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18 janvier 2018 · Gouvernement · Europe 1 · discours Discours

Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 18 janvier 2018, sur le choix par le Gouvernement de l'aménagement de l'aéroport de Nantes-Atlantique.

Christophe Castaner (auteur), Patrick Cohen (intervenant)

PATRICK COHENBonjour Christophe CASTANER.CHRISTOPHE CASTANERBonjour.PATRICK COHENHélène JOUAN, la chef du service politique d'Europe 1 est revenue dans ce studio pour vous interpeller à la fin de notre entretien. Les zadistes ont gagné ?CHRISTOPHE CASTANERNon, les zadistes n'ont pas gagné.PATRICK COHENAh bon ? Ce n'est pas ce qu'on a entendu dans le journal !CHRISTOPHE CASTANERNon, mais il y a eu hier deux décisions. La première était d'abandonner ce projet qui était daté, dépassé, qui avait 50 ans, et vous savez comme moi qu'il a été conçu au départ pour gérer le Concorde vers New York, puis PATRICK COHENNon, non CHRISTOPHE CASTANERSi, si.PATRICK COHENIl a été mis en sommeil pendant 25 ans et relancé par le gouvernement Jospin en 2000, octobre 2000.CHRISTOPHE CASTANERMonsieur Patrick COHEN, vous savez comme moi qu'au départ il était sur, premièrement le projet de lier la France, Nantes, avec New York, à travers le Concorde, puis comme une extension de la zone aéroportuaire de Paris et, au fond, correspond à un modèle daté, dépassé. Ça ne correspond pas non plus à ce leadership mondial que nous voulons porter sur une économie tournée vers l'environnement, qui consiste à dire on va faire un aéroport dans un bocage. Et, deuxième décision, qui a été prise hier, et donc les zadistes n'ont pas gagné, c'est l'évacuation de la ZAD, et donc il y aura l'évacuation de la ZAD, les zadistes n'ont pas gagné.PATRICK COHENCe n'est pas du tout ce qu'a dit Edouard PHILIPPE, il a parlé d'une opposition exacerbée, c'est ça qui expliquait l'abandon du projet. Opposition exacerbée, c'est bien les zadistes !CHRISTOPHE CASTANERNon, il a fait une conférence de presse d'une petite trentaine de minutes, dans laquelle il a abordé aussi cette tension-là, mais ce qui compte .PATRICK COHENLa décision n'a pas été influencée par les actions illégales et un chantage à la violence ?CHRISTOPHE CASTANERMais bien sûr qu'elle a été influencée, vous savez pourquoi ? Parce que depuis bientôt 10 ans ce projet est, comme on dit dans le Sud, « encarafé », et il est « encarafé » pourquoi ? Parce qu'il y a eu cette occupation-là. Celles et ceux qui aujourd'hui disent, il suffisait de claquer des doigts pour avoir une décision, auraient dû la prendre jusque-là, ça n'a pas été le cas, parce qu'il y a eu cette opposition, mais on aurait pu prendre une décision militaire, une décision d'autorité politique, pour montrer que, oui, vous voyez, on a de l'autorité et donc j'évacue immédiatement. Mais dès que nous avons PATRICK COHENPour respecter simplement l'Etat de droit, la légalité, et aussi l'avis des forces politiques locales, les élus locaux.CHRISTOPHE CASTANERMais Monsieur Patrick COHEN, est-ce que vous ne pensez pas que l'essentiel du sujet c'est de savoir si cet aéroport était bon ou pas pour la France, vu qu'il s'agit d'un projet national.PATRICK COHENEt pour le Grand Ouest ?CHRISTOPHE CASTANERMais, le Grand Ouest c'est la France aussi. Donc, notre sentiment PATRICK COHENOui, vous avez entendu les élus du Grand Ouest.CHRISTOPHE CASTANERNotre sentiment est que nous avons la possibilité aujourd'hui d'assurer le développement du Grand Ouest, et donc de la France aussi, en développant l'aéroport de Rennes Saint-Jacques et l'aéroport de Nantes, et en évitant de faire un aéroport au milieu d'un bocage.PATRICK COHENContre l'avis de la plupart des élus locaux, et des collectivités.CHRISTOPHE CASTANEROui, parce que depuis 10 ans, 15 ans, pour ceux qui sont en place depuis ce moment-là, ils ont défendu un seul projet, parce que depuis le début on nous a dit il n'y a pas de solution alternative. Aujourd'hui on voit qu'on a une solution alternative. Alors, est-ce qu'il fallait, au nom de l'autorité, et peut-être de la petite politique, dire « je vais jusqu'au bout, je tiens bon, j'évacue la ZAD et, vous voyez, moi j'ai de l'autorité », et négliger le fait que cet aéroport était aujourd'hui un projet dépassé ? Moi je pense que ce qui compte c'est le fond. Cet aéroport était-il bon ? Il n'était pas bon pour la France, et y compris pour le territoire.PATRICK COHENLes maires, présidents de région, présidents de département, c'est de la petite politique Christophe CASTANER ?CHRISTOPHE CASTANERNon. La petite politique, Monsieur COHEN, vous m'avez bien entendu, je disais la petite politique c'est de vouloir faire de l'autorité pour de l'autorité, c'est de négliger le fond des décisions. Aujourd'hui il y a une décision prise, c'est celle de ne pas faire Notre-Dame-des-Landes, de développer le Grand Ouest à travers les deux aéroports qui existent déjà et qui doivent être aménagés, et d'autre part, c'est d'évacuer la ZAD parce que le non-droit c'est fini.PATRICK COHENC'est un peu le retour du pouvoir central après des années de décentralisation, Christophe CASTANER ?CHRISTOPHE CASTANERMais, vous savez, moi je crois profondément à la décentralisation, par contre je sais une chose, j'ai été élu pendant longtemps, c'est que la question de l'évaluation, chez les élus, elle n'est pas toujours permanente, et que quand vous vous battez pendant 10 ans sur un projet, vous avez beaucoup de mal à vous rendre compte qu'il n'est pas forcément le bon.PATRICK COHENIls se sont aveuglés eux-mêmes, c'est ça, avec ce projet ?CHRISTOPHE CASTANERMais vous savez comme moi que ce projet partageait beaucoup. J'ai entendu hier l'ancien président du Conseil général de Vendée PATRICK COHENC'est l'exception vendéenne, vous le savez très bien.CHRISTOPHE CASTANERNon, mais je lisais, il y a quelques années le président PATRICK COHENPhilippe DE VILLIERS.CHRISTOPHE CASTANEROui, mais je lisais il y a quelques années le président RETAILLEAU, qui nous expliquait que l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'était pas son combat, je le cite, à ce moment-là, dans une cérémonie de voeux, où il disait ça, et Jean-Marc AYRAULT était Premier ministre, vous pourrez retrouver ça sans difficulté.PATRICK COHENEnfin, il a défendu l'aéroport, face à Emmanuel MACRON, dans une émission télé, sur France 2, en avril, à un mois du premier tour de l'élection présidentielle, vous vous en souvenez !CHRISTOPHE CASTANERSauf que 3 ans plus tôt il défendait l'inverse en disant, je recite : l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'est pas notre combat. Donc voyez comme quoi la question politique ne doit pas dépasser celle qui compte. Est-ce que cet aéroport était un bon projet ou pas ? La réponse est non, c'était un projet daté.PATRICK COHENEn tout cas, puisque je viens d'y faire allusion, il y a une phrase qu'Emmanuel MACRON ne pourra plus dire, c'est : « je fais ce que je dis. »CHRISTOPHE CASTANERLà encore, je pense qu'on peut se tromper, mais non pas dans le propos d'Emmanuel MACRON, mais dans votre lecture, parce qu'il a dit « je respecterai, non pas le référendum, mais la consultation », mais la consultation elle s'est faite sur une seule proposition : êtes-vous pour ou contre Notre-Dame-des-Landes. Dès lors qu'on établit PATRICK COHENNon, non, non, vous voulez qu'on rediffuse, écouter l'enregistrement de l'émission de France 2 ? Non, non, il a clairement dit qu'il respecterait le résultat de la consultation populaire.CHRISTOPHE CASTANEROui, qui posait une question : êtes-vous pour ou contre Notre-Dame-des-Landes ? Si vous aviez posé la question, avec les éléments que nous avons aujourd'hui, il y a deux solutions possibles, une, la solution Nantes, une, la solution Notre-Dame-des-Landes, je pense que le choix aurait été différent.PATRICK COHENEnfin là vous refaite l'histoire. Ce n'est pas le premier grand reniement du président ?CHRISTOPHE CASTANERMais, vous êtes sur le détail PATRICK COHENNon, ce n'est pas un détail, beaucoup de commentateurs pensent que c'est un marqueur du quinquennat et que c'est une décision très importante.CHRISTOPHE CASTANERMais moi je ne suis pas là pour commenter les commentaires, mais une chose est sûre, c'est que ce qui compte c'est la décision de fond. Moi je vous le dis, si, au moment du référendum ou de la consultation on avait posé un choix, en disant vous avez le choix entre ce grand aéroport au milieu du bocage à Notre-Dame-des-Landes ou un plan B - c'est ce qu'a démontré l'étude qui a été faite par trois experts, pendant 6 mois, qui ont travaillé – oui il existe une solution alternative qui permet d'éviter de faire ce nouvel aéroport, je suis intimement convaincu que la décision aurait été pareil. Emmanuel MACRON s'est prononcé sur la base de ce que nous savions, le projet Notre-Dame-des-Landes et la consultation, nous savons, depuis, qu'il y a un plan B, est-ce qu'il fallait l'évacuer ce plan B ?PATRICK COHENVous venez de dire, Christophe CASTANER, Emmanuel MACRON s'est prononcé, c'est donc bien une décision d'Emmanuel MACRON. Pourquoi on ne l'a pas entendu hier, pourquoi c'est Edouard PHILIPPE qui a pris la parole ?CHRISTOPHE CASTANERNon, mais Emmanuel MACRON a dit qu'il était totalement solidaire de la décision du gouvernement et du Premier ministre, on en a parlé PATRICK COHENC'est une décision du gouvernement ? Vous venez de dire le contraire là !CHRISTOPHE CASTANERNon, du gouvernement et du Premier ministre.PATRICK COHENVous venez de dire que c'est une décision d'Emmanuel MACRON.CHRISTOPHE CASTANERNon. Hier nous étions en Conseil des ministres, vous le savez, c'est à la sortie du Conseil des ministres qu'Edouard PHILIPPE a fait sa conférence de presse, est-ce que vous imaginez une seconde qu'il n'en n'a pas parlé avec le président de la République, franchement ? La réponse est évidemment qu'ils en ont parlé. Par contre, le Premier ministre dirige le gouvernement, il a mené les consultations, il a rencontré près de 107 élus, il a pris le temps de discuter avec tous, il porte, il incarne cette décision, nous en sommes solidaires, et le président de la République l'approuve.PATRICK COHENEt il s'est gentiment dévoué pour aller lui-même annoncer cette décision, le Premier ministre, à la place du président de la République.CHRISTOPHE CASTANERCe n'est pas gentiment dévoué, Monsieur COHEN, il fait son boulot, son boulot de Premier ministre, il négocie, il discute, il entend, il décide.PATRICK COHENÇa va nous coûter combien Christophe CASTANER, vous avez commencé à sonder le groupe VINCI sur ses prétentions, sur le dédit que l'Etat devra verser ?CHRISTOPHE CASTANEROn n'a pas sondé, on va ouvrir la discussion immédiatement, elle s'est faite dès hier, on va discuter avec le groupe VINCI. Je vous rappelle que dans le contrat il y a la possibilité que le contrat soit rompu pour des causes exceptionnelles, on peut considérer que nous sommes dans ces causes-là, il y aura des discussions PATRICK COHENAh bon!CHRISTOPHE CASTANERC'est prévu, il y a évidemment cette clause-là qui est prévue, il y aura une discussion globale.PATRICK COHENQuelle est la situation exceptionnelle qui pourrait justifier l'absence de versement de dédit ?CHRISTOPHE CASTANERLe fait que ce projet, qui a été lancé à un moment donné, n'est plus d'actualité, peut être une circonstance exceptionnelle, le fait que vous avez des changements de pratiques aéroportuaires et aériennes, ça peut être un élément, tout ça sont des éléments de discussion.PATRICK COHENJe rappelle que dans le rapport d'experts il est calculé à peu près que VINCI serait fondé à réclamer quelque 350 millions d'euros à l'Etat, c'est une formule mathématique en fonction des bénéfices qui auraient pu être faits par le groupe.CHRISTOPHE CASTANEREn fait c'est un des experts qui s'est exprimé sur ce sujet, et qui a appliqué PATRICK COHENNon, je crois que c'est ce n'est pas dans le rapport ?CHRISTOPHE CASTANERC'est un des experts, mais peu importe. De toute façon, VINCI va négocier, l'Etat va négocier, mais je préfère vous dire que, comme il s'agit d'argent public, on va tout faire pour effectivement que l'indemnisation corresponde aux engagements financiers de VINCI, et c'est légitime, mais que ça coûte le moins cher aux contribuables.PATRICK COHENDonc moins de 350 millions, en tout état de cause ?CHRISTOPHE CASTANERA l'heure qu'il est j'en suis intimement convaincu.PATRICK COHENA quelles conditions, à l'avenir, pourra-t-on mener au bout un grand projet d'aménagement ? Qu'est-ce qu'on peut faire de plus et de mieux qu'une enquête d'utilité publique, une consultation populaire, des dizaines de décisions de justice, des consultations pendant des années et des années, etc.,etc. ?CHRISTOPHE CASTANERD'abord éviter qu'on ait des situations comme celle de la ZAD qui se reproduisent, parce que, la réalité c'est quoi ? C'est que les premières personnes qui se sont installées sur ce site ça remonte à la fin des années 2000, 2010 PATRICK COHEN2010, oui.CHRISTOPHE CASTANEREt donc, à partir de là, il n'est plus question de laisser aujourd'hui s'installer ce genre de chose, qu'après vous avez beaucoup de mal à traiter.PATRICK COHENC'est dommage, parce qu'à Bure, par exemple, il y a des gens qui sont installés contre le projet d'enfouissement de déchets nucléaires.CHRISTOPHE CASTANERMais, le président de la République a fait deux demandes au gouvernement, la première c'est effectivement de faire un état des lieux précis de ces risques-là, et de voir comment on pouvait en sortir, et le deuxième c'est d'alléger les procédures de consultation, de les rendre plus efficaces, plus populaires. Vous savez, comme moi, que quand il y a une consultation, qu'elle soit locale, pour un plan local d'urbanisme, ou qu'elle soit bi-départementale, comme pour une consultation comme celle dont on parle, on est dans la situation très pratique où, au fond, vous n'avez que les intéressés qui viennent, les professionnels de la profession qui participent à la discussion. Oui, il faut réinventer les formes de démocratie participative et de discussion.PATRICK COHENBure ça pourra se faire ?CHRISTOPHE CASTANEREcoutez, moi je ne suis pas spécialiste de ce sujet, mais je pense que ça pourra se faire, et que nous avons besoin, aujourd'hui, d'avoir un centre de stockage de nos déchets nucléaires.PATRICK COHENHélène JOUAN est face à vous. Hélène, c'est à vous.HELENE JOUANChristophe CASTANER, Richard FERRAND, le président du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, fait de nouveau l'objet d'une information judiciaire pour prise illégale d'intérêt dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne, c'est une procédure automatique puisque l'association Anticor a déposé plainte. Il avait quitté le gouvernement en juin dernier, sans doute parce que le président jugeait que c'était un instrument de faiblesse, est-ce que, aujourd'hui, à l'Assemblée, il a toute sa place pour rester président de groupe ?CHRISTOPHE CASTANERComme vous l'avez dit à l'instant, il y a deux décisions, une de justice qui dit il n'y a pas de mise en cause personnelle, il n'y a pas de faute HELENE JOUANNon, c'était une prescription, c'est pour ça qu'il y a eu CHRISTOPHE CASTANERMais la décision de justice c'est : Richard FERRAND n'a pas commis une faute qui devrait être jugée aujourd'hui. Et donc, ensuite, il y a une mise en cause automatique. Imaginez cela, si à chaque fois que vous avez une mise en cause, qui est automatique, comme vous l'avez dit dans votre question, tout acteur, qu'il soit journaliste ou homme politique, doit cesser ses activités, je pense que nous entrerions dans un système où il suffirait de déposer une plainte pour empêcher quelqu'un d'agir.HELENE JOUANDonc, la présomption d'innocence ça marche à l'Assemblée nationale mais pas au gouvernement !CHRISTOPHE CASTANERNon, la présomption d'innocence elle marche tout le temps, ensuite c'est la capacité. On est vraiment dans une situation très différente. Il a été mis en cause, il a voulu trouver les moyens et le temps de se défendre et il a quitté le gouvernement, depuis la justice lui accorde un non-lieu. Maintenant il y a une procédure quasi-automatique, comme pour la diffamation par exemple, vous savez comme moi qu'il suffit de déposer plainte pour qu'il y ait le début d'une instruction. Donc, franchement, si on acceptait de dire il faut démission à chaque fois qu'il y a une mise en cause personnelle d'une personnalité, qu'elle soit journaliste ou homme politique, vous savez très bien qu'il n'y aurait plus un homme politique en responsabilité. Donc, je vous le dis, la décision de justice est de dire il n'y a pas lieu à poursuivre Richard FERRAND, donc à partir de là laissons la justice faire son travail, vous avez une mise en cause automatique, qui n'est pas une mise en cause, ni dans son éthique, ni dans sa morale, de Richard FERRAND.PATRICK COHENMerci Christophe CASTANER, délégué général de la République En Marche et secrétaire d'Etat, merci d'être venu au micro d'Europe 1 en direct ce matin.CHRISTOPHE CASTANERMerci beaucoup.Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 janvier 2018
La source — vie_publique · nº 204821
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/204821-interview-de-m-christophe-castaner-secretaire-detat-aux-relations-ave?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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