Interview de M. Christian Eckert, secrétaire d'Etat au budget, à "RMC" le 17 mars 2016, sur l'augmentation prévue de la rémunération des fonctionnaires, sur les prévisions de déficit à l'horizon 2017, et sur la mise en oeuvre du prélèvement de l'impôt à l
Christian Eckert (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)
JEAN-JACQUES BOURDINChristian ECKERT, bonjour.CHRISTIAN ECKERTBonjour.JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes secrétaire d'Etat au Budget. Geste significatif nous a dit Manuel VALLS mardi matin, avant-hier, donc les fonctionnaires vont être augmentés, 1 % ?CHRISTIAN ECKERTEcoutez, c'est le dialogue social, c'est un rendez-vous entre la ministre et puis les organisations syndicales
JEAN-JACQUES BOURDINMais ils vont être augmentés, c'est ce qu'a dit Manuel VALLS.CHRISTIAN ECKERTLe Premier ministre l'a clairement laissé entendre, je pense qu'il faut laisser le temps du dialogue, mais je pense que dans la journée, vous aurez la réponse à votre question.JEAN-JACQUES BOURDINEntre 0,5 et 1%.CHRISTIAN ECKERTJe ne sais pas.JEAN-JACQUES BOURDINVous le savez, vous, ministre du Budget, vous détenez les cordons de la bourse, vous n'allez pas me dire que vous ne savez pas quand même.CHRISTIAN ECKERTLe ministre du Budget souvent il tire les conséquences
JEAN-JACQUES BOURDINMais il sait.CHRISTIAN ECKERTIl tire les conséquences sur aussi les autres budgets de décisions qui peuvent être prises au plus haut niveau.JEAN-JACQUES BOURDINJolie réponse. Est-ce qu'on a les moyens d'augmenter les fonctionnaires ?CHRISTIAN ECKERTEcoutez, l'année dernière on a fait face à des dépenses nouvelles, en cours d'année, parce qu'un budget c'est une prévision de dépenses, une prévision de recettes, on s'adapte souvent en cours d'année, ça veut dire que quand il y a des dépenses nouvelles qui sont décidées parce que l'actualité, parce que le besoin s'en fait sentir, eh bien on regarde comment on peut trouver des compensations sur les autres dépenses.JEAN-JACQUES BOURDINDonc vous allez compenser cette augmentation sur d'autres dépenses de l'Etat ?CHRISTIAN ECKERTOui, c'est toujours
JEAN-JACQUES BOURDINFaire des économies.CHRISTIAN ECKERTQuand on a une trajectoire et un objectif de déficit, si vous augmentez certaines dépenses, il faut augmenter les recettes, parce qu'il n'en est pas question, pas question d'augmenter les impôts, et donc forcément si on veut respecter notre objectif et c'est notre volonté, il faudra probablement regarder dans les autres budgets.JEAN-JACQUES BOURDINDonc vous allez faire des économies.CHRISTIAN ECKERTEcoutez, oui, c'est ce que nous ne cessons de faire, d'ailleurs c'est ce que les Français souhaitent.JEAN-JACQUES BOURDINSur quoi ?CHRISTIAN ECKERT
ça veut dire que si on peut, décaler un certain nombre de dépenses, si on peut profiter de l'inflation ou du faible coût de l'énergie, c'est aussi, pour les ménages c'est une économie, quand le pétrole diminue de près de moitié en matière de pétrole brut, plus de la moitié d'ailleurs, ça veut dire que tout le monde fait des économies, quand on chauffe les universités, les hôpitaux, les ministères, on dépense un peu moins d'argent.JEAN-JACQUES BOURDINDéficit en 2015, 3,8.CHRISTIAN ECKERTUn peu moins, je pense.JEAN-JACQUES BOURDINUn peu moins, vous allez faire combien, on va faire combien ?CHRISTIAN ECKERTOn le saura le 25 mars, là aussi c'est l'INSEE qui annoncera.JEAN-JACQUES BOURDINMais vous pensez 3,6
CHRISTIAN ECKERTEcoutez, l'INSEE est un organisme indépendant, c'est lui qui tient les comptes.JEAN-JACQUES BOURDINMais un peu moins.CHRISTIAN ECKERTMoins de 3,8, c'est en tout cas la tendance que l'on observe aux vues des résultats de l'année.JEAN-JACQUES BOURDINEt cours 2017 ?CHRISTIAN ECKERTPour 2017, l'objectif est de 3,3.JEAN-JACQUES BOURDINIl sera tenu ?CHRISTIAN ECKERTEcoutez, pour l'instant nous avons tenu nos objectifs. En 2014, nous avons fait mieux que prévu, en 2015, il semblerait que nous fassions également mieux que prévu, si le passé éclaire l'avenir, on peut être optimiste pour 2017.JEAN-JACQUES BOURDINBien Christian ECKERT, le prélèvement à la source, j'ai quelques questions. A partir de 2018, l'année 2018, c'est bien ça, 1er janvier 2018, on est bien d'accord, ce sont les entreprises qui vont collecter l'impôt.CHRISTIAN ECKERTOui tout à fait pour les salariés, oui.JEAN-JACQUES BOURDINÇa va rendre complexe, une entreprise, dites-moi la comptabilité d'une entreprise va être obligée finalement de devenir organisme étatique presque, non, ça va compliquer les choses dans les entreprises ?CHRISTIAN ECKERTQu'est-ce qu'elle aura à faire l'entreprise ? L'entreprise va recevoir de la part de l'administration fiscale une seule indication, c'est-à-dire le taux qu'elle devra appliquer au revenu imposable de son salarié pour le prélever, pour le reverser ensuite au Trésor public.JEAN-JACQUES BOURDINÇa veut dire concrètement que nous continuerons à remplir une déclaration de revenu.CHRISTIAN ECKERTOui, parce qu'en France l'impôt sur le revenu, il est familiarisé, il n'est pas question de revenir sur ce point. Il tient compte de l'ensemble des revenus du ménage, du foyer fiscal, puisqu'on inclut les salaires, les revenus que l'on peut avoir à côté, pour tenir compte justement du mode de calcul, un peu particulier en France de l'impôt sur le revenu, il faut effectivement continuer à remplir une déclaration annuelle.JEAN-JACQUES BOURDINDonc nous continuerons à remplir une déclaration, l'entreprise sera prévenue du taux, du montant global de l'impôt à prélever, c'est ça ?CHRISTIAN ECKERTDu taux à appliquer sur le revenu qu'il verse à son salarié, sur le salaire imposable. Cette information, il suffira d'une ligne et d'une multiplication, ce n'est quand même pas très compliqué, l'entreprise d'ailleurs pratique déjà très largement avec le prélèvement des cotisations sociales.JEAN-JACQUES BOURDINAlors est-ce que l'entreprise aura, l'employeur aura accès au revenu du conjoint du salarié par exemple ?CHRISTIAN ECKERTAbsolument pas, justement, il n'y a pas de relation au point de vue fiscal, il n'y aura pas de relation entre le salarié et son employeur, puisque l'employeur connaitra le taux à prélever et aucune autre information
JEAN-JACQUES BOURDINMais il connaitra que le taux, mais il connaitra le montant de l'impôt à prélever.CHRISTIAN ECKERTLe taux multiplié par le revenu imposable, ça lui donnera le montant à prélever pour son salarié.JEAN-JACQUES BOURDINEnfin il connait le salaire de son employé.CHRISTIAN ECKERTOui, mais pas celui de son conjoint, pas au niveau des autres revenus.JEAN-JACQUES BOURDINOui, donc il va s'apercevoir par exemple que son salarié a beaucoup de revenus fonciers, financiers à côté et donc il ne l'augmentera pas en se disant, sa femme gagne bien sa vie
CHRISTIAN ECKERTNon Jean-Jacques BOURDIN, la plupart des Français ont des taux d'imposition, enfin étant bien entendu d'abord que la moitié des Français ne paient pas d'impôt sur le revenu, un peu plus même.JEAN-JACQUES BOURDINC'est vrai. Ce qui est peut-être dommage d'ailleurs.CHRISTIAN ECKERTC'est un autre débat, c'est un autre débat. En tout cas pour ceux qui paient de l'impôt sur le revenu, la plupart des taux sont compris entre 0 et 10 %. 90 % d'entre eux ont des taux entre 0 et 10 %. On a clairement, si je vous dis qu'on paie 5,3 % du revenu, d'impôt pardon sur le revenu d'un salarié, qu'est-ce que ça vous dit, est-ce que vous savez s'il est marié, s'il a des enfants, s'il a des pensions alimentaires, s'il a des crédits d'impôts, s'il a d'autres revenus ? Tout ça recouvre des situations extrêmement diverses, il n'y aura pas de connaissance de la situation fiscale détaillée du salarié, uniquement le taux d'imposition.JEAN-JACQUES BOURDINIl n'y aura pas d'année blanche non plus.CHRISTIAN ECKERTIl n'y aura pas d'année blanche pour personne, ni pour ceux qui paient des impôts, ni pour le budget de l'Etat, ce qui serait quand même assez sportif si j'ose dire. Et donc il y aura en 2017 des impôts payés, rien ne change d'ailleurs avant le 1er janvier 2018, que ce soit très clair, mais pendant l'année 2017 on paiera les impôts sur les revenus de 2016 et en 2018 on paiera l'impôt sur le revenu de 2018, ce qui veut dire que l'année 2017, pour la plupart des revenus, ne rentrera jamais dans l'assiette du calcul de l'impôt.JEAN-JACQUES BOURDINJ'ai une autre question Christian ECKERT, je travaille pour deux entreprises, comment ça va se passer ?CHRISTIAN ECKERTC'est très simple puisque comme je vous l'ai dit, le taux sera calculé en fonction de la situation de l'année antérieure, donc chacune des deux entreprises va recevoir le taux à appliquer sur le salaire de cette même personne et à ce moment-là chacune prélèvera la partie correspondante au salaire perçu dans chacune des entreprises.JEAN-JACQUES BOURDINDernière question concernant les douanes.CHRISTIAN ECKERTOui.JEAN-JACQUES BOURDINJ'ai vu les saisies de cocaïne, une explosion de saisies de cocaïne en 2015, enfin explosion, enfin du moins augmentation.CHRISTIAN ECKERTAugmentation importante, on peut toujours se dire que c'est dû à l'augmentation des trafics mais on a un service des douanes qui travaille beaucoup maintenant en réseau, avec d'abord les autres services français, les services de police, les services de renseignements mais aussi leurs collègues internationaux. C'est-à-dire qu'un certain nombre des saisies qui sont faites par nos douaniers français sont le résultat de renseignements qui sont fournis par des pays étrangers, à l'inverse d'ailleurs nous permettons parfois à nos collègues étrangers de faire des saisies importantes.JEAN-JACQUES BOURDINÇa veut dire que la consommation augmente, si la saisie augmente ?CHRISTIAN ECKERTC'est toujours la question que l'on peut se poser, en tout cas on a des services qui fonctionnent très bien et la cocaïne d'ailleurs n'est pas le seul objectif des douanes, les douanes participent aussi à la lutte contre le terrorisme, vous savez on a saisi aussi beaucoup plus d'armes.JEAN-JACQUES BOURDINBeaucoup plus d'armes c'est-à-dire ?CHRISTIAN ECKERTC'est-à-dire 40 % environ de supplémentaire.JEAN-JACQUES BOURDIN40 % d'armes saisies en plus.CHRISTIAN ECKERTOui, c'est une augmentation qui est malheureusement constatée et c'est dû aussi aux moyens que nous mettons au service de la douane. Dans tous les points aux frontières, comme d'ailleurs dans les réseaux expressistes, on aura l'occasion d'y revenir.JEAN-JACQUES BOURDINMerci Christian ECKERT.CHRISTIAN ECKERTMerci à vous.Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 mars 2016
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vie_publique · nº 198345
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