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8 novembre 2017 · Gouvernement · BFM TV · discours Discours

Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV et RMC le 8 novembre 2017, sur la réduction de la part du nucléaire dans la production d'électricité, les pesticides et sur le traité de libre échange entre l'Uni

Nicolas Hulot (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)

JEAN-JACQUES BOURDINNotre invité ce matin sur RMC et BFMTV, Nicolas HULOT, ministre de la Transition écologique. Bonjour.NICOLAS HULOTBonjour.JEAN-JACQUES BOURDINUne décision prise hier fait couler beaucoup d'encre ce matin et beaucoup de salive. Il y a six ans, François HOLLANDE promettait de ramener en 2025 la part du nucléaire de 75 à 50 % de la production d'électricité en France. Il y a deux ans, cet objectif était inscrit dans la loi de Transition énergétique par le Parlement, votée par le Parlement. L'objectif est maintenant reporté, pourquoi ?NICOLAS HULOTAlors, d'abord, remettons les choses dans l'ordre, hier, RTE – comme il est de coutume avant ce qu'on appelle la programmation pluriannuelle de l'énergie, c'est-à-dire, définir une stratégie énergétique pour JEAN-JACQUES BOURDINJe vous coupe, RTE, qui gère le transport d'électricité en France.NICOLAS HULOTEffectivement – a posé sur la table un certain nombre de scénarios, comme il est de coutume. Et dans ce scénario, apparaît, entre autres, comme point saillant, que si l'on veut, et je l'avais d'ailleurs moi-même mis en évidence il y a quelque temps, si on veut réaliser cet objectif d'ici 2025, et rappelez-vous quand je l'avais évoqué, ça avait suscité un certain nombre de réactions, il faudrait fermer, entre 17 et 25 réacteurs d'ici 2025. On peut s'obstiner JEAN-JACQUES BOURDINImpossible ?NICOLAS HULOTImpossible, sauf quoi ? A pas tenir compte des conséquences sociales, impossible à renier tous nos engagements climatiques, impossible sauf à ne pas fermer les centrales à charbon et à rouvrir les centrales thermiques. Donc simplement, la petite différence, c'est important de se fixer des objectifs ambitieux, mais ce qui est plus important, et notamment si on ne veut pas perdre de la crédibilité sur l'ensemble de notre stratégie énergétique, c'est de regarder la faisabilité, de planifier les choses et de ne pas simplement se poser les totems dont on découvre un beau matin, enfin, en tout cas, on fait semblant de découvrir que ça n'est pas compatible avec JEAN-JACQUES BOURDINCe qui veut dire que ceux qui ont voté la loi ou qui ont fait voter la loi, les responsables politiques de l'époque, savaient très bien que l'objectif n'était pas tenable ? C'est ce que vous dites !NICOLAS HULOTMais je ne peux pas le confirmer, je pense que beaucoup, beaucoup savaient que cet objectif n'était pas atteignable, voilà JEAN-JACQUES BOURDINBeaucoup, c'était le président de la République de l'époque, François HOLLANDE, Ségolène ROYAL, mais attendez, je dis franchement les choses !NICOLAS HULOTEn tout cas, moi, ce que je découvre, c'est que dans tous les interlocuteurs que j'ai, et notamment dans mes services, à l'ADEME, chez RTE, et mes interlocuteurs qui sont spécialistes de l'énergie, savaient que, sauf dans une brutalité excessive, mais au-delà de la brutalité excessive, parce que, effectivement, moi, je l'ai toujours dit, dire que JEAN-JACQUES BOURDINVous avez même dit : c‘est le bal des faux culs !NICOLAS HULOTNon, mais JEAN-JACQUES BOURDINTout le monde savait que les délais n'étaient pas tenables.NICOLAS HULOTVous savez, là où je vais essayer d'être un petit peu différent, dans ce sujet comme dans d'autres, c'est de créer vraiment les conditions du changement, ça s'organise, ça se planifie, la grande différence, c'est que certains ont dit : HULOT, il a reculé sur le nucléaire, pas du tout, on va avancer. La grande différence, c'est que là, il ne s'était rien passé, on s'était fixé un totem, mais on ne s'est pas mis en situation d'y parvenir. Donc peut-être qu'on va décaler la date, on va regarder, j'ai un an maintenant pour regarder tous ces scénarios JEAN-JACQUES BOURDINJe vais vous parler du calendrier NICOLAS HULOTNotamment pour les confronter à la société civile, à un certain nombre d'acteurs, très probablement, il faudra reporter de 2030 ou à 2035, la seule différence JEAN-JACQUES BOURDIN2030 ou 2035 ?NICOLAS HULOTOn va regarder, au plus tard, à mon avis, 2035. Mais ne me demandez pas d'être précis, parce que ça voudrait dire qu'on a déjà tout ficelé, donc maintenant, on va travailler avec l'ensemble des acteurs, les syndicats, les partenaires les élus, les ONG, et on va regarder. Mais ce qui compte pour moi, c'est du réalisme et de la détermination, parce que notre objectif énergétique, il repose sur quatre piliers, premièrement, il faut qu'on sorte des énergies carbones, notamment qu'on ferme les centrales à charbon en 2022, celui-là, on va le maintenir JEAN-JACQUES BOURDINElles seront fermées ?NICOLAS HULOTElles seront fermées. Qu'on continue – parce que ça, c'est un succès, contrairement à ce que, notamment, les pro-nucléaires nous disaient – à réduire notre consommation énergétique. L'efficacité énergétique, ça marche, on veut aller plus loin. Il faut qu'on développe nos énergies renouvelables, pour cela, il faut convaincre, qu'on arrive à convaincre les Français d'arrêter, pour certains d'entre eux, à s'opposer à l'installation notamment des éoliennes. Donc c'est tous ces objectifs que l'on doit combiner, ça ne se décrète pas comme ça, depuis Paris, ça demande, encore une fois, d'avoir une vision d'ensemble, on aura à fermer les réacteurs, l'objectif de 50 % sera maintenu, il sera réalisé, probablement décalé dans le temps, mais je m'en étais tenu en tout cas à l'immobilisme présent, on ne l'aurait pas fait, ni en 2025 ni en 2030 ni en 2035. Et puis, parallèlement, on va faire la démonstration effectivement que l'on peut, à la fois lutter contre le changement climatique et réduire la part du nucléaire, et l'on verra, chemin faisant, une fois que l'on aura atteint ce 50 % dans la production électrique, si on peut aller plus loin. Il faut bien comprendre que les esprits sont en train de bouger, et ce qui était impossible hier va devenir envisageable demain.JEAN-JACQUES BOURDINBon, mais, alors, c'était impossible avec cet objectif de 2025, Nicolas HULOT, d'accord NICOLAS HULOTEh bien, surtout que depuis, on n'a rien fait JEAN-JACQUES BOURDINVous ne voulez pas fixer de calendrier, donc 2030, 2035, probablement 2035.NICOLAS HULOTProbablement, mais je ne voudrais pas confisquer aux Français JEAN-JACQUES BOURDINOui, je comprends NICOLAS HULOTLe débat qui va s'installer à partir de cette base de travail JEAN-JACQUES BOURDINOn est bien d'accord, mais le débat, c'est aussi la fermeture des centrales nucléaires, il va bien falloir que vous fermiez des centrales nucléaires, est-ce que là, vous avez un calendrier de fermetures des centrales ?NICOLAS HULOTMais, c'est ce qu'on va faire maintenant à partir de là, et dans un an, je donne rendez-vous, nous aurons une visibilité très claire du nombre de réacteurs que nous allons avoir à fermer, et probablement une première JEAN-JACQUES BOURDINVous ne savez pas aujourd'hui le nombre de réacteurs que vous devrez fermer ?NICOLAS HULOTNon, mais justement JEAN-JACQUES BOURDINIl y a 58 réacteurs nucléaires en France !NICOLAS HULOTOui, je n'ai pas le nombre en tête, mais ça sera probablement entre 17 et 25, on va le planifier sur une échelle de temps qui va permettre que socialement, ça soit acceptable, que ça ne nous mette pas dans une situation de rupture d'approvisionnement, que ça ne nous empêche pas de sortir des énergies fossiles, et notamment de fermer les centrales à charbon, que ça ne nous oblige pas à rouvrir les centrales thermiques, ce qui aurait été immédiatement la conséquence si je m'étais obstiné sur cet objectif. Donc on va faire les choses avec une grande rationalité, et pas simplement dans le symbole, voilà.JEAN-JACQUES BOURDINTrès bien, l'énergie renouvelable, développer l'énergie renouvelable, très bien. Un mot quand même, oui, sur la fermeture des centrales, Fessenheim ?NICOLAS HULOTEh bien, Fessenheim sera fermée dans ce quinquennat JEAN-JACQUES BOURDINSera fermée.NICOLAS HULOTEt on va en profiter pour – je l'espère – en faire un cas d'école pour que les choses se passent le mieux possible pour les salariés et pour les territoires.JEAN-JACQUES BOURDINBien, je voulais, Nicolas HULOT, revenir sur l'éolien, vous, là, vous êtes irrité par le comportement de certains qui sont très favorables à l'énergie renouvelable, mais qui multiplient les recours contre l'éolien !NICOLAS HULOTOui, je dois avoir, là aussi, une parole de vérité, je comprends qu'on n'ait pas forcément envie d'avoir dans son champ visuel, bon, certains trouvent ça joli, les éoliennes, d'autres trouvent ça moins gracieux, bon, peu importe, mais enfin, si on est – je l'ai dit – si on est contre le nucléaire, on est contre le charbon, on est contre le solaire, on est contre l'éolien, il y a un moment ou un autre, on va être dans une impasse, donc moi, je mets chacun devant ses responsabilités, est-ce que vous voulez qu'on mette plus de nucléaire ou est-ce que vous voulez qu'à un moment ou un autre, on aille vers un modèle énergétique qui va quand même être assez enthousiasmant, parce que, avec les énergies renouvelables, et, croyez-moi, c'est ce que je disais tout à l'heure, les états d'esprit sont en train de changer, ceux qui n'y croyaient pas, maintenant, y croient, d'abord, parce que le seul argument du nucléaire jusqu'à présent, c'était l'argument économique, on s'aperçoit que le nucléaire coûte de plus en plus cher, alors que les énergies renouvelables coûtent de moins en moins cher. Est-ce que les Français ont envie de produire à terme leur propre énergie, ce qui va se passer dans le modèle énergétique que je suis en train de développer, et pouvoir le consommer, ça, c'est enthousiasmant. Donc il faut, à un moment ou un autre, que ces résistances, qui sont compréhensibles, mais qui, quelque part, entravent nos objectifs, y compris nos objectifs climatiques, donc je fais appel au civisme, à la citoyenneté des Français et des Françaises, parce que je leur dis simplement : je n'y arriverai pas tout seul, et nous avons une opportunité d'avoir une souveraineté énergétique, c'est-à-dire de produire notre énergie dans nos frontières, et donc notamment d'améliorer notre balance commerciale, parce que toute l'énergie qu'on n'importera plus, eh bien, c'est autant d'argent qu'on pourra remettre dans l'Education, la Santé et la formation.JEAN-JACQUES BOURDINVous dites souvent : je ne recule jamais, parfois, je patiente un peu, vous reprenez souvent cette phrase, Nicolas HULOT. Je cite Yannick JADOT : Nicolas HULOT et la carte magique, la caution d'un gouvernement qui ne fait rien en matière écologique, regardez les reculades sur les perturbateurs endocriniens, le glyphosate, la transition écologique, maintenant, le nucléaire etc. etc ! Suppression des aides au maintien de l'agriculture biologique, fin des aides pour l'achat de vélos électriques, enfin, etc, etc, les critiques pleuvent. Nicolas HULOT NICOLAS HULOTOui, alors, bon JEAN-JACQUES BOURDINOui, eh bien, quoi ? Oui ?NICOLAS HULOTMais non, mais non, je ne suis pas d'accord JEAN-JACQUES BOURDINNon, bon NICOLAS HULOTParce que justement, par exemple, sur la sortie des pesticides, sur le glyphosate JEAN-JACQUES BOURDINOui, je vais vous parler du glyphosate NICOLAS HULOTSur les néonicotidoïnes, nous rentrons maintenant dans un plan de sortie, ce qui est totalement différent, c'est-à-dire que moi, j'ai posé ces sujets en plein milieu de l'écran radar de nos sociétés, et croyez-moi, s'il n'est pas intervenu par exemple sur le glyphosate, on reconduisait pour dix ans, sans autre prescription, non, on est en train de se mettre dans une situation de rationalité pour un par un identifier ces molécules, mais surtout, pour sortir de ces pesticides, ce n'était pas à l'agenda, quand on me dit : j'ai arrêté la prime sur les vélos électriques, mais est-ce que de l'autre côté, on a regardé tous les dispositifs que l'on a mis pour le plan de solidarité climat, les aides à la conversion, les crédits d'impôt, les primes pour changer de chaudière, on n'a pas regardé tout ça. Donc non, très sincèrement, on est en train de changer d'échelle, j'entends bien qu'on n'en fera jamais assez, qu'on n'en fera jamais trop, mais il faut garder un tout petit peu d'objectivité, parce que, après, on perd un peu en crédibilité.JEAN-JACQUES BOURDINAlors, il y a quelques jours, dans une interview accordée au journal Le Monde, vous avez dit, je vous cite : je me donne un an pour voir si je suis utile, c'est bien cela ? Si j'ai réussi à créer des convergences, à insuffler une forme de cohérence !NICOLAS HULOTOui, mais parce que je pense que JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que vous avez songé à démissionner, sincèrement ?NICOLAS HULOTNon JEAN-JACQUES BOURDINSincèrement, honnêtement NICOLAS HULOTNon, non, c'est harassant, qu'on ait des moments où on est crevé, on se dit : mais pourquoi il faut dépenser autant d'énergie pour convaincre l'humanité de se sauver d'elle-même, c'est vrai qu'il ya des moments où on en a marre, mais c'est normal, c'est humain. Mais une fois qu'on a dit ça, une bonne nuit, et on repart au front. Pourquoi est-ce que j'ai parlé d'un an ? Ce n'est pas simplement pour dire : je vais partir dans un an, je vais rester un an, il faut sortir de ce jeu-là, c'est que dans un an, je pense que nous serons les uns et les autres, tant pour les observateurs que pour les acteurs politiques, en situation de voir effectivement si nous arriverons à imprimer des dynamiques irréversibles, moi, ce qui m'importe, encore une fois, c'est de mettre le pays en cohérence, en situation sur des grands sujets : santé, environnement, la transition énergétique, le changement du modèle agricole, l'économie sociale et solidaire. Est-ce qu'on peut engager des dynamiques et des trajectoires de fond ? Et ça, il faut un an pour se rendre compte, pour voir si on en est capable. Avant, très sincèrement, c'est beaucoup trop tôt JEAN-JACQUES BOURDINEt franchir tous les obstacles NICOLAS HULOTDonnons un peu de chance à ce gouvernement et donnons un peu de chance aussi à l'écologie enfin de se réconcilier avec l'économie... JEAN-JACQUES BOURDINOui, Bercy, qui n'aime pas l'écologie ?NICOLAS HULOTMais ce n'est pas tant que JEAN-JACQUES BOURDINMais ce n'est pas tant, il n'y a pas une opposition, un obstacle ?NICOLAS HULOTMais, je ne vais pas vous mentir, Bercy est dans son rôle, bien entendu. Est-ce que vous croyez, sous prétexte que j'arrive avec mes convictions, que Bercy va ouvrir le tiroir-caisse et me donner, voilà, ils ont aussi leurs propres contraintes, donc oui, il faut se battre pied à pied, mais c'est comme ça, c'est le job et je n'avais aucune autre illusion, je n'ai pas du tout pensé que tout ça allait être d'une grande fluidité.JEAN-JACQUES BOURDINBon, Ségolène ROYAL, qui connaît le job, était mon invitée hier matin, elle vous a interpelé à propos du glyphosate. Elle vous demande de rester ferme face aux pressions, demain, les 28 Etats de l'Union européenne voteront peut-être sur une nouvelle proposition, peut-être, parce que ça peut être encore reporté, une nouvelle proposition de renouvellement, ils voteront demain les pays ou ça sera reporté NICOLAS HULOTJ'aime beaucoup Ségolène ROYAL, mais enfin, elle me demande de rester ferme, qu'est-ce que je fais depuis quelques semaines, est-ce que vous ne croyez pas qu'on a eu la position la plus ferme, est-ce que vous ne croyez pas que je passe mon temps au téléphone avec nos homologues européens, la France a la position la plus ferme, et j'ai la position la plus ferme, et je me bats pied à pied, en interne, en externe. Donc merci du conseil, mais pardon, je n'ai pas besoin de ce conseil pour avoir la fermeté, je ne fais aucune concession sur le sujet de santé et d'environnement JEAN-JACQUES BOURDINAlors, renouvellement de l'utilisation du glyphosate, on est bien d'accord, pour 5 ans ?NICOLAS HULOTNon, la France est sur une position de 3 ans, moi, tout ce qui est en dehors du quinquennat, ça ne m'intéresse pas !JEAN-JACQUES BOURDINBon, donc si demain, ce n'est pas la proposition de 3 ans, vous votez contre ?NICOLAS HULOTOui, on votera contre, on est sur 3 ans JEAN-JACQUES BOURDINVous votez contre. Vous êtes sur 3 ans. Quoi qu'il arrive ?NICOLAS HULOTÇa a le mérite d'être clair JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire 3 ans, et au bout de 3 ans, c'est renouvellement, rediscussion de ce renouvellement ou interdiction définitive ?NICOLAS HULOTMais l'idée, c'est d'en sortir JEAN-JACQUES BOURDINOui, non, mais l'idée NICOLAS HULOTNon, non, mais attendez, attendez JEAN-JACQUES BOURDINMais pourquoi est-ce que vous ne dites pas : la France, dans 3 ans, interdira l'utilisation du glyphosate, quel que soit l'usage NICOLAS HULOTStep by step JEAN-JACQUES BOURDINOui NICOLAS HULOTParce que, derrière, il y a aussi des agriculteurs, dont on ne peut pas ignorer la difficulté et la détresse. Pendant ces 3 ans, on va pouvoir travailler notamment pour faire émerger les alternatives, celles qui existent déjà et celles qui sont en gestation, notamment à l'INRA, donc pas de brutalité, je crois que chacun a compris que maintenant, et c'est le grand changement, c'est qu'on est dans un objectif de sortie et pas simplement de reconduction, enfin, je dis ça parce que, il y a quelque temps, on était simplement à dire : on va voter pour 10 ans, si je n'étais pas intervenu, pardon de vous le dire, c'est ce qui s'est passait au niveau européen, vous croyez que ça s'est fait comme ça, que des pays maintenant sont en train de nous suivre sur le fait que, on ne va pas voter pour 10 ans, on ne va peut-être même pas voter pour 5 ans, ça, c'est un travail JEAN-JACQUES BOURDINVous allez voter ou pas pour 5 ans ?NICOLAS HULOTNon, je viens de vous dire que non !JEAN-JACQUES BOURDINNon ?NICOLAS HULOTOn ne votera pas pour 5 ans JEAN-JACQUES BOURDINParce que vous venez de me dire peut-être pas « voter » NICOLAS HULOTNon, non, non, ce que je veux dire simplement, c'est que le fait que de 10 ans, qui était une reconduction, qui n'était même pas une interdiction à 10 dix ans, on est passé à 5 ans, et nous, nous restons sur 3 ans, c'est quand même un travail qui ne s'est pas fait comme ça, qu'est-ce que vous croyez qu'on fait toute la journée au Luxembourg, à Bruxelles avec nos secrétaires d'Etat, Brune POIRSON et Sébastien LECORNU, on convainc nos partenaires, mais nous sommes, la France est en pointe sur ce sujet-là, j'entends bien que ça ne va pas assez vite, j'entends bien, mais en même temps, comprenez bien que je ne fais pas non plus abstraction, parce que je comprends l'inquiétude des agriculteurs qui, au passage, sont un peu accablés par toutes les contraintes qu'on leur pose, donc on va faire ça le plus humainement et rationnellement possible JEAN-JACQUES BOURDINSincèrement, pensez-vous que le Roundup, le glyphosate, cet herbicide est cancérigène ?NICOLAS HULOTEh bien, vous savez, moi, je crois beaucoup au CIRC JEAN-JACQUES BOURDINFranchement ?NICOLAS HULOTQui est l'agence mondiale qui dépend de l'OMS, qui ne s'est jamais trompée dans ses diagnostics, jamais trompée, qui dit que c'est un cancérogène probable, quand on dit ça, on sait ce que ça veut dire JEAN-JACQUES BOURDINMieux vaut appliquer le principe de précaution ?NICOLAS HULOTMais il y a peut-être un moment où, justement, ce principe de précaution que l'on dénonce, que l'on fustige, et auquel on n'a fait jamais référence, on est vraiment dans un cas d'école, voilà, donc il y a un moment ou un autre, si on doit se tromper, il vaut mieux se tromper dans ce sens-là que dans l'autre sens, n'attendons pas une liste de victimes tragique et sordide pour commencer à agir.JEAN-JACQUES BOURDINEt le sulfoxaflor, c'est compliqué NICOLAS HULOTMerci de le dire à ma place.JEAN-JACQUES BOURDINOui, sulfoxaflor, qu'est-ce que vous allez faire avec ce principe actif, qui ressemble à un néonicotinoïde, qui tue les abeilles ?NICOLAS HULOTVous savez, les gens pensent qu'on m'apporte un dossier, dans la seconde j'appuie sur un bouton, et on va interdire cette nouvelle substance, et voilà ! Il y a du droit, on ne peut pas faire n'importe quoi, il y a des procédures. J'attends, pour l'instant, effectivement, comme il n'est pas considéré comme un néonicotinoïde, je ne suis pas dans une situation de l'interdire, donc j'ai demandé, dans une lettre commune avec monsieur TRAVERT, à l'ANSES, de revoir et de réévaluer cette substance pour voir si elle appartient effectivement JEAN-JACQUES BOURDINRésultat quand, de la réévaluation ?NICOLAS HULOTJe pense dans les semaines qui viennent. Mais vous voyez bien que, si on se contente simplement d'interdire une molécule, elle va être remplacée par une autre, vous interdisez des OGM ils vont être remplacés des nouveaux OGM, c'est pour ça qu'il faut avoir une stratégie d'ensemble. C'est pour aussi que, avec Agnès BUZYN, avec Frédérique VIDAL, nous allons bientôt présenter un grand plan Santé et d'environnement, et qu'on ne va pas simplement prendre les choses comme ça au cas par cas, on va avoir une véritable stratégie, une véritable politique, et enfin ce sujet de santé et environnement on va le prendre à bras-le-corps. C'est toute la différence avec ce qui se passait avant, c'est qu'on va avoir une approche totalement intégrale, rationnelle, et en essayant de rétablir la confiance, notamment avec la science et avec les experts, parce qu'il y a une défiance, qui parfois est légitime, mais qui parfois est totalement excessive. Et il faut cesser de jeter le discrédit sur la science et essayer de faire en sorte, y compris pour nous les responsables politiques, qu'on puisse se fier à nos agences, et moi je fais confiance à l'ANSES.JEAN-JACQUES BOURDINLe CETA, vous disiez en 2016 c'est un traité non climato-compatible, c'est ce que vous disiez en 2016, vous dites toujours la même chose aujourd'hui ?NICOLAS HULOTJe n'ai pas changé d'avis. Vous savez, je n'ai pas changé d'avis parce que je suis devenu ministre, par contre je peux découvrir la complexité, nous sommes censés être au pouvoir, mais enfin nous avons des règles et nous ne sommes pas hors droit JEAN-JACQUES BOURDINApplication depuis le 21 septembre.NICOLAS HULOTAlors, j'avais été parmi les premiers à pointer du doigt des risques que ce traité pouvait faire valoir, la commission les a confirmés, donc je n'étais pas totalement à côté de la plaque. Le gouvernement a mis un plan d'action pour essayer de se protéger ses effets nocifs de ce traité. J'ai bien dit, en présentant ce plan, qu'il était conditionné à la volonté, ou pas, de la Commission européenne, de se doter notamment d'un certain nombre de directives, tant sur le plan agricole que sur le plan sanitaire, qui pouvaient éventuellement nous protéger de ces effets pervers, tout dépend de ce que la Commission fera.JEAN-JACQUES BOURDINSi elle ne le fait pas, que se passe-t-il ?NICOLAS HULOTSi elle ne le fait pas, c'est simplement ce que j'ai dit, ce traité, au deuxième semestre 2018, il viendra pour être ratifié au Parlement et au Sénat, eh bien je dis simplement aux députés et aux sénateurs, vous en tirerez des conclusions.JEAN-JACQUES BOURDINDonc, ne le votez pas, pas de ratification.NICOLAS HULOTJe n'ai pas à leur dire de ne pas le voter, je dis vous verrez si ce bouclier est efficace, parce que, franchement, il y a la volonté du gouvernement de le rendre efficace, mais comme ça dépend aussi de la Commission européenne, on verra JEAN-JACQUES BOURDINC'est-à-dire que si la Commission européenne n'écoute pas les recommandations françaises, le traité ne sera pas ratifié.NICOLAS HULOTNon, je n'ai pas dit cela, ne me le faites pas dire, je dis simplement, aux députés et aux sénateurs, qui ont leur liberté, d'en tirer les conséquences.JEAN-JACQUES BOURDINSi vous étiez député, vous ratifieriez vous ?NICOLAS HULOTJe verrai ce qui se passe à ce moment-là, mais JEAN-JACQUES BOURDINVous pourriez ne pas le faire.NICOLAS HULOTJe n'ai pas à voter, je dis simplement la messe n'est pas dite, c'est ça que je veux dire. Donc, soyons vigilants, regardons – et d'ailleurs la France va s'employer, et elle a commencé à le faire, à discuter avec la Commission européenne, et à discuter avec nos amis Canadiens – on va mettre toute notre énergie pour faire en sorte, effectivement, que cette protection puisse fonctionner, et si d'avenir ça ne marchait pas, eh bien chacun devra prendre ses responsabilités.JEAN-JACQUES BOURDINJ'ai une dernière question sur la Guyane, le projet de mine d'or géante qui inquiète beaucoup en Guyane, quelle est votre position sur le sujet ?NICOLAS HULOTEcoutez, moi, pareil, je n'ai pas changé d'avis, je ne suis pas favorable à ce projet parce que d'abord je comprends, plus que je comprends, les inquiétudes des Guyanais JEAN-JACQUES BOURDINOui, Biotope NICOLAS HULOTQui ont besoin d'avoir une activité économique. Pour l'instant, le projet en l'état, je pense que c'est un projet qui est purement spéculatif, et donc je ne pense pas que ce soit un projet qui soit vraiment fait pour créer de l'emploi, et, en tout cas, ça va faire très cher à l'emploi créé. Donc, voilà, moi c'est mon sentiment JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes opposé à ce projet.NICOLAS HULOTParce que je pense qu'il y a des impacts environnementaux, et pour un bénéfice économique, et un bénéfice d'emplois, me semble-t-il, assez réduit. Maintenant, le président a demandé justement à ce que les Guyanais s'emparent de ce projet au sens de la réflexion, qu'il y ait un débat public, j'ai exprimé mon opinion, mais les Guyanais cumulent déjà tellement de difficultés, c'est à eux, maintenant, d'en décider.JEAN-JACQUES BOURDINMerci Nicolas HULOT d'être venu nous voir ce matin, d'avoir apporté des précisions.Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 novembre 2017
La source — vie_publique · nº 204116
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/204116-interview-de-m-nicolas-hulot-ministre-de-la-transition-ecologique-et-s?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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