Interview de M. Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur et à la recherche à LCI le 9 décembre 2016, sur la préparation de l'élection présidentielle et la primaire au PS.
Thierry Mandon (auteur)
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEBonjour Thierry MANDON.THIERRY MANDONBonjour.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEMarine LE PEN veut interdire l'école gratuite aux enfants immigrés illégaux, qu'est-ce que vous lui répondez ?THIERRY MANDONQue c'est une ineptie de plus et en même temps une occasion de voir une vérité du Front national qui reste un parti anti-étrangers.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEUne vérité qu'on n'a pas beaucoup entendue ces dernières semaines, elle était plus soft, disent beaucoup.THIERRY MANDONOui, et je pense que la désignation de François FILLON, le fait qu'il occupe une position d'une droite assez ferme, assez dure, l'oblige à tomber le masque et à se radicaliser.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEElle vous fait peur, comme candidate ?THIERRY MANDONComme candidate, pour le pays c'est la dernière des choses que je souhaite voir un jour arriver au pouvoir. Je crains le Front national
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEVous le craignez, mais vous avez peur de sa percée ?THIERRY MANDONNon, je n'ai pas peur, je pense que pour le pays c'est vraiment ce qu'il faut éviter, à la fois ce repliement sur soi, on n'a jamais eu autant de problèmes mondiaux, réchauffement climatique, prolifération nucléaire, commerce effréné au niveau international, et elle prône des solutions purement nationales de traitement de ces problèmes, donc c'est absurde. Et je pense fondamentalement que la culture démocratique n'existe pas au Front national.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEOn va parler du travail du gouvernement. Votre nouveau patron, Bernard CAZENEUVE, hier soir, premier déplacement à Lyon, il dit « j'ai 5 mois devant moi, je vais travailler 3 fois plus », donc ça équivaudra à 15 mois si on fait les calculs, et vous alors, vous allez avoir 3 fois plus de boulot ou pas ?THIERRY MANDONOui, probablement.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEOui ? Alors que tout le monde dit que c'est fini, qu'il n'y a plus de dossier important, que l'Assemblée ne va plus trop travailler, les ministres non plus.THIERRY MANDONC'est absolument faux. Moi, la semaine prochaine je fais passer la sélection en masters et en même temps le droit à la poursuite d'études au Parlement, j'ai un programme très rempli en janvier, en février, en mars, et jusqu'au dernier moment il faut être ministre à temps plein.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEQu'est-ce que vous pouvez nous dire du climat du premier Conseil des ministres de Bernard CAZENEUVE, c'était donc mercredi, est-ce que le président était abattu comme certains le laissent entendre ?THIERRY MANDONS'il l'était, il l'a bien caché. C'était un Conseil des ministres comme les autres, avec simplement un Premier ministre qui a fait une déclaration un peu plus générale pour expliquer quels étaient ses principes d'action.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEIl vous a dit quoi sur la manière dont il va gouverner Bernard CAZENEUVE ?THIERRY MANDONConcentration, sérieux, compétence, exigence, c'est des mots que
FRANÇOIS-XAVIER MENAGECe n'était pas le cas avant ?THIERRY MANDONC'est en tous cas les mots qu'il a utilisé, il ne cherchait pas à trancher avec ce qui se passait avant, il cherchait à donner les boussoles, et je trouve que c'est des mots dont l'Etat a besoin, la compétence, l'exigence, le professionnalisme, la concentration, le sérieux.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEAlors, évidemment tout ça raisonne par rapport à la primaire de la gauche, de plus en plus de candidats. Dans l'ordre, et on va rappeler les faits, en 2011 vous aviez soutenu Arnaud MONTEBOURG, est-ce que vous allez le faire là, dans les prochaines semaines ?THIERRY MANDONNon, moi je soutiens la primaire d'abord, je veux dire que c'est un processus démocratique
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEIl en fait quelques-uns.THIERRY MANDONOui, je soutiens la primaire, ce processus démocratique de choix du futur candidat à l'élection présidentielle. Deuxièmement, je suis ministre, et donc concentré sur mon travail, donc moi je n'ai pas à m'égayer, je considère que d'ailleurs le rôle des ministres ce n'est pas de s'égayer dans le soutien à tel ou tel candidat putatif.FRANÇOIS-XAVIER MENAGECertains ont commencé déjà à s'exprimer
THIERRY MANDONAbsolument.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEC'est une faute ?THIERRY MANDONC'est une faute, ils ont un choix à faire, on le fera, d'ailleurs moi je ferai savoir, quelques heures avant le vote, pour qui j'ai voté, mais
FRANÇOIS-XAVIER MENAGELe faire avant c'est interférer ?THIERRY MANDONOn n'est pas là pour ça. Et troisièmement, une primaire ce n'est pas un concours de beauté, ce n'est pas une sélection de personnalités, c'est d'abord une sélection d'options. Moi il y a trois choses qui comptent, dans le choix que je ferai. Premièrement, la place, bien sûr, de la recherche, je pense que la France si elle veut rester un grand pays doit avoir une recherche très puissance, elle doit réinvestir sur sa recherche.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEDonc plus d'investissements également.THIERRY MANDONOui. Deuxièmement, l'Etat, je suis de gauche, la gauche c'est une conception de l'Etat, l'Etat doit être transformé en profondeur, ça ne fonctionne plus, c'est à la fois éloigné des citoyens, c'est très bureaucratisé, refermé sur lui, ça ne s'appuie pas sur les savoirs dans la société, donc un programme de transformation de l'Etat. Troisième point, un combat contre une globalisation qui n'est plus que du commerce effréné, et libéré, sans aucune condition. Pour moi c'est ces trois boussoles-là qui feront que, le moment venu, c'est-à-dire quelques heures avant le scrutin, je ferai un choix, mais d'ici là je reste concentré sur mon travail.FRANÇOIS-XAVIER MENAGELa règle du jeu est claire. Concernant évidemment les personnalités qui se lancent dans la bataille, MONTEBOURG, PEILLON selon toute vraisemblance, ce week-end, VALLS depuis le début de la semaine. Le Parisien ce matin, un cadre du Parti socialiste dans le journal qui dit : « ça c'est la génération des sales gosses irresponsables, la génération et moi, et moi, et moi. »THIERRY MANDONOui, ça me semble
d'abord, les témoignages anonymes, dans Le Parisien ou ailleurs, ne m'intéressent pas.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEMais ce n'est pas un témoignage isolé, on l'entend dans la bouche d'autres.THIERRY MANDONNon, mais qu'est-ce qui se passe ? Il se passe une relève de génération, voilà. Ils ont un point commun, c'est qu'ils appartiennent tous à la même génération politique, une génération qui a connu le mitterrandisme sur les écrans de télévision, qui a débuté son action politique dans ces années-là, et qui maintenant va, ou pas, devoir assumer des responsabilités. Alors, ce n'est pas des narcissiques, c'est des gens qui veulent, aujourd'hui, prendre la suite des leaders qui les ont précédés.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEVous réclamez la clarté de la ligne politique, c'est ça qui fera l'élection, dites-vous depuis maintenant plusieurs semaines.THIERRY MANDONOui.FRANÇOIS-XAVIER MENAGECe n'est donc pas le cas aujourd'hui.THIERRY MANDONNon, cette clarté elle a deux aspects. Elle a bien sûr les aspects de propositions, dont j'ai donné quelques cadres, pour moi je ne comprends pas que la gauche soit aussi timide sur ses propositions de réforme de l'Etat. Encore une fois, la gauche croit à la puissance publique, la puissance publique, aujourd'hui, n'est plus puissante. Elle n'est plus puissante parce qu'elle est confisquée par quelques décideurs qui ne s'appuient pas sur les savoirs qui ont augmenté dans la société, citoyens, recherche, et donc on doit repenser l'action publique pour réformer l'Etat. Donc ça c'est la première chose. Puis la deuxième chose c'est le bilan, la lecture du bilan.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEEt vous faites quelle lecture vous ?THIERRY MANDONAujourd'hui il y a en gros deux options qui semblent s'affronter dans la primaire. Il y a une option d'autosatisfaction absolue, ce qu'on a fait était parfait, pendant 5 ans, il n'y a pas de problème, les Français n'ont rien compris, mais enfin avec le temps ils vont comprendre.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEOn a compris que ce n'était pas votre lecture.THIERRY MANDONOui. Et puis il y a, à l'inverse, la destruction systématique, tout est à jeter et il faut faire autre chose. La vérité elle est, comme toujours, un peu entre les deux. Il y a un bilan tout à fait positif et constructif du quinquennat, mais il y a quelques points sur lesquels un regard critique mérite d'être porté.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEClarté de la ligne politique demandez-vous, il y en a un qui a l'air très clair, Emmanuel MACRON, hier, qui dit : « je n'ai pas d'autre promesse que d'être le président du travail », les autres devraient s'inspirer de lui, là au moins c'est clair.THIERRY MANDONOui, là, pour le coup, d'abord il n'est pas dans la primaire, donc
j'ai pour l'instant un peu de mal, mais probablement ça va
avec la présidentielle
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEPourquoi ?THIERRY MANDONA voir la cohérence
FRANÇOIS-XAVIER MENAGELa ligne directrice.THIERRY MANDONOui, c'est ça, la ligne directrice, la cohérence de l'action. Manifestement il veut transformer plein de choses, et le pays en a besoin, mais
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEIl manque le mode d'emploi ?THIERRY MANDONOui, il manque surtout l'Histoire, parce que la politique ce n'est pas de l'actualité, la politique c'est de l'Histoire, c'est des mouvements qui viennent de très loin, de loin, des références, des valeurs, des principes dans lesquels les citoyens peuvent se reconnaître, des filiations dans lesquelles il peut s'inscrire, et bien sûr des choix momentanés, et je n'arrive pas à voir à quelle histoire politique du pays il appartient. Or je ne crois pas qu'on puisse hacker la vie politique, je ne crois pas qu'on puisse arriver comme ça et puis s'asseoir sur des dizaines ou des centaines d'années d'histoire politique pour proposer un programme radicalement nouveau. Ça ce n'est pas dans la tête des Français, dans la tête des citoyens, qui ont besoin de repères, c'est quelque chose de pas possible. Donc voilà, comment il va réinscrire ses propositions, son action, sa volonté de changement, dans une Histoire, c'est tout le défi qui est devant lui.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEJacques ATTALI vous a adressé un mauvais point à tous à gauche hier, sur le plateau de LCI Matin, c'était auprès d'Audrey CRESPO-MARA, en rappelant que la gauche a oublié juste une thématique, la pauvreté. On l'écoute, vous réagissez juste après.JACQUES ATTALICelui qui sera capable de faire la synthèse des deux, défendre les pauvres dans un monde ouvert, gagnera
AUDREY CRESPO-MARAEt vous pensez qu'Emmanuel MACRON est capable de ça ?JACQUES ATTALIPour l'instant, celle que j'entends le mieux défendre les pauvres, même si je ferai tout pour qu'elle perde, c'est madame LE PEN, malheureusement.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEQue répondez-vous au constat dressé par Jacques ATTALI, qui ne soutient pas Marine LE PEN par ailleurs ?THIERRY MANDONLe sujet, de mon point de vue, il y a un sujet de pauvreté, d'ailleurs dans le quinquennat on a fait un certain nombre d'efforts, probablement insuffisants, en direction des
mais, le sujet c'est la pauvreté de destin, c'est-à-dire c'est l'inégalité. Quand on est de gauche, au coeur de son action, on inscrit ce combat contre la pauvreté de destin.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEPardonnez-moi, on n'entend pas du tout cette thématique.THIERRY MANDONAbsolument. Il ne s'agit pas de faire la charité auprès de quelques catégories qui ont la malchance de ne pas avoir pu avoir une certaine richesse, il s'agit de changer un certain nombre de structures de la société pour faire en sorte que, quand on est dans certains milieux, on ne soit pas condamné à la pauvreté. Donc j'ai un léger décalage avec l'analyse de monsieur ATTALI, moi je ne crois pas à des programmes de charité généreuse et bienveillante, je crois à des structures, quand on est de gauche, de la société, qu'il faut faire évoluer pour limiter les inégalités.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEStructures de la gauche, structures de la droite, et là on est surpris, vous évoquez, à propos du candidat pour la droite François FILLON, un homme malin, cohérent, qui ne joue pas avec cette idée du politicien. Vous donnez beaucoup de compliments à celui que vous êtes censé avoir comme adversaire.THIERRY MANDONOui, mais il faut essayer d'analyser les choses. A l'évidence son programme est un programme de droite qui me semble décalé, vraiment, historiquement, par rapport à la période dans laquelle on vit, et la société d'ailleurs, je pense, l'obligera à corriger son programme, qui de toute façon ne pourra pas être appliqué, et tant mieux, mais le profil politique dit quelque chose pour l'ensemble de la politique.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEÇa dit quoi ?THIERRY MANDONÇa dit que François FILLON, ce qu'il dit, lui ressemble, il y a une cohérence, il y a une vérité du bonhomme. Ses propositions c'est lui, il n'y a pas de travestissement, il n'y a pas de masque
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEOù est-ce qu'il y a du travestissement ?THIERRY MANDONIl n'y a pas de calculs, il n'y a pas de tactique, il n'y a pas de super com., c'est lui.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEOù sont les calculs et la com. aujourd'hui alors ?THIERRY MANDONA vous de
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEA gauche.THIERRY MANDONMoi je ne suis pas journaliste, je ne fais pas d'enquête, à vous de le faire, et je pense que les leaders qui s'imposeront dans un monde déboussolé, sont ceux qui correspondront, eux-mêmes, intimement, à ce qu'ils disent et proposent, parce que ça crée de la confiance.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEVous ne vous représentez pas à la députation, pourquoi ?THIERRY MANDONCe n'est pas un métier la politique, c'est un engagement.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEDeux ans et puis c'est terminé ?THIERRY MANDONNon, deux ans
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEDeux mandats, pardonnez-moi, de député.THIERRY MANDONDeux mandats de députés, trois mandats de maire, donc je ferai, d'une certaine manière, de la politique, mais sur le plan des idées, je vais prendre un certain nombre d'initiatives pour que des idées nouvelles circulent dans la société.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEThierry MANDON, tous les matins la question off, mais devant les caméras.THIERRY MANDONHoulà, c'est compliqué ! Oui ?FRANÇOIS-XAVIER MENAGEVous allez voir. Je dois dire, j'ai été assez ahuri d'apprendre que depuis votre prise de poste, c'était donc en juin 2015, vous n'aviez toujours pas le Wifi dans votre bureau. Est-ce que, oui ou non, c'est solutionné en ce début décembre ?THIERRY MANDONNormalement il doit être installé en janvier, c'est ubuesque
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEVous plaisantez quand même ! Vous réclamez ça, vous, depuis des mois et des mois
THIERRY MANDONAh oui, oui, oui
FRANÇOIS-XAVIER MENAGEL'Etat n'est quand même pas très moderne !THIERRY MANDONC'est ce que je vous dis. Quand je vous parle de réforme de l'Etat, je sais de quoi je parle. Moi j'ai rendu cette chose publique, parce que ce n'est pas nouveau qu'il n'y ait pas le Wifi, ça fait des décennies, personne ne s'en est inquiété. Depuis le premier jour je me bats pour ça. 1 an pour installer le Wifi dans un ministère de la Recherche, j'espère que je vais y arriver.FRANÇOIS-XAVIER MENAGEOn croise les doigts pour vous, le Père Noël va peut-être passer. Merci beaucoup d'être venu nous voir sur le plateau de LCI.Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 décembre 2016
La source —
vie_publique · nº 201507
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