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3 octobre 2017 · Gouvernement · CNews · discours Discours

Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, porte-parole du Gouvernement, à CNews le 3 octobre 2017, sur la loi renforçant la sécurité intérieure, le budget pour 2018 et la Catalogne.

Christophe Castaner (auteur), Jean-Pierre Elkabbach (intervenant)

JEAN-PIERRE ELKABBACHBienvenu et merci d'être avec nous, Christophe CASTANER. Un attentat a été encore déjoué, on a échappé au pire. On a vu à Paris que quatre bonbonnes de gaz, un dispositif particulier de mise à feu, ont été découverts dans un immeuble du XVIème. C'est-à-dire qu'il y a des suspects qui ont été arrêtés dont l'un est un radicalisé surveillé. Ça ne s'arrête pas, ça ne s'arrêtera jamais.CHRISTOPHE CASTANERLe risque existe, le risque est permanent. Je crois qu'il serait faux de laisser penser qu'on pourrait, d'un claquement de doigts, dire : « La sécurité maximum est acquise, il n'y a pas de risque. » Je crois qu'il faut vivre avec le risque mais, en même temps, il faut se donner les moyens de combattre le risque. C'est le renseignement intérieur.JEAN-PIERRE ELKABBACH[propos inaudibles]CHRISTOPHE CASTANEROui. On l'a en partie mais vous aurez toujours un tireur isolé, un fou, un malade, quelqu'un qui se laisse endoctriner très rapidement, que vous n'arriverez pas à maîtriser. Mais il faut investir massivement dans le renseignement. Il faut aussi de la présence de sécurité au quotidien et les forces Sentinelle ont encore fait leur démonstration dimanche, même si c'était trop tard pour ces deux jeunes filles auxquelles je pense au moment où je vous parle. Elles ont aussi fait la démonstration, les forces Sentinelle, de leur capacité d'intervention.JEAN-PIERRE ELKABBACHÇa veut dire que l'ennemi est sur le territoire national.CHRISTOPHE CASTANERBien sûr.JEAN-PIERRE ELKABBACHOn le combat à l'extérieur et il est là aussi.CHRISTOPHE CASTANERIl faut agir contre le terrorisme à deux niveaux. D'abord à l'international, au Sahel et au Levant. Aujourd'hui, nos interventions militaires sont des mesures de protection des Français. Mais il faut aussi au quotidien frapper partout où c'est nécessaire.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous avez parlé de Marseille, Christophe CASTANER. Le tueur de Marseille, un Tunisien, qui était placé en garde à vue après un vol à Lyon, qui aurait dû être reconduit hors des frontières nationales. Gérard COLLOMB a demandé une enquête à l'administration. Il y a donc un grave dysfonctionnement évident.CHRISTOPHE CASTANERIl aurait dû être placé en centre de rétention administratif effectivement et il ne l'a pas été.JEAN-PIERRE ELKABBACHIl paraît qu'il était saturé.CHRISTOPHE CASTANEREt donc le ministre de l'Intérieur, à juste titre, a demandé une inspection générale pour comprendre ce dysfonctionnement et si le dysfonctionnement est établi, il faudra qu'il y ait des sanctions. Ça n'est pas normal aujourd'hui que, pour des raisons de saturation à un moment donné, on puisse ne pas faire appliquer la loi.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais déjà, déclencher une enquête c'est reconnaître qu'il y a une faute. Elle sera probablement confirmée mais vous dites qu'elle sera sanctionnée.CHRISTOPHE CASTANERC'est penser qu'il y a une faute et les faits qui ont été rapportés par le procureur montrent effectivement cette anomalie, et donc elle doit être sanctionnée.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est-à-dire qu'il y a donc, et c'est une preuve, des irréguliers, des clandestins qui vivent en Europe et en France sans être expulsés alors qu'ils n'ont rien à faire sur le territoire.CHRISTOPHE CASTANERÇa, c'est un deuxième temps. Aujourd'hui votre affirmation est juste. Evidemment, il y a des gens en situation irrégulière. Attention, ça ne veut pas dire des terroristes potentiels ; il ne faut pas mélanger les deux.JEAN-PIERRE ELKABBACHNon.CHRISTOPHE CASTANERMais dans certains cas, ça peut aboutir à cette chose épouvantable que nous avons vécue à Marseille et donc il faut savoir être généreux. C'est la position d'Emmanuel MACRON : généreux avec les réfugiés et les réfugiés en particulier. Mais en même temps, il faut être ferme avec les migrations économiques, les migrations irrégulières. Je pense que la générosité des Français n'a de sens que si effectivement ça n'est pas un panier ouvert, un panier percé.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est-à-dire que dans vos prochains textes sur les migrants et les migrations, vous en tiendrez compte avec plus ou moins de sévérité ?CHRISTOPHE CASTANERBien sûr.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est beau la générosité mais il y a la sévérité.CHRISTOPHE CASTANERC'est tout l'équilibre que nous devrons trouver. Il y aura un texte qui traduira cela pour une mise en oeuvre avec des délais d'instruction beaucoup plus rapides quand on demande l'asile par exemple. Parce qu'actuellement, c'est 18 mois, deux ans et donc des situations qui, ensuite, empêchent les reconduites à la frontière. La volonté, c'est d'aller vite sur l'instruction, de se montrer généreux quand c'est nécessaire pour les réfugiés, c'est-à-dire ces femmes et ces hommes qui ont dû quitter des pays comme la Syrie sous peine de mourir sur place. Mais à l'inverse, c'est être efficace dans les reconduites à la frontière chaque fois que c'est nécessaire pour ceux qui n'ont pas ce droit-là.JEAN-PIERRE ELKABBACHDans ce climat aujourd'hui, les députés vont voter avec, je pense, une certaine solennité la loi anti-terroriste. La République En Marche, c'est-à-dire vos amis, sont disciplinés, ils vont voter comme un seul Macron, mais il y a les socialistes et en même temps les Républicains. Est-ce que vous leur lancez un appel ici pour qu'ils votent ? Qu'il y ait une sorte de consensus dans ce climat ?CHRISTOPHE CASTANERVous savez, on a vu dans le débat deux extrêmes s'exprimer. A droite avec des personnalités comme Eric CIOTTI, très radical et faisant une liste à la Prévert de tout ce qui, au fond, serait liberticide et ne marquerait pas l'efficacité dans le dispositif de lutte contre le terrorisme. Et de l'autre côté, du côté de la France insoumise, des gens qui nous disent : « Attention, c'est attentatoire à toutes les libertés. »JEAN-PIERRE ELKABBACHJe crois que ça se situe ainsi.CHRISTOPHE CASTANEROui. Ça montre bien que cette loi, c'est justement une loi d'équilibre.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, mais est-ce qu'elle est efficace ? Est-ce qu'on peut penser qu'elle va être efficace quand on sait, comme vous le dites, qu'il y a l'ennemi à l'extérieur et qu'il y a l'ennemi chez nous ?CHRISTOPHE CASTANERElle renforce chez nous parce que c'est une loi intérieure l'ensemble des moyens qui permettent de neutraliser, d'assigner à résidence, de surveiller quand c'est nécessaire, de sécuriser les sites de concert ou les événements sportifs avec des outils que seul l'état d'urgence permet aujourd'hui. Et nous voulons sortir de l'état d'urgence et nous voulons garder ces moyens d'action pour nos forces de l'ordre, pour nos forces de sécurité, pour nos forces de justice.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais pour protéger les Français, est-ce qu'elle suffira ?CHRISTOPHE CASTANERRien ne suffit face à la folie meurtrière. Il ne faut pas croire que c'est une sanction virtuelle - vous vous souvenez du débat sur la peine de mort – qui empêche le passage à l'acte. Mais il faut renforcer les moyens de nos forces de l'ordre, il ne faut pas faire d'angélisme sur la question de la lutte contre le terrorisme mais pour la sécurité.JEAN-PIERRE ELKABBACHEst-ce que vous définissez l'ennemi intérieur ? Est-ce que vous lui donnez, vous, un nom ?CHRISTOPHE CASTANERIl a différentes formes et donc il ne faut pas chercher à le qualifier, à lui donner un seul nom.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais pourquoi ? Parce qu'on a peur ? On n'ose pas dire que c'est l'islamisme radical, c'est le totalitarisme comme dit Jacques JULLIARD, ou c'est le fascisme idéologique ?CHRISTOPHE CASTANERNon, mais moi je crois qu'il a plusieurs visages. C'est pour ça qu'on ne peut pas lui donner un nom mais, oui, il y a de l'islamisme radical aujourd'hui et moi je l'assume. Le président de la République aussi d'ailleurs. Aujourd'hui, on voit bien que l'islamisme radical porte à une radicalisation de gens qui, en quelques semaines, peuvent se laisser totalement emportés par une folie meurtrière. Donc, oui, il faut oser le qualifier. Il faut le qualifier pourquoi ? Parce que tous les signes de radicalisation qui sont des signes qu'on peut constater au quotidien – j'ai vu une polémique sur un chauffeur de la RATP qui refusait de conduire son bus parce qu'une femme l'avait conduit avant – je pense qu'il faut oser qualifier ces signes-là et les suivre et les traiter quand c'est nécessaire.JEAN-PIERRE ELKABBACHGérard COLLOMB le met dans la loi anti-terroriste. Il dit : « Il faut radier tout de suite ceux qui ont trait à la sécurité, et cætera. » Valérie PECRESSE et quelques autres disent : « Mais pourquoi pas les enseignants qui sont touchés aussi par la radicalisation et qui, eux, sont au contact des gamins tous les jours ? »CHRISTOPHE CASTANERTout fonctionnaire qui porte des signes de radicalisation JEAN-PIERRE ELKABBACHY compris enseignant ?CHRISTOPHE CASTANERDoit être suivi et doit être neutralisé, notamment dans son contact avec le public. « Neutralisé », attention au mot : doit être empêché de faire du prosélytisme par exemple s'il est enseignant.JEAN-PIERRE ELKABBACHDonc il peut être radié, il peut être expulsé, il peut être licencié.CHRISTOPHE CASTANERSi on établit la véracité et peut-être la viralité d'ailleurs du comportement, effectivement il faut le suspendre.JEAN-PIERRE ELKABBACHChristophe CASTANER, les Français sont tous, nous sommes tous solidaires de ce qui se passe aux Etats-Unis, du peuple américain victime de la fusillade la plus meurtrière de l'Histoire et le bilan qui s'alourdit d'heure en heure. On dit une soixantaine de morts maintenant, plus de cinq cent-quinze blessés. L'Etat islamique revendique l'attentat et Donald TRUMP et les services de la justice américaine disent non. Est-ce que ça peut être l'Etat islamique ? Est-ce que ça peut être Daesh ou pas ? On n'en sait rien mais qu'est-ce que vous pensez de ce phénomène meurtrier aux Etats-Unis où on voit que rien n'empêche la diffusion des armes ?CHRISTOPHE CASTANERBarack OBAMA avait tenté de limiter cela. Il s'est heurté à un principe constitutionnel, à un lobby extrêmement puissant et organisé aux Etats-Unis où on considère que le droit de porter une arme est un droit fondamental. Je pense que c'est une erreur et qu'on voit la multiplication de ces actes de folie. Je n'ai pas à qualifier si c'est Daesh ou pas, j'ai le sentiment que ça n'est pas le cas et je fais confiance aux autorités américaines pour le déterminer, mais on voit d'ailleurs l'opportunisme de Daesh qui, aujourd'hui, fait de chaque mort son propre fonds de commerce. Une chose est sûre, c'est le commerce des armes aujourd'hui est mortel. Et donc, il faut que les Etats-Unis se posent cette question-là de savoir si la première des libertés est celle d'être armé ou celle de prendre le risque de laisser des fous comme celui qui a tué ces dizaines de personnes hier.JEAN-PIERRE ELKABBACHEn tout cas pour ce qui nous concerne, nous Français, l'interdiction de la vente d'armes librement, et cætera, est maintenue. Pas de vente d'arme pas aussi facilement parce que c'est trop facile aux Etats-Unis, mais avec beaucoup plus de rigueur.CHRISTOPHE CASTANEREt démantèlement de tous les process, de toutes les organisations malhonnêtes qui, aujourd'hui, organisent aussi la vente d'armes illicites.JEAN-PIERRE ELKABBACHCinq mois après le candidat, c'est le président de la République, Emmanuel MACRON, qui retourne près d'Amiens, chez WHIRLPOOL. D'abord, je suppose pour tenir sa promesse mais qu'est-ce qu'il va annoncer à WHIRLPOOL ?CHRISTOPHE CASTANERD'abord, il va rencontrer les salariés parce qu'il les avait rencontrés à un moment de tension, de crise.JEAN-PIERRE ELKABBACHEntre les deux tours au mois d'avril.CHRISTOPHE CASTANERVous vous souvenez de ces images pendant la campagne électorale, et il avait pris l'engagement de tout faire pour que ce site soit repris et que les emplois soient préservés : deux cent soixante-dix-sept emplois sont préservés sur le site. Il va à leur rencontre. Mais c'est aussi pour porter le message du retour d'une France industrielle et d'assumer la volonté aujourd'hui de renforcer tout ce qui permet d'investir dans l'économie productive de notre pays.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais est-ce que c'est à WHIRLPOOL qu'Emmanuel MACRON sera aussi le président des pauvres ?CHRISTOPHE CASTANERMais il l'est au quotidien, le président des pauvres, mais il est le président des Français, comme la loi de finances. Je sais ce procès, à travers votre question, qui est fait à la loi de finances et à ce budget des riches. Mais vous croyez que quand on diminue les charges salariales et qu'on augmente le pouvoir d'achat et le salaire de tous les salariés dès le 1er janvier, c'est une mesure pour les riches ? Quand on augmente l'allocation adulte handicapé, le minimum vieillesse, autant de sujets JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est normal que vous défiliez les mesures qui ont été prises.CHRISTOPHE CASTANERParce qu'elles sont fortes.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais est-ce que dire moins de riches, ça fait moins de pauvres ?CHRISTOPHE CASTANERLa question ne se pose pas comme ça mais on a un système fiscal en France qui favorise la rente, l'immobilier et qui sanctionne, qui pénalise la prise de risques. Nous voulons essayer quelque chose qui n'a jamais été essayé : de faire en sorte qu'on puisse investir massivement dans notre économie productive. Et la modification de l'impôt de solidarité sur la fortune, ce n'est pas un cadeau pour les riches, c'est un cadeau pour l'économie française. Pour nos entreprises, pour financer ce qu'on appelle le haut de bilan, c'est-à-dire la capacité demain de nos entreprises à investir pour se moderniser par exemple.JEAN-PIERRE ELKABBACHVous avez vu qu'il y en a beaucoup qui protestent, à la fois chez les Marcheurs, Franois BAYROU et quelques autres, et qui disent que vous avez oublié les chevaux de course, les yachts, les avions privés, et cætera. Gérald DARMANIN, paraît-il, y était favorable et Bruno LE MAIRE défavorable. Est-ce que vous confirmez qu'il y aura un amendement au Parlement, peut-être venant de chez les vôtres, pour taxer ce qui a été oublié ?CHRISTOPHE CASTANERMoi, je fais confiance aux parlementaires et au groupe de La République En Marche.JEAN-PIERRE ELKABBACHNon mais vous pouvez dire oui/non.CHRISTOPHE CASTANERNon mais je fais confiance pour faire des propositions qui vont dans le bon sens. Il faut garder à ce nouvel impôt de solidarité sur l'immobilier son caractère simple, mais il y a effectivement des anomalies. Et les yachts, les avions privés sont autant de sujets qui peuvent faire l'objet d'une taxation. Il faut qu'on trouve cela sans dénaturer la modification de l'ISF mais, en même temps, n'acceptons pas ces abus-là d'un point de vue fiscal.JEAN-PIERRE ELKABBACHEn quoi taxer, comme on le voit, les rares propriétaires personnels de yacht et d'avion privé ça donne plus de pouvoir d'achat aux plus modestes ? En quoi ?CHRISTOPHE CASTANERAssez peu parce que la recette sera, de toute façon, assez faible sur ces sujets. Mais je crois qu'on est dans un symbole. Effectivement, vous avez parlé de cette émotion de dire : « Attention, on sort »JEAN-PIERRE ELKABBACHDonc on cède à un symbole.CHRISTOPHE CASTANEROui, parce qu'en politique les symboles sont importants, il ne faut pas les négliger.JEAN-PIERRE ELKABBACHEst-ce que vous savez combien il y a d'avions privés en France ? De jets avec des propriétaires privés ?CHRISTOPHE CASTANERIl y en a moins d'une centaine qui sont propriété généralement des entreprises et pas des propriétaires privés.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt combien il y a de voiliers ou de bateaux qui dépassent les vingt-quatre mètres ?CHRISTOPHE CASTANERJe ne sais pas. Je pense que c'est quelques dizaines.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, exactement. Il y a, j'ai calculé, trente-quatre voiliers, quarante-cinq bateaux à moteur de plus de vingt-quatre mètres, et ça vaut tout ce tohu-bohu.CHRISTOPHE CASTANERParce que vous savez bien qu'il y a des emballements médiatiques à certains moments, mais il faut savoir - je vous l'ai dit, c'est aussi un symbole - il faut savoir y répondre.JEAN-PIERRE ELKABBACHMême si les gens vont mettre leur bateau à Monaco, en Croatie, en Italie.CHRISTOPHE CASTANERC'était d'ailleurs la réserve de Bruno LE MAIRE que vous avez évoqué, mais en même temps on a la possibilité de taxer non pas dans l'ISF mais de taxer la francisation d'un bateau qui permet de neutraliser ce risque-là.JEAN-PIERRE ELKABBACHEst-ce que ce n'est pas un recul ?CHRISTOPHE CASTANERNon, ce n'est pas un recul. Il est normal qu'il y ait une discussion. Le gouvernement fait des propositions, le Parlement amende. J'ai été parlementaire pendant cinq ans, j'ai porté des amendements.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais vous ne vous attendiez pas à cette sorte de vacarme autour d'une mesure prise par votre gouvernement.CHRISTOPHE CASTANERSi. Pour tout vous dire, on s'y attendait parce qu'on avait déjà travaillé avec le Parlement et avec Joël GIRAUD qui est le rapporteur général du budget sur ce sujet.JEAN-PIERRE ELKABBACHDonc c'était une répartition des rôles, non ?CHRISTOPHE CASTANERMais il est normal qu'on puisse travailler en amont ensemble et donc il faut corriger ce message qui a pu être mal perçu.JEAN-PIERRE ELKABBACHEst-ce que ce qui n'est pas la meilleure réponse, ce sont des mesures de justice sociale beaucoup plus profondes que des mesurettes importantes et symboliques ?CHRISTOPHE CASTANERCe n'est pas une mesurette importante quand, avec l'augmentation de la prime pour l'emploi et aussi la suppression des charges sur le salaire, à la fin du quinquennat quelqu'un qui est au smic aura un treizième mois. Ça n'est pas une mesurette.JEAN-PIERRE ELKABBACHEst-ce que, Christophe CASTANER, le moment approche d'une intervention à la radio et à la télé du président de la République ?CHRISTOPHE CASTANERLe président de la République maîtrise son temps et son expression.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, oui, d'accord. Il est le maître des horloges, et cætera.CHRISTOPHE CASTANERNon, non, attendez. Il s'exprimera tout à l'heure auprès des salariés de WHIRLPOOL. Vous savez, ça a aussi de l'importance. Et puis quand il le souhaitera, il parlera sous les formes qu'il souhaite.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais est-ce qu'il pourrait le faire avant la fin de l'année ?CHRISTOPHE CASTANERMais je ne doute pas qu'il ait l'occasion de s'exprimer à plusieurs reprises avant la fin de l'année.JEAN-PIERRE ELKABBACHNon, je ne parle pas des discours ponctuels.CHRISTOPHE CASTANERVous parlez d'une interview presse avec un journaliste professionnel en face parce que je sais l'attachement qu'ont les journalistes à cette figure imposée.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, c'est un moment important pour dire le cap, les perspectives et la cohérence d'une action depuis qu'il est là.CHRISTOPHE CASTANERLe président ne s'interdit rien et donc il pourra avoir cette occasion-là. Mais en même temps, il ne veut pas se précipiter. Il veut maîtriser sa parole. Je crois qu'on a eu des présidents avec une parole diffuse, généreuse, peut-être un peu trop. Aujourd'hui, il entend que chacun soit à sa place. Les ministres parlent, certains sont devant vous ce matin. Le Premier ministre s'exprime, il a fait une grande émission la semaine dernière. Chacun est dans son rôle.JEAN-PIERRE ELKABBACHD'accord. Mais on voit bien que peut-être d'ici à décembre, on l'entendra ou on le verra moins parler à des professionnels ou des catégories selon les événements, mais à tous les Français. La Catalogne est aujourd'hui en grève générale et le président de la République Emmanuel MACRON a apparemment choisi. Il a exprimé avec une certaine fermeté son soutien à l'unité, à l'intégrité de l'Espagne. Il l'a dit au téléphone à RAJOY, à Mariano RAJOY qui est malmené chez lui. C'est-à-dire qu'on ne tient pas compte des violences policières à Barcelone et en Catalogne, et cætera ?CHRISTOPHE CASTANERIl y a deux choses. D'abord, la plupart des chefs d'Etat et de gouvernement européens ont réaffirmé leur importance de voir l'Espagne préservée dans son intégrité.JEAN-PIERRE ELKABBACHEmmanuel MACRON en a parlé avec madame MERKEL, avec d'autres leaders européens ?CHRISTOPHE CASTANEREmmanuel MACRON a échangé il y a quelques heures encore avec Angela MERKEL. Il y a eu un échange sur la situation de l'Espagne. Et ensuite, il y a le deuxième sujet : les violences que vous avez évoquées, qu'on a pu constater qui n'ont pas leur place dans un débat politique. Or la question de l'indépendance de la Catalogne est un débat politique posé par les Catalans vis-à-vis de l'Espagne et aucune situation politique ne peut justifier la violence.JEAN-PIERRE ELKABBACHÇa, on l'a dit aussi à monsieur RAJOY.CHRISTOPHE CASTANERMais on n'a pas, nous, à expliquer au chef de gouvernement espagnol ce qu'il doit gérer.JEAN-PIERRE ELKABBACHPas d'ingérence, mais on lui fait remarquer gentiment.CHRISTOPHE CASTANERMais on n'a pas à le faire. Vous savez, commençons par nous occuper des Français pour l'essentiel avant de donner des leçons à nos pays voisins.JEAN-PIERRE ELKABBACHTrès bien. Mais si la Catalogne déclare unilatéralement, dans quelques jours, son indépendance, est-ce que la France la reconnaîtrait ?CHRISTOPHE CASTANERLa difficulté, c'est que ce ne serait pas constitutionnel à l'échelle des règles qui s'appliquent en Espagne.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt donc, elle ne la reconnaîtra pas.CHRISTOPHE CASTANEREt donc, il n'appartient pas à la France de suivre telle ou telle décision de tel ou tel territoire.JEAN-PIERRE ELKABBACHAujourd'hui, il y a une grande réunion de la CFDT. D'abord, Laurent BERGER va rendre hommage, et un hommage mérité, au grand Edmond MAIRE et il rassemblera à Paris dix mille cadres de la CFDT. Quel avenir pour la CFDT qui est le premier syndicat du privé ? Quelle stratégie face aux réformes engagées par votre gouvernement ? Mais est-ce que vous sentez, vous, un parfum de durcissement syndical ?CHRISTOPHE CASTANERIl y a une inquiétude profonde et elle est portée par Laurent BERGER. Elle est portée par le rassemblement qui est organisé aujourd'hui. Il nous faut l'entendre. Il y a des revendications qui ont été entendues dans les ordonnances du travail, d'autres qui ne l'ont pas été.JEAN-PIERRE ELKABBACHAttendez, vous dites : « Il faut l'entendre », et alors quand vous l'aurez entendu, puisqu'apparemment vous commencez à l'entendre, comment vous lui répondrez ?CHRISTOPHE CASTANEROn a des temps, on a des rendez-vous. D'abord la suite de l'action qu'on veut mener sur la transformation du marché du travail avec la réforme de la formation professionnelle, la réforme de l'apprentissage, la réforme de l'assurance chômage. Et puis un autre rendez-vous important, je sais que la CFDT y est attachée, c'est la gouvernance de l'entreprise. Laurent BERGER en a fait un des moteurs de la réinvention de l'entreprise, Bruno LE MAIRE portera en début d'année une grande loi qui traitera de la structure, de la forme et du fonctionnement de l'entreprise, et je pense que les propositions de la CFDT devront être aussi entendues dans ce cadre-là.JEAN-PIERRE ELKABBACHD'autant plus que pour la réforme du travail, vous avez déçu la CFDT. On a l'impression que vous avez favorisé – on l'a dit cinquante fois au moins – Jean-Claude MAILLY et Force ouvrière alors que lui est contesté par les fédérations trotskistes de Force ouvrière. Est-ce qu'il n'est pas dangereux d'avoir une stratégie syndicale déséquilibrée ? Et est-ce que cette fois-ci vous allez associer davantage la CFDT pour faire l'équilibre ?CHRISTOPHE CASTANERNous n'avons pas à choisir nos partenaires sociaux. On doit travailler avec tous.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui, mais il y a eu une préférence à un moment donné pour ramener Force ouvrière dans la discussion.CHRISTOPHE CASTANERNon. Il y a eu des désaccords sur certains sujets avec Force ouvrière. D'ailleurs, Force ouvrière et MAILLY l'a reconnu aussi, a contesté certains points. Mais il y a aussi des désaccords avec la CFDT et Laurent BERGER, mais à un moment donné c'est la responsabilité. Après trois cents heures de discussion avec les partenaires sociaux, c'est la responsabilité de l'Etat de trancher et de dire : « Voilà ce qui nous semble être le point d'équilibre pour transformer en profondeur le marché du travail. »JEAN-PIERRE ELKABBACHSinon vous perdez à la fois Jean-Claude MAILLY à Force ouvrière et la CFDT avec Laurent BERGER.CHRISTOPHE CASTANERNous avons besoin des partenaires sociaux, tous, y compris la CGT.JEAN-PIERRE ELKABBACHOui. Pour les réformes qui vont venir : la formation, l'apprentissage, l'assurance chômage, les retraites avec Jean-Paul DELEVOYE – ça, c'est pour plus tard – et Agnès BUZYN. C'est-à-dire qu'il y a six à sept mois ou huit mois de réformes ininterrompues. Est-ce que vous dites qu'il peut y avoir une pause, une pause dans les réformes ?CHRISTOPHE CASTANERC'est l'engagement que nous avons pris devant les Français. Ce n'est pas six ou sept mois d'action, c'est cinq ans. Nous avons cinq ans de transformation en profondeur.JEAN-PIERRE ELKABBACHDonc pas de pause. Pour ceux qui croient que vous allez faire une trêve sociale, une pause pour calmer le jeu, c'est non. C'est les réformes ou ce que vous appelez la transformation.CHRISTOPHE CASTANEROui, parce que nous passons déjà dans la deuxième phase de la transformation du travail, mais là encore avec une méthode, une négociation longue, plusieurs mois de négociations sur l'enjeu de la formation professionnelle. Est-ce qu'aujourd'hui on peut considérer que les 32 milliards d'euros de formation professionnelle qui sont engagés chaque année portent leurs fruits ? La réponse est non, et donc il faut aussi assumer de mettre à plat ces politiques-là quand elles ne marchent pas.JEAN-PIERRE ELKABBACHQuelle confidence vous avez fait au Point sur votre relation avec Emmanuel MACRON !CHRISTOPHE CASTANER[rires]JEAN-PIERRE ELKABBACHElle dépasse de loin la fraternité politique. Je vous cite : « Emmanuel est fascinant », ce que vous confiez. « Tout l'est chez lui : son parcours, son intelligence, sa puissance physique même, sa vivacité. » Et vous ajoutez : « J'assume cette dimension amoureuse. » Vous l'avez vraiment dit ?CHRISTOPHE CASTANEROui. J'ai dû dire cela parce qu'il y a, dans ces émotions-là, ce sentiment-là mais évidemment ce n'est pas l'amour tel que je le vis dans ma vie privée. C'est une relation qui est liée à la séduction, à la fascination et implique ça. Mais j'ai rajouté que comme je suis très exigeant avec moi-même pour servir quelqu'un, un président de la République, j'ai besoin aussi d'avoir cette vision forte et puissante.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt là, vous l'avez avec lui. Mais ça se manifeste comment ? C'est-à-dire que chaque fois qu'il dit quelque chose, vous dites : « Amen » ? Vous lui dites : « Oui » ? « Oui, Emmanuel ; oui, Emmanuel » ?CHRISTOPHE CASTANERCher Jean-Pierre ELKABBACH, je ne suis pas totalement imbécile et donc, du coup, j'essaye d'avoir un certain libre-arbitre.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais comment vous pouvez rester objectif dans ces conditions ?CHRISTOPHE CASTANERMais j'espère que vous l'êtes dans vos relations amoureuses, objectif.JEAN-PIERRE ELKABBACHÇa n'a rien à voir ce qu'on fait ni la politique.CHRISTOPHE CASTANERMoi, je le suis et donc on peut imaginer que dans une relation qui n'est pas sentimentale mais qui est affectueuse JEAN-PIERRE ELKABBACHJe n'ai jamais aimé un président ou un directeur ou un patron de l'Etat. Non, jamais. Je n'ai jamais été amoureux.CHRISTOPHE CASTANERMoi, je suis pour la bienveillance et je pense que les sentiments d'amour, d'amitié, d'affection sont nécessaires même dans la vie politique.JEAN-PIERRE ELKABBACHMais alors s'il vous dit, et c'est ma dernière question, s'il vous dit : « Christophe, j'ai besoin de toi pour diriger le parti », vous lui dites : « Je suis en mission, j'y vais » ?CHRISTOPHE CASTANERMoi, je considère que le président de la République doit mettre les bonnes personnes au bon endroit. S'il pensait cela, j'assumerai cette mission-là. La question ne se pose pas aujourd'hui.JEAN-PIERRE ELKABBACHC'est-à-dire que vous n'en avez pas discuté ? Il ne vous a pas prévenu que – et vous ne lui avez pas dit : « Je ne veux pas y aller » ?CHRISTOPHE CASTANERNon, non plus mais, vous savez, moi je suis un acteur. Je suis à ma place comme porte-parole du gouvernement et comme ministre en charge des Relations avec le Parlement. J'essaye de bien le faire.JEAN-PIERRE ELKABBACHEt vous êtes bien là où vous êtes ?CHRISTOPHE CASTANERJe suis très bien JEAN-PIERRE ELKABBACHIl est vrai que Benjamin GRIVEAUX est très motivé pour le rôle. Entre nous, lequel des deux a le plus d'envie ? Entre nous ?CHRISTOPHE CASTANERJe n'ai pas discuté de cela avec Benjamin GRIVEAUX mais il a toutes les qualités aussi pour cette mission-là.JEAN-PIERRE ELKABBACHIl vaut mieux que ce soit lui ?CHRISTOPHE CASTANERNon, c'est aussi un choix. Moi, je ne suis pas forcément un homme de parti, je ne l'ai jamais été dans mon parcours personnel. Mais je sais aussi l'importance d'organiser le parti La République En Marche parce que le vieux système des vieux partis est derrière nous.JEAN-PIERRE ELKABBACHMerci à vous.CHRISTOPHE CASTANERMerci à vous.JEAN-PIERRE ELKABBACHEn tout cas, ça ne sera peut-être pas vous, ce sera peut-être l'autre qui va être rassuré s'il en a envie.CHRISTOPHE CASTANEROu un troisième homme ou une troisième femme.JEAN-PIERRE ELKABBACHUn troisième homme ou une femme. Merci d'être venu. Demain, Laurent BERGER précisément.Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2017
La source — vie_publique · nº 203782
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/203782-interview-de-m-christophe-castaner-secretaire-detat-aux-relations-ave?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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