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3 janvier 2018 · Premier ministre · France 2 · discours Discours

Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France 2 le 3 janvier 2018, sur l'agression de deux policiers à Champigny-sur-Marne, la situation administrative des étrangers dans les centres d'accueil et l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Édouard Philippe (auteur), Guillaume Daret (intervenant)

GUILLAUME DARETBonjour à tous. Bonjour Edouard PHILIPPE. Merci d'être avec nous ce matin.EDOUARD PHILIPPEBonjour Guillaume DARET.GUILLAUME DARETOn va venir bien sûr à cette rentrée du gouvernement, mais un mot d'abord sur cette tempête qui frappe la France. Est-ce que vous avez des informations sur d'éventuels dégâts ou victimes sur le territoire ?EDOUARD PHILIPPENon, pas à l'heure où je vous parle, mais on sait que cette tempête est importante, que les vents à plus de 120, 130, 140 km/h parfois sont en train de souffler sur la France. Donc la seule chose que je puisse faire à ce stade, c'est recommander à tous les Français qui vont notamment utiliser leur véhicule et qui habitent sur le littoral de faire preuve d'une très grande prudence.GUILLAUME DARETL'autre sujet qui marque l'actualité de ce début d'année, c'est la colère des policiers, plusieurs centaines d'entre eux ont manifesté hier, pour dire leur amitié, leur témoignage d'affection à l'égard de leurs collèges qui étaient violemment agressés dans la nuit de la Saint-Sylvestre. Ils réclament une sévérité sans faille. Qu'est-ce que vous pouvez leur dire ce matin ?EDOUARD PHILIPPEIls ont raison, il faut faire preuve d'une sévérité sans faille vis-à-vis de eux qui attaquent les forces de l'ordre, attaquent ceux qui sont chargés de la sécurité des Français ou de l'assistance et du secours aux Français, je pense aussi aux pompiers qui font parfois l'objet d'attaques, de caillassages, alors même qu'ils exercent une mission au service de leurs concitoyens. Donc il faut faire preuve d'une sévérité sans faille. Je comprends parfaitement cette attente. Je voudrais d'abord dire que comme tous les Français, j'ai été horrifié par les images que j'ai vues, à la fois par le comportement évidemment criminel de ceux qui se sont déchaînés contre ces agents des forces de l'ordre, frappé aussi par ceux qui ne faisaient rien, qui filmaient GUILLAUME DARET Justement les peines contre ceux qui filment et qui diffusent ces images ?EDOUARD PHILIPPEAh oui, oui, oui, oui, d'ailleurs, le code pénal le prévoit, assister et ne rien faire alors même que, et il y a des circonstances aggravantes parce qu'il s'agit de représentants des forces de l'ordre, donc bien entendu. Horrifié, et je n'ai aucun doute sur le fait que lorsque ces individus seront appréhendés, s'ils sont déclarés coupables, ils feront l'objet de condamnations qui sont des condamnations lourdes.GUILLAUME DARETLe syndicat de police Alliance réclame le retour des peines planchers pour les agresseurs de policiers, est-ce que vous êtes prêt à les rétablir ces peines planchers ?EDOUARD PHILIPPEAh, les peines planchers, vous vous souvenez qu'elles ont été introduites dans le droit français pour tous les crimes et délits en cas de récidive. Donc c'était tous les crimes et délits en cas de récidive en 2007, et qu'elles ont été supprimées en 2014. Moi, je crois que je me méfie, je me suis toujours méfié des réactions face à des événements aussi scandaleux que ceux qu'on a vus, qui passeraient par un élément législatif, une loi qui viendrait régler le problème GUILLAUME DARETPas de retour des peines planchers ?EDOUARD PHILIPPENon, attendez, je vais jusqu'au bout, je pense que le vrai sujet, c'est beaucoup moins la question des peines planchers, il y a déjà des circonstances aggravantes, les peines sont déjà sévères, et c'est très bien, il faut qu'elles soient appliquées. Je pense que c'est beaucoup plus utile de se battre pour le fait qu'il y ait plus de policiers dans la rue, beaucoup plus de policiers sur le terrain, c'est ce à quoi nous nous sommes engagés, à la fois par des recrutements massifs, plus GUILLAUME DARETLa police de la sécurité du quotidien que vous allez mettre en place EDOUARD PHILIPPEAbsolument GUILLAUME DARETC'est efficace contre ce type de violences, franchement ?EDOUARD PHILIPPEMais je pense qu'au contraire, la police de sécurité du quotidien, c'est de meilleurs outils, plus de présence sur le terrain, des procédures plus rapides, donc je pense que c'est un élément de la réponse. Mais encore une fois, il n'y a pas une seule réponse, il y a des éléments d'une réponse globale et efficace, plus de policiers sur le terrain, des procédures qui seront simplifiées et qui seront accélérées, une grande sévérité, je le redis, une grande sévérité judiciaire et pénale face à ce type de comportements, c'est l'ensemble des réponses qui vont permettre d'apporter une solution, et puis, c'est aussi une politique sociale, c'est aussi l'ensemble des politiques publiques qui doit produire leurs effets.GUILLAUME DARETAlors justement, venons-en à la rentrée du gouvernement, premier Conseil des ministres, séminaire ensuite, déjeuner avec le président et tout le gouvernement à l'Elysée. Quel va être le mot d'ordre et quelles sont vos priorités pour les deux mois à venir ?EDOUARD PHILIPPEOh, les priorités pour les deux mois à venir, elles sont exactement les mêmes priorités, si j'ose dire, que celles qui ont animé tout le gouvernement depuis sa nomination, c'est-à-dire la transformation du pays, le respect des engagements qui ont été pris par le président de la République pendant la campagne, qui ont été pris devant les Français. Eh bien, nous, nous sommes là pour mettre en oeuvre ces engagements, pour essayer de faire en sorte de transformer notre pays, de régler des problèmes qui existent en France depuis longtemps, et auxquels on n'a pas suffisamment répondu GUILLAUME DARETQu'est-ce que vous allez dire à vos ministres ce matin ?EDOUARD PHILIPPEJe vais d'abord leur souhaiter une bonne année, c'est la tradition, vous savez que le premier Conseil des ministres de la rentrée, ça nous permet de souhaiter une bonne année, bon, très bien, ce n'est pas l'essentiel, vous l'avez bien compris, et puis ensuite, on va regarder ensemble le rythme de travail sur les trois mois qui viennent, vous savez, je compare souvent un gouvernement à un orchestre, et le rôle du chef du gouvernement à celui d'un chef d'orchestre. Dans un bon orchestre, il faut des bons solistes, qui connaissent parfaitement leurs partitions, ça, je n'ai aucun doute là-dessus, mais un très bon orchestre, c'est souvent un orchestre dans lequel les solistes savent ce que les autres vont faire, et comprennent ce que les autres vont faire. Parce que, comme ça, on joue ensemble. Eh bien, c'est un des enjeux de ce séminaire, comme d'ailleurs des trois précédents, on va faire souvent des séminaires, ça commence à s'installer parce que je veux que chacun des membres du gouvernement sache ce que font les autres, au rythme où ils vont le faire, pour que nous puissions avoir un travail d'équipe, sans couac, cohérent, compréhensible, et efficace.GUILLAUME DARETSur le plan économique, les voyants sont plutôt verts, la croissance repart, la prévision de croissance que vous avez mise dans le budget, c'est 1,7 %, je crois, pour 2018, est-ce que vous allez la revoir à la hausse ? Tout le monde s'accorde à dire qu'elle sera supérieure ?EDOUARD PHILIPPEOui, en général, c'est assez intéressant parce qu'on se trouve dans une situation inverse à ce qui prévaut en général. En général, les Premiers ministres expliquent que la croissance va être très forte, vous allez voir ce que vous allez voir, la croissance va être très forte, et puis, en fait, elle est un peu moins forte que ce qu'ils ont déclaré GUILLAUME DARETDonc prudence EDOUARD PHILIPPEEt donc, en fin d'année, vous avez des mesures qui sont généralement pas très jolies, nous, on est partis sur une logique inverse, on a considéré qu'il fallait être sincères et prudents. 1,7 % de croissance, c'est les hypothèses qu'on a, sur lesquelles on a construit le budget 2018.GUILLAUME DARETEt cette hypothèse sera maintenue ?EDOUARD PHILIPPEBien sûr. Si la croissance repart, si l'emploi se développe, tant mieux, ce sera une excellente nouvelle, mais je préfère avoir à gérer des bonnes nouvelles que des mauvaises.GUILLAUME DARETAlors justement, dans les dossiers difficiles de cette rentrée, il y a aussi le projet de loi Immigration, ce qui semble bloquer, c'est notamment cette circulaire qui prévoit un recensement possible des étrangers dans les centres d'accueil, c'est le point de blocage, est-ce que pour faire un geste, vous êtes prêt à la retirer ou pas ?EDOUARD PHILIPPEVous liez deux sujets qui ne sont pas sans lien, je le reconnais, mais qui ne sont pas les mêmes. Le projet de loi qui sera discuté au Parlement Asile et Immigration, et une circulaire qui a déjà été publiée, qui a été signée par le ministre de l'Intérieur et par le ministre de la Cohésion des territoires, et qui concerne l'hébergement d'urgence, et la possibilité pour des équipes administratives, qui ne sont pas composées de forces de l'ordre, d'aller dans les centres pour permettre à ceux qui ont vocation à obtenir le droit d'asile ou à ceux qui l'ont déjà obtenu, non pas de rester dans les centres d'hébergement d'urgence, mais de pouvoir bénéficier de dispositifs adaptés et réservés pour eux.GUILLAUME DARETEt qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent : c'est la pire politique migratoire depuis des années ?EDOUARD PHILIPPED'abord, je considère que ça n'est pas le cas, loin s'en faut. Et je considère que, et je leur dis que cette circulaire encadre des pratiques qui ont déjà été mises en oeuvre dans les années qui précèdent, et qui ont produit des résultats. Il ne s'agit pas d'aller chercher ceux qui seraient des résidents en situation irrégulière, il ne s'agit en aucune façon, je le dis clairement, de revenir sur le principe de l'inconditionnalité en matière d'hébergement d'urgence. Et je me permets d'ajouter, Monsieur DARET, que s'agissant de l'hébergement d'urgence, je ne parle pas d'immigration, s'agissant de l'hébergement d'urgence, on a en France aujourd'hui un peu plus de 140.000 places pour héberger les citoyens français ou les résidents étrangers en France qui sont dans une situation d'urgence, 140.000 places. On en a 13.000 de plus que l'année dernière, il faut le dire. Ça veut dire que, on continue à ouvrir des places, à augmenter le nombre de places disponibles pour essayer de faire face à une situation qui est évidemment une situation très choquante du point de vue humain, et sur laquelle, il faut pouvoir répondre en urgence. Mais on ne peut pas se satisfaire de cette situation d'urgence, et vous voyez bien que si on veut fluidifier le parcours de ceux qui ont vocation à obtenir le droit d'asile ou qui l'ont déjà obtenu, il faut qu'on puisse les identifier et il faut qu'on puisse les sortir de ces hébergements d'urgence pour leur donner des conditions d'hébergement qui ne sont plus d'urgence, qui sont plus dignes, qui vont durer plus longtemps, qui vont permettre une insertion, une intégration durable dans la société française. C'est ça l'objectif de cette circulaire.GUILLAUME DARETMonsieur le Premier ministre, autre sujet épineux pour vous, en ce mois de janvier, Notre-Dame-des-Landes, deux possibilités, agrandir l'aéroport de Nantes ou en construire un nouveau à Notre-Dame-des-Landes, est-ce que vous avez pris votre décision ?EDOUARD PHILIPPELa décision sera prise, nous l'avons dit, avec le président de la République, nous la prendrons d'ici la fin du mois de janvier. Mais avant la fin du mois de janvier, il y a encore un certain nombre de choses à faire, et notamment GUILLAUME DARETQu'est-ce que vous allez faire ?EDOUARD PHILIPPEEh bien, notamment, je veux pouvoir discuter avec l'ensemble des élus concernés, les élus municipaux, les élus régionaux, et les parlementaires GUILLAUME DARETVous allez les réunir ?EDOUARD PHILIPPEA partir de vendredi et la semaine prochaine, j'ai beaucoup de réunions organisées à mon agenda, où je vais pouvoir les entendre sur leur conception de ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire, mais aussi sur la façon dont ils interprètent le rapport que nous avons demandé au mois de juin, et qui est à l'origine finalement du choix que vous évoquez, entre le réaménagement de l'actuel aéroport de Nantes Atlantique, et puis le développement d'une nouvelle plateforme aéroportuaire GUILLAUME DARETEt on est bien d'accord que ça ira de pair – vous l'avez déjà dit – avec une évacuation de la ZAD ?EDOUARD PHILIPPEQuelle que soit la décision que nous prendrons, et ce sera – quelle que soit la décision que nous prendrons – ce sera une décision difficile.GUILLAUME DARETEt quels que soient les risques encourus ? Les forces de l'ordre disent : il risque d'y avoir des blessés, peut-être des morts EDOUARD PHILIPPEEt quelle que soit la décision que nous prendrons, il y aura une composante d'ordre public. C'est-à-dire que nous savons que quelle que soit la décision que nous prendrons, il y aura un élément d'ordre public à prendre en compte, nous le ferons sérieusement, en le préparant avec les forces de l'ordre, je sais que cette décision est une décision difficile à prendre, je sais qu'elle sera regardée, observée, commentée, peut-être impopulaire, quelle que soit la décision que nous prendrons, mais il faut en sortir, il y a un moment où il faut prendre des décisions, il faut les assumer. D'ici la fin du mois de janvier, la décision sera prise, elle sera annoncée, elle sera assumée et elle sera mise en oeuvre.GUILLAUME DARETMonsieur le Premier ministre, deux questions courtes, qui appellent des réponses courtes, il y a beaucoup de Français qui ont subi des retards, des pannes de la SNCF pendant ces congés de fin d'année. Le patron de la SNCF, Guillaume PEPY, a dit que son mandat était – je cite – entre les mains du gouvernement. Est-ce que ce matin, vous renouvelez ou non votre confiance au patron de la SNCF ?EDOUARD PHILIPPEEh bien, s'agissant de ce genre de sujet, moi, c'est très simple, soit, le patron d'une entreprise publique a ma confiance, et auquel cas, je le soutiens, soit, il n'a plus ma confiance, auquel cas, je le change, vous avez bien observé que je n'avais pas changé Guillaume PEPY, il est là, il exerce sa mission GUILLAUME DARETEt il a votre confiance EDOUARD PHILIPPEPar définition. S'il ne l'avait plus, il ne serait plus président de la SNCF.GUILLAUME DARETPourtant, il est convoqué par la ministre, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas ?EDOUARD PHILIPPEMais, on a quand même le droit de discuter avec les présidents d'entreprises publiques, ça serait curieux de ne pas le faire. Mais je vais vous dire, ne personnalisez pas le sujet, je pense que pendant très longtemps, nous subissons aujourd'hui un retard d'investissement considérable de la SNCF sur le réseau, notamment sur le réseau du transport du quotidien, et ça, depuis une bonne trentaine d'années. Et ça, ça justifie parfaitement la décision que ce gouvernement a prise, et qu'il a annoncée au début de sa prise de fonction de dire : certes, il y a les grandes infrastructures qui font rêver, qui sont formidables, qui sont une des fiertés de la France, c'est formidable de pouvoir aller en deux heures à Bordeaux en TGV ou en trois heures à Marseille, c'est merveilleux, très bien. mais la contrepartie de ça, c'est que pendant de très nombreuses années, on n'a pas investi dans le transport dans les banlieues, on n'a pas investi y compris sur des grandes lignes, mais sur des grandes lignes traditionnelles, je peux vous en parler, je suis Havrais, aujourd'hui, on met deux heures cinq pour aller au Havre quand tout va bien, pour faire le Havre-Paris, eh bien, il y a 60 ans, on mettait une heure cinquante.GUILLAUME DARETMerci beaucoup Monsieur le Premier ministre, en tout cas, d'avoir choisi « Les 4 Vérités » pour faire votre rentrée ce matin.Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 janvier 2018
La source — vie_publique · nº 204666
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/204666-interview-de-m-edouard-philippe-premier-ministre-france-2-le-3-janv?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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