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19 décembre 2017 · Gouvernement · France Info · discours Discours

Interview de Mme Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, avec France Info le 19 décembre 2017, sur la présence de ministres d'extrême-droite en Autriche, la situation politique en Pologne, la politique d'immigration et sur les prochaines élec

Nathalie Loiseau (auteur), Jean-Michel Aphatie (intervenant)

JEAN-MICHEL APHATIEBonjour Nathalie LOISEAU.NATHALIE LOISEAUBonjour.JEAN-MICHEL APHATIENous allons effectivement profiter de notre entretien pour parler de l'Europe, ce que l'on ne fait pas souvent, nous n'avons pas forcément été très attentifs à ce qui s'est passé en Autriche, l'Autriche a un nouveau gouvernement depuis dimanche, dirigé par Sebastian KURZ, qui a 31 ans, c'est le plus jeune dirigeant occidental, et il a trouvé un accord avec le parti d'extrême droite. Six ministres au total, trois ministres d'extrême droite dans des fonctions importantes, qui dirigeront la diplomatie, la police, l'armée, autrichiennes. François HOLLANDE s'en est ému hier, c'est assez rare pour être signalé, dans un tweet, l'ancien président de la République a indiqué que « la composition du nouveau gouvernement autrichien avec l'extrême droite dans des ministères régaliens est contraire aux valeurs que l'Europe porte. » Et comme nous connaissons peu cette extrême droite autrichienne en France, je vous propose d'écouter un court extrait de Heinz-Christian STRACHE, qui disait ceci, c'est le patron du parti d'extrême droite en Autriche.HEINZ-CHRISTIAN STRACHE, CANDIDAT DU FPÖÇa nous donne le pouvoir de lutter pour plus de justice et de sécurité en Autriche, et arrêter l'islamisation de notre pays.JEAN-MICHEL APHATIEVoilà, bien sûr une ligne très agressive vis-à-vis de l'Islam pour l'extrême droite autrichienne. Est-ce que vous êtes d'accord avec François HOLLANDE, Nathalie LOISEAU, quand il dit que ce gouvernement est contraire aux valeurs que porte l'Europe ?NATHALIE LOISEAUÇa c'est le dire avant même que le gouvernement ait commencé à agir, ce n'est pas ce qu'on lit dans le contrat de coalition, en Autriche, comme en Allemagne, comme dans un certain nombre de pays il y a un contrat de coalition entre les partis qui se rassemblent pour gouverner ensemble JEAN-MICHEL APHATIEPresque 200 pages ce contrat.NATHALIE LOISEAUQui fait 180 et quelques pages, ce n'est pas ce qu'on y lit, ceci étant il faut être extrêmement vigilant. Je voudrais commencer en disant qu'on avait très bien travaillé avec le gouvernement autrichien précédent. Christian KERN était le chancelier, Sebastian KURZ, qui devient chancelier, était déjà ministre des Affaires étrangères, il est membre du parti conservateur, populaire, et je voudrais rendre hommage à Christian KERN qui a fait un travail formidable, très pro-européen, très aidant à trouver des compromis utiles pour l'Europe, on était allé avec Emmanuel MACRON en Autriche, d'ailleurs, l'été dernier, pour travailler sur les travailleurs détachés. Aujourd'hui il faut être vigilant. Sebastian KURZ se rend aujourd'hui même à Bruxelles, pour voir Jean-Claude JUNCKER et pour voir le président du Conseil européen Donald TUSK. Donald TUSK lui a écrit hier en lui disant que l'Europe serait attentive au respect des valeurs européennes, au respect du contenu des traités, mais aussi de l'esprit des traités européens. On sera tous très attentif.JEAN-MICHEL APHATIEQu'est-ce qui peut être remis en cause, à quoi vous serez attentifs exactement ? Qu'est-ce qui n'est pas permis ou tolérable ?NATHALIE LOISEAUTout ce qui relève de l'Etat de droit, de la démocratie, de la séparation des pouvoirs, de la protection des médias, tous ces enjeux, l'indépendance de la justice, sur lesquels, on est par exemple très attentif s'agissant de la Pologne JEAN-MICHEL APHATIEOn va en parler.NATHALIE LOISEAUOn en parlera peut-être tout à l'heure, c'est ces sujets-là qui sont ceux qui nous rassemblent. L'Europe ce n'est pas juste un marché unique, c'est un ensemble de pays qui partagent les mêmes valeurs.JEAN-MICHEL APHATIEOn l'entendait dans la déclaration, ceux que beaucoup redoutent aussi c'est une politique agressive vis-à-vis d'une religion, notamment vis-à-vis de l'Islam.NATHALIE LOISEAUOn sera attentif, évidemment, aussi. L'Europe est un continent d'ouverture et de tolérance.JEAN-MICHEL APHATIEEst-ce que les dirigeants européens, dont vous faites partie Nathalie LOISEAU, ont essayé de peser sur Sebastian KURZ pour qu'il ne donne pas des ministères régaliens, parce que c'est cela qui a un peu surpris aussi, à ce parti d'extrême droite, je le rappelle, la police, l'armée, les affaires étrangères ?NATHALIE LOISEAUNon, ça c'est de l'ingérence. Les résultats des élections autrichiennes ont fait du FPÖ, du parti d'extrême droite, le troisième parti en Autriche, et il a choisi de gouverner avec le parti populaire, ce n'est pas à un pays étranger d'indiquer à un chef de gouvernement quel genre de ministères il doit donner à qui. Imaginez, en sens inverse, si un Espagnol, un Britannique, un Allemand, ou un Autrichien, venait nous dire donnez tel ou tel ministère à telle ou telle personne, ça serait totalement inacceptable. En revanche, l'attention portée à la politique menée, aux choix qui seront faits, ça elle sera très forte.JEAN-MICHEL APHATIEDonc François HOLLANDE, en réagissant avec son tweet, fait un peu un procès d'intention ? On peut, ce que vous dites ce matin Nathalie LOISEAU au micro de France Info, c'est que, un parti d'extrême droite au gouvernement, dans un pays de l'Union européenne, peut parfaitement respecter les valeurs de l'Union européenne.NATHALIE LOISEAUC'est ce qu'on verra.JEAN-MICHEL APHATIEMais vous en faites l'hypothèse.NATHALIE LOISEAUAujourd'hui, Sebastian KURZ l'a dit, l'a répété quand il a gagné, pendant tout le temps où il a formé sa coalition, son premier geste c'est de se rendre à Bruxelles, à l'évidence il veut rassurer, mais maintenant on jugera sur les actes.BRUCE TOUSSAINTCe qui est compliqué c'est que vous appelez à la vigilance, mais c'est aussi l'expression du vote des Autrichiens, donc ce vote il est, j'allais dire, souverain.NATHALIE LOISEAUCe vote il est souverain. Ailleurs en Europe, ou ailleurs dans le monde, on n'a pas toujours les gouvernements qu'on aurait choisis nous-mêmes, mais il faut apprendre à travailler avec eux, sans renier nos valeurs, en étant exigeants sur les points qui comptent, mais en respectant la volonté des électeurs. On parle d'une démocratie, on ne parle pas d'autre chose.JEAN-MICHEL APHATIEEn 1999, ça paraît très loin, mais l'Europe a déjà été confrontée à ce problème, toujours avec l'Autriche, des ministres d'extrême droite avaient intégré le gouvernement. On va le voir, à l'époque, certains dirigeants français, allemands aussi, ça avait fait polémique d'ailleurs, avaient pris une position d'hostilité vis-à-vis du gouvernement autrichien, « je pense que la meilleure solution c'est de ne pas lui adresser la parole » disait Martine AUBRY en parlant de son homologue autrichienne, il y avait eu des formes de boycott. Là, visiblement, on n'en n'est plus là, en quelque sorte.NATHALIE LOISEAUAlors deux choses. D'abord, le FPÖ de 2017 ce n'est pas le FPÖ de 1999, celui de Jorg HAIDER, qui était quand même très proche d'un passé néonazi, antisémite, aujourd'hui ce parti a objectivement changé. Ça ne veut pas dire qu'on lui fait un chèque en blanc, mais il a changé. Par ailleurs, ce qui s'est passé en 1999 c'est de la gesticulation. C'est très facile de dire « le plus simple c'est de ne pas lui parler », mais alors, qu'est-ce qu'on fait ? On se bouche les yeux et les oreilles pour ne pas voir et ne pas entendre. On ne parle pas qu'à des pays avec lesquels on partage les agendas. Quand on est chef d'Etat, quand on a une politique étrangère, quand on a des principes et des intérêts à défendre, on parle à des gens qui ne vous ressemble pas, sinon on ne fait pas ça, on n'est pas chef d'Etat.JEAN-MICHEL APHATIECe que vous dites impose un constat, pour en terminer sur le sujet de l'Autriche, on parlera de la Pologne à la reprise, c'est que le Front national peut dire très tranquillement aujourd'hui en France « voyez, un parti dit d'extrême droite qui arrive au pouvoir en Europe ça ne pose aucun problème, donc si nous nous étions au pouvoir, tous ceux qui vous disent holà là, ça serait une catastrophe, ils vous disent quelque chose qui n'est pas juste. »NATHALIE LOISEAUSi ce n'est que, Emmanuel MACRON et ce gouvernement, ils se sont battus contre l'extrême droite, et qu'on ne peut pas nous faire le procès d'avoir la moindre sympathie et la moindre envie de leur ouvrir la porte.JEAN-MICHEL APHATIECe n'était pas le sens de ma remarque. Le sens de ma remarque c'est que l'extrême droite peut entrer dans un gouvernement sans que ça ne remette quoi que ce soit en cause.BRUCE TOUSSAINTQu'elle s'est banalisée d'une certaine façon.NATHALIE LOISEAUVous le découvrez sur l'Autriche, ou en tout cas vous le relevez sur l'Autriche, mais ailleurs, en Europe, l'extrême droite soutient le gouvernement au Danemark, une partie de la coalition belge est très proche de ce qu'on pourrait qualifier de l'extrême droite. Il y a un virage populiste dans certains pays d'Europe, pas tous, il ne faut pas non plus caricaturer, mais il est là, il est présent, ce n'est pas une bonne nouvelle, c'est la raison pour laquelle il faut être à la fois très pro-européen et réformer l'Europe pour mieux répondre aux attentes des citoyens et ne pas laisser les extrêmes prendre le pas sur les modérés et ceux qui ont un vrai projet.BRUCE TOUSSAINTVous restez avec nous.( ) InfosBRUCE TOUSSAINTNathalie LOISEAU, ministre chargée des Affaires européennes, est l'invitée de France Info ce matin.JEAN-MICHEL APHATIENous parlions de la Pologne. Le Parlement polonais a adopté une loi qui met fin à l'indépendance de la justice et vous demandez au président polonais de ne pas ratifier cette loi.NATHALIE LOISEAULe processus législatif n'est pas tout à fait terminé. Le Sénat n'a pas encore JEAN-MICHEL APHATIEMais c'est acquis.NATHALIE LOISEAUOui, ça paraît être une formalité. Ensuite, il faut une ratification par le président de la République. C'est une loi préoccupante parce qu'effectivement elle porte atteinte à l'indépendance de la justice. A partir de là, il y a un dialogue depuis un certain nombre de mois entre l'Europe et la Pologne sur ce sujet précis.JEAN-MICHEL APHATIESi la loi est ratifiée, qu'est-ce qui va se passer ?NATHALIE LOISEAUDemain, les membres de la Commission européenne se réunissent et doivent décider si on lance une procédure qui peut conduire à des sanctions à l'encontre de la Pologne. Si rien n'évolue d'ici demain, il y a de fortes probabilités pour que cette procédure démarre. Il faut le faire. La France soutient totalement la Commission dans cette démarche-là. Je le disais tout à l'heure, on n'est pas un simple marché unique. Nous sommes en Europe un ensemble de pays qui partagent des valeurs et qui sont attentifs à la démocratie, à l'Etat de droit, à la séparation des pouvoirs. Si un Etat dérive par rapport à ces éléments-là, il faut le dire, il faut marquer le coup. La semaine dernière à Bruxelles, Emmanuel MACRON a rencontré le nouveau Premier ministre polonais. Il lui a dit de manière très claire.JEAN-MICHEL APHATIEMais pour qu'il y ait des sanctions contre la Pologne, il faut l'unanimité des autres Etats membres. On sait déjà que la Hongrie ne soutiendra pas les autres pays membres de l'Europe.NATHALIE LOISEAUC'est ce qu'elle a dit jusqu'à présent.JEAN-MICHEL APHATIEEn fait, tout ça pour dire que s'installe quelque chose en Europe face auxquels finalement on a peu de pouvoir, c'est-à-dire pouvoirs autoritaires qui peuvent contrevenir aux valeurs européennes : indépendance de la justice, démocratie et on n'a pas grand chose à faire en fait.NATHALIE LOISEAUVous avez raison. Les traités ne permettent pas de forcer la main à un gouvernement d'un Etat membre. Parce que ceux qui ont signé les traités ne le souhaitaient pas, peut-être aussi parce qu'ils n'envisageaient pas, ils n'imaginaient pas qu'il puisse y avoir ce type d'évolution. Il faudra qu'à l'avenir on réfléchisse notamment sur le versement des crédits européens. La politique qu'on appelle la politique de cohésion, qui est destinée à aider les pays les moins riches à rattraper les autres en termes de convergence sociale, de convergence économique, ne peut pas, ne peut plus de notre point de vue être poursuivie les yeux fermés. Un pays qui dérive par rapport à l'Etat de droit par exemple doit faire le choix. Il est souverain, il prend ses décisions mais il ne peut pas en même temps demander à Bruxelles d'être soutenu par des milliards de fonds de cohésion.JEAN-MICHEL APHATIEConditionner l'obtention des crédits au respect de certaines règles et de certaines valeurs.NATHALIE LOISEAUBien sûr. En tout cas, c'est la position que nous allons défendre à Bruxelles.JEAN-MICHEL APHATIEEn France aussi, certains dénoncent une atteinte aux valeurs européennes. Je veux parler de la circulaire Mézard-Collomb qui prévoit que des brigades extérieures pourront intervenir dans des foyers d'hébergement d'urgence auprès des migrants pour voir qui est là en situation irrégulière, qui attend un statut de réfugié politique pour essayer de faire un tri. Ceci suscite un vif débat ; les associations notamment dénoncent cette circulaire et Jacques TOUBON, défenseur des droits, a expliqué hier sur France Inter que la justice européenne pourrait retoquer la circulaire du ministre de l'Intérieur et du ministre du Logement. On écoute Jacques TOUBON.JACQUES TOUBON, DEFENSEUR DES DROITSCette circulaire en gros demande que l'on puisse trouver les moyens de faire sortir des hébergements d'urgence les personnes qui sont en situation irrégulière au titre du séjour. Je pense que certaines des dispositions qui sont envisagées aujourd'hui risquent de tomber sous le coup d'une condamnation de la Cour européenne des droits de l'homme.JEAN-MICHEL APHATIEEst-ce que vous avez vérifié que la circulaire est conforme à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme et aux textes européens ?NATHALIE LOISEAULa circulaire a assez peu à voir avec la manière dont Jacques TOUBON la décrit. Je pense qu'il a été saisi par des associations qui en ont fait une description qui n'est pas conforme à la réalité.JEAN-MICHEL APHATIEVous avez vérifié sa compatibilité avec les règles européennes ?NATHALIE LOISEAUVous savez, la compatibilité, vous la vérifiez le jour où une cour vous dit c'est bon ou ce n'est pas bon. Vous pouvez essayer de penser que c'est conforme ; nous, nous le pensons évidemment mais après, c'est aux juridictions de juger. Qu'est-ce que dit la circulaire ? Ce ne sont pas des patrouilles, ce sont des agents de la préfecture et de l'office français d'immigration et d'intégration qui vont aller dans les centres d'hébergement pour examiner pour ceux qui l'acceptent, qui ne forceront personne, qui vont examiner pour ceux qui l'acceptent leur situation administrative.JEAN-MICHEL APHATIEC'est-à-dire que les personnes qui sont à l'intérieur et qui ne veulent pas répondre aux agents de la préfecture pourront ne pas répondre.NATHALIE LOISEAUIls n'auront aucune obligation de répondre.JEAN-MICHEL APHATIEÇa ne sert pas à grand-chose alors.NATHALIE LOISEAUSi, ça sert. Parce que vous avez BRUCE TOUSSAINTQui va vouloir se faire recenser ?NATHALIE LOISEAUVous avez dans des centres d'hébergement d'urgence qui sont destinés à traiter les cas les plus immédiats des gens qui ont déjà le statut de réfugié, qui ne devraient pas être là, qui devraient se voir attribuer un logement. Vous avez des gens qui sont des demandeurs d'asile très avancés dans leur procédure de demande et à qui on pourrait proposer d'autres types d'hébergement.JEAN-MICHEL APHATIEVous inversez le sens de la circulaire. En fait, vous dites que c'est pour rendre service aux gens qui ont déjà un statut et qui ne devraient pas être dans un foyer d'hébergement d'urgence.NATHALIE LOISEAUVous savez, le sujet auquel on est confronté aujourd'hui, c'est en 2017 à peu près 95 000/97 000 demandes d'asile. C'est considérable. On est face à une crise migratoire depuis 2015 ; on n'est pas dans une situation où on peut se dire : « on continue comme avant, on ne change rien et ça marche. » La réalité, c'est que ça ne marche pas. Les demandeurs d'asile aujourd'hui attendent quatorze mois pour savoir s'ils ont ou pas le statut de réfugié. Ce qu'il faut faire, c'est faire en sorte que les procédures aillent beaucoup plus vite, que les gens puissent être traités dignement, que les gens soient hébergés là où ils ont vocation à être hébergés.JEAN-MICHEL APHATIECette circulaire ne vous choque pas ?NATHALIE LOISEAUCette circulaire ne me choque pas. Elle est destinée à davantage d'efficacité et à faire en sorte, si vous avez des gens qui eux sont déboutés du droit d'asile, est-ce qu'il faut les garder en France ? Est-ce que c'est normal aujourd'hui que la moitié de ceux qui sont par exemple dans des lieux type porte de la Chapelle où régulièrement, malgré tous les efforts qui sont faits, vous avez des campements sauvages qui réapparaissent. Plus de la moitié qui sont là sont des déboutés du droit d'asile ailleurs en Europe, notamment venant d'Allemagne. Est-ce qu'il faut les garder en France ?BRUCE TOUSSAINTOn imagine mal les clandestins qui risquent d'être expulsés accepter d'être recensés.NATHALIE LOISEAUÇa n'est pas un recensement : c'est un examen et c'est une proposition. S'ils le refusent, c'est à eux de voir. Mais on imagine mal aussi aujourd'hui JEAN-MICHEL APHATIETelle que vous la décrivez, la circulaire ne sert à rien.NATHALIE LOISEAUOn imagine mal aujourd'hui aussi engorger les centres d'hébergement d'urgence avec, par exemple, des demandeurs d'asile albanais. Vous le savez, c'est la première nationalité en termes de demande d'asile en France. Or, l'Albanie n'est pas un pays en guerre, n'est pas un pays en crise humanitaire. Il n'y a objectivement aucune raison qu'il y ait autant de demandeurs d'asile albanais en France qui restent en moyenne quatorze mois avec leur famille. C'est la raison pour laquelle Gérard COLLOMB est allé en Albanie la semaine dernière négocier et signer un accord avec les autorités albanaises pour qu'ils puissent être raccompagnés en Albanie. Parce que quand ces personnes-là sont logées dans des hébergements d'urgence, d'autres qui arrivent de Syrie, qui arrivent d'Irak, qui arrivent de pays en crise, qui arrivent de pays en guerre se retrouvent à la rue. Ça n'est pas normal. C'est ces situations-là qu'il faut examiner.( ) InfosBRUCE TOUSSAINTNathalie LOISEAU, ministre chargée des Affaires européennes, est l'invitée de France Info ce matin.JEAN-MICHEL APHATIEPour en terminer avec les questions sur les migrants, je voulais quand même signaler cette réponse de Françoise NYSSEN, ministre de la Culture, au journal Le Monde hier, elle est interrogée sur la politique que veut suivre le gouvernement en matière d'immigration. Est-ce que vous ne la trouvez pas trop difficile ? « Permettez que je réponde avec Jean-Marie-Gustave LE CLEZIO », dit Françoise NYSSEN, elle cite LE CLEZIO, « la migration n'est pas, pour ceux qui l'entreprennent, une croisière en quête d'exotisme, ni même le leurre d'une vie de luxe dans nos banlieues, c'est une fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort dans leur propre pays. Ce point de vue », conclut Françoise NYSSEN, « je le fais valoir sans qu'il m'en soit fait le reproche. » Ça sonne comme une hostilité au choix que fait le ministre de l'Intérieur. Vous vous sentez plus proche de Gérard COLLOMB ou de Françoise NYSSEN ?NATHALIE LOISEAUMais, on est tous dans le même gouvernement, et on est tous d'accord, mieux traiter JEAN-MICHEL APHATIEVous êtes tous dans le même, mais est-ce que vous êtes tous d'accord, je n'en suis pas certain.NATHALIE LOISEAUMieux traiter les réfugiés, ceux qui fuient les périls, ceux qui fuient la guerre, ceux qui fuient les crises humanitaires, c'est le but de ce gouvernement et ce sera le but de la prochaine loi.JEAN-MICHEL APHATIEMais il y a visiblement des sensibilités différentes.NATHALIE LOISEAUMais reconduire ceux qui ne méritent pas le statut de réfugié, qui ne l'ont pas eu, ça aussi c'est une nécessité. Est-ce que vous croyez que la France peut accueillir 97.000 demandeurs d'asile par an ? Est-ce que sérieusement vous pensez que c'est ce que nous allons faire JEAN-MICHEL APHATIEVous convenez qu'il y a des différences de sensibilité au sein du gouvernement ?NATHALIE LOISEAUNon, parce que nous disons la même chose Françoise NYSSEN et moi.JEAN-MICHEL APHATIEEn tout cas elle, elle se réfugie, si je puis dire, derrière LE CLEZIO pour NATHALIE LOISEAUElle parle des réfugiés, moi aussi.JEAN-MICHEL APHATIE« Les réfugiés c'est une fuite de gens apeurés, harassés, en danger de mort dans leur propre pays. »NATHALIE LOISEAUOui, et nous ferons en sorte de les traiter mieux qu'ils ne l'ont été jusqu'à présent.JEAN-MICHEL APHATIELe gouvernement a décidé de modifier le mode de scrutin pour les élections européennes de juin 2019, il était régional, il sera national. Vous n'avez pas peur que ça détourne les gens d'un scrutin purement européen et qu'on parle beaucoup de politique intérieure, avec un scrutin national ?NATHALIE LOISEAUAu contraire.JEAN-MICHEL APHATIEOn a déjà connus des scrutins nationaux.NATHALIE LOISEAUIl y a beaucoup de scrutins nationaux JEAN-MICHEL APHATIEC'est pour ça qu'on a changé, qu'on est revenu à un mode régional.NATHALIE LOISEAUNon, on a essayé, disait-on, de rapprocher les députés des électeurs, ça a été un échec, parce que vous êtes, vous peut-être, vous êtes capable de dire quel est votre député européen JEAN-MICHEL APHATIEOh peut-être pas ! Bruce, vous seriez capable ?BRUCE TOUSSAINTNon, question suivante.NATHALIE LOISEAUVoilà, c'est ça, donc ça n'a pas marché, parce que les euro-circonscriptions, les régions qui avaient été découpées pour les élections européennes étaient extrêmement théoriques et très très vastes. La réalité c'est que l'écrasante majorité des pays européens ont des scrutins avec listes nationales, ce que nous souhaitons c'est qu'il y ait un vrai débat sur l'Europe, et pas débats locaux JEAN-MICHEL APHATIEVous le souhaitez, mais souvent, quand il y a des listes nationales, on a connu ça en France, on parle beaucoup de la situation intérieure NATHALIE LOISEAUÇa c'est de la responsabilité des partis, et ce que nous espérons, et c'est ce que fera En Marche, c'est parler d'Europe, et parler des enjeux européens. Aujourd'hui, ce matin vous m'invitez, je vous en remercie, de plus en plus souvent on a conscience que les grands enjeux auxquels on est confronté ont une dimension européenne forte, on vient de parler d'immigration, on pourrait parler du changement climatique, on pourrait parler de la révolution numérique, on parle de la mondialisation, de la lutte contre le terrorisme, tous ces enjeux-là, aujourd'hui, ils se traitent essentiellement à niveau européen. Et donc, pouvoir avoir un vrai débat, des vrais choix politiques, sur les questions européennes, à l'occasion du scrutin de 2019, c'est indispensable. Nous pensons franchement qu'avec une liste nationale JEAN-MICHEL APHATIEVous obtiendrez ce but-là.NATHALIE LOISEAUC'est aux partis de jouer le jeu et de ne pas revenir sur des querelles et des juxtapositions de 27 élections différentes, avec des enjeux différents, la même semaine.JEAN-MICHEL APHATIEOn verra ce qu'il en sera, juin 2019 c'est un peu loin. Quel est le profil type pour diriger la liste d'En Marche, comment vous imaginez celui qui doit mener, en France, le combat pour l'Europe ?NATHALIE LOISEAUEtre pro-européen, avoir une vraie ambition pour l'Europe, pour la France dans l'Europe, mais aussi un regard critique et une envie de réformer cette Europe dont on a besoin, mais qui ne fonctionne pas tout à fait comme on le souhaiterait, en tout cas à l'heure actuelle.JEAN-MICHEL APHATIEIl est trop tôt, bien sûr, pour donner des noms ?NATHALIE LOISEAUIl est beaucoup trop tôt.JEAN-MICHEL APHATIEBeaucoup trop tôt, vous ne vous risquerez pas à cette aventure. Vous êtes membre d'En Marche, vous, Nathalie LOISEAU ?NATHALIE LOISEAUOui, je suis membre d'En Marche.JEAN-MICHEL APHATIEVous auriez envie d'être candidate au Parlement européen ?NATHALIE LOISEAUJe suis ministre 100 % de mon temps, avec beaucoup d'engagement et beaucoup de plaisir, et je ne regarde pas plus loin que ça.JEAN-MICHEL APHATIEEt donc nous verrons, nous aurons l'occasion de reparler de cette élection, qui sera la première dans le déroulement du quinquennat après l'élection présidentielle. Emmanuel MACRON était sur France 2 dimanche soir, il a eu des phrases qui ont un peu interroge tout de même, et je vous propose d'écouter une phrase qui tourne un peu depuis hier, comment faut-il la comprendre, on compte sur vous Nathalie LOISEAU, on écoute Emmanuel MACRON.EMMANUEL MACRONLe leadership européen international je le tiens de mon peuple, je le tiens des Françaises et des Français.JEAN-MICHEL APHATIE« Mon peuple », alors ça, on s'est dit : tiens, ce possessif est curieux tout de même. Comment vous l'analysez ?NATHALIE LOISEAUEcoutez, quand vous faites une interview qui a duré quarante minutes, même avec quelqu'un dont la communication et dont l'éloquence sont aussi contrôlées qu'Emmanuel MACRON BRUCE TOUSSAINTEt l'intelligence supérieure.JEAN-MICHEL APHATIE« Mon peuple ».BRUCE TOUSSAINTJe croyais que c'est ce que vous alliez dire juste après.NATHALIE LOISEAUSi je vous interviewe pendant quarante minutes, vous n'aurez, en vous réécoutant, pas toujours choisi les mots que vous auriez voulu choisir.BRUCE TOUSSAINTDonc, c'était une erreur.JEAN-MICHEL APHATIEC'est une petite bêtise.NATHALIE LOISEAUNon, c'est une manière de s'exprimer. Il parlait du leadership européen et international de la France, et moi qui voyage tout le temps, vous le savez, j'en atteste : la France était attendue et elle est accueillie pour ce qu'elle porte comme valeurs, comme projets, comme ambitions. Aujourd'hui, elle est extraordinairement écoutée et c'est une vraie fierté d'être dans ce gouvernement, dans ces fonctions-là, parce qu'on a un président, un chef d'Etat qui porte un projet. C'est reconnu partout.JEAN-MICHEL APHATIEJe ne sais pas si c'est reconnu partout mais vous le dites.NATHALIE LOISEAUMais vous regardez les journaux européens par exemple en ce moment qui le citent comme homme de l'année.JEAN-MICHEL APHATIEQuelqu'un notait malicieusement hier que si Nicolas SARKOZY avait dit « mon peuple » NATHALIE LOISEAURegardez, vous le relevez là aussi. On sait que les commentateurs politiques sont attentifs et parfois sans pitié.JEAN-MICHEL APHATIEEst-ce que la modestie est une valeur en politique ?NATHALIE LOISEAUBien sûr. Et l'ambition en même temps.JEAN-MICHEL APHATIEEt l'ambition en même temps. Si la modestie en est une, vous pensez qu'Emmanuel MACRON doit la cultiver encore un petit peu ?NATHALIE LOISEAUJe crois que c'est quelqu'un qui est toujours avide d'apprendre et qui apprend sans cesse.BRUCE TOUSSAINTMerci beaucoup Nathalie LOISEAU, très bonne journée.Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 décembre 2017
La source — vie_publique · nº 204541
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/204541-interview-de-mme-nathalie-loiseau-ministre-des-affaires-europeennes-av?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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