Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à France Inter le 20 décembre 2016, sur l'attaque d'un marché de Noël à Berlin et l'état d'avancement des dossiers d'indemnisation des victimes d'attentats auprès du Fonds de garan
Juliette Méadel (auteur), Léa Salamé (intervenant)
MARC FAUVELLELéa SALAME vous recevez la secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes.LÉA SALAMEBonjour Juliette MEADEL.JULIETTE MEADELBonjour.LÉA SALAMEL'Allemagne touchée à son tour, votre réaction ce matin à l'attaque d'un marché de Noël à Berlin cette nuit ?JULIETTE MEADELBerlin hier soir, Nice il y a cinq mois, c'était deux rassemblements qui devaient être joyeux et ces images tragiques me touchent beaucoup, on a l'impression d'une forme de mimétisme tragique de deux démocraties la France, lAllemagne qui ont une histoire commune et qui sont aujourd'hui frappées au coeur et d'une façon aujourd'hui qui est bouleversante. Moi je me souviens de ce que nous avons vécu à Nice et je me dis qu'aujourd'hui ces 12 morts, je pense à leurs proches, à leurs parents, à leurs enfants ; je pense à ces près de 50 blessés et il y en aura probablement d'autres qui sont aujourd'hui évidemment blessés physiquement, psychiquement et je pense aussi aux témoins car une ville frappée en son coeur comme ça, c'est des dizaines de témoins, c'est des dizaines de personnes qui ont assisté à l'horreur et qui pour une partie d'entre eux ont vu la mort arriver.LÉA SALAMEEt est-ce qu'on sait à cette heure, est-ce que vous savez s'il y a des victimes françaises ?JULIETTE MEADELPour le moment, nous n'avons pas d'information de cette nature.LÉA SALAMELe nouveau ministre de l'Intérieur Bruno LE ROUX a annoncé hier soir que la sécurité allait être renforcée sur les marchés de Noël en France, ce n'était pas déjà le cas, il fallait une nouvelle attaque pour renforcer la sécurité sur les marchés de Noël, je ne comprends pas bien ?JULIETTE MEADELOn est à un niveau évidemment avec l'état d'urgence qui va être voté et prolongé à nouveau, on est évidemment à un niveau de protection maximum ce qui n'empêche pas qu'il puisse y avoir sur quelques points précis un renforcement et un renfort de forces de l'ordre...LÉA SALAMEMais ce n'était pas le cas sur les marchés de Noël, parce que les marchés de Noël ça fait plusieurs semaines qu'on y va à Paris, à Strasbourg et ailleurs, aujourd'hui ils n'étaient pas suffisamment protégés, il y a un besoin de renforcement ?JULIETTE MEADELA Strasbourg, par exemple si, la mairie bien sûr à renforcer les moyens...LÉA SALAMEEt à Paris ?JULIETTE MEADELHonnêtement il y a des policiers et la réserve militaire partout, promenez-vous dans Paris, franchement...LÉA SALAMEMoi je me suis promenée sur le marché de Noël aux Champs-Elysées, est-ce que vous êtes vraiment certaine que la sécurité était renforcée ?JULIETTE MEADELSi vous ne les avez pas vues, c'est bon signe, c'est précisément parce qu'il y a beaucoup de forces de l'ordre en civil et c'est exactement comme ça qu'on est bien protégés en France. Mais évidemment Léa SALAME, vous avez raison, le risque zéro n'existe pas - je ne vais pas vous dire demain qu'il est certain que nous naurons plus d'attentat - et c'est d'ailleurs pour ça qu'on a créé, que le gouvernement a créé, que le président de la République a créé un secrétariat d'Etat à l'Aide aux victimes, c'est parce qu'il y a un besoin de protection, un besoin de protection avec des forces de sécurité mais aussi un besoin de prise en charge des victimes.LÉA SALAMEJustement parlez-nous un petit peu de votre mission, puisque vous êtes secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes, après l'attentat de Nice il y a six mois vous avez reçu un peu plus de 2.000 demandes d'indemnisation, on est six mois après, aujourd'hui combien de personnes ont été indemnisées ?JULIETTE MEADELIl y a 881 personnes sur ces 2.000 qui ont reçu aujourd'hui presque 10 millions d'euros du fonds qui s'occupe de l'indemnisation, ces 10 millions d'euros ça sert pour des dépenses d'urgence, 10 jours après Nice il y a des premières provisions qui ont été reçues qui vous permettent quand hélas vous avez perdu un proche de venir, d'avoir un billet d'avion qui est payé, d'avoir des premières aides, tout ça c'est un dispositif de solidarité. Mais il n'y a pas que l'argent, quand on est victime d'un attentat de cette nature de quoi on a besoin ? D'abord, on a besoin que l'Etat soit présent et c'est ce que nous avons fait notamment à Nice, nous avons ouvert un centre d'accueil des familles où il y avait de quoi accueillir, avec des psychologues, avec des médecins, avec des policiers, avec des associations, car les victimes ont besoin que l'Etat soit là, que l'Etat les protège, que l'Etat les accompagne, que l'Etat reconnaisse ce qu'elles ont véçu - et puis le temps de l'indemnisation vient après mais elles ne demandent pas de l'argent au début.LÉA SALAMEMais comment ça se passe, en fait il y a l'attentat de Nice, comment ça se passe ? Vous avez créé une plateforme Internet, c'est-à-dire qu'on s'inscrit, soit la victime, soit les proches des victimes s'inscrivent sur ce site Internet, en disant : « Voilà, je pense avoir été victime ou j'ai été victime » et comment ça se passe ensuite jusqu'au moment où il y a indemnisation, combien de temps ça prend ?JULIETTE MEADELD'abord, quand on dépose une demande d'indemnisation sur ce site Internet, dans les 48 heures j'ai fait en sorte qu'il y a un coup de fil du fonds avec un spécialiste qui vous dit : « est-ce que vous avez rempli tous les papiers, oui, non, et comment ça va se passer », ça c'est comme ça que ça se passe ; Ensuite, dans les 10 jours, vous recevez une première provision, une avance, et puis au bout...LÉA SALAMEDe combien ?JULIETTE MEADEL10, 20, 30.000 euros en fonction de vos besoins ; Et puis ensuite, si vous êtes blessé, on attend que vous soyez guéri pour pouvoir évaluer votre préjudice et, là, vous avez des indemnisations qui peuvent monter à plusieurs millions d'euros avec des rentes qui sont versées à vie par le fonds.LÉA SALAMEComment on fait, comment vous faites, comment la procédure se passe pour évaluer le préjudice - parce que ce n'est pas la même chose si j'ai perdu un bras ou si j'ai un traumatisme psychologique - comment on l'évalue, combien il y a de médecins qui vous auscultent et qui évaluent le préjudice ?JULIETTE MEADELIl y a un expert qui est un expert diligenté par le FGTI qui vient et qui vous examine, parfois avec une contre-expertise...LÉA SALAMEFTJI, c'est-à-dire le Fonds...JULIETTE MEADELLe Fonds de Garantie, parfois avec une contre-expertise. Mais ce que je veux dire ici c'est que nous avons tout fait pour simplifier la vie des victimes, tous ces acronymes que vous utilisés, vous avez raison tout ça c'est compliqué, mais moi je veux dire à ceux qui nous écoutent...LÉA SALAMEVous utilisez !JULIETTE MEADELQue nous utilisons aussi ! Je veux dire à ceux qui nous écoutent que nous avons simplifié parce que je ne veux pas qu'on ajoute de la douleur à la douleur avec des formalités administratives, qui certes étaient compliquées, nous les avons simplifiées avec un guichet unique de l'aide aux victimes, avec un comité local d'aide aux victimes dans chaque département de France, même quand vous avez été victimes de l'attentat de Nice mais que vous habitez Lille vous avez un préfet qui est là pour vous et puis nous avons créé cette plateforme Internet qui permet d'accélérer les délais d'indemnisation.LÉA SALAMECa va plus vite, mais du coup parfois il y a des usurpations - c'est ce qui s'est passé il y a deux semaines un couple a été condamné à trois et six ans de prison ferme par le Tribunal correctionnel de Grasse pour avoir été indemnisé, ils ont reçu 60.000 euros par le...JULIETTE MEADELFGTI.LÉA SALAMEFGFT.JULIETTE MEADELFGTI, pardon.LÉA SALAMEFGTI, pardon
JULIETTE MEADELFonds de Garantie on va l'appeler.LÉA SALAMEEt ils se sont fait passer pour des victimes de l'attentat du 13 novembre à Paris, le problème c'est qu'ils étaient à Antibes, comment faire pour ne pas vous faire avoir, parce que vous vous êtes fait avoir là sur ce coup-là ?JULIETTE MEADELJustement en prenant un minimum de temps pour examiner les demandes, c'est pour ça qu'on a en France un système qui est l'un des plus complets au monde, évidemment on ne peut pas indemniser d'un claquement de doigt, il faut regarder s'il ny a pas des fraudes, c'est pour ça que ça prend un peu de temps. Néanmoins, on a quand même un système qui avance relativement vite et on a lun des systèmes qui couvre le mieux le préjudice, car en France vous êtes indemnisé pour votre préjudice physique mais aussi pour votre préjudice moral et nous avons reconnu le préjudice d'angoisse en France, ça veut dire que quand vous voyez la mort arriver comme ce qui est arrivé hier à Berlin et que vous êtes menacé et que vous pensez que vous allez mourir, il se passe quelque chose dans votre cerveau qui s'appelle un psycho-traumatisme et, ça, ça des conséquences physiques, et ça le gouvernement l'a reconnu, nous sommes en train de réfléchir maintenant à son évaluation c'est un vrai sujet mais on va de ce point de vue-là progresser et faire des propositions dans les mois qui viennent.LÉA SALAMEJuliette MEADEL deux trois questions d'actualité, si vous le voulez bien. Christine LAGARDE condamnée mais dispensée de peine par la Cour de justice de la République, une réaction ?JULIETTE MEADELMoi j'ai du mal à comprendre ce que c'est qu'être responsable mais pas coupable, ça avait effectivement défrayé la chronique vous l'avez rappelé du temps de l'affaire du sang contaminé, maintenant c'est une cour de justice qui s'est prononcée, mais je comprends...LÉA SALAMEC'est une justice à deux vitesses ?JULIETTE MEADELJe comprends qu'on s'interroge, je comprends qu'on s'interroge sur ce type de décision qui peut donner l'impression qu'il y aurait deux poids et deux mesures.LÉA SALAMEVous vous interroger, quoi ?JULIETTE MEADELJe m'interroge.LÉA SALAMEVous soutenez Manuel VALLS pour la primaire de gauche, 15 jours après avoir annoncé sa candidature sa campagne patine un peu, il a du mal à remplir les salles, les sondages sont instables, vous êtes sûre que c'est la bonne personne pour réunir la gauche ?JULIETTE MEADELFranchement, franchement, on a une primaire qui doit nous permettre d'avoir un débat de fond, Manuel VALLS a déjà fait des propositions intéressantes - et il y en aura d'autres au mois de janvier mais je ne voudrais pas que cette primaire ressemble à un congrès du Parti socialiste, on est....LÉA SALAMECa y ressemble de plus en plus, Juliette MEADEL.JULIETTE MEADELMais moi je souhaite que ça change, parce qu'on est dans un moment aujourd'hui où on voit la menace avec la menace terroriste, où nous avons besoin d'un homme d'Etat, nous avons besoin de choisir celui qui sera peut-être le futur président de la République française - nous ne sommes pas en train de choisir le Premier secrétaire du PS et Manuel VALLS est cet homme d'Etat, Manuel VALLS...LÉA SALAMECa veut dire que les autres ne sont que du niveau du Premier secrétaire du PS ?JULIETTE MEADELCa veut dire que
LÉA SALAMEBenoît HAMON, Arnaud MONTEBOURG, ça veut dire ça ?JULIETTE MEADELOui
LÉA SALAMEOui ?JULIETTE MEADELC'est très bien, on a besoin d'avoir...LÉA SALAMED'être Premier secrétaire du Parti socialiste ?JULIETTE MEADELOn a besoin d'avoir des Premiers secrétaires du Parti socialiste, on a besoin d'avoir aussi des talents et évidemment Arnaud MONTEBOURG et Vincent PEILLON ils ont ces talents, mais en ce moment franchement on a besoin de quelqu'un qui est capable de faire face, quelqu'un qui est capable de faire front, Manuel VALLS a été Premier ministre de la France pendant deux ans, il a fait face aux attentats terroristes, il a su prendre les bonnes décisions et pour moi c'est le candidat dont la France a besoin.LÉA SALAMEJuliette MEADEL était notre invitée ce matin, merci à vous et belle aujourd'hui.JULIETTE MEADELMerci à vous.MARC FAUVELLEEt merci à vous Léa SALAME.Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 décembre 2016
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vie_publique · nº 201750
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