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7 décembre 2017 · Gouvernement · CNews · discours Discours

Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Cnews le 12 décembre 2017, sur la mort de Johnny Halliday, la décision du président des Etats-Unis de reconnaitre Jérusalem comme capita

Sébastien Lecornu (auteur), Jean-Pierre Elkabbach (intervenant)

CLELIE MATHIASC'est l'heure de l'interview de Jean-Pierre ELKABBACH qui reçoit ce matin Sébastien LECORNU, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique Nicolas HULOT.JEAN-PIERRE ELKABBACHBienvenu Sébastien LECORNU, bonjour.SEBASTIEN LECORNUBonjour Jean-Pierre ELKABBACH.JEAN-PIERRE ELKABBACHEn rentrant de Nouvelle-Calédonie avec le Premier ministre Edouard PHILIPPE, vous avez appris la mort de Johnny HALLYDAY en descendant de l'avion ou à bord de l'avion. Vous avez vu la France pleurer son nouvel héros, Johnny.SEBASTIEN LECORNUEn escale à Tokyo pour être précis. Sur le retour de Nouméa, on a appris la nouvelle avec le Premier ministre, la garde des Sceaux et la ministre des Outre-mer. J'étais assez ému. Je ne l'ai vu qu'une seule fois dans ma vie en vrai, comme dirait l'autre. Ça va vous faire sourire, Jean-Pierre ELKABBACH, c'était à La Baule, aux Universités d'été de l'UMP de 2005 où Johnny HALLYDAY ouvrait un meeting de Nicolas SARKOZY sur la chanson « Envie d'avoir envie ». Avec une énergie absolument incroyable, une gueule incroyable et j'en ai un souvenir assez ému. D'ailleurs, je crois bien que c'est à ce moment-là que j'ai commencé à écouter du Johnny.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. Ça ne vous a pas donné envie d'aller l'écouter sur scène ? Vous auriez vu ce que c'est, quelqu'un qui met de l'électricité dans une salle bondée.SEBASTIEN LECORNUJe ne l'ai jamais fait mais ça m'a souvent mis de l'électricité dans les oreilles avec « Ma gueule », « Envie d'avoir envie ». Franchement, j'ai de très, très bons souvenirs. Surtout, j'ai un autre souvenir plus personnel sur Johnny. Dans ma famille, que ce soit mon grand-père ancien résistant, figure d'autorité, pas toujours très drôle, mes oncles, mes tantes, mes parents, les cousins et les cousines, ça faisait partie de ces musiques qui arrivent à réconcilier toute la famille puisque tout le monde aimait.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, il fédérait tout le monde. Est-ce que vous comprenez qu'il soit devenu et qu'il devienne une idole nationale qui s'est envolée avec sa légende ?SEBASTIEN LECORNUBien sûr. Ça fait partie des grandes figures populaires qui fédèrent aussi une nation, qui fédère des générations entières, des générations avec un « s ». C'est aussi un visage de fierté d'être Français puisque ça fait partie aussi de ces grands visages qui se sont exportés de par le monde. Non, très franchement, je comprends l'émotion nationale qui se dégage de tout cela.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais pour votre génération de trentenaires, qu'est-ce que représente Johnny ?SEBASTIEN LECORNUJe le dis, ce visage de la France à l'international. A Tokyo, les Japonais qui géraient notre escale nous ont parlé de Johnny ; on ne peut pas dire cela de tous les chanteurs français.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. Et vous connaissez quelques-unes des chansons ? Il y en a une ou deux qui vous ont marqué ? Même si vous l'avez écouté à travers votre père, votre grand-père.SEBASTIEN LECORNU« Requiem », « Ma gueule », « Aux portes du pénitencier » comme beaucoup de Français.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. « Tennessee » peut-être aussi. Parce qu'on voit bien que chaque Français reconnaît à la fois la profondeur de la voix, la qualité des textes, sa manière d'interpréter les chansons.SEBASTIEN LECORNUBien sûr.JEAN-PIERRE ELKABBACHDe cette façon, il a surtout su anticiper toutes les époques, être toujours dans les modes et dans ce qui arrivait, et tout cela traduit en musique. C'est ça qui était formidable.SEBASTIEN LECORNUEt l'énergie sur scène. C'était aussi physique.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous comprenez que le peuple français qui est bouleversé aujourd'hui lui adresse comme une déclaration d'amour.SEBASTIEN LECORNUMais bien sûr. La France et les Français ont besoin de repères et Johnny faisait partie des repères. Il y a de l'amour dans tout cela, vous avez raison de parler de cela.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. Mais les repères, on ne va pas les chercher chez les politiques aujourd'hui, on va les chercher dans la culture.SEBASTIEN LECORNUBien sûr. Dans le sport également.JEAN-PIERRE ELKABBACHParce qu'on peut dire aussi qu'à travers Johnny la musique, à travers Jean d'ORMESSON la littérature, c'est la culture qui est magnifiée. Ça arrive si peu qu'on peut le dire.SEBASTIEN LECORNUC'est l'histoire de la nation française, la culture, également la culture contemporaine, et Johnny HALLYDAY faisait partie de notre contemporanéité.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. Et en même temps, je pense que les créateurs et les artistes à venir, les jeunes, et cætera. Ce n'est pas mal qu'ils montrent aussi que la chanson n'est pas un art mineur dans certains cas.SEBASTIEN LECORNUExactement. Surtout, c'est quelque chose de populaire. Des milliers de personnes ont vibré sur Johnny et des millions de personnes ne l'oublieront pas.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. En tout cas, Johnny HALLYDAY est le seul à réussir à mettre le feu à l'Assemblée nationale. Vous avez entendu la standing ovation, l'ovation debout des députés unanimes quel que soit leur parti. En plus, il a réussi à rendre lyrique le Premier ministre Edouard PHILIPPE. On l'écoute.EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTREL'Assemblée nationale représente le peuple français. Lorsque le peuple français est en colère, il est naturel que les débats agitent cet hémicycle. On peut ressentir tous ici une émotion, on peut la formaliser ; il faut le faire. Mais il faut aussi reconnaître le deuil de cette famille et puis dire combien nous avons pu, tout au long de nos vies et pour encore très longtemps, j'en suis sûr, être bercé, animé, réveillé parfois par des chansons de Johnny HALLYDAY.JEAN-PIERRE ELKABBACHÇ'a touché tout le monde, y compris l'Assemblée nationale et l'hémicycle. Aujourd'hui, la famille HALLYDAY devrait décider avec l'Elysée de la nature, de la forme que l'hommage que la France va rendre à Johnny. Qu'est-ce que vous savez ou qu'est-ce que vous souhaitez ?SEBASTIEN LECORNUJe ne sais rien. Je connais un peu le président de la République, je pense qu'il sera attentif aux souhaits de la famille. On se sent tous un tout petit peu propriétaire de Johnny HALLYDAY, mais il y a quand même une réalité aussi : c'est qu'il appartient dans ce deuil aussi à sa famille, à ses proches, à ses plus proches. C'est donc une décision qui doit être prise en commun. Après, on vient de se le dire, Johnny HALLYDAY est un repère pour l'ensemble des Français. Il n'y aurait rien d'invraisemblable à ce que l'hommage soit le plus national possible.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est-à-dire, comme la famille semble le vouloir, on dit descendre les Champs-Elysées, une halte place de la Concorde et après la cérémonie religieuse à l'église La Madeleine.SEBASTIEN LECORNUTout cela ne m'appartient pas.JEAN-PIERRE ELKABBACHD'accord. Mais vous ne dites pas que ce serait trop.SEBASTIEN LECORNUNon. Une fois de plus, on voit bien à quel point l'émotion s'est emparée du pays. Il faut savoir écouter cette émotion-là et nous-mêmes sommes atteints. Vous voyez, on consacre un long moment, de manière calme JEAN-PIERRE ELKABBACHEt méritée.SEBASTIEN LECORNUMéritée et unanime à parler de Johnny HALLYDAY. Je crois que c'est le plus beau des hommages qu'on peut lui rendre.JEAN-PIERRE ELKABBACHJohnny fait le consensus et aussi Jean d'ORMESSON. L'hommage lui sera rendu demain dans la cour des Invalides par le président de la République. Donald TRUMP : on va être là sans doute un peu plus sévère. Il enflamme le Proche-Orient avec des violences qui sont prévues dès aujourd'hui et qui ont d'ailleurs commencé cette nuit. Il a reconnu Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël. Pour lui c'est, je le cite, « une condition nécessaire pour atteindre la paix entre Israéliens et Palestiniens ». Ce n'est pas du tout ce que pense Emmanuel MACRON, le président français.EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUEC'est une décision regrettable que la France n'approuve pas et qui contrevient au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU. Le statut de Jérusalem est une question de sécurité internationale qui concerne toute la communauté internationale. Je veux l'affirmer clairement devant vous : le statut de Jérusalem devra être déterminé par les Israéliens et les Palestiniens dans le cadre de négociations sous l'égide des Nations unies.JEAN-PIERRE ELKABBACHIl lui arrive d'être grave, Emmanuel MACRON. Ça, c'est l'occasion. Il sent ce qui va arriver.SEBASTIEN LECORNUIl a raison, c'est une question majeure. C'est la paix au Proche-Orient et la paix au Proche-Orient, on sait très, très bien que c'est aussi la paix en Europe et la paix de par le monde. Il est très clair que cette question de la solution aux deux Etats - l'Etat israélien d'un côté, cohabitation avec un Etat palestinien, avec une capitale partagée qu'est Jérusalem - c'est la priorité. C'est la condition sine qua non pour la paix. En agissant comme cela, le président TRUMP viole le droit international, viole la position constante d'ailleurs des Etats-Unis d'Amérique et de l'ensemble de ses alliés, viole les positions onusiennes du Conseil de sécurité de l'ONU et ne favorise pas la solution à deux Etats.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est une grave faute ?SEBASTIEN LECORNUCe n'est pas à un Secrétaire d'Etat français de qualifier la décision d'un chef de l'Etat, fusse-t-il le président des Etats-Unis d'Amérique. La réalité, c'est que cette décision n'améliore pas nos chances de paix, Jean-Pierre ELKABBACH. Ça, c'est la véritable difficulté.JEAN-PIERRE ELKABBACHMême si vous n'êtes pas le ministre ou le président, ça peut être le citoyen qui constate la décision. Elle est en plus largement critiquée à travers la planète et le Conseil de sécurité des Nations unies va se pencher demain matin sur le sujet avec quelques propos peut-être lénifiants mais la France a pris une position ferme. Donald TRUMP, ce n'est pas une décision responsable et dangereuse ça ?SEBASTIEN LECORNUEn tout cas, je ne pense pas que violer le droit international soit une décision effectivement responsable. Je suis allé quatre fois en Israël, à chaque fois je me suis rendu en Palestine. J'ai des amis de ma génération, des trentenaires des deux côtés en quelque sorte. Les deux aspirent à la paix. Je pense que l'adresse de nos chancelleries, là où on met nos ambassades, donc en clair des reconnaissances unilatérales de Jérusalem comme capitale, ne participent pas à la paix. Une fois de plus, la seule aspiration c'est la paix et le seul moyen de parvenir à la paix c'est la cohabitation pacifique, la reconnaissance de l'existence de deux Etats.JEAN-PIERRE ELKABBACHIl n'y a que le Premier ministre d'Israël NETANYAHOU, quelques Israéliens et quelques lobbies aux Etats-Unis qui se réjouissent et qui ne redoutent pas l'incendie qui est à venir. On va écouter monsieur NETANYAHOU.BENYAMIN NETANYAHOU, PREMIER MINISTRE DE L'ETAT D'ISRAËLCette décision reflète l'engagement du président à une vérité ancienne mais durable à remplir ses promesses et à faire avancer la paix. La décision du président est un pas important vers la paix car il n'y a pas de paix qui n'inclut pas Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël.MAHMOUD ABBAS, PRESIDENT DE L'ETAT DE PALESTINECes mesures sont pour Israël le moyen de nier les accords et de contester le droit international. Les Etats-Unis encouragent la politique de l'occupation, les colonies, l'apartheid et le nettoyage ethnique.JEAN-PIERRE ELKABBACHPour les Palestiniens, il y a un ordre de grève de trois jours et des manifestations qui sont prévisibles. Aujourd'hui, le président de la République va à Doha au Qatar. Il jouera le médiateur entre l'Arabie Saoudite et le Qatar qui ne sont pas loin d'en venir aux mains. Qu'est-ce que vous en pensez ?SEBASTIEN LECORNUJe pense qu'on a besoin de la France dans cette partie du globe. Plus encore dans cette partie du globe, d'ailleurs, avec l'histoire française. On l'a vu récemment avec le Liban, toute l'action que le chef de l'Etat a menée dans la crise libanaise. Une fois de plus, il faut que les Français comprennent, et je pense qu'ils l'ont compris, que la question du Proche et du Moyen-Orient impacte directement notre question de sécurité. C'est pour ça que le président de la République se déploie. Il était en Algérie, effectivement il va au Qatar, il s'est beaucoup investi sur la question libanaise. Il a eu des paroles fortes hier sur la décision du président TRUMP. Nous sommes les premiers concernés par ce qui se passe au Moyen-Orient et la parole de la France doit être entendue là-bas.JEAN-PIERRE ELKABBACHDans la lutte contre le terrorisme.SEBASTIEN LECORNUDans la lutte contre le terrorisme, sur les questions liées à l'immigration, sur les questions liées à la culture, sur les questions liées à notre développement économique. Là aussi, il y a un besoin de France dans cette partie du globe. La France doit être entendue, c'est ce que fait le président de la République.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est normal que vous disiez ce que vous dites. Là, vous rentrez de Nouvelle-Calédonie SEBASTIEN LECORNUMais la question libanaise, c'est plus qu'un slogan, ce sont des résultats. On l'a bien vu.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous rentrez de Nouvelle-Calédonie. 2018 sera sans doute une année historique pour cette île qui doit se relancer sur son avenir. J'ai noté que les élus d'une part et les chefs coutumiers ont dit de votre ami et Premier ministre Edouard PHILIPPE : « Il a su avoir deux oreilles et une bouche ». Vous aussi, sans doute. Qu'est-ce que ce matin retiennent vos deux oreilles ? Qu'est-ce que promet votre bouche pour la Nouvelle-Calédonie et pour nous ?SEBASTIEN LECORNUComme Edouard PHILIPPE, c'est la première fois que je me rendais en Nouvelle-Calédonie. L'accord de Nouméa qui a été conclu en 1998, dont l'Etat est un des partenaires majeurs, prévoit effectivement ce référendum.JEAN-PIERRE ELKABBACHIl avait raison de dire qu'il y avait trois géants. Michel ROCARD, on pouvait ajouter Pierre BEREGOVOY mais il y avait Jacques LAFLEUR et Jean-Marie TJIBAOU qui sont des figures légendaires de la Calédonie.SEBASTIEN LECORNUExactement. Avec cette poignée de mains incroyable à Matignon. Cet accord-là prévoyait et prévoit un référendum qui permet au peuple calédonien, aux Calédoniens, de se prononcer sur leur volonté de lien avec la France, la nature du lien qu'ils veulent avoir avec la France à l'avenir. Il y a évidemment la question institutionnelle. Elle a largement été traitée lors du déplacement d'Edouard PHILIPPE. C'est la question à venir de la date, de la question qui sera posée. Tout ça, ce sera au Congrès de la Nouvelle-Calédonie.JEAN-PIERRE ELKABBACHLa date, c'est 2018.SEBASTIEN LECORNU2018, novembre 2018 au plus tard. C'est ce qui est écrit dans les accords de Nouméa et c'est au Congrès de la Nouvelle-Calédonie que de proposer une date au gouvernement français.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt la question ?SEBASTIEN LECORNULa question, ça sera aussi aux différents partenaires, aux différents signataires de l'accord de Nouméa, au mois de mars prochain de faire des propositions.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais est-ce que vous pensez que 1 : s'il y a un référendum, il aura lieu dans un climat apaisé ?SEBASTIEN LECORNUOui.JEAN-PIERRE ELKABBACH2 : Est-ce qu'il peut y avoir : « Voulez-vous rester dans la ligne de la fidélité à la France ou voulez-vous l'indépendance ? »SEBASTIEN LECORNUIl y a deux ingrédients pour avoir la question. 1 : L'accord de Nouméa est clair ; elle doit porter sur la question de la pleine souveraineté. 2 : Le Conseil constitutionnel est clair ; la question doit être suffisamment précise pour ne pas qu'il y ait de doute sur l'expression des Calédoniens. Ça, ce sont les deux ingrédients qui vont participer à la rédaction d'une question JEAN-PIERRE ELKABBACHMais la tendance après avoir écouté les chefs coutumiers ?SEBASTIEN LECORNULa tendance, vous savez ce que c'est ? Ce n'est pas que la question institutionnelle. C'est ça, je pense, le véritable virage avec le déplacement d'Edouard PHILIPPE en Nouvelle-Calédonie. C'est aussi la question de l'après, l'après-référendum. Oui comme non d'ailleurs. Qu'est-ce qui se passe après le référendum ? C'est aussi la question, bien sûr, de la jeunesse calédonienne. C'est la question de la transition écologique et énergétique en Nouvelle-Calédonie. C'est la question du développement du tourisme. Bref, il y a un modèle calédonien économique aussi à inventer. Il en a été autant question que les questions institutionnelles avec non seulement des responsables politiques mais également les responsables coutumiers.JEAN-PIERRE ELKABBACHIndépendance ou autonomie ? Et avec ou sans la France ?SEBASTIEN LECORNUVous avez noté que le Premier ministre, pendant quatre jours, a écouté tout le monde. Il a eu deux oreilles et une bouche comme ont dit effectivement un certain nombre de responsables coutumiers. Mais nous nous sommes bien gardés d'intervenir dans ce débat-là. Laissons les Calédoniens décider, c'est l'esprit de l'accord de Nouméa.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. C'est ce que vous diriez aussi aux Corses.SEBASTIEN LECORNUCe n'est pas la même chose.JEAN-PIERRE ELKABBACHPourquoi ?SEBASTIEN LECORNUIl n'y a pas d'accord de Nouméa en Corse.JEAN-PIERRE ELKABBACHNon. Non, non. Mais il y a eu des accords à Paris.SEBASTIEN LECORNUIl y a des élections territoriales en Corse. Elles portent sur les questions territoriales. Il y a un accord qui est un accord historique, qui est l'accord de Nouméa en Nouvelle-Calédonie, qui donne lieu à ce référendum, qui est reconnu d'ailleurs par la Constitution et par la loi puisque le Parlement s'était exprimé.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt il y aura un dialogue politique avec la Corse ?SEBASTIEN LECORNUPar des élections, ce sont des élus territoriaux et la République reconnaît tous les élus que le suffrage a donnés. Nous travaillerons donc avec les élus que les Corses auront choisis.JEAN-PIERRE ELKABBACHEdouard PHILIPPE a trouvé les accents et peut-être même les propos de ROOSEVELT autrefois aux Etats-Unis. Il dit : « N'ayons pas peur de nos peurs » ; et en partant, il a ajouté, peut-être optimiste : « J'ai confiance ». On écoute votre ami.EDOUARD PHILIPPE, PREMIER MINISTRE (PROPOS DU 5 DECEMBRE A NOUMEA)Ce qui a été fait ici depuis trente ans est unique et incroyablement précieux. La France entière doit en être fière car comme tous les moments historiques, comme tous les moments de transformation du monde, l'année 2018 constitue en même temps une richesse, une opportunité et un moment tellement sensible qu'il présente évidemment des risques. Je les mesure, ces risques. Je mesure les appréhensions comme les aspirations. J'ai confiance. Vive la Nouvelle-Calédonie, vive la République et vive la France.JEAN-PIERRE ELKABBACHDirectement dans vos attributions aujourd'hui, vous devez être en train de préparer, je suppose, le 12 décembre le sommet qui va avoir lieu organisé par le président de la République avec votre cabinet, celui de Nicolas HULOT, sur le climat. Ce n'est pas la COP, ça ressemble à la COP mais c'est dans la suite de la COP.SEBASTIEN LECORNUCe n'est pas tout à fait comme la COP. C'est surtout le moyen de célébrer la COP21, c'est-à-dire l'accord de Paris important, qui justement prenait des engagements très fermes contre le réchauffement climatique. C'est surtout une manière très opérationnelle de fêter cet anniversaire par la preuve. Par la preuve. La différence avec une COP, c'est qu'il n'y a pas que les Etats qui participent, même s'il y a cinquante-trois chefs d'Etat et de gouvernement qui seront présents ce 12 décembre. Il y a aussi des ONG, il y a aussi des entreprises, il y a aussi des fonds d'investissement. On n'est pas dans une conférence des partis. On n'est pas dans quelque chose de purement institutionnel. Nous sommes aussi avec celles et ceux qui réalisent déjà cette transition énergétique dans les différents pays.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est simplement le plaisir de vous retrouver ou il y aura des mesures concrètes ? J'ai vu que vous avez une douzaine de projets d'engagement, mais du concret ?SEBASTIEN LECORNUJe pense que ce sera le sommet le plus pragmatique et le plus concret qui existera.JEAN-PIERRE ELKABBACHExemple ?SEBASTIEN LECORNUTypiquement le financement des énergies renouvelables. Tout à l'heure à 14 heures 30, je crois, je lancerai un fonds d'investissement avec un groupe privé de plus de deux cents millions d'euros pour financer les énergies renouvelables là où parfois le réseau bancaire est un peu timide pour le faire. Vous l'avez vu sur les véhicules thermiques dans le plan Climat au mois de juillet dernier. D'autres pays nous ont rejoints et pas des moindres : l'Inde, la Chine, la Grande-Bretagne. On le voit également sur la production d'électricité à base de charbon. Des pays comme le Canada ou la Grande-Bretagne s'engagent dans une grande coalition contre le charbon. Jamais les lignes n'ont autant bougé.JEAN-PIERRE ELKABBACHDonc on verra des décisions et des projets.SEBASTIEN LECORNUOui. Et on verra surtout des projets concrets. Parce qu'aujourd'hui les projets y compris aux Etats-Unis – on a parlé de monsieur TRUMP au début de l'interview – aux Etats-Unis, même si monsieur TRUMP se désengage de l'accord de Paris, les maires des grandes villes, les patrons des grandes entreprises, parfois les gouverneurs de grands Etats, s'investissent sur cette question de la transition écologique et énergétique.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous savez que vous parlez comme Barack OBAMA. Vous ne l'avez pas entendu mais il parlait comme ça. Il disait : « Pas TRUMP mais les autres ».SEBASTIEN LECORNUMais bien sûr.JEAN-PIERRE ELKABBACHVotre ministère a la responsabilité politique aussi de la sûreté des centrales nucléaires. Est-ce qu'aujourd'hui tous les réacteurs et les centrales sont bien protégés, contrôlés et sûrs ?SEBASTIEN LECORNUIl y a deux modèles, il y a deux questions : il y a la sûreté et la sécurité. C'est deux questions différentes. Dans les deux cas, le modèle français est un des modèles les plus performants au monde. Ce n'est pas moi qui le dis d'ailleurs, ce sont les grandes agences internationales. Une étude importante menée en 2011 a conclu à cette sûreté et à cette sécurité de nos installations nucléaires, mais pas que les centrales.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais oui, ça va ?SEBASTIEN LECORNUOui, ça va. Vous l'avez vu récemment avec les intrusions de Greenpeace qui ont été rapidement stoppées par les forces de gendarmerie spécialisées.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais vous restez vigilants.SEBASTIEN LECORNUBien sûr.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous recevez également les élus de Fessenheim. Vous leur avez confirmé que leur célèbre centrale sera fermée. Pas tout de suite, quand ?SEBASTIEN LECORNUAu démarrage de l'EPR de Flamanville. On garde ce calendrier-là. Dès que l'EPR de Flamanville est en fonction fin 2018, début 2019. Cela entraînera et déclenchera automatiquement l'arrêt de l'exploitation de la centrale de Fessenheim.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt s'il y a du retard ?SEBASTIEN LECORNUEffectivement, vous avez raison, pour la première fois on a réuni les élus et les acteurs du territoire. Pour la première fois, on a réuni les acteurs administratifs du territoire. Je me rendrai en Alsace en janvier prochain pour rencontrer les personnels de la centrale et le monde économique. Le président de la République, le Premier ministre et Nicolas HULOT m'ont demandé très clairement d'engager un modèle qu'on peut qualifier d'exemplaire de la centrale de Fessenheim. Pas comme on l'a fait toujours, par exemple pour les mines, où on a été dans une logique de compensation, sans forcément être dans une logique de transition.JEAN-PIERRE ELKABBACHDernière remarque. Je ne vous pose pas les questions politiques : est-ce que vous regrettez de ne pas voter avec vos amis pour Laurent WAUQUIEZ ou pas Laurent WAUQUIEZ, et cætera. Simplement, dans six jours les experts indépendants vont remettre leur rapport sur Notre-Dame-des-Landes. La décision arrive. Quelle est votre préférence à vous ?SEBASTIEN LECORNUJe n'en ai pas. J'attends de voir le rapport de cette mission.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais qui va décider ?SEBASTIEN LECORNULe Premier ministre.JEAN-PIERRE ELKABBACHLe Premier ministre ou le président de la République ?SEBASTIEN LECORNUForcément en accord avec le président de la République mais c'est une décision gouvernementale.JEAN-PIERRE ELKABBACHComment va Nicolas HULOT ?SEBASTIEN LECORNUTrès bien. Il était à Nairobi pour faire avancer le pacte mondial pour l'environnement. Il prépare activement le sommet du 12. Le ministre d'Etat est en pleine forme, soyez rassuré.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. En tout cas, nous vivons des journées particulières avec ce qui arrive à Johnny. Le temps est comme suspendu. Je vous souhaite une bonne journée, merci d'être venu.SEBASTIEN LECORNUMerci de m'avoir invité, Jean-Pierre ELKABBACHsource : Service d'information du Gouvernement, le 8 décembre 2017
La source — vie_publique · nº 204420
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/204420-interview-de-m-sebastien-lecornu-secretaire-detat-aupres-du-ministre?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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