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18 janvier 2018 · Gouvernement · Emission L'Invité de RTL · discours Discours

Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec RTL le 18 janvier 2018, sur la décision d'abandonner la construction de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes.

Nicolas Hulot (auteur), Elizabeth Martichoux (intervenant)

ELIZABETH MARTICHOUX Bonjour Nicolas HULOT. NICOLAS HULOT Bonjour. ELIZABETH MARTICHOUX Et merci d'être sur RTL ce matin. Vous avez fait reculer Edouard PHILIPPE sur Notre-Dame-des-Landes ? NICOLAS HULOT Ce n'est pas du tout comme ça que ça marche. Je peux vous dire que je n'ai pas fait reculer Edouard PHILIPPE. On a mené avec notamment Edouard PHILIPPE et Elisabeth BORNE une instruction, pour regarder quelles alternatives on avait sur un dossier qui était enkysté quand même depuis de nombreuses années, pour voir comment on pouvait sortir d'une situation de blocage, avec un souci d'apaisement, de sagesse, mais en même temps, sans ignorer les arguments, les doléances des députés, des élus du grand ouest. Franchement, je peux vous le dire, parce que moi, je l'ai vécu de l'intérieur, Edouard PHILIPPE, il a conduit ce travail, cette réflexion avec une honnêteté absolument incroyable. Moi, je me suis effacé, ça ne veut pas dire que je n'ai pas été là au moment où on a écouté les uns et les autres, mais je n'ai, à aucun moment, fait valoir ma propre opinion, pourquoi ? Parce que ce n'est pas comme ça qu'on prend une décision ELIZABETH MARTICHOUX Mais attendez, on nous a bien dit que tous les ministres concernés de près par le dossier, dont vous, ont été consultés, quand Emmanuel MACRON vous a demandé votre avis, vos avez fait avancer vos convictions, vos convictions de toujours ! NICOLAS HULOT Oui, mais ça, cet avis, il était connu. Oui, mais une conviction ne vaut pas décision. Dans ce gouvernement ELIZABETH MARTICHOUX Non, mais votre opinion, elle compte NICOLAS HULOT Vous aviez des gens à l'origine qui étaient pour, d'autres qui étaient contre, peu importe, après, c'était au gouvernement de choisir, à l'éclairage notamment de ce travail – et d'ailleurs, j'en profite pour saluer le travail des trois médiateurs – qui nous a montré qu'il y avait probablement d‘autres alternatives, même si ces alternatives, et j'en conviens, sont loin d'être idéales. Mais simplement, ce qu'il faut voir, c'est qu'on était jusqu'à présent dans une situation de blocage, et c'est le moins qu'on puisse dire, et je voudrais simplement aussi dire, imaginez qu'on ait pris une autre décision, est-ce que j'ai besoin de dessiner dans quel scénario nous serions, est-ce que la France a besoin de ça. Ce n'est pas forcément l'argument qu'il faut faire valoir, mais ce n'est pas un argument qu'on peut mettre non plus sur le côté. Il faut aussi revenir à ELIZABETH MARTICHOUX Nicolas HULOT, est-ce que vos convictions ont pesé, et on les connaît vos convictions, elles sont anciennes, elles n'ont pas varié à ce sujet ? NICOLAS HULOT Ce ne sont pas mes convictions, et Edouard PHILIPPE vous le dira lui-même, qui ont guidé la décision du gouvernement, et le gouvernement, et même moi, on a douté jusqu'au bout. ELIZABETH MARTICHOUX Et même vous ? NICOLAS HULOT Oui, mais non pas sur je n'ai pas changé d'avis sur le fait que pour des raisons environnementales ELIZABETH MARTICHOUX Sur le projet, sur la nature du projet ? NICOLAS HULOT Ce projet, me semble-t-il, correspond à un projet d'une autre époque. Mais oui, nous avons douté, pourquoi ? Parce que quand vous entendez effectivement les élus parler de déni démocratique, même si on peut en débattre pendant des heures, sur des arguments qui sont recevables, et quand nous sommes démocrates et légalistes, c'est recevable. Sauf qu'on est dans une situation figée qui pouvait dégénérer, et qu'à partir du moment où on s'est aperçu qu'il y avait quand même d'autres issues, et la seule obsession que nous avons maintenant, c'est de faire réussir une décision qui a été très difficile à prendre, mais qui était une décision honnêtement de sagesse, l'histoire le montrera, et une décision d'apaisement. ELIZABETH MARTICHOUX Et malgré tout, Nicolas HULOT, on ne va pas personnaliser, ce n'est pas votre sujet, mais c'est une satisfaction, je veux dire que, il vous arrive de montrer, aprs tout, que vous n'êtes pas content parfois, ce n'est pas une question de défaite, mais c'est une question de déception NICOLAS HULOT Mais on n'est pas là pour chercher ELIZABETH MARTICHOUX Sur les états généraux NICOLAS HULOT Enfin, quand j'entends ELIZABETH MARTICHOUX Non, mais vous le montrez, eh bien, quand une décision est importante NICOLAS HULOT J'ai entendu dire que c'est une victoire de Nicolas HULOT, mais c'est vraiment – pardon, excusez-moi, mais – ça serait, d'abord, absurde de voir cela comme ça, parce que ce n'est pas moi, je ne suis pas dans une bataille, je mène un engagement qui est un engagement universel, pour, encore une fois, la protection de l'avenir, entre guillemets. Je fais très court. Et pour moi, une victoire, ça aurait été que ce sentiment-là soit partagé par le plus grand nombre, voilà. Mais je ne peux pas ELIZABETH MARTICHOUX Alors, vous dites : ce n'est pas une victoire, c'est plutôt une satisfaction profonde par rapport à ce que vous avez toujours défendu quand même ? NICOLAS HULOT Mais c'est un soulagement, parce qu'on va pouvoir passer à autre chose, tout en – je l'espère – et nous nous y engageons parce qu'on se sent redevable vis-à-vis des élus du grand ouest, en faisant en sorte de répondre également aux exigences économiques des acteurs économiques et des acteurs politiques du grand ouest. ELIZABETH MARTICHOUX Vous avez vu les Zadistes crier victoire dès l'annonce de l'abandon hier, ils sont en liesse, etc., ils ont raison de l'être, ils ne se gênent pas, eux, pour dire qu'ils ont gagné NICOLAS HULOT Oui, mais vous savez que dans les opposants à Notre-Dame-des-Landes, il y a une communauté qui n'était pas homogène. Et il y a ceux qui ont parfois qui sont sortis du cadre légal, et là, il va falloir qu'il y ait un retour à l'ordre, et que ça se fasse – je l'espère – spontanément et naturellement ELIZABETH MARTICHOUX Les occupants illégaux NICOLAS HULOT Mais vous avez aussi des agriculteurs, vous avez aussi des citoyens qui sont des gens qui avaient des arguments bien fondés, qui l'ont fait dans le respect de l'ordre public. Ces gens-là ne sont pas en train d'exulter, ils sont en train de prendre leurs responsabilités, parce qu'il faut savoir arrêter un combat quand on pense qu'on l'a notamment gagné, et ce que je souhaite, d'ailleurs, je l'ai dit, c'est que, notamment, il y ait un geste très rapide qui soit effectué, mais j'ai confiance en cela, c'est que les routes soient naturellement restituées à l'Etat, pour que ce territoire retrouve, encore une fois, une situation d‘ordre normal. ELIZABETH MARTICHOUX Gérard COLLOMB dit ce matin qu'il faudra que ce soit fait avant la fin de la semaine prochaine. On n'a pas très bien compris quand même ce que vous allez faire de la ZAD, 1.600 hectares occupés en partie. Bon, il y a ceux qui ne veulent pas partir, ils sont entre 200 et 400, ils restent jusque fin mars, là, est-ce que vous allez les vous ? Est-ce que vous allez aller sur la ZAD, vous ? NICOLAS HULOT Non, mais maintenant, c'est l'Etat de droit qui va revenir. Alors, il ne faut pas le faire brutalement, parce qu'il y a des situations très particulières, il va y avoir des rétrocessions des propriétaires qui avaient été expulsés et qui pourraient demander de retrouver leurs terres. ELIZABETH MARTICHOUX Retrouver, repayer, ils ont été expropriés, les procédures étaient légales, compenser NICOLAS HULOT Eh bien, il y a des cas très différents, parce qu'il y a des gens qui ont été expulsés, mais qui n'ont pas touché les indemnités. Donc ils ont la possibilité de retrouver leurs terres, il y en a même qui ont touché des indemnités, s'ils les rétrocèdent, ils peuvent retrouver leurs terres. On va regarder au cas par cas. Mais ce qui est sûr, c'est que les choses se feront, encore une fois, dans un cadre absolument légal, mais on va laisser, compte tenu que c'est une situation qui s'est installée pendant des années, on ne peut pas la régler comme cela, mais il va falloir, encore une fois, qu'il y ait de part et d'autre une bonne volonté, et comment dire, un certain nombre de signaux d'apaisement des deux bords ELIZABETH MARTICHOUX Des deux bords NICOLAS HULOT Enfin, et, pardon de vous le dire, mais... ELIZABETH MARTICHOUX Enfin, quand on entendait NICOLAS HULOT Bien comprendre que la décision du gouvernement, non seulement, n'est pas une licence à reproduire ce type de situation, mais c'est justement un signal que c'est l'ultime projet sur lequel on laissera une situation se dégrader. Mais il y a une leçon à tirer, il y a une leçon, et ce que j'espère, c'est qu'on va la tirer collectivement, parce qu'en réalité, tout ça, c'est une succession d'échecs collectifs, et que cette situation, franchement, elle n'est pas d'une grande dignité par rapport à ce qui s'est passé, c'est qu'il faut que, en amont des projets, des grands projets, les consultations soient dignes de ce nom et que ça ne soit pas simplement des séances d'information où on valide des décisions qui ont été prises en amont, et on ne laisse pas la possibilité aux uns et aux autres de s'exprimer et de faire jaillir des alternatives. J'espère qu'au moins, c'est l'aspect positif de ce dossier, et que nous en tirerons collectivement des leçons pour éviter que ces situations ne se reproduisent. ELIZABETH MARTICHOUX Qu'on ne vende pas aux Français, à la population concernée, des projets ficelés d'avance, c'est ça que vous voulez dire. Vous avez entendu tonner Bruno RETAILLEAU, tout à l'heure, à 07h30, il était l'invité d'ailleurs de Marc-Olivier FOGIEL, hier, lui, il dit : on a cédé aux Zadistes, évidemment qu'il n'y aura pas d'évacuation, évidemment, ils sont là en terrain conquis, on ne va pas donner la charge. NICOLAS HULOT Enfin, on va essayer de faire en sorte, vous savez, ce n'est pas facile de donner toute latitude à la force publique, et de céder, voilà, faisons les choses, créons les conditions pour que le retour à l'ordre public se fasse avec le maximum de précautions, mais le retour à l'ordre public, il aura lieu. Il aura lieu de toute façon, mais on peut prendre un petit peu de temps pour faire en sorte que les choses se fassent spontanément, et moi, je n'en doute pas. Et puis, si certains s'obstinent, eh bien, pardon de le dire, mais, après, l'Etat prendra ses responsabilités. ELIZABETH MARTICHOUX Après le 30 mars, comme l'a dit le Premier ministre ? NICOLAS HULOT Le Premier ministre a été, me semble-t-il, d'une grande clarté là-dessus. ELIZABETH MARTICHOUX Cette parole de l'Etat sera respectée. NICOLAS HULOT Oui. ELIZABETH MARTICHOUX Est-ce que cette décision, je reviens à vous une seconde, est-ce que cette décision quand même, dans cette décision, il n'y avait pas aussi le souci de vous garder au gouvernement, Nicolas HULOT ? NICOLAS HULOT Mais ça, c'est un fantasme, pardon de vous le dire, vous imaginez si j'avais fait peser cette menace pour arracher une décision, mais dans quelle situation de fragilité, et même, voilà, pas une seconde, pas une seconde dans les heures que nous avons passées sur ce dossier, je n'ai fait valoir cette hypothèse. Je voulais que la décision, elle ELIZABETH MARTICHOUX Pas une fois, vous avez mis votre démission dans la balance ? NICOLAS HULOT Pas une fois, et personne ne pourra me prendre en défaut là-dessus, parce que, ça aurait été, mais, comment dire d'abord, ça n'aurait pas été à la hauteur de mes responsabilités, ce n'est pas comme ça qu'on prend une décision. Dans ce gouvernement, il y avait des ministres qui étaient pour et des ministres qui étaient contre, mais à partir du moment où on est rentré dans ce processus de médiation, chacun est resté à sa place, et on a écouté, moi-même, les arguments, et je peux vous dire que quand j'écoutais certains arguments, je reconnaissais que la décision n'était pas si évidente que cela. ELIZABETH MARTICHOUX Vous allez maintenant tourner la page, le dossier Notre-Dame-des-Landes NICOLAS HULOT Oui, tourner la page, mais on n'oublie pas nos engagements. Et on n'oublie pas que, il y a des souhaits des acteurs économiques, que leurs attentes sont là, et on va leur faire la démonstration, je l'espère, qu'on va pouvoir concilier l'ensemble des exigences et des attentes. ELIZABETH MARTICHOUX Alors, il nous reste très peu de temps NICOLAS HULOT Et pour revenir aux territoires, ‘c'est un territoire qui va retourner à sa vocation initiale, c'est-à-dire une vocation agricole. ELIZABETH MARTICHOUX Il nous reste très peu de temps, Nicolas HULOT, c'est important, puisque c'est votre seule expression sur ce sujet, qu'on prenne le temps, mais juste un mot, Sébastien LECORNU, votre secrétaire d'Etat, annonce ce matin dans Les Echos que vous allez mettre le paquet sur l'éolien, accélération du calendrier, les procédures vont passer de sept à neuf ans à trois ans pour installer un parc éolien, vous allez simplifier quoi NICOLAS HULOT Bon, alors, Sébastien LECORNU, pendant que je vous parle, il est en train d'aller à Fessenheim ELIZABETH MARTICHOUX Et en plus, il est partout . NICOLAS HULOT On est en train de planifier la transition énergétique. Pour une fois, ceux qui travaillent à Fessenheim vont voir un membre du gouvernement, ça n'a jamais été le cas, jusqu'à présent, ils entendent parler des décisions par voie de presse, on est en train de mener la consultation pour que la transition énergétique soit désirée par les Français, acceptable, socialement et économiquement. On prend le temps de planifier, on écoute, on prépare, et on harmonise, voilà, et c'est ce à quoi Sébastien LECORNU et le gouvernement nous sommes en train de travailler, et je pense que c‘est aussi une méthode qui, d'ailleurs, on peut la relier quelque part à Notre-Dame-des-Landes, du pragmatisme. ELIZABETH MARTICHOUX Du pragmatisme, Fessenheim, ça sera fermé avant la fin enfin, dans un an, comme NICOLAS HULOT Ça sera fermé au moment où Flamanville sera opérationnelle ELIZABETH MARTICHOUX Dans un an ? NICOLAS HULOT En tout cas, largement avant la fin du quinquennat, je ne vais pas donner une date précise, parce que ce n'est pas on ne prend pas une décision comme ça, il y a des décisions qui sont liées à l'autorité de sûreté nucléaire, donc ça sera en fonction d'un certain nombre de paramètres. ELIZABETH MARTICHOUX Vous, vous allez ou pas sur la ZAD éventuellement, juste pour finir ? NICOLAS HULOT Là, je n'ai aucune raison très sincèrement, maintenant, d'aller sur la ZAD. ELIZABETH MARTICHOUX Merci beaucoup en tout cas d'être venu sur RTL. Nicolas HULOT. NICOLAS HULOT Merci à vous. YVES CALVI Une décision de sagesse et d'apaisement, l'histoire le montrera, nous a notamment dit le ministre de la Transition écologique et solidaire. Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 janvier 2018
La source — vie_publique · nº 204770
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