Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à Europe 1 le 22 octobre 2018, sur l'économie numérique, le cyber harcèlement et la taxation des géants du numérique.
Mounir Mahjoubi (auteur)
DAVID DOUKHANBonjour Mounir MAHJOUBI.MOUNIR MAHJOUBIBonjour.DAVID DOUKHANComme nous tous, vous avez été stupéfait par ces images, cette vidéo d'un lycéen à Créteil qui menace sa professeure avec une arme factice. Le gouvernement s'est emparé du sujet, porte un discours de très grande fermeté. Le Président de la République lui-même a demandé à ses ministres de faire en sorte que ces faits soient punis ; ce sont les mots qu'il a choisis. Et Jean-Michel BLANQUER ce matin dans Le Parisien dit qu'il va rétablir l'ordre. Voilà pour le discours. La réalité, c'est que le jeune homme est mis en examen, il risque trois ans et demi de prison. La question est simple : est-ce qu'il faut qu'il aille en prison ce jeune homme ?MOUNIR MAHJOUBICe n'est certainement pas à moi de dire s'il doit aller en prison. Par contre, ma réponse est de vous dire qu'il faudra être très ferme pour que jamais cela ne se reproduise. Ce qu'a annoncé Christophe CASTANER en commun avec Jean-Michel BLANQUER, c'est des propositions pour que et à la fois par l'éducatif et par la sanction, ramener le rôle de la sanction : la sanction dans l'établissement et la sanction judiciaire quand il le faut.DAVID DOUKHANLa sanction dans l'établissement, c'est d'être exclu dans le cas de ce lycéen.MOUNIR MAHJOUBIOui. Mais vous savez que pendant trop longtemps, on a eu peur de faire les conseils de discipline. On a eu peur de faire ces sanctions parce qu'après, il y avait une omerta sur l'établissement.DAVID DOUKHANUne mauvaise réputation sur l'établissement, oui.MOUNIR MAHJOUBIL'objectif de monsieur BLANQUER, c'est de ramener le rôle de la sanction. C'est de redire qu'il y a des choses qui sont intolérables. Ce qu'on a vu là, c'est extrêmement grave. Il y a plein de petites actions de violence qu'on ne doit pas accepter et donc, son plan d'action est dans la continuité de ce qu'il a lancé depuis déjà plus d'un an et là, on va aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite.DAVID DOUKHANVous avez une opinion de citoyen, Mounir MAHJOUBI. Est-ce que les faits, les gestes dont on a pu être témoin méritent la prison ? C'est une question simple. Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?MOUNIR MAHJOUBIVous aviez juste avant, à ma place, un avocat assis dans cette chaise. Moi, je crois d'abord et avant tout à la justice. Donc je veux que la justice soit saisie : elle est saisie. Je veux qu'il y ait une enquête qui aille jusqu'au bout. Il y a celui qui a sorti le pistolet mais il y a celui qui a filmé. Il y a celui qui est allé faire le mariole juste derrière en sautillantDAVID DOUKHANDes doigts d'honneur.MOUNIR MAHJOUBIEt des doigts d'honneur. Donc ces trois-là, il faut qu'on les écoute. Ces trois-là, il faut qu'on sache ce qu'ils ont fait mais il y en a plusieurs, là, qu'il faut sanctionner. Donc c'est surtout ça que je veux et je veux que ce soit un juge et des enquêteurs qui le fassent.DAVID DOUKHANJustement, une question au spécialiste du numérique. Le ministre de l'Education laisse entendre que peut-être ces gestes, ces actes peuvent être motivés justement par le fait de faire une vidéo et de la diffuser sur Internet. C'est quelque chose qui se passe ça ?MOUNIR MAHJOUBIC'est quelque chose de nouveau et quelque chose de très inquiétant. Les réseaux sociaux, aujourd'hui le fait d'avoir un téléphone portable connecté à Internet concerne quasiment 100 % des jeunes de plus de seize ans. Donc il y a de nouveaux comportements de violence qui sont liés à la présence des réseaux sociaux et à la capacité à partager sur les réseaux sociaux.DAVID DOUKHANAlors qu'est-ce que vous faites ?MOUNIR MAHJOUBIDans de nombreux établissements, il y a des actes de cyber harcèlement qui ont remplacé le harcèlement scolaire traditionnel, qui ont remplacé le racket physique. On rackette virtuellement. Donc aujourd'hui, face à un phénomène nouveau, il faut des solutions nouvelles.DAVID DOUKHANLesquelles ?MOUNIR MAHJOUBICe matin sur une autre radio, Jean-Michel BLANQUER a évoqué l'idée d'interdire, de prolonger l'interdiction du téléphone portable qui est interdit au collège jusqu'au lycée.DAVID DOUKHANC'est déjà le cas. Les lycées peuvent le faire, les lycées peuvent interdire mais ne le font pas. Alors vous leur dites : « Faites-le », vous le dites aux proviseurs.MOUNIR MAHJOUBIIls peuvent le faire mais ce phénomène, je dois vous le dire, il est nouveau. Quand j'ai fait la tournée des établissements dans la circonscription où j'ai été élu, les chefs d'établissement me disaient : « Nous, on a des nouveaux cas, des choses qu'on n'avait jamais vues avant de cas de harcèlement massif par les réseaux sociaux et il a fallu qu'on se forme nous-mêmes. » La communauté des profs et la communauté scolaire dans son ensemble ne comprenaient pas le phénomène. Ça date d'il y a deux-trois ans, ces nouveaux phénomènes de harcèlement.DAVID DOUKHANDonc il faut aider les professeurs, il faut les former. C'est ça que vous dites ce matin ?MOUNIR MAHJOUBIIl faut les former, les accompagner. Il faut que jamais ils restent dans le silence et il faut qu'ils comprennent que quand cela arrive, rien n'est tolérable. Ce qui se passe sur Internet est très grave comme dans l'espace physique.DAVID DOUKHANParlons du dossier peut-être le plus chaud qui est sur votre bureau. Emmanuel MACRON reçoit demain à l'Elysée Tim COOK, le patron d'APPLE. Qu'est-ce qu'il faut lui dire au patron d'APPLE ? Il faut lui dire : « Maintenant, il faut payer des impôts en Europe, en France » ?MOUNIR MAHJOUBIIl faut lui dire tous les messages. Il faut lui dire : « Merci d'investir en France quand vous créez des emplois »
DAVID DOUKHANOn commence par « merci ».MOUNIR MAHJOUBIMais non ! Laissez-moi aller jusqu'au bout. « Merci d'innover, d'offrir des produits que les Français aiment beaucoup. » Pourquoi est-ce qu'on s'inquiète de ces géants ? Parce que la majorité des Français achètent leurs produits et les adorent. On dit merci pour ça. Et puis on dit : « Maintenant que vous êtes dans les poches de millions de Français, maintenant que vous êtes présents sur les ordinateurs de millions de Français, vous avez une responsabilité. Une responsabilité en tant qu'entreprise vis-à-vis des autres entreprises. » Et d'ailleurs, j'ai proposé au président de la République d'aborder le sujet des PME françaises qui vendent leurs produits et leurs services à travers les Stores de APPLE et de poser la question de la relation vis-à-vis de ces petits acteurs. Parce qu'aujourd'hui, ces grandes plateformes ont deux choix : soit de bouffer tout le monde, soit de détruire toutes les économies dans chacun des secteurs, soit d'être un accélérateur pour tous. Et donc, entre un chemin vertueux et un chemin destructeur, nous on souhaite que ces acteurs innovent et qu'ils soient dans un schéma vertueux qui va permettre à d'autres de réussir en même temps.DAVID DOUKHANMais ça, c'est un discours qui est argumenté, qui est bien dit mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui l'Europe ne parvient pas à se mettre d'accord sur l'idée d'une taxation de ces géants du numérique, ce qu'on appelle les GAFA : GOOGLE, AMAZON, FACEBOOK et APPLE. Il y a un deadline qui est la fin de l'année. Est-ce que vous, vous êtes, Mounir MAHJOUBI, optimiste sur l'idée que l'Europe va enfin réussir à se mettre d'accord ? On sait très bien que le Luxembourg, l'Irlande sont vent debout contre cette idée.MOUNIR MAHJOUBIVous avez raison. Concernant ces GAFA, ces grandes entreprises internationales du numérique, le dernier grand sujet sur lequel l'Europe doit se mettre d'accord, c'est la fiscalité. Mardi, Bruno LE MAIRE à Strasbourg va échanger avec des parlementaires. Il va faire un appel aux citoyens en disant qu'aujourd'hui nous, on en a la conviction - les citoyens d'Europe n'en peuvent plus. Ils ne comprennent pas que des boîtes qui font leur chiffre d'affaires dans nos pays
On parle quand même de boîtes qui font un chiffre d'affaires France vers France, c'est-à-dire des clients français qui parlent à d'autres entreprises françaises, et où toute la valeur ajoutée part dans le vide sans payer d'impôts. Donc ce système n'est plus acceptable, mais est-ce qu'il est illégal ? Absolument pas. C'est de notre faute.DAVID DOUKHANMais est-ce qu'on va y arriver, Mounir MAHJOUBI ?MOUNIR MAHJOUBIJe pense que oui et Bruno LE MAIRE est extrêmement actif sur ce sujet. Il nous reste quelques pays à finir de convaincre. Ceux qui étaient radicalement contre sont aujourd'hui dans le « oui mais ». Dans ce « mais » là, cet interstice de vérité, on est en train de négocier, de proposer, et certains pays qui étaient vraiment dans le « non » aujourd'hui nous disent : « Ecoutez, donnez-nous ça et on ira avec vous. »DAVID DOUKHANLe secrétaire d'Etat au Numérique optimiste sur l'idée que l'Europe puisse enfin taxer à leur juste hauteur les géants du numérique.MOUNIR MAHJOUBIOptimiste et très exigeant.DAVID DOUKHANMounir MAHJOUBI, vous avez toujours envie d'être maire de Paris ?MOUNIR MAHJOUBIAujourd'hui, ça n'est absolument pas le sujet. Vous voyez les urgences
DAVID DOUKHANPardon ? Ah bon ?MOUNIR MAHJOUBIMais la mairie de Paris, c'est dans combien de temps ?DAVID DOUKHANC'est dans deux ans.MOUNIR MAHJOUBIC'est dans deux ans : vous voyez que c'est dans très longtemps.DAVID DOUKHANVous plaisantez ? C'est vous qui exprimez cette envie depuis le mois de septembre, je crois, dans une interview au Figaro.MOUNIR MAHJOUBIJ'ai été élu député à Paris. Je suis né, j'ai grandi à Paris. Le mouvement que j'ai participé à co-créer, La République en Marche, est en train de construire un collectif à Paris pour avancer vers ces deux années. Evidemment que j'y suis très actif, évidemment que je participe à « Paris et moi », la grande initiative qu'on a lancée pour partir à l'écoute des Parisiennes et des Parisiens. J'y étais encore le week-end dernier pour avancer sur le bilan. On se posera
DAVID DOUKHANJe vous pose la question parce que
MOUNIR MAHJOUBIJe ne vais pas vous mentir : il y a plein de candidats
DAVID DOUKHANMounir MAHJOUBI, c'est vous. C'est vous qui avez mis en avant cette idée. Alors il y a Benjamin GRIVEAUX, il y a vous. J'apprends que Cédric VILLANI aussi, le député, veut être candidat. Non, mais j'ai une question à vous poser, Mounir MAHJOUBI.MOUNIR MAHJOUBIVous m'en avez déjà posé une mais vous n'aimez pas ma réponse.DAVID DOUKHANVous êtes ministre au même titre que Benjamin GRIVEAUX. Vous n'avez pas du travail au gouvernement, au service des Français, avant de vous intéresser aux élections municipales ?MOUNIR MAHJOUBIJustement, je vous dis que ce n'est pas le moment et parce que je vous dis « non », vous me dites
DAVID DOUKHANDonc vous avez changé d'avis.MOUNIR MAHJOUBIVous avez bien entendu depuis le début de cette interview que je suis au boulot, qu'il y a de très nombreux sujets : sur la place des grandes entreprises numériques en France, sur comment on aide nos PME françaises à traverser cette transition numérique, sur comment on protège nos plus jeunes du contenu violent en ligne.DAVID DOUKHANDonc vous n'êtes plus candidat.MOUNIR MAHJOUBICe n'est pas le moment d'être candidat à Paris.DAVID DOUKHANVous êtes refroidi. L'ambition refroidie, j'ai l'impression.MOUNIR MAHJOUBIFace aux enjeux que traverse notre société aujourd'hui, face aux enjeux internationaux du numérique, il faut être pleinement à sa tâche.DAVID DOUKHANUn dernier point rapide
MOUNIR MAHJOUBIEtre pleinement à ma tâche, c'est aussi être à Paris tous les jours parce que j'y habite et que j'y vis.DAVID DOUKHANUn dernier point rapide toujours dans le domaine de l'ambition. Marlène SCHIAPPA veut être déléguée générale d'En Marche, elle veut diriger votre mouvement. On peut à la fois être délégué général d'En Marche et rester ministre ? On a vu que ça n'avait pas trop marché avec CASTANER.MOUNIR MAHJOUBIJe crois que cette question lui a été posée, qu'elle a répondu que c'était une question très légitime et qu'elle se la posait aussi.DAVID DOUKHANMais vous, vous en pensez quoi ? On peut ou pas cumuler ?MOUNIR MAHJOUBIJe pense que notre mouvement, il a besoin de beaucoup d'amour et il a besoin de quelqu'un qui y consacre énormément de temps et de quelqu'un qui a envie de consacrer toute son énergie à la transformation de notre mouvement.DAVID DOUKHAN100 % ?MOUNIR MAHJOUBIBeaucoup de son énergie.DAVID DOUKHANMerci Mounir MAHJOUBI.MOUNIR MAHJOUBIBonne journée.DAVID DOUKHANBonne journée.NIKOS ALIAGASMerci d'avoir été notre invité.Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 octobre 2018
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vie_publique · nº 207066
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