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20 novembre 2018 · Gouvernement · France 2 · discours Discours

Interview de M. Christophe Castaner, ministre de l'intérieur, avec France 2 le 20 novembre 2018, sur le maintien de l'ordre face à la contestation concernant la hausse du prix des carburants.

Christophe Castaner (auteur), Caroline Roux (intervenant)

CAROLINE ROUXBonjour.LAURENT BIGNOLASVous recevez ce matin Christophe CASTANER.CAROLINE ROUXOui, le ministre de l'Intérieur qui durcit le ton, il a promis de rétablir l'ordre. De leur côté les Gilets jaunes ont promis de tenir, et ils appellent à affluer à Paris samedi.- Jingle -CAROLINE ROUXBonjour Christophe CASTANER.CHRISTOPHE CASTANERBonjour.CAROLINE ROUXQuel est le bilan de la nuit, combien de blocages reste-t-il ?CHRISTOPHE CASTANEREcoutez, ils sont en train, certains, de se reconstituer. Donc il y avait une dizaine de blocages, certains ont redébuté par des incendies sur une autoroute du côté de Bordeaux, par exemple vers 06h00, et puis il y a aussi des interventions qui ont eu lieu cette nuit pour libérer notamment des dépôts pétroliers, d'autres auront lieu dans les minutes qui viennent.CAROLINE ROUXHier soir, vous avez dit que les dépôts pétroliers seraient systématiquement dégagés, ce n'est pas le cas, il y en a qui sont encore bloqués, notamment on parle de celui d'Espinasse, près de Toulouse.CHRISTOPHE CASTANERMais je n'ai pas dit qu'ils seraient systématiquement dégagés en claquant des doigts, j'ai dit qu'ils le seraient systématiquement, trois l'ont été au moment où je parlais, deux l'ont été dans la soirée, d'autres le seront ce matin. L'objectif effectivement, qu'il n'y ait pas de blocages sur les points d'approvisionnements pétroliers.CAROLINE ROUXDans quelles conditions vous intervenez précisément ? On vient de voir dans le journal tout à l'heure, on la regardait ensemble, la carte de France avec des blocages quasiment partout, sur des autoroutes, notamment sur les voies de circulation. Comment est-ce que vous décidez d'intervenir, quels sont les arbitrages que vous faites ?CHRISTOPHE CASTANERD'abord, ça n'est pas le cas, il n'y a pas de des blocages partout, par contre c'est effectivement en fonction de la sensibilité du blocage. Un point de dépôt pétrolier c'est l'économie qui est en cause, et donc à ce moment-là nous essayons d'agir, quand il y a des risques à la population. Il y a eu cette nuit par exemple une intervention à Langueux. Langueux, c'est une occupation d'un centre commercial, avec des hommes à l'intérieur qui avaient des barres de fer, qui avaient des cocktails Molotov. Donc là oui, il y a une dangerosité, y compris pour la vie humaine, donc les forces de l'ordre sont intervenues. Aujourd'hui on voit bien qu'on a une dérive totale, d'une manifestation qui pour l'essentiel était bon-enfant samedi, et d'ailleurs, que nous avons laissée se dérouler le mieux possible, en mobilisant énormément de forces de l'ordre pour les protéger, les manifestants, et pourtant vous avez vu qu'il y a un très très grand nombre de blessés, d'ailleurs y compris sur nos forces de l'ordre, mais on y reviendra si vous le souhaitez, et aujourd'hui on voit qu'on a une radicalisation, avec des revendications qui ne seront plus cohérentes et qui vont dans tous les sens, et dont on sent bien que la volonté c'est de bloquer la France.CAROLINE ROUXDonc, il est temps que ça cesse, c'est ce que vous êtes venu nous dire ce matin.CHRISTOPHE CASTANEREt c'est ce que j'ai dit dès hier, aujourd'hui. Le droit de manifester est un droit essentiel, mon rôle de ministre de l'Intérieur c'est aussi de le garantir, mais nous devons l'encadrer, et le droit n'est pas celui de bloquer, de ne pas déclarer, de mobiliser des forces de l'ordre, de blesser des forces de l'ordre. 92 policiers, gendarmes, ont été blessés, 17 gravement. Vous vous rendez compte que c'est bientôt le même nombre de tout ce que nous avons connu au moment de l'évacuation de Notre-Dame-des-Landes pendant 3 mois. En 3 jours, il y a autant de blessés dans nos forces de l'ordre que pendant l'évacuation de Notre-Dame-des-Landes.CAROLINE ROUXC'est-à-dire que depuis hier soir vous êtes est en train de nous expliquer que ce mouvement se radicalise, que les Gilets jaunes sont violents. Ce n'est pas forcément le sentiment qu'on a, dans les images qu'on voit, dans les reportages qu'on fait ici même, certains Gilets jaunes accusent le gouvernement de vouloir discréditer le mouvement en expliquant justement que c'est un mouvement qui devient violent, qui se radicalise.CHRISTOPHE CASTANERMais allez voir les 17 blessés graves parmi nos forces de l'ordre. Allez voir ces trois policiers qui ont été blessés à coups de boules de pétanque, voilà la réalité. Mais il n'empêche qu'il y a des gens qui sont très pacifiques dans les Gilets jaunes, mais qui aujourd'hui, à mon sens, sont emportés par ceux qui sont plus radicaux. Donc moi j'invite justement celles et ceux qui veulent manifester, à rester dans un cadre légal. Nous sommes un pays de droit en France, une manifestation ça se déclare, non pas pour l'interdire, nous ne les interdisons quasiment jamais, mais pour les organiser, pour les encadrer, pour protéger celles et ceux qui sont dans la volonté de manifester.CAROLINE ROUXIls ne le font pas ?CHRISTOPHE CASTANERSamedi c'était à peu près 10 % des manifestations seulement qui avaient été déclarées, là où on a eu un « décès mortel », elle ne l'était pas, et depuis, aucune n'a été déclaré, celles qui ont eu lieu hier, celle qui ont lieu ce matin. On est aujourd'hui dans un système où effectivement CAROLINE ROUXÇa rend compliquée l'intervention des forces de police et le maintien de l'ordre. On a bien le sentiment, on l'entendait dans le journal tout à l'heure, qu'il y a, alors peut-être que l'expression est mal à propos, mais le jeu de chat et la souris, c'est-à-dire qu'en gros il y a un blocage qui est levé, un autre qui se crée ailleurs, ça rend compliquée l'intervention des forces de l'ordre qui sont déjà, à bout, peut-être pas, mais en tout cas très sollicitées on va dire.CHRISTOPHE CASTANERPremièrement, ça les rend compliquées, vous avez raison, et notamment parce que j'ai souhaité que systématiquement nous n'allions pas à la confrontation, que nous protégions aussi les manifestants, quelquefois contre eux-mêmes. Quand vous avez des femmes et des hommes qui envahissent une autoroute ouverte et qui se précipitent en courant au milieu de l'autoroute, quelque part on se rend compte que c'est eux-mêmes qui se mettent en danger. Hier, un motard a été très grièvement blessé, on est inquiet pour son pronostic vital, c'est ça la réalité de ce que nous vivons, et nos forces de l'ordre doivent assumer cela.CAROLINE ROUXQuelles sont les consignes que vous donnez aux préfets ?CHRISTOPHE CASTANERD'intervenir pour libérer systématiquement les lieux essentiels, de se concentrer sur les lieux essentiels, mais de commencer par négocier, par demander aux gens de partir, d'éteindre les incendies, de poser les armes par destination quand il y en a, et ensuite de sécuriser ces lieux, toujours dans la discussion, mais aujourd'hui il y aura des contrôles d'identité, il y aura des verbalisations, hier CAROLINE ROUXDes interpellations.CHRISTOPHE CASTANERDes interpellations. Hier une personne a déjà fait l'objet d'une condamnation à 4 mois de prison ferme à Strasbourg.CAROLINE ROUXC'est sévère.CHRISTOPHE CASTANERC'est sévère, mais d'abord il a cumulé un grand nombre d'infractions, il était connu par les juges, et d'autre part il a interrompu la circulation sur une autoroute en service, c'est ça la réalité aussi. Vous imaginez celles et ceux qui sur l'autoroute voient débarquer 5 personnes, parce que c'était 5 personnes qui neutralisent toute une autoroute. Aujourd'hui il y a des points de blocage qui sont tenus par 5, 10 personnes, et qui vont empêcher d'aller travailler, d'aller à l'école, un millier de personnes dans le village, c'est aussi ça dont on parle.CAROLINE ROUXÇa va durer Christophe CASTANER ?CHRISTOPHE CASTANERMoi je ne souhaite pas que ça dure, je pense que les manifestants ont été entendus par une mobilisation de près de 280 000 personnes, nous avons fait le choix de la transparence au fil de la journée, de les protéger systématiquement, mais il faut comprendre que pendant ce temps-là notre pays est en risques, en risques en matière de sécurité, en risque en matière de terrorisme, et donc il nous faut aussi penser que nos forces de l'ordre, franchement, sont mieux mobilisées pour garantir la sécurité de nos concitoyens, que pour anticiper ou pour courir derrière des gens qui veulent bloquer des ronds-points.CAROLINE ROUXQuand vous entendez que le mot d'ordre c'est de venir à Paris pour demander la démission d'Emmanuel MACRON, on entend même « couper la tête du roi », c'est des choses qu'on lit sur les réseaux sociaux en ce moment, est-ce que vous allez autoriser la manifestation de samedi ?CHRISTOPHE CASTANEREncore faudrait-il qu'elle soit demandée.CAROLINE ROUXElle n'est pas demandée ?CHRISTOPHE CASTANERAujourd'hui il n'y a aucune demande de manifestation, donc j'invite les organisateurs à entrer en contact avec le préfet de police et nous conviendrons ensemble du lieu qui en termes de sécurité sera le plus adapté pour cela. Sur la place de la Concorde, on est en bord de Seine, et traditionnellement nous ne voulons pas de manifestations sur ce lieu-là.CAROLINE ROUXQuand le Premier ministre a parlé d'anarchie, vous l'avez pris pour vous ?CHRISTOPHE CASTANERNon, je ne crois pas, je pense qu'il l'a pris plutôt pour celles et ceux qui fabriquent des cocktails Molotov, celles et ceux qui ont des barres de fer. Je pense là qu'il faut aujourd'hui regarder cette situation de dérive.CAROLINE ROUXEt c'est normal que des manifestants arrivent à 200 m de l'Elysée ?CHRISTOPHE CASTANERComme à l'essentiel des manifestations, j'ai bien vu que la Presse s'était emballée sur ce sujet. Il y a un périmètre de sécurité, classique, qui doit remonter à une petite dizaine de ministres de l'Intérieur dans son antériorité, et qui a été tenu, et tenu dans de bonnes conditions.CAROLINE ROUXDonc ça veut dire que s'il y a une manifestation autorisée samedi, ils pourront accéder aussi à 200 m de l'Elysée, vous trouvez ça normal.CHRISTOPHE CASTANERAh mais attendez, on peut aussi interdire aux piétons de se balader dans Paris, mais dans ce cas-là vous m'inviterez lundi prochain et vous m'en ferez le reproche.CAROLINE ROUXPeut-être.CHRISTOPHE CASTANERAllez, la question maintenant c'est sortir du mouvement par la haut, Jean-Yves LE DRIAN propose notamment la création d'un Observatoire de l'inégalité, votre prédécesseur Gérard COLLOMB a tweeté : « il faut plus que jamais être à l'écoute de nos territoires, rassembler nos concitoyens ». Comment on sort de ce qui ressemble à un bras de fer, entre le gouvernement qui tient sur un cap politique d'un côté, et des Gilets jaunes qui estiment qu'ils ne sont pas entendus et qui demandent tout simplement la suspension des augmentations, même la suppression des augmentations de carburant 1er janvier ?CHRISTOPHE CASTANERAh non, ils ne demandent pas que ça. Vous avez évoqué le fait qu'ils voulaient la tête du roi, ils demandent l'abolition du Sénat, j'ai lu Le Parisien ce matin qui a fait la liste de toutes les demandes qui sont faites, qui sont à la fois moins d'impôts, plus de dépenses publiques. Donc à un moment donné, quand vous êtes en responsabilité, vous devez faire des choix, celui effectivement de privilégier la sortie du tout pétrole, c'est un choix, c'est peut-être un choix impopulaire, on peut en assumer, mais vous savez la vraie question que vous me posez, c'est savoir si chaque fois qu'il y a une manifestation, quand on réforme et quand on transforme ce pays, il faut cesser. Ce gouvernement a été mis en place pour mener un certain nombre de réformes, nous l'avons fait sur la SNCF, nous l'avons fait sur Notre-Dame-des-Landes, un dossier qui depuis 50 ans était encarafé, comme on dit chez moi. Bon, on l'a traité, on l'a abordé, on la fait avec les forces de l'ordre pour évacuer le site, aujourd'hui c'est le cas à la SNCF, je crois que les Français attendaient cette réforme, c'est le cas.CAROLINE ROUXLa ligne, c'est tenir.CHRISTOPHE CASTANERLa formation professionnelle, le droit du travail, autant de sujets sur lesquels, à chaque fois, si nous avions écouté les manifestations ponctuelles, nous n'aurions rien fait. Je pense que nous sommes là pour agir et transformer et pour réparer ce pays.CAROLINE ROUXOn a compris que la ligne ce matin c'est tenir. Un mot sur Carlos GHOSN. Le patron de RENAULT NISSAN a été interpellé hier au Japon pour fraude fiscale, dissimulation de revenus, je rappelle que l'Etat est actionnaire de RENAULT. Peut-il, est-ce que vous imaginez Carlos GHOSN rester dans ses fonctions, en l'état, à la tête de RENAULT ?CHRISTOPHE CASTANERD'abord, moi je pense aux 181 000 salariés de RENAULT, aux 470 000 du groupe dans lequel RENAULT est, qui aujourd'hui sont dans l'instabilité et donc il y a une procédure au Japon sur laquelle nous n'avons aucun élément, il faudra en tirer toutes les conclusions. En attendant je laisse la justice du Japon faire et nous sommes en confiance avec cette justice.CAROLINE ROUXOn apprend qu'une attaque au couteau a eu lieu dans un commissariat central en Belgique, le président MACRON est sur place. Est-ce que vous avez des informations ?CHRISTOPHE CASTANERNon, je n'ai pas beaucoup plus d'informations que celles que vous avez. Le président est sur place effectivement, mais il n'y a aucun rapport semble-t-il entre la présence du président français et cette attaque au couteau, mais la Belgique comme la France, sont soumis à un risque terroriste élevé, nous le vivons hélas tous les jours.CAROLINE ROUXMerci beaucoup Christophe CASTANER.CHRISTOPHE CASTANERMerci beaucoup.Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 novembre 2018
La source — vie_publique · nº 207316
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