Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France-Info le 16 décembre 2016, sur les candidatures à la primaire du PS pour l'élection présidentielle de mai 2017.
Najat Vallaud-Belkacem (auteur), Jean-Michel Aphatie (intervenant), Gilles Bornstein (intervenant)
FABIENNE SINTESBienvenue à tous dans l'émission politique de Franceinfo. Bonjour à vous, Jean-Michel APHATIE.JEAN-MICHEL APHATIEBonjour Fabienne.FABIENNE SINTESGilles BORNSTEIN est là, Guy BIRENBAUM aussi et notre invitée ce matin est ministre de l'Education nationale.JEAN-MICHEL APHATIEBonjour Najat VALLAUD-BELKACEM.NAJAT VALLAUD-BELKACEMBonjour.JEAN-MICHEL APHATIENeuf candidats socialistes aux primaires, c'est bien sérieux ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMD'abord, c'est dimanche seulement que la Haute autorité dira quelles sont les candidatures qui sont retenues puisqu'il faut vérifier la qualité des parrainages. Ensuite l'important, c'est que la compétition se déroule, qu'elle ait lieu.JEAN-MICHEL APHATIEOui, ça bien sûr.NAJAT VALLAUD-BELKACEMQu'on puisse entendre les arguments des uns et des autres et que, surtout, elle serve à identifier qui sera le meilleur candidat pour porter les idées de la gauche à l'élection présidentielle.JEAN-MICHEL APHATIEMais neuf, on a trouvé que c'est beaucoup. Sylvia PINEL va représenter les Radicaux de gauche mais il n'y a pas une femme socialiste dans cette primaire.NAJAT VALLAUD-BELKACEMOui, parce que Sylvia PINEL en est une.JEAN-MICHEL APHATIEÇa va désoler quelqu'un qu'on connaît bien : Arnaud MONTEBOURG ; on l'écoute.- Document Public SénatArnaud MONTEBOURG, candidat à la primaire de gauche : Je pense que c'est mieux quand il y a une ou plusieurs femmes. Cela d'abord change l'atmosphère. Nous en avons eues deux à la dernière primaire. Ni l'une ni l'autre ne l'ont emporté.GUY BIRENBAUM« Atmosphère » : est-ce que vous avez une gueule d'atmosphère, Najat VALLAUD-BELKACEM ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMNon. Arnaud MONTEBOURG a pu être parfois plus inspiré que dans cette formule. Non, non, soyons très sérieux. Bien sûr, je comprends qu'on déplore l'absence de femmes parmi les candidates socialistes, c'est vrai. Il a d'ailleurs été question que certaines femmes puissent y aller.FABIENNE SINTESJustement, peut-être aussi parce qu'elles ne veulent pas y aller cette fois. Vous avez été citée, on a parlé de Christiane TAUBIRA, on a parlé de Martine AUBRY. Il y a eu des noms.NAJAT VALLAUD-BELKACEMJe pense très honnêtement qu'on retrouve ici un phénomène que je connais bien pour avoir été ministre des Droits des femmes et aujourd'hui ministre de l'Éducation, pour avoir proposé parfois à des femmes de prendre des postes à responsabilité et les voir refuser alors qu'elles en auraient tout à fait le niveau, alors que les hommes se précipiteraient sans même l'avoir.JEAN-MICHEL APHATIEAh, ces hommes !NAJAT VALLAUD-BELKACEMNon, honnêtement je ne jette la pierre à personne parce qu'après chacune de nous prend sa décision. Ce phénomène-là, il existe aussi en politique et on l'a sans doute retrouvé pour partie dans les primaires, même si ce n'est pas celui-là qui explique par exemple ma décision à moi de ne pas y aller.GUY BIRENBAUMVous, vous y avez songé sérieusement ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMCe qui explique ma décision de ne pas rajouter du trouble au trouble, c'est qu'en fait je pense que nous pouvons remporter l'élection présidentielle. Je sais que ça n'est pas l'histoire qui se raconte aujourd'hui, mais je pense que la gauche a bel et bien une chance de l'emporter.JEAN-MICHEL APHATIELa gauche ou le Parti socialiste ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMLa gauche dans son ensemble.JEAN-MICHEL APHATIEPeut-être Jean-Luc MELENCHON a plus de chance aujourd'hui. Dans les sondages, il est devant les candidats socialistes.GILLES BORNSTEINEmmanuel MACRON.JEAN-MICHEL APHATIEEmmanuel MACRON si du moins vous le classez à gauche. Ça, je ne sais pas.NAJAT VALLAUD-BELKACEMC'est la gauche. Le Parti socialiste seul ne peut pas remporter une élection présidentielle, nous le savons bien. C'est pour ça qu'il faut créer les conditions du rassemblement. J'en reviens à cette primaire : pourquoi est-ce qu'il ne fallait pas diviser plus que de raison ? Parce qu'il faut donner le plus de solidité possible au candidat qui sera le nôtre pour se donner la chance de remporter cette élection présidentielle. Moi, je considère que c'est Manuel VALLS qui a le plus les qualités aujourd'hui nécessaires à être notre représentant. Tout ce qui nous divise à la base, tout ce qui fait de notre vote un vote grappillé, en mille morceaux, finalement nous affaiblit.GILLES BORNSTEINManuel VALLS était hier l'invité de nos amis de France Inter et il a fait une proposition assez étonnante sur le 49.3 que je vous propose d'écouter.- Document France Inter :Manuel VALLS, candidat à la primaire de la gauche : Je connais parfaitement les effets pervers du 49.3. Je suis très lucide. Et puis j'ai appris, et puis on prend du recul. Dans la société de la participation dans laquelle nous vivons, son utilisation est devenue dépassée et elle apparaît comme brutale. Je proposerai donc qu'hors texte budgétaire, parce que la nation a besoin d'un budget, je proposerai de supprimer purement et simplement le 49.3.GILLES BORNSTEINOn dirait qu'il fait du Photoshop pour gommer toutes les arêtes de son portrait pour paraître moins autoritaire. Il en avait besoin ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMJ'ai beaucoup entendu ce commentaire depuis hier. Mais honnêtement, je ne vois pas ce qu'il y a de surprenant à ce que quelqu'un qui a exercé des responsabilités politiques puisse, maintenant qu'il les a quittées et qu'il a donc le recul nécessaire sur son action, en tirer des leçons, reconnaître ce que je trouve assez honnête intellectuellement que parfois il a pu aller trop loin ou commettre telle ou telle erreur et souhaiter qu'à l'avenir cela ne se reproduise pas.GILLES BORNSTEINC'est donc cela : il fallait gommer un aspect autoritaire de sa pratique.JEAN-MICHEL APHATIEC'était une erreur d'utiliser le 49.3.NAJAT VALLAUD-BELKACEMCe qu'il a dit très précisément, et c'est juste, c'est que ça s'est révélé d'une brutalité supérieure à ce qu'on avait pu imaginer.JEAN-MICHEL APHATIECe que tout le monde lui a dit quand il l'a engagé. Ce n'est pas une découverte.NAJAT VALLAUD-BELKACEMC'est vrai, oui. Mais en même temps, il faut tous que l'on soit honnête intellectuellement. C'est-à-dire que le 49.3 en tant que tel, qui est d'ailleurs prévu par la Constitution, c'est d'abord une règle qui avait déjà été utilisée de multiples fois dans le passé.JEAN-MICHEL APHATIEBien sûr, bien sûr.NAJAT VALLAUD-BELKACEMElle n'est pas brutale en soi, elle s'est avérée brutale dans les conditions qui ont été celles de la discussion autour de loi Travail notamment. Il en a donc conscience, il en tire des conclusions. Pour autant je ne vois pas là, contrairement à ce que vous semblez dire, une forme de reniement. Ce n'est pas parce qu'on prend du recul sur son action et qu'on tire des leçons que l'on se renie.JEAN-MICHEL APHATIEC'est trop facile ! Je fais un truc, puis je quitte une fonction et je dis : « Je ne le referai plus ». C'est trop facile ! On n'assume pas ce qu'on a fait.NAJAT VALLAUD-BELKACEMC'est plutôt une volonté plus générale de réforme institutionnelle qui vise à rénover notre démocratie. Le fait que le 49.3 disparaîtrait sauf pour les textes budgétaires s'inscrit dans un ensemble plus vaste dans lequel vous avez le non-cumul des mandats dans le temps. Vous n'en parlez pas beaucoup mais je trouve que c'est tout aussi intéressant.GILLES BORNSTEINC'est aussi un moyen de gommer quelques traits de sa personnalité, de sa pratique du pouvoir.JEAN-MICHEL APHATIEOù c'est pire que ça : c'est ne pas assumer ce qu'on a fait. C'est ça qui perd les gens en fait. Quelqu'un fait quelque chose puis dit : « Je ne le referai plus ». C'est terrible en fait, c'est dévastateur.NAJAT VALLAUD-BELKACEMOn ne peut avoir ce raisonnement-là que lorsqu'on a été exclusivement observateur de l'action politique. Lorsqu'on a été acteur de l'action politique, on sait que son action est faite et de réussite et de choses qui ont moins bien réussies, que c'est un ensemble cohérent. À la fin, pouvoir se retourner là-dessus et dire : « Je suis fier d'une telle chose et sur telle autre, je ne ferai pas pareil si je devais recommencer », je trouve que c'est une intelligence au contraire.FABIENNE SINTESOui mais, quand on l'a fait une seule fois et qu'on dit : « Je ne le referai pas parce que ça a créé un séisme », dont acte. Là, il le fait une fois autour de la loi Macron et ça crée un séisme ; puis il le refait une deuxième fois et ça crée de nouveau un séisme. C'est bon, on sait que le 49.3 produit un séisme. Il ne peut pas nous expliquer qu'il a découvert que ce n'était pas une bonne idée et qu'il ne le fera donc plus.NAJAT VALLAUD-BELKACEMMais pourquoi est-ce que j'insiste sur le fait que son propos sur le 49.3 s'inscrit dans un ensemble plus vaste ? C'est parce que si vous regardez la réforme institutionnelle qu'il a annoncée hier, il y a aussi le fait de raccourcir les délais d'examen des textes au Parlement. Tout cela est très cohérent. C'est-à-dire que l'utilisation du 49.3 a aussi été rendue nécessaire pendant ce quinquennat par le fait que si on ne l'avait pas fait, des textes auraient pris deux ans, deux ans et demi au Parlement alors qu'il y avait urgence, notamment pour l'emploi, à les adopter. Si vous êtes demain dans un système où vous avez des règles où les textes passent plus vite, vous n'avez plus besoin du 49.3 aussi.FABIENNE SINTESEt on en reparle dans quatre-vingt-dix secondes. [
] La suite de l'émission politique de France Info avec Najat VALLAUD-BELKACEM, la question c'est Gilles BORNSTEIN.GILLES BORNSTEINQuand il était ministre, Premier ministre pardon, Manuel VALS disait aussi cela, cela concernait le burkini et c'était sur RMC, on l'écoute.- Document RMC du 25 août 2016 :Manuel VALLS : Je pense que ces arrêtés ne sont pas une dérive, ces arrêtés ont été pris au nom même de l'ordre public, et le burkini oui c'est encore une fois l'asservissement de la femme et donc les hommes et les femmes de progrès doivent le dire avec beaucoup de force.GILLES BORNSTEINVous aviez dit à l'époque en réaction à cette déclaration : « ça libère la parole raciste ».NAJAT VALLAUD BELKACEMOui, je parlais des arrêtés anti burkini qui ont été adoptés...GILLES BORNSTEINQui le soutient.JEAN-MICHEL APHATIESoutenus par le Premier ministre.GILLES BORNSTEINQui le soutient.NAJAT VALLAUD BELKACEMAbsolument, par les maires. Mais enfin pour répondre à votre question très clairement...JEAN-MICHEL APHATIEParce que du coup on se dit : « Tiens, comme vous soutenez le Premier ministre »...NAJAT VALLAUD BELKACEMVoilà ! Pour répondre à votre question très clairement, il ne faut pas se tromper d'enjeu dans cette primaire de la gauche, l'enjeu ce n'est pas de témoigner de toutes les sensibilités qui existent au sein de la gauche, l'enjeu ce n'est pas de rechercher l'équilibre parfait entre les différentes sensibilités pour dire : « c'est ça qui doit représenter la gauche », non, l'enjeu c'est de savoir qui sera le candidat qui aura le plus de chance, le plus de puissance...GILLES BORNSTEINDonc, vous assumez que vous avez des différences avec Manuel VALLS...NAJAT VALLAUD BELKACEMExactement, le plus de force, le plus de puissance, le plus d'expérience de l'État et le plus d'envie de l'emporter pour remporter l'élection présidentielle. Moi je ne suis pas dans le témoignage, je veux qu'on gagne. Pourquoi je veux qu'on gagne ? Non pas par amour du pouvoir, mais parce que je sais que ce qui nous attend si c'est la droite ou l'extrême qui emporte l'élection présidentielle c'est la dégradation pour notre pays, la dégradation sociale, la dégradation républicaine, c'est terrible, on ne peut pas livrer les Français aux programmes de François FILLON ou de Marine LE PEN. Donc, dans ces conditions-là, je fais tout ce qu'il faut...JEAN-MICHEL APHATIEVous mettez la droite et l'extrême droite sur le même plan ?NAJAT VALLAUD BELKACEMHonnêtement, quand on voit le programme de François, vous imaginez bien que derrière cette...JEAN-MICHEL APHATIES'il y a un second tour Marine LE PEN/François FILLON, vous serez embêtez alors ?NAJAT VALLAUD BELKACEMOn verra, écoutez ne nous posons pas les questions qui ne sont pas d'actualité aujourd'hui.JEAN-MICHEL APHATIEDonc, c'est curieux de mettre les deux sur le même plan ?NAJAT VALLAUD BELKACEMÉcoutez ! Moi je combats le programme de FILLON, moi je ne fais pas partie de ceux qui disent...JEAN-MICHEL APHATIEAh ! C'est autre chose çà, je ne dis pas... Non, non...NAJAT VALLAUD BELKACEMNi droite, ni gauche...JEAN-MICHEL APHATIEVous les mettez sur le même plan tous les deux ?NAJAT VALLAUD BELKACEMJe constate aujourd'hui que la droite s'est terriblement radicalisée, non pas d'un point de vue religieux mais d'un point de vue social...JEAN-MICHEL APHATIEDroite, extrême droite, la question est simple, droite et extrême c'est la même chose ?NAJAT VALLAUD BELKACEMEt que ce qu'elle nous prépare...JEAN-MICHEL APHATIEDroite et extrême droite c'est la même chose ?NAJAT VALLAUD BELKACEMMoi j'estime que l'extrême droite c'est l'affaiblissement républicain, que la droite c'est l'affaiblissement social et que la gauche en face...JEAN-MICHEL APHATIEDonc, c'est la même chose ?NAJAT VALLAUD BELKACEMLa gauche en face elle porte un projet de société de progrès qui est à la fois social, républicain, laïc, européen et donc moi je veux que ce soit ce projet-là qui l'emporte et donc, pour que ce projet l'emporte en 2017, nous avons besoin d'un candidat fort, donc oui nous avons tous des identités politiques différentes et que nous avons eu des désaccords mais il faut savoir passer par-dessus pour se rassembler autour de celui qui nous fera gagner.GUY BIRENBAUMMais alors ce qui est paradoxal c'est qu'on peut soutenir un candidat avec lequel on n'est pas forcément d'accord et ne pas soutenir un candidat avec lequel on est d'accord, écoutez ces propos de Benoît HAMON qui parle des réfugiés, je me demande si vous ne pensez pas un petit peu la même chose, mais peut-être je me trompe.- Document du 14 décembre :Benoît HAMON, candidat à la primaire de gauche : Et je commencerais par vous dire la honte, parce qu'il n'y a pas d'autre mot, la honte que j'ai ressentie quand un Premier ministre issu des rangs de la gauche est allé tancer une Chancelière allemande conservatrice pour lui dire de ne pas en faire autant en matière d'accueil des réfugiés et des migrants.GUY BIRENBAUMVous êtes en total désaccord avec ce propos de Benoît HAMON sur la façon dont Manuel VALLS avait été tancé, comme il le dit, Angela MERKEL ?JEAN-MICHEL APHATIEA Munich.NAJAT VALLAUD BELKACEMMoi vous savez, comme je suis attachée à notre famille socialiste, je dis aussi que dans cette primaire les positions des uns et des autres n'ont rien d'irréconciliables et qu'au contraire elles peuvent s'enrichir et nous enrichir, donc moi j'apprécie que dans le paysage on ait un Benoît HAMON, qu'on ait un Vincent PEILLON, qu'on ait un Arnaud MONTEBOURG, parce que chacun a quelque chose et il y a des analyses chez chacun d'entre eux que je partage, je partage certaines de leurs analyses...GUY BIRENBAUDonc, ça, vous pouvez le partager par exemple ? Ca, ça ne vous a pas choqué ?NAJAT VALLAUD BELKACEMPar exemple sur la question précisément des réfugiés j'estime en effet que nous devons porter à gauche un discours qui est un discours d'ouverture, de protection et c'est un discours...JEAN-MICHEL APHATIECe que n'a pas fait Manuel VALLS.NAJAT VALLAUD BELKACEMNon, mais attendez, non ne revenons pas non plus là-dessus, parce que la réalité de l'action de Manuel VALLS au pouvoir comme Premier ministre...JEAN-MICHEL APHATIENon, je le disais pour que les choses soient claires.NAJAT VALLAUD BELKACEMC'est aussi des dizaines de milliers de réfugiés qui sont accueillis, la réalité de l'action de Manuel VALLS au pouvoir c'est démantèlement de Calais, c'est un travail qui a été on s'en souvient très difficile avec beaucoup de mairies pour qu'on accepte que ces réfugiés soient installés dans de bonnes conditions un peu partout sur le territoire français - donc elle est là la réalité - donc ne refaisons pas les vieux débats, sachons aujourd'hui préparer l'élection présidentielle.JEAN-MICHEL APHATIEEmmanuel MACRON représente une sensibilité de la gauche aujourd'hui ?NAJAT VALLAUD BELKACEMIl s'est inscrit de lui-même en dehors puisqu'il refuse de participer à la primaire.JEAN-MICHEL APHATIEAh ! Il faut participer à la primaire donc pour être à gauche, Jean-Luc MELENCHON n'est pas à gauche ?NAJAT VALLAUD BELKACEMEn tout cas ni Jean-Luc MELENCHON, ni Emmanuel MACRON, ne rendent service aujourd'hui à ce qu'on disait tout à l'heure, c'est-à-dire la nécessité pour le bloc de gauche d'être rassemblés...JEAN-MICHEL APHATIEJe repose ma question !NAJAT VALLAUD BELKACEMPuisque nous avons en France...JEAN-MICHEL APHATIEEst-ce qu'Emmanuel MACRON représente une sensibilité de la gauche ?NAJAT VALLAUD BELKACEMPuisque nous avons en France trois blocs, nous avons en France trois blocs : un bloc d'extrême droite qui a sa candidate, un bloc de droite qui a son candidat, il reste le bloc de gauche et donc force est de constater aujourd'hui que certains ne jouent pas le jeu et avec beaucoup de légèreté...JEAN-MICHEL APHATIEMais ma question c'est est-ce qu'Emmanuel MACRON représente une sensibilité de gauche ou pas ?NAJAT VALLAUD BELKACEMNous empêche de nous présenter aussi rassemblés aux yeux des Français, donc Emmanuel MACRON...JEAN-MICHEL APHATIEMa question c'est est-ce qu'il représente une sensibilité de gauche ou pas ? Parce que...NAJAT VALLAUD BELKACEMMais Emmanuel MACRON a eu l'occasion de répondre de lui-même, ni de droite ni de gauche, je crois que ça veut dire ce que ça veut dire...JEAN-MICHEL APHATIED'accord.NAJAT VALLAUD BELKACEMC'est le philosophe ALAIN qui disait...JEAN-MICHEL APHATIEDonc pas à gauche, d'accord.NAJAT VALLAUD BELKACEMQuand on me demande quelle est la différence entre un homme de droite et un homme de gauche, j'en déduis que celui qui pose la question n'est pas de gauche.FABIENNE SINTESMais quand même madame BELKACEM, regardez, quand on regarde le dernier meeting d'Emmanuel MACRON il y a 10.000 personnes dans une salle immense, quand on regarde le dernier meeting de Jean-Luc MELENCHON il est obligé d'aller parler dehors parce qu'il y a des gens qui n'ont pas pu rentrer dans la salle, et ce qu'on voit pour l'instant de ceux qui sont à l'intérieur de la primaire et notamment d'ailleurs le premier meeting public de Manuel VALLS tout ça c'est quand même, pardon de le dire comme ça, c'est un peu moins sexy quoi, ça n'a pas l'air de prendre réellement auprès de la foule. Vous le sentez quand même aussi, ou pas, c'est lent comme démarrage ?NAJAT VALLAUD BELKACEMOui ! Oui, oui, non je ne vais pas vous dire le contraire. Il y a en France un désir de nouveauté immense et que je peux comprendre et c'est vrai que finalement un Emmanuel MACRON par exemple peut donner le sentiment qu'il correspond à cette nouveauté-là, je crois que ce n'est qu'une apparence - mais enfin on y reviendra peut-être simplement je pense que les Françaises et les Français doivent savoir tout de même qu'à un moment donné être ni de droite ni de gauche ce n'est pas tenable, à un moment donné être comme Jean-Luc MELENCHON dans une posture qui en réalité ne conduira jamais à exercer le pouvoir, puisqu'on en refuse toutes les entraves, ça n'est pas tenable, donc les Françaises et les Français doivent se demander quel projet de société ils ont envie de voir demain dans ce pays ? Est-ce que c'est le projet de la droite, qui a le mérite aujourd'hui d'être extrêmement clair - voilà destruction des services publics, etc. - ou est-ce que c'est le projet de la gauche, qui peut-être peut déplaire à certains égards, mais enfin qui est un projet cohérent constant, qui est celui d'une société de progrès, d'une société d'égalité, d'une société d'ouverture, de tolérance ? Voilà ! Et, à partir de cette question simple, essayer de se positionner soi-même. C'est vrai que pendant toute cette période les meetings peuvent donner une impression qui laisse à croire que les partis politiques sont aujourd'hui démodés mais la réalité c'est qu'en fait - y compris quand on a un mouvement comme En marche - qu'est-ce que c'est d'autre qu'un parti politique ? En fait c'est une réinvention permanente ! Et donc aujourd'hui la seule question que les Français doivent se poser, c'est : quel projet politique ?FABIENNE SINTESEt on en parle dans 90 secondes très exactement sur France Info. [
] C'est la dernière partie de l'émission politique de Franceinfo. Najat VALLAUD-BELKACEM est avec nous jusqu'à neuf heures ; question de Jean-Michel APHATIE.JEAN-MICHEL APHATIEA la ministre de l'Education. La question s'adresse à la ministre de l'Education. L'émission « Touche pas à mon poste » de Cyril HANOUNA suscite beaucoup de critiques. L'association LGBT a recensé les sorties racistes, homophobes, sexistes de l'animateur ou de ses chroniqueurs durant l'émission dans une étude que même le CSA a jugée instructive. Un acteur qui s'appelle Greg ALLAEYS, qui a l'habitude de circuler dans les collèges et les lycées pour prévenir contre le harcèlement scolaire, a jugé bon d'écrire une lettre à Cyril HANOUNA en lui disant : « Vous banalisez dans vos rapports avec vos chroniqueurs des formes de harcèlement qu'ensuite des jeunes adolescents s'approprient dans leur milieu ». Est-ce que vous êtes sensible à ces critiques nombreuses qui montent de plus en plus sur l'émission de Cyril HANOUNA ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMJe suis sensible de manière générale, au-delà de l'émission de Cyril HANOUNA, à cette idée en effet que ce que l'on voit à l'écran à la télévision impacterait directement les comportements de nos adolescents. C'est une évidence. C'est pour ça les médias ont un rôle citoyen responsable à jouer et faire attention à la fois sur les questions de harcèlement, mais aussi de manière générale sur les discours portés, sur la véracité et l'exactitude des informations qui sont relayées.JEAN-MICHEL APHATIEÇa, c'est une position générale et, bien sûr, on peut la comprendre. Nous-mêmes sur l'antenne, on a toujours conscience de ce que cela peut représenter. Mais là, c'est une émission précise qui est ciblée.NAJAT VALLAUD-BELKACEMJe crois que le CSA a dû être saisi sur ce sujet, c'est donc à lui de se prononcer.JEAN-MICHEL APHATIEVous n'avez pas d'opinion ? Vous n'entendez pas parler de scènes qui font souvent polémique ces derniers jours ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMSi. Mon opinion est bien simple : c'est que je pense qu'il n'y a aucune raison pour que les médias de manière générale soient exonérés de responsabilités lorsqu'ils franchissent des lignes. Là clairement, c'est au CSA de dire si une ligne a été franchie. Mais cette responsabilité, je voudrais vraiment qu'elle s'adresse aux médias d'une manière plus générale et pas simplement sur une émission.JEAN-MICHEL APHATIEVous n'avez pas d'opinion sur cette émission-même.NAJAT VALLAUD-BELKACEMNon, parce que je ne la regarde pas.JEAN-MICHEL APHATIEEt vous n'avez pas de remontées de proviseurs, de responsables d'établissement sur l'influence que pourrait avoir cette émission dans les cours d'école, de collège et de lycée ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMNon, pas particulièrement.JEAN-MICHEL APHATIEVous êtes parfois confrontée à de drôles de questions dans des interviews. Ce que l'on va vous montrer n'est pas qu'anecdotique, ça nous a intéressé pour essayer d'analyser un peu les mots qui sont employés et votre réaction a été significative. Audrey CRESPO-MARA vous a interrogée il y a quelques jours sur LCI ; elle vous a posé la question que nous allons entendre.- Document LCI :Audrey CRESPO-MARA : Vous êtes une femme, vous êtes jeune, vous êtes musulmane. Qu'est-ce qui est le plus handicapant quand on fait de la politique ?Najat VALLAUD-BELKACEM : Oh ! (soupir)JEAN-MICHEL APHATIEQu'est-ce que vous avez pensé face à cette question ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMLa même chose qu'à ce moment précis. C'est surtout qu'en fait, je pense que ce jour-là mais c'est pareil cette fois-ci j'ai dû me dire : « Mais je suis venue parler d'éducation, de politique éducative, donc j'aimerai bien qu'on en parle avant que l'émission ne se termine ». Je pense qu'il ne faut surtout pas détourner les sujets.JEAN-MICHEL APHATIECe n'est pas tout à fait comme aujourd'hui. Parce que quand on arrive à en interroger quelqu'un sur « est-ce qu'être musulman, c'est handicapant dans la société », ce n'est pas le signe que quelque chose d'étrange se déroule dans la société ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMQue la société soit soumise à des tensions identitaires et religieuses, c'est une évidence. C'est pour ça que c'est très important de ne pas traiter la politique uniquement à travers le prisme identitaire, mais aussi à travers le prisme social. C'est pour ça que l'éducation a un rôle énorme à jouer. J'étais par exemple venue vous parler de mixité sociale dans nos établissements scolaire, j'aimerais bien qu'on y revienne.GILLES BORNSTEINLà, ça ne fonctionne pas. Vous n'y arrivez pas.NAJAT VALLAUD-BELKACEMPardon. La meilleure façon de lutter contre les crispations et les tensions identitaires, c'est bien encore de faire en sorte que les élèves se rencontrent pendant leur passage à l'école. Est-ce que ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas ? Je voudrais y revenir un instant. On conduit depuis maintenant quelques mois honnêtement une action inédite, à la fois par son originalité et par sa force qui consiste à dire qu'il y a des collèges qui sont ségrégés en France et dans lesquels on ne retrouve qu'une population défavorisée, et cetera. Jusqu'à présent, la puissance publique pour lutter contre cela a voulu à chaque fois soit mettre fin à la carte scolaire en disant : « Les familles peuvent inscrire leurs enfants n'importe où » : ç'a été une catastrophe parce qu'évidemment ce sont les familles les plus aisées, les plus au courant des codes et cetera, qui ont pu le faire et les autres se sont retrouvées encore plus ségrégées. Soit : « On va rigidifier la carte scolaire » et y compris à gauche on a pensé ça pendant un temps. « On va rigidifier la carte scolaire pour que personne ne sorte dans son cadre » : c'est une catastrophe aussi parce que, du coup, vous emprisonnez les gens dans leur cadre. Donc nous, on a inventé autre chose qui est en train de se produire. Les observateurs disent : « Mais cela ne concerne que deux cent quarante-huit collèges ». Mais c'est une blague ou quoi ? Deux cent quarante-huit collèges !JEAN-MICHEL APHATIESur combien ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMOui, sur cinq mille. Mais deux cent quarante-huit !JEAN-MICHEL APHATIE0,5 pour cent.NAJAT VALLAUD-BELKACEMC'est expérimental. C'est-à-dire qu'aujourd'hui qu'est-ce qu'on a décidé de faire dans ces deux cent quarante-huit collèges ? Avec les collectivités locales dont c'est la compétence, on a dit : « On va regarder territoire par territoire et apporter une réponse spécifique à chaque territoire ». Pour ici par exemple, redécouper la carte scolaire pour qu'elle suive le tracé des transports en commun ; pour mixer davantage les élèves puisqu'en transport en commun, tel collège est à cinq minutes de tel autre ; ici faire en sorte d'avoir des secteurs avec plusieurs collèges dedans et, ensuite, c'est à nous d'affecter ces élèves dans un collège ou dans un autre pour garantir plus de mixité sociale.FABIENNE SINTESSur le papier effectivement, c'est comme ça que ça fonctionne. Maintenant il y a aussi des endroits où c'est un peu difficile, y compris dans Paris d'ailleurs, avec deux lycées. Il y a eu un exemple récemment, cette semaine.NAJAT VALLAUD-BELKACEMC'est intéressant, ce que vous dites.FABIENNE SINTESEffectivement, sur le papier ça fonctionne. En réalité, on entend aussi des parents qui disent : « Oui, mais attendez, non pas forcément. C'est plus compliqué que ça en l'air, et cetera ».NAJAT VALLAUD-BELKACEMD'abord juste une chose et je vous réponds évidemment dans la foulée. Juste une chose : l'originalité de notre démarche, c'est de partir du terrain, de travailler avec les collectivités locales, d'associer l'ensemble des acteurs et notamment les parents d'élèves pour éviter qu'on ait l'impression de leur plaquer la solution dessus, et d'accompagner tout ça d'une évaluation scientifique du début jusqu'à la fin pour montrer les effets positifs de la mixité sociale et que ça marche. Paris, puisque vous évoquiez Paris : arrêtons ce parisiano-centrisme. Non mais sérieusement !FABIENNE SINTESParisiano-centrisme ?NAJAT VALLAUD-BELKACEMJe parle de la façon dont les observateurs traitent du sujet. Vous avez des projets qui sont partout en France dont l'un réussit, marche bien, et cetera. On vous les présente, ça vous intéresse à peine parce qu'il se trouve que Paris, oui, il y a des tensions autour des quatre projets qui ont vu le jour. Mais enfin, aujourd'hui il y a quatre projets qui ont vu le jour ! L'année dernière, il y en avait des projets ? On osait à peine parler de mixité sociale l'année dernière à Paris, c'était un sujet quasiment tabou. Ça ne va pas sans tension, on ne fera pas les choses contre les parents, soyons clairs. Mais il faut avancer et il faut montrer, notamment par les évaluations scientifiques, les vertus de la mixité sociale.FABIENNE SINTESMerci.JEAN-MICHEL APHATIEVous vous êtes fait gronder, Fabienne.NAJAT VALLAUD-BELKACEMNon, enfin ce n'est pas vous évidemment : c'est l'ensemble des observateurs.FABIENNE SINTESCe n'est pas moi. Passez un bon week-end.Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 décembre 2016
La source —
vie_publique · nº 201581
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