ? Le propre d'Emmanuel MACRON, c'est évaluer, c'est de prendre des décisions, les évaluer et si ça ne marche pas, dire revenir dessus. RENAUD DELY Vous ne savez pas si ça marche ou pas aujourd'hui ? DIDIER GUILLAUME Mais personne ne peut le savoir. RENAUD DELY Votre collègue des Transports, elle dit que ça marche et qu'il y a beaucoup moins de morts sur la route. DIDIER GUILLAUME Je n'en sais rien, je n'ai pas du tout ces chiffres, tant mieux, l'objectif des 80 kilomètre-heure, c'était qu'il y ait moins de morts, donc tant mieux si ça marche et l'objectif, s'il y a moins de morts, il faudra que ça reste. RENAUD DELY Il y a une autre mesure sur laquelle Emmanuel MACRON a peut-être été mal compris, en tout cas il a battu sa coulpe, c'est la baisse des APL, des allocations personnalisées au logement, on se souvient qu'une des premières décisions du gouvernement à l'automne 2017, ça avait été d'aller grappiller 5 euros sur les APL, c'était une bonne idée ? DIDIER GUILLAUME Ca a beaucoup choqué les Français, moi je ne pense pas que c'est une bonne idée. Je pense que la baisse de 5 euros sur les APL, a donné un choc, même si ça a été compensé après par des mesures de pouvoir d'achat telles que je les évoquais, ça a été évoqué tout le travail qui est fait sur le logement notamment par Julien DENORMANDIE et par Jacques MEZARD, il y a quelque temps est en train de porter ses fruits. Mais parfois il y a des mesures comme ça qui tombent et qui mettent un pète dans la figure des Françaises et des Français et c'est la raison pour laquelle je pense que vraiment, vraiment, vraiment ce mouvement des Gilets jaunes aura fait une démonstration très forte qu'il faut toujours penser aux conséquences pour les Françaises et les Français, mais aux conséquences concrètes, de ceux pour qui la fin du mois s'arrête le 15, parce qu'il y a beaucoup de Français où la fin du mois s'arrête le 15. RENAUD DELY Précisément le président pourrait annoncer une hausse des APL ? DIDIER GUILLAUME Là on ne va pas faire le concours Lépine de tout ce qui pourrait être RENAUD DELY Vous dites c'était une mauvaise idée. DIDIER GUILLAUME Je vous donne mon point de vue, je l'avais évoqué il y a un an, je n'aurais pas fait cela en même temps, il faut équilibrer le budget. Mais ce que je vous dis, c'est qu'on ne va pas se lancer dans le concours Lépine des mesures, il faudra ce soir redonner de la cohérence et redonner du sens à l'action gouvernementale pour que les Français comprennent que tout le dispositif, services publics, impôts, empathie avec les Français soient comprises. Et si elle est comprise, il faut espérer qu'il n'y ait pas de manifestations samedi prochain, c'est un des objectifs de l'intervention du président de la République et puis lancer le débat parce que tout n'est pas fini, les débats commencent dans les territoires à partir du 15 décembre, il faudra aller parler avec les Françaises et des Français, les élus, les corps intermédiaires, les Gilets jaunes pour expliquer les choses, parce qu'il manque beaucoup d'explications. Ce n'est pas un problème de communication, la communication ça n'a aucun sens, c'est de l'explication. Quelles mesures concrètes aura la suppression des charges sur les heures supplémentaires, quelles conséquences cela va avoir, la deuxième baisse de la taxe d'habitation, quelles conséquences cela va avoir, la baisse des taxes, la baisse des impôts, l'augmentation de la prime pour l'emploi qui est très forte, tout cela, c'est des choses concrètes, peut-être faut-il que sur le terrain les marcheurs, les députés, les élus se déploient pour aller l'expliquer aux Françaises et aux Français. MARC FAUVELLE Et tout cela Didier GUILLAUME, ça coûte de l'argent, il y a déjà un trou de 4 milliards à trouver dans le prochain budget avec les mesures qui ont été annoncées la semaine dernière, est-ce que vous vous êtes prêt à dire aujourd'hui les déficits publics, on va les laisser filer un peu, tant pis pour Bruxelles qui a déjà dit d'ailleurs que c'était pas si grave que ça, parce que la crise qui couve aujourd'hui en France, elle est autrement plus grave que les 3 % de déficit ? DIDIER GUILLAUME Non mais ce qui est autrement plus grave que les 3 % de déficit, c'est que l'extrême droite, les populistes, gagnent est la plupart des élections en Europe. MARC FAUVELLE Donc mieux vaut un déficit à 3,5 plutôt que Marine LE PEN au pouvoir ? DIDIER GUILLAUME Et qu'il faut non, non, mais ce n'est pas ça l'alternative. MARC FAUVELLE C'est ma question. DIDIER GUILLAUME C'est-à-dire je vais vous y répondre, en 1992 Maastricht a décidé 3 %, 1992 c'était il y a 20 ans, il y avait 10 millions d'habitants de moins, il y avait pas toutes ces situations. Donc je ne sais pas moi si un dogme technocratique bruxellois de 3 % en 1992, si aujourd'hui ces 3,1 %, est-ce que ça pose un problème, je mets ça sur la table. MARC FAUVELLE Apparemment non a déjà répondu Pierre MOSCOVICI. DIDIER GUILLAUME Jamais, je ne laisserai, je ne soutiendrai une politique qui laisserait ouverte grand les vannes en expliquant que nos enfants, nos petits-enfants, seront là pour payer. MARC FAUVELLE 3,5, il ne s'agit pas de replonger avec des déficits à 6 ou 7 comme on a connu par le passé. DIDIER GUILLAUME Je viens de vous répondre que je suis favorable à faire bouger ce dogme en Europe. MARC FAUVELLE Et donc la France doit donner l'exemple en passant au-delà des 3 %. DIDIER GUILLAUME en tout cas peut-être que la France peut être moteur en Europe sur ce sujet. RENAUD DELY Il y a aussi évidemment une dimension politique dans la crise que le gouvernement et que le pays traversent en ce moment, Emmanuel MACRON est la cible de la colère des Gilets jaunes, il a été sifflé, conspué au fil des manifestations de ces dernières semaines, mais au-delà même de la personne d'Emmanuel MACRON, votre collègue la Garde des Sceaux, Nicole BELLOUBET, elle pointe une vraie crise des institutions. (Extrait Nicole BELLOUBET) RENAUD DELY Aux vues de l'ampleur de cette crise, est-ce qu'il faut redonner la parole aux Français, est-ce qu'il faut les consulter ? DIDIER GUILLAUME Mais il s'ils vont être consultés pendant 3 mois, je descends du 15 décembre au mois de mars. Aujourd'hui il y a des revendications très différentes. RENAUD DELY Pourquoi pas un référendum, certains Gilets jaunes réclament un référendum ? DIDIER GUILLAUME Mais certains Gilets jaunes, d'abord les Gilets jaunes devraient s'organiser pour qu'il y ait des porte-paroles un peu mieux organisés, ce serait important d'avoir des interlocuteurs. Mais je ne sais pas si il y aura un référendum, la question c'est un référendum sur quoi, sur quelle question ? RENAUD DELY En tout cas déjà l'idée de consulter les Français DIDIER GUILLAUME Les Français vont être consultés dans tous les départements, dans toutes les communes sur le territoire et en même temps, il faut toujours dire en même temps dans une phrase, il faut donner des mesures concrètes dès maintenant, dès maintenant. Il ne faut pas attendre 3 mois pour prendre des décisions. Il y a des décisions qui peuvent être prises vite et d'autres qu'il faudra construire avec les Françaises et les Français. RENAUD DELY Quelqu'un que vous connaissez bien, Didier GUILLAUME, puisque vous avez appartenu très longtemps à ce parti, le Parti socialiste, l'ancien patron du Parti socialiste, Jean-Christophe CAMBADELIS, il appelle ce matin à un gouvernement d'union nationale, c'est une bonne idée ? DIDIER GUILLAUME Aujourd'hui dans ce gouvernement, il y a des gens de droite, il y a des gens de gauche RENAUD DELY C'est déjà un gouvernement d'union nationale ? DIDIER GUILLAUME C'est peut-être un gouvernement de coalition nationale, dans lequel je suis aujourd'hui, auquel j'appartiens, parce que, que s'est-il passé quand même en 2017, si Emmanuel MACRON a été élu après avoir créé une organisation politique quelques mois avant, qui est un événement mondial, nulle part ça s'est passé ailleurs, c'est tout simplement que la crise était forte. Et il l'a dit, et là je l'ai soutenu très rapidement dès le premier tour, on ne peut plus continuer avec les anciens clivages. Si on est d'accord sur certain sujet entre la droite et la gauche, alors il faut le dire plutôt que de s'affronter et quand dans ce gouvernement il y a Edouard PHILIPPE, il y a Bruno LE MAIRE et il y a Gérald DARMANIN et puis il y a par exemple Didier GUILLAUME, Jean-Yves LE DRIAN ou d'autres, on voit bien qu'il y a des femmes et des hommes qui viennent de la droite, des femmes et des hommes MARC FAUVELLE Ca penche un peu plus à droite qu'à gauche. DIDIER GUILLAUME qui viennent, je ne crois pas, non qui viennent de la gauche MARC FAUVELLE Donc le sentiment d'être bien représenté RENAUD DELY Vous ne vous sentez pas un peu seul à venir de la gauche ? Vous n'êtes pas beaucoup ? DIDIER GUILLAUME Mais nous sommes nous sommes très nombreux. MARC FAUVELLE Bercy, c'est là que ça se joue. DIDIER GUILLAUME Justement ce qui se joue, ce n'est pas cela, ce qui se joue, c'est l'équilibre politique du gouvernement, ce sont les orientations politiques et peut-être celles qui seront données ce soir par le président de la République. MARC FAUVELLE Merci Didier GUILLAUME, vous restez avec nous, on se retrouve dans une minute. ( ) - Troisième et dernière partie de cet entretien avec le ministre de l'Agriculture Didier GUILLAUME et les questions de Renaud DELY. RENAUD DELY La FNSEA, Didier GUILLAUME, a appelé ses membres à manifester à partir d'aujourd'hui contre le matraquage fiscal. Est-ce que vous redoutez que les agriculteurs rejoignent les mouvements sociaux et les Gilets jaunes ? DIDIER GUILLAUME Non, je ne le redoute pas, ce ne sont pas les mêmes revendications. Les agriculteurs veulent se faire entendre dans un contexte de négociations commerciales avec les grandes surfaces, les industries et les producteurs RENAUD DELY C'est contre le gouvernement qu'ils manifestent, ce n'est pas contre la grande distribution ! DIDIER GUILLAUME On manifeste toujours contre le gouvernement, ça ce n'est pas le sujet, c'est vieux comme le monde. La question c'est que moi j'ai beaucoup parlé avec les uns et les autres, il n'y a pas de matraquage fiscal pour les agriculteurs, ce n'est pas vrai. Le budget de l'agriculture cette année, il a été maintenu et la fiscalité pour les agriculteurs a été baissée cette année, elle a été baissée fortement, notamment la taxe intérieure sur les produits le gazole non routier, bref ! Je ne vais pas à faire toute la liste. Mais ce qui se joue aujourd'hui là, ce sont les négociations commerciales. Et dans le cadre des états généraux de l'alimentation et de la loi Egalim, il avait été décidé de signer des ordonnances pour faire en sorte que la valeur soit mieux répartie entre les producteurs et les distributeurs. Ces ordonnances vont être présentées au Conseil des ministres de mercredi, elles seront en application dès le mois de janvier-février. Et donc pendant la durée des négociations, les agriculteurs pourront obtenir de meilleurs prix. RENAUD DELY Ces ordonnances, elles portent notamment sur la limitation des promotions dans la grande distribution et puis sur l'augmentation de 10 % du seuil de revente à perte. Ce sont des mesures qui vont écorner le pouvoir d'achat des consommateurs ! DIDIER GUILLAUME Non, ce sont des mesures qui vont mieux la richesse, la valeur, qui vont redonner du revenu aux agriculteurs qui aujourd'hui il n'y a pas une autre profession où on vend à perte, comme c'est le cas des agriculteurs. Donc il faut que les grandes surfaces, les industriels fassent une meilleure répartition ; et il ne devrait pas y avoir d'augmentation de des produits RENAUD DELY Ce n'est pas ce que dit Michel-Edouard LECLERC par exemple, Michel-Edouard LECLERC dit que ça va coûter cher aux consommateurs. DIDIER GUILLAUME Oui mais je crois que Michel-Edouard LECLERC est parti dans une campagne contre cette mesure, il était opposé aux états généraux de l'alimentation, alors que tout les autres sont plutôt favorables. Avançons dans cette direction, je crois que ce qu'il faut dire vraiment lorsqu'on a un produit, on va supprimer un certain nombre de promotions, on ne peut pas faire croire aux Français que lorsqu'on achète une côte de porc par exemple, on en a 2 gratuites ; ou lorsqu'on achète une bouteille d'huile, on en a 2 gratuites, ça ce n'est pas possible. Ce n'est pas ce que ça coûte mais c'est-ce que ça vaut, c'est la raison pour laquelle dès le 1er janvier, nous allons encadrer les promotions qui seront faites en valeur, c'est-à-dire qu'on n'aura pas le droit de faire un gratuit pour un acheté, il faudra un gratuit pour 2 achetés. Et puis nous allons faire un encadrement sur le RENAUD DELY Donc ça coûtera plus cher aux consommateurs. DIDIER GUILLAUME Mais non pas du tout parce qu'aujourd'hui MARC FAUVELLE Un gratuit au lieu de 2 DIDIER GUILLAUME Non mais nous réduisons les promotions. Aujourd'hui, il y a des promotions tout le temps dans les grandes surfaces MARC FAUVELLE Le fait de réduire les promotions, ça veut dire que le consommateur en aura moins pour la même somme. DIDIER GUILLAUME Il faut qu'il y ait moins il faut qu'il y ait moins de promotions et que les agriculteurs soient mieux rémunérés. C'est une large concertation qui a eu lieu il y a 18 mois, tout le monde a été d'accord pour partir dans cette direction. Moi j'affirme ce matin que ça va être mis en place et que si tout le monde joue le jeu, il n'y aura pas d'augmentation de prix dans les grandes surfaces. Il ne faut pas prendre les consommateurs en otage au détriment des agriculteurs. MARC FAUVELLE Didier GUILLAUME, on a tous en tête l'arrestation la semaine dernière d'une centaine de lycéens de Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, mains derrière la tête, placés à genoux après 3 jours de violence aux abords de ce lycée des Yvelines. La classe politique a condamné dans son ensemble ces images, tout en rappelant dans quel contexte elles avaient été filmées. Il y a une exception dans la classe politique, c'est quelqu'un vous connaissez bien là encore, c'est Ségolène ROYAL, on l'écoute. SEGOLENE ROYAL Il n'y a eu aucun blessé, il n'y a eu aucun problème, ces jeunes se sont retrouvés effectivement dans des postures que les plus anciens ça choque parce que ça rappelle peut-être d'autres images. Mais quand même soyons un peu un peu efficace et un peu concret, ça ne leur a pas fait de mal aussi à ces jeunes de savoir ce que c'est que le maintien de l'ordre, la police, se tenir tranquille, voilà ! Ca leur fera un souvenir. MARC FAUVELLE Ça leur fera un souvenir, vous êtes d'accord avec elle ? DIDIER GUILLAUME Non, c'est Ségolène ROYAL, on la connaît par coeur. Moi je n'ai pas été choqué par ces images MARC FAUVELLE Même votre collègue de l'Education Jean-Michel BLANQUER indique qu'il l'avait été. DIDIER GUILLAUME Je n'ai pas été choqué quand j'ai su qu'avant, il y a eu des jets de projectiles, de gaz lacrymogène, de cocktails Molotov, voire même peut-être d'une bouteille de gaz ouverte. Donc après cette image, elle est à oublier, ça aurait pu se passer différemment mais enfin, il fallait bien mettre les jeunes dans un coin protégés par la police, afin qu'ils ne fassent pas d'autres exactions. Je crois vraiment que par rapport à ce qui est en train de se passer dans les lycées, moi j'appelle à la plus grande fermeté par rapport à nos forces de police, mais à la plus grande sérénité et de la part de nos lycéens. Enfin jeter des cocktails Molotov sur la police, mais où va-t-on, où va-t-on ? Aujourd'hui il faut reprendre les vraies valeurs, le respect de la République, le respect des institutions et le respect de la jeunesse, parce que la jeunesse a droit à un avenir. Et dans les réponses qui doivent être apportées, comme le fait ce gouvernement depuis 18 mois et comme le fait Jean-Michel BLANQUER, il y a aussi des réponses à apporter à la jeunesse pour dire : vous avez un avenir. RENAUD DELY On a connu Didier GUILLAUME ce samedi à nouveau des violences à Paris notamment mais pas seulement, dans beaucoup de grandes villes de province, à Bordeaux, à Toulouse et ailleurs. Est-ce que vous pensez qu'on peut avoir un cinquième samedi de manifestations des Gilets jaunes samedi prochain ? DIDIER GUILLAUME Mais je ne sais pas, j'espère que non, j'espère que ce soir après l'intervention du président de la République, après le lancement des concertations, les choses vont se calmer parce que dans quel pays vivons-nous. Je crois d'ailleurs que ce n'est plus le problème des Gilets jaunes là ce que nous voyons, ce sont des gens qui viennent casser, qui viennent piller. J'ai vu des images à la télévision avec la bijouterie, avec le magasin GOOGLE etc., qui était totalement pillé MARC FAUVELLE APPLE. RENAUD DELY APPLE. DIDIER GUILLAUME APPLE, pardon ! Qu'est-ce que c'est cette histoire. Donc non, il faut que cela s'arrête et je veux vraiment remercier, féliciter Christophe CASTANER, le préfet de police de Paris et la police, de même que dans toutes les capitales régionales et les chefs-lieux de départements. C'est chaud de partout, mais il faut que ces violences s'arrêtent. Une chose, sont les revendications, la discussion qu'il faut avoir sur le terrain avec les Gilets jaunes, les Françaises et des Français ; une autre chose c'est ceux qui veulent renverser le régime, renverser le système et tout faire péter, ça ce n'est pas acceptable. MARC FAUVELLE Et ce sera le mot de la fin. Merci à vous Didier GUILLAUME DIDIER GUILLAUME Merci à vous. Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2018
La source — vie_publique · nº 207464
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/207464-didier-guillaume-10122018-gouvernement-face-contestation-gilets-jaunes?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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