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2 janvier 2018 · Gouvernement · CNews · discours Discours

Interview de M. Mounir Mahjoubi, secrétaire d'Etat au numérique à CNews le 2 janvier 2018, sur le développement et l'extension de l'intelligence artificielle et l'accompagnement du dispositif.

Mounir Mahjoubi (auteur), Jean-Pierre Elkabbach (intervenant)

JEAN-PIERRE ELKABBACHOn va commencer l'année avec un des acteurs du futur. Bienvenu Mounir MAHJOUBI, merci d'être avec nous.MOUNIR MAHJOUBIBonjour.JEAN-PIERRE ELKABBACHBonjour. Pour 2018, il y a une certitude : c'est le développement et l'extension de l'intelligence artificielle et du numérique avec des conséquences considérables. Elles seront bonnes ou mauvaises ?MOUNIR MAHJOUBI2018, c'est l'année de la prise de pouvoir de l'intelligence artificielle. C'est la fin d'un cycle. C'est la fin de trente ans d'informatique un peu générale ; c'est la fin de trente ans d'un cycle qui a fait que tous les éléments de l'économie, tous les éléments de notre société ont été informatisés. Là, 2018, c'est un nouveau moment. C'est celui où l'intelligence artificielle va avoir un impact de plus en plus important dans tous les éléments de nos vies. Ça va concerner la santé, ça va concerner le travail. Oui, les impacts vont être bouleversants.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn va le voir, on va l'illustrer.MOUNIR MAHJOUBIIl y aura du positif et il y aura des transformations qu'il faudra accompagner. C'est tout ça qu'on va devoir accompagner en 2018.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais qu'est-ce qui va être la priorité ou peser le plus ? Les dangers et les menaces ou, au contraire, les promesses ?MOUNIR MAHJOUBILa priorité, c'est qu'il faut qu'on ait des champions. La priorité, c'est qu'il faut qu'on soit fort. Il faut qu'on soit fort et qu'on en bénéficie.JEAN-PIERRE ELKABBACHIl faut, il faut, il faut.MOUNIR MAHJOUBIOn avance pour ça. C'est pour ça que ma priorité avec le gouvernement, c'est quoi ? C'est de faire qu'en France, on ait bien des champions de l'intelligence artificielle performants qui vont conquérir le monde et qui vont nous apporter du bien au quotidien pour la santé, pour le quotidien des personnes et pour l'emploi.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn va l'illustrer. Mais quand vous dites qu'il y aura une prise de pouvoir de l'intelligence artificielle, c'est aux dépens de qui ?MOUNIR MAHJOUBIIl n'y a pas aux dépens de qui. La grande question, et c'est cela qu'on va annoncer dans les premiers jours de 2018, dans les premières semaines de 2018, notamment grâce à la mission de Cédric VILLANI, c'est comment nous les humains, comment nous la société, on va prendre en main cette intelligence artificielle pour en tirer toute la valeur.JEAN-PIERRE ELKABBACHD'abord, l'intelligence artificielle c'est nous. C'est l'addition d'intelligences humaines, il ne faut pas l'oublier.MOUNIR MAHJOUBIL'intelligence artificielle sans la volonté des hommes, sans un regard porté par les hommes, sans poser la question d'à quoi ça sert, elle ne sert à rien. Oui, l'intelligence artificielle sert et est forte quand elle est au service des humains. C'est tout l'enjeu : performance et humanité. Comment on fait pour que tout ce qu'on est en train de développer aujourd'hui soit bien au service de la société. D'un côté les champions et de l'autre aussi, comment on accompagne tous ceux qui sont en retard. Comment on fait pour les treize millions de Français qui sont en retard.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn va le voir. Combien il y en a ?MOUNIR MAHJOUBITreize millions de Français aujourd'hui qui ne parlent pas d'intelligence artificielle, qui vous disent qu'ils ne savent pas utiliser un ordinateur.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est-à-dire que pour éviter les inégalités, il faut d'abord couvrir tout le territoire et donner des chances à tous. On est loin de ça ? Comme vous dites, il y a treize millions de Français.MOUNIR MAHJOUBIPremier élément, et vous avez raison de le dire, 2020 : réseau haut débit de qualité pour tous les Français, réseau 4G de qualité pour tous les Français. La première inégalité, c'est le réseau. Deuxième : la formation et l'accompagnement. Quand on ne sait pas utiliser le numérique, on ne profite pas de tous les avantages de cette intelligence artificielle. Ce qu'on va faire, c'est qu'on va accompagner ces treize millions de Français. Puis le numérique, c'est aussi pleins d'emplois. Ce qu'on va faire, c'est qu'on va aussi créer des emplois.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est le message très, très optimiste.MOUNIR MAHJOUBIC'est le message optimiste qui va avec un message de responsabilité.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn voit bien que le président de la République se nourrit et va nourrir sa réflexion et sa vista, sa vision, pour la transformation de la société. Il fixe le cap, il fixe les étapes de cette révolution qui va imprégner, irriguer tous les débats de la société. Aujourd'hui, on doit le savoir, on commence l'année, mais c'est toute l'année qu'on va y penser. D'ailleurs, le président de la République le disait lors de ses voeux le 31 décembre.- Extrait des voeux télévisés du 31 décembre :EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUEL'année qui s'ouvre en effet est celle de nombreux défis et nous construisons là une bonne part de notre avenir. Pour nos territoires ruraux où nous devons construire l'accès à la téléphonie mobile et au numérique, aux transports, et permettre plus d'innovation économique et sociale. Pour nos quartiers populaires, je continuerai à faire ce pour quoi vous m'avez élu.JEAN-PIERRE ELKABBACHEmmanuel MACRON parle des quartiers populaires. Qu'est-ce que vous pensez, vous, de ce qui s'est passé à Champigny puis à Aulnay-sous-Bois ; cette violence inacceptable ?MOUNIR MAHJOUBICette violence est inacceptable. Ceux qui les ont commises, on doit les attraper, on doit les condamner, on doit être absolument extrêmement mobilisés pour les attraper. Mais la question aujourd'hui, c'est celle des quartiers populaires ; ce n'est pas ce qui s'est passé à Champigny. Ce qui s'est passé à Champigny, c'est très grave. On va les arrêter, c'est des brigands.JEAN-PIERRE ELKABBACHPar contre, vous pensez qu'on peut éviter la contagion ?MOUNIR MAHJOUBIVous savez ce qui se passe à Champigny ? Chaque semaine, il y a plein d'associations qui agissent au quotidien. Il y a des mamans qui vont travailler tous les matins et qui élèvent seules deux à trois enfants et ça se passe bien. C'est-à-dire qu'aujourd'hui la question pour Champigny, pour tous ces quartiers populaires de France, c'est le logement, c'est le, c'est la ville. C'est aussi la sécurité. C'est pour ça qu'on va avoir la police de proximité qui arrive.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais la violence, elle naît justement du manque de sécurité, du manque de logement, du manque d'emploi.MOUNIR MAHJOUBIC'est pour ça qu'il faut tout faire en même temps. C'est pour ça qu'en 2018, il y a la police de proximité qui sera dans ces quartiers. C'est pour ça qu'en 2018, il y aura des nouvelles formations proposées aux jeunes qui sont sans emploi dans ces quartiers. C'est pour ça que dès 2018, il y a des nouveaux logements qui seront construits. Parce que si on veut une politique pour les quartiers populaires, il faut aller regarder globalement et le numérique peut jouer un rôle. Il peut jouer un rôle pour la sécurité, il peut surtout jouer un rôle pour créer des emplois. C'est ça, selon moi, la priorité : créer des emplois pour ceux qui n'en ont pas. Le plus terrible dans un quartier populaire - j'y ai grandi, j'y habite, je suis élu - c'est qu'il n'y ait pas d'emploi pour les jeunes. Entre dix-huit et vingt-cinq ans, si on n'est pas au travail, on a renoncé à sa vie.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous venez de ces quartiers ?MOUNIR MAHJOUBIJ'ai grandi dans les quartiers populaires. Je suis élu dans les quartiers populaires. J'ai fait toutes les portes de Paris.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, une après l'autre.MOUNIR MAHJOUBIL'une après l'autre. Dans ces quartiers je le vois bien, et mes amis y sont encore pour certains, l'enjeu, le premier des enjeux, c'est la sécurité et l'emploi.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt l'emploi. Avec le numérique, vous allez créer des emplois ou tuer les emplois qui existent ?MOUNIR MAHJOUBIOn va transformer beaucoup d'emplois, ça c'est sûr. Le numérique est un agent de transformation et c'est à nous, le gouvernement, de dire que le numérique peut aussi créer des emplois. Vous savez, le numérique est créateur de très nombreux emplois dès l'année 2018 et on va tout faire pour accélérer ce mouvement. Avec Muriel PENICAUD, on va tout faire pour pouvoir, dès le début de l'année, lancer un complément de formation de type grande école du numérique, c'est-à-dire des formations en un an ouvertes à tous, quel que soit son profil, quel que soit son âge, même si on n'a pas fait d'études pour trouver un emploi dans le numérique.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous reconnaissez vous-même qu'il y a des aspects négatifs. Je sais bien que la peur des robots, la peur du numérique, et cætera, fait vendre. Je sais que, par exemple, Elon MUSK qui est célèbre et qui est un inventeur retient surtout les risques. Il dit : « Qu'est-ce que nous attendons ? Que les robots un jour nous déclarent la guerre et nous attaquent dans les rues. » Comment on peut en finir avec les peurs ?MOUNIR MAHJOUBIEn fait la question, c'est bien celle des opportunités en même temps que celle de la responsabilité. Si on ne parle que des peurs, c'est simple. Je peux rester avec vous et on parlera de tout ce qu'il faudrait réguler et empêcher d'arriver. Par contre, ce que je veux vous dire, c'est tous les emplois qu'on va créer, c'est tout le bien que ça va nous faire à la santé. C'est comment avec l'intelligence artificielle on va mieux soigner le cancer. Ça, c'est une priorité absolue. Comment on va avoir des services de qualité.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous savez qui le dit ? Par exemple un cancérologue, jeune cancérologue qui pense à la médecine et à la santé du futur, Alain TOLEDANO. On l'écoute.- Extrait de l'émission Bibliothèque Médicis de Public Sénat :DR ALAIN TOLEDANO, CANCEROLOGUELa médecine a certainement besoin d'outils modernes pour arriver à réaliser ses tâches, donc les robots sont bienvenus. Pour donner un exemple concret d'intelligence artificielle en cancérologie, qui est ma discipline, nous cherchons à détruire les tumeurs par de la radiothérapie. Nous avons des robots miniaturisés de radiothérapie qui détectent le mouvement des cibles et qui adaptent les traitements au mouvement des cibles grâce à des JEAN-PIERRE ELKABBACHLes cibles c'est ?DR ALAIN TOLEDANOLes cibles, ce sont les tumeurs en l'occurrence. Et donc, on arrive ainsi à délivrer des doses fortes et curatrices en épargnant les organes autour et à être plus efficace, tout ça grâce à l'industrie militaire qui a permis cette miniaturisation et grâce à l'intelligence artificielle qui a heureusement envahi la médecine.JEAN-PIERRE ELKABBACHVoilà. L'expérience et la compétence qui s'expriment comme vous le disiez tout à l'heure et, là, de la part d'un cancérologue. Il faut peut-être rappeler ce qu'est un robot. Même perfectionné ou doué, quand on lit bien et quand on étudie, on se rend compte qu'il ne fait qu'exécuter les tâches, les gestes et les actes que l'homme lui a donnés. Il n'invente rien, il applique.MOUNIR MAHJOUBIIl n'invente rien encore. C'est pour ça que je vous disais qu'on a fait un premier cycle qui a duré trente ans en informatique, les premières étapes de l'intelligence artificielle. 2018, c'est le début de la deuxième marche. C'est celui de l'informatique qui apprend elle-même. Ce n'est pas encore l'intelligence artificielle forte qui serait celle qui serait complètement indépendante, non. Mais c'est quand même une autre étape que celle qu'on a eue jusqu'à aujourd'hui. C'est une machine qui va elle-même envisager des nouvelles solutions dans de nouvelles applications.JEAN-PIERRE ELKABBACHAvant d'aller là, il faut agir dans l'urgence et vous le comptez bien, Mounir MAHJOUBI. Mais on nous recommande de commencer par l'école dès la maternelle, ensuite de faire de la formation continue toute la vie, tout au long de la vie. Qu'est-ce que vous prévoyez ? Vous dites : « Il va y avoir des emplois, on va en créer cette année, et caetera » ; qu'est-ce qu'il y a de concret ?MOUNIR MAHJOUBISi on veut que l'intelligence artificielle profite aux hommes, il faut que ce soit l'intelligence humaine qui contrôle l'intelligence artificielle. L'intelligence humaine commence à l'école. L'intelligence humaine commence très tôt, dès la maternelle, dès le primaire, dès le collège. Ça ne veut pas dire qu'on passe son temps devant un ordinateur. Ça veut dire que le plus tôt possible, on comprend comment ça fonctionne. Que le plus tôt possible, on comprend comment on crée plus de valeur quand on est avec un ordinateur et comment on le contrôle jusqu'au bout.JEAN-PIERRE ELKABBACHComment vous formez ? Est-ce que cette année on va former quelques milliers au moins de gens qui ne sont pas compétents, qui vont apprendre et qui seront les premiers avant qu'il n'y en ait d'autres ?MOUNIR MAHJOUBIIl y a les enfants, il y a l'école, il y a ce qu'on va faire avec l'éducation nationale, avec le ministre de l'Education nationale, et puis il y a tous les Français. Aujourd'hui, il y a beaucoup de Français qui n'ont pas appris le numérique à l'école. Je vous parlais des treize millions qui ne savent pas utiliser un ordinateur mais il y en a beaucoup plus encore qui savent l'utiliser mais qui ne le comprennent pas forcément.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt qui peuvent trouver ainsi des emplois. Alors qui ? Qu'est-ce que vous faites là-dessus ?MOUNIR MAHJOUBIDeux choses. La première, c'est accompagner tous ceux qui sont loin du numérique. Les treize millions, il faut les accompagner et pour ça, on a lancé avec les régions, avec les départements, la stratégie d'inclusion numérique. Ça veut dire que tout le monde sera accompagné. Il n'y a pus personne qui est laissé sur le côté du numérique.JEAN-PIERRE ELKABBACHLes autres ? Dans l'immédiat ?MOUNIR MAHJOUBILes autres, l'emploi. Il y a tous ceux qui ont la capacité aujourd'hui à aller conquérir un de ces emplois du numérique. Il y a plein de gens au chômage et il y a plein d'emplois du numérique qui ne sont pas pourvus. Il se trouve qu'il y a des formations qu'on va pouvoir lancer avec Muriel PENICAUD. On annonce là, dans les prochains jours, dans les prochaines semaines, le lancement d'un nouveau pack complémentaire de formations qui sera annoncé à tous les Français.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn dit dix mille ?MOUNIR MAHJOUBIOn dit dix mille. On l'annoncera dans les prochains jours. Dix mille formations pour ceux qui aujourd'hui veulent aller vers un emploi du numérique.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn commence à dix mille et par de prompts renforts, on arrivera peut-être à cent mille ou à plus de cent mille.MOUNIR MAHJOUBIVous savez, le Plan d'investissement pour les compétences, celui que nous sommes en train de construire, va concerner tous les Français. On parle de quinze milliards d'euros sur cinq ans. Ce plan part d'une base, d'une intelligence, d'un regard qui est de dire : « Les emplois vont se transformer. Il faut former les Français. »JEAN-PIERRE ELKABBACHVous dites donc qu'il y aura des moyens, il y aura du fric pour le faire.MOUNIR MAHJOUBIJe vous dis qu'il y aura les moyens pour le faire et c'est une priorité. D'ailleurs, c'est la seule façon d'aborder cette transformation. La façon qu'on a de l'aborder, c'est de dire qu'il faut créer des sécurités. Il faut créer des sécurités autour du chômage, autour de la formation et c'est uniquement comme cela que les Français profiteront de cette révolution numérique.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais on vous jugera aux actes et aux résultats.MOUNIR MAHJOUBIEt je vous demanderai de le faire.JEAN-PIERRE ELKABBACHBien sûr, ne vous inquiétez pas. Nous sommes là, il y a CNews pour observer et surveiller. Le président donne l'impulsion, vous le montrez. Vous allez agir, vous allez avoir des milliards à investir.MOUNIR MAHJOUBIOn a déjà démarré.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, mais seulement aujourd'hui les instruments sont dispersés. Dans chaque ministère, il y a une direction qui s'occupe du numérique. Il n'y a pas moyen de regrouper, de centraliser pour être plus efficace ?MOUNIR MAHJOUBIVous avez raison, il y a un grand chantier qui est celui de la transformation de l'Etat. C'est celui que j'anime. Depuis six mois, je travaille à créer la grande direction numérique de la France, ce qui existe déjà aujourd'hui. Mais depuis six mois, je réunis toutes les semaines tous les directeurs du numérique de tous les ministères. On travaille ensemble à comment on va mutualiser certains éléments qui seraient plus forts si on les faisait ensemble que si on les divisait.JEAN-PIERRE ELKABBACHD'accord. Mais vous confirmez que chaque ministère a ses spécialistes.MOUNIR MAHJOUBIChacun a ses spécialistes, on a une direction centrale et ce que j'ai lancé, c'est une méthode de co-construction et de travail en commun. Depuis six mois, tous ces ministères travaillent ensemble à comment on avance plus fort. En janvier, on annoncera les conclusions de tous les travaux qu'on a faits pour dire comment on va aller vers cette fameuse Etat-plateforme, qu'est-ce qu'on va mettre en commun. C'est quoi les réseaux, l'hébergement peut-être d'autres applications, qui seront faits par l'Etat pour tous les services administratifs, et puis quels sont ceux qui sont spécifiques, qui seront construits. Le service public de la justice numérique, le service de la police numérique, tout ça ce seront des enjeux. Les Français vont le voir au quotidien : un Etat qui doit être champion du numérique.JEAN-PIERRE ELKABBACHNe tardez pas à nous le montrer. Vous aviez crée, Mounir MAHJOUBI, un Conseil du numérique avec trente experts. Début décembre, vous avez traversé une crise, vous et le Conseil. L'une des trente, Rokhaya DIALLO, sans doute peut-être trop indépendante ou peut-être excessive, a été écartée parce qu'elle avait parlé d'un racisme d'Etat et les trente de ce Conseil ont démissionné.MOUNIR MAHJOUBICe Conseil, ce n'est pas moi qui l'ait crée. J'en ai été le président, il est là depuis presque dix ans. Ce Conseil a été crée par le gouvernement sous Nicolas SARKOZY parce que le gouvernement a besoin d'avoir des experts près de lui qui sont capables d'annoncer un chemin. Le numérique, c'était à l'époque quelque chose de nouveau.JEAN-PIERRE ELKABBACHDonc il y a une crise et ils démissionnent. Ça fait une tache.MOUNIR MAHJOUBIJe veux revenir là-dessus.JEAN-PIERRE ELKABBACHAllez-y.MOUNIR MAHJOUBIEvidemment que ça fait une tache. Ce n'est pas agréable de voir un Conseil qui démissionne.JEAN-PIERRE ELKABBACHSur la cause du numérique, ça salit.MOUNIR MAHJOUBICe que j'essaye de vous dire, c'est que les trente n'ont pas démissionné parce qu'il y avait un problème. Il y avait un problème de définition du rôle du Conseil national du numérique. Ce que je viens vous dire ce matin, c'est qu'il va y avoir un nouveau Conseil qui sera nommé, la France a besoin d'un Conseil national du numérique. Le Conseil national du numérique est là pour faire avancer les sujets du numérique avec le gouvernement. On a besoin d'experts, de spécialistes qui sont capables de montrer de façon indépendante le chemin.JEAN-PIERRE ELKABBACHPas d'emballement, on est précis. Vous ne renoncez pas à la création ou à la relance d'un Conseil du numérique ?MOUNIR MAHJOUBISurtout pas, on en a besoin. On annoncera en janvier un nouveau Conseil qui avance.JEAN-PIERRE ELKABBACHIls seront trente ?MOUNIR MAHJOUBIIls seront trente avec une présidente ou un président, j'espère une présidente, et c'est ça le plus important. Le gouvernement en a besoin.JEAN-PIERRE ELKABBACHQui seront-ils ?MOUNIR MAHJOUBIComme c'est prévu, des experts issus de l'économie numérique, des experts issus de la recherche et des experts qui, par leur pratique au quotidien, ont montré que le numérique était important pour eux.JEAN-PIERRE ELKABBACHQuelquefois les mêmes ou d'autres ?MOUNIR MAHJOUBIParmi les trente, il y en aura certains, un certain nombre qui vont être renouvelés. Il y a des nouveaux qui vont arriver. Le plus important pour moi, je vous dis, c'est d'avoir des experts qui sont capables de dire ce qu'ils pensent du sujet.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, oui, d'accord. Mais vous en aviez trente et ils sont partis. Il faut éviter les crises. Qui les choisit ? Qui va les choisir un à un ?MOUNIR MAHJOUBIComme ç'a toujours été le cas.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est-à-dire ?MOUNIR MAHJOUBIJe rappelle : j'ai été le président, j'ai été nommé par le président de la République à l'époque et par le gouvernement. Le Conseil national du numérique est là pour accompagner le gouvernement donc c'est le gouvernement qui le nomme. On est en train de regarder toutes les propositions, les candidatures. L'essentiel, c'est que ce Conseil soit indépendant intellectuellement, qu'il soit capable de dire vers où on va mais qu'il soit dans la construction.JEAN-PIERRE ELKABBACHSelon quels critères ils vont être choisis ?MOUNIR MAHJOUBIL'expertise, l'expertise dans leur sujet. C'est ça qui sera important.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous dites qu'ils sont indépendants, et cætera. Est-ce que les débats seront libres, contradictoires, brutaux même contre le pouvoir ?MOUNIR MAHJOUBIC'est même prévu dans son décret. Oui, ce sera comme ça mais, je le répète, le Conseil national du numérique ce n'est pas l'Assemblée nationale. Il y a une Assemblée nationale qui est là pour contrôler le travail du gouvernement, il y a des organismes indépendants. Le Conseil est là pour conseiller.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, oui, oui. La première contradiction, c'est qu'ils sont nommés par le gouvernement. Est-ce qu'ils sont là pour servir la politique du gouvernement d'Edouard PHILIPPE ? Est-ce que ça va être trente béni-oui-oui ?MOUNIR MAHJOUBISi c'est trente béni-oui-oui, ça ne sert à rien. Non, ce seront trente personnes qui seront là pour orienter, dire quand ça ne va pas, dire quand ça va mais surtout préparer le chemin d'avance.JEAN-PIERRE ELKABBACHTrente Marcheurs ? Trente choisis parce qu'ils sont de La République en marche ?MOUNIR MAHJOUBINon. Experts parce qu'ils sont numériques et experts du numérique.JEAN-PIERRE ELKABBACHCe qui me frappe, est-ce que ce n'est pas une matière, le numérique et l'intelligence artificielle, qui doit entraîner la concorde ou, en tout cas, le consensus ? On peut laisser l'idéologie et le clientélisme politique au vestiaire.MOUNIR MAHJOUBICe qui est certain, c'est qu'il y a des questions numériques aujourd'hui qui sont très graves. On a parlé de l'emploi, on a parlé de la transformation numérique de l'économie, on a parlé de la guerre, de la sécurité ; il faut aussi parler de la neutralité du net. C'est un principe qui est remis en cause aujourd'hui par les Etats-Unis. Non, tout le monde n'est pas d'accord dans le numérique. Dans le numérique, il y a plusieurs façons de voir le projet. Ce Conseil arrive mais surtout, on a un gouvernement qui agit sur le numérique avec un regard clair : performance, humanité, être des champions, accompagner.JEAN-PIERRE ELKABBACHPerformance, surveillance et protection policière qui sont si nécessaires et qui seront améliorées. On peut dire ce qu'on a dit tout à l'heure pour la santé. Vous avez travaillé sans doute avec Agnès BUZYN et on a entendu les progrès considérables qui sont attendus dans différentes maladies pour la prédiction, la prévention.MOUNIR MAHJOUBIEt les Français le verront dans leur quotidien des prochaines années.JEAN-PIERRE ELKABBACHLes transports, la SNCF, les voitures autonomes et les objets connectés souvent commandés par la voix et puis la cybersécurité parce qu'il y a aujourd'hui le développement des super espaces et peut-être de la cyber-guerre avec les armes dépendantes aussi de l'intelligence artificielle, des armes autonomes et intelligentes dont parle le général Benoît DURIEUX qui s'y connaît et qui vient de participer à la création d'un dictionnaire que je recommande d'ailleurs.- Extrait de l'émission Bibliothèque Médicis de Public Sénat :GENERAL BENOIT DURIEUXDans le domaine militaire ce qu'on observe depuis longtemps, c'est une évolution de la guerre et je pense qu'elle peut être rattachée en partie en tout cas à cette évolution technologique. Les conflits auxquels on assiste aujourd'hui aux Proche et Moyen-Orient, auxquels on a assisté en Afghanistan, c'est finalement la façon dont un adversaire souvent va chercher à mettre en échec les nouveautés technologiques, la détection, l'intelligence artificielle, les robots. De ce point de vue-là, ce serait une erreur de penser que celui qui domine un côté va nécessairement gagner.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous dites : « On arrive à un nouveau cycle de l'intelligence artificielle » ; est-ce qu'on en est capable ? Est-ce que ce n'est pas dangereux ?MOUNIR MAHJOUBIOn en est capable. Pour en être capable, il faudra qu'on soit formé, qu'on soit tous collectivement formé et que politiquement on soit tous capable de parler de ces sujets. Ça, c'est comment on fait pour avoir une nation intelligente, une nation compétente, une nation créative capable d'affronter toutes ces transformations. C'est pour ça qu'on mise tout sur la formation, c'est pour ça qu'on mise tout sur la transformation dès l'école.JEAN-PIERRE ELKABBACHÇa veut dire qu'en 2018, c'est la confirmation que la France serait vieille ?MOUNIR MAHJOUBILa France s'est réveillée depuis plusieurs années mais depuis 2017, avec le mandat qui nous a été donné, on accélère cette transformation, on accélère ce réveil. Et 2018, c'est le moment où on va voir dans nos vies tout ce que le numérique et l'intelligence artificielle peuvent apporter de positif et en même temps nous responsabiliser sur ce qu'on doit faire pour la contrôler.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn pourra corriger et accélérer pour éviter nos retards ?MOUNIR MAHJOUBILa seule chose qui est intéressante dans le numérique, c'est de voir que ça multiplie une volonté humaine et une intelligence humaine. Si nous sommes intelligents, si nous définissons une stratégie, si nous avançons tous ensemble, alors oui nous serons les champions du numérique et, oui, les Français en bénéficieront.JEAN-PIERRE ELKABBACHReste l'Europe. J'ai noté que le président de la République parlait des consultations citoyennes qui le recommandent dans la plupart des pays européens. On ne sait pas si elles vont avoir lieu ou pas. Mais il peut y avoir peut-être une place d'une coopération européenne commune en matière d'intelligence artificielle pour éviter les catastrophes et pour être fort par rapport aux GAFA américains, aux géants.MOUNIR MAHJOUBIDeux sujets. Sur la performance : investir en commun faire de la recherche en commun et c'est déjà en cours avec les Allemands. Il faudra qu'on soit encore plus capable de le faire avec tous nos partenaires et en même temps se protéger. Il y a le sujet de la régulation des plateformes, la fiscalité des plateformes. Il y a le sujet de comment on vit avec ces plateformes quand elles deviennent de plus en plus grosses, comment on contrôle et comment on régule. Ça, c'est notre travail.JEAN-PIERRE ELKABBACHD'accord. Mais la puissance, la richesse et l'avance des GAFA sont incomparables. Est-ce qu'elles sont rattrapables ?MOUNIR MAHJOUBIOui, elles sont rattrapables. Elles sont rattrapables parce que là, il y a un changement de paradigme. Dans ce changement de paradigme, l'Europe peut jouer un rôle assez important parce que nous avons les chercheurs, nous avons les populations formées et nous sommes prêts à assumer toutes ces transformations-là.JEAN-PIERRE ELKABBACHAvec les start-up.MOUNIR MAHJOUBIOn a un taux de créations de start-up qui est l'un des plus élevés au monde. On a un taux de financement qui n'a jamais été aussi important en Europe et particulièrement en France. Oui, toutes les conditions sont réunies mais pour y arriver, il va falloir qu'on se mobilise. Qu'on forme, qu'on accompagne et qu'on fasse confiance.JEAN-PIERRE ELKABBACHQue chacun devienne un acteur du futur si je puis dire.MOUNIR MAHJOUBISi vous voulez.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous par exemple, il faut que chacun de nous – peut-être vous – soyez au courant des recherches qui se font un peu partout parce que la Chine est en train de faire des progrès considérables en matière d'intelligence artificielle, les Etats-Unis. Vous allez voir ce qui se passe un peu partout ?MOUNIR MAHJOUBIJe vais voir ce qui se passe un peu partout. La semaine prochaine, je serai aux Etats-Unis. Les Français vont présenter au CES de Las Vegas le grand salon de l'innovation JEAN-PIERRE ELKABBACHLas Vegas !MOUNIR MAHJOUBILe CES de Las Vegas, oui. Vous savez, cette grande foire.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est BUSINESS FRANCE qui va s'occuper de votre voyage ?MOUNIR MAHJOUBIBUSINESS FRANCE s'occupe de faire rayonner la marque French Tech aux Etats-Unis pour que le monde entier sache qu'en France, on a les meilleurs champions.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt qui paye Las Vegas cette fois-ci ?MOUNIR MAHJOUBIChacun paye sa part. Je paye ma part, chacune et chacun paye la sienne et comme ça, tout le monde s'en sort.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous dites que ça va aller vite, ça allait déjà vite. Le mouvement, en vous écoutant, va s'accélérer.MOUNIR MAHJOUBILe mouvement va s'accélérer pour la transformation de l'économie, pour la transformation de l'Etat, pour la transformation de notre sécurité. L'enjeu, c'est donc d'être prêt.JEAN-PIERRE ELKABBACHDans quel secteur nous sommes forts, nous pouvons exister ? Au-delà de l'optimisme de monsieur MAHJOUBI ce matin 2 janvier.MOUNIR MAHJOUBIJe vais vous dire les secteurs auxquels je crois très fort. Je crois très fort à l'intelligence artificielle sur lequel la France peut jouer un rôle, appliquée à la cybersécurité, appliquée aux transports, appliquée à l'énergie, appliquée à l'industrie. Sur ces sujets-là, la France peut être première dans le monde. C'est pour ça que je vais me consacrer à identifier ces champions, à accompagner ces champions parce qu'on a besoin d'avoir des start-up qui grossissent très vite, qui sont nos champions de demain, nos start-up européennes spécialistes de ces sujets et qui iront conquérir le monde. Tout ça pour quoi ? Au service des humains.JEAN-PIERRE ELKABBACHQuel optimisme un 2 janvier ! Quel optimisme ! Quelle confiance !MOUNIR MAHJOUBIMais heureusement qu'on y croit.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous avez fait des promesses. Vous viendrez, on surveillera, on continuera à contrôler.MOUNIR MAHJOUBIOn se retrouve dans quelques mois.JEAN-PIERRE ELKABBACHNous en reparlerons sur CNews parce que c'est la télévision qui explique et qui, en même temps, accompagne la révolution numérique, la révolution « dataïque », la révolution des données. Merci. Demain je recevrai Annie GENEVARD qui est la numéro deux des Républicains. Elle n'est pas connue ; il y a intérêt peut-être à la rencontrer et à l'écouter. Merci, bonne journée.MOUNIR MAHJOUBIA bientôt.JEAN-PIERRE ELKABBACHBonne année à tous.MOUNIR MAHJOUBIMerci à tous.Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 janvier 2018
La source — vie_publique · nº 204624
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/204624-interview-de-m-mounir-mahjoubi-secretaire-detat-au-numerique-cnews?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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