Interview de M. Jean-Vincent Placé, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, à Europe 1 le 26 février 2016, sur la tribune signée par Martine Aubry dans "Le Monde" du 25, l'organisation d'une primaire à gauche en vue de l'élection
Jean-Vincent Placé (auteur), Thomas Sotto (intervenant)
JOURNALISTEIl est 07h44, c'est « L'interview vérité » d'Europe 1. Thomas, vous recevez ce matin, Jean-Vincent PLACE, secrétaire d'Etat chargé de la Réforme de l'Etat et de la Simplification.THOMAS SOTTOJean-Vincent PLACE, ancien Vert, désormais président de l'UDE, l'Union des Démocrates et des Ecologistes. C'est avec Emmanuelle COSSE et Barbara POMPILI, une des trois cautions vertes du gouvernement, et c'est la première fois qu'il parle, depuis son entrée dans l'équipe de Manuel VALLS. Bonjour Jean-Vincent PLACE.JEAN-VINCENT PLACEBonjour Thomas SOTTO.THOMAS SOTTOMartine AUBRY a ouvert le feu contre votre gouvernement, Manuel VALLS lui répond vertement dans Le Monde. Cette fois c'est vraiment la guerre des gauches. Dans quel camp vous situez-vous ? Est-ce que vous êtes vallsiste, aubryste, hollandiste, opportunistes, comme on vous le reproche souvent ?JEAN-VINCENT PLACENon, moi je ne pense pas comme ça. Je suis membre du gouvernement, donc je suis évidemment sous l'autorité du président de la République, François HOLLANDE, et du Premier ministre, Manuel VALLS, et ils m'ont fait le grand honneur, et moi ce n'est pas l'opportunisme, c'est les responsabilités. Je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut réformer le pays, je suis en plus en charge de la réforme de l'Etat et j'en suis très fier. Et il faut le simplifier ce pays, il faut le libérer, il y a beaucoup de choses à faire, notamment sur le plan de l'Etat, sur le plan de l'économie, vis-à-vis des usagers, vis-à-vis des citoyens, qui ont besoin de moins de paperasse, qui ont besoin de plus de simplification, qui ont besoin de changer les choses. Donc voilà, je suis au travail et j'essaie justement, plutôt, d'ailleurs, d'éviter les querelles inutiles, et
THOMAS SOTTOLà on n'est pas complètement on va parler de la simplification tout à l'heure mais on n'est pas complètement dans les querelles inutiles, on est vraiment sur une sorte d'affrontement d'idées, un bloc d'idées, idées, contre-idées, il y a deux gauches, là, clairement.JEAN-VINCENT PLACEOui, bon, je sais que c'est le débat du moment. Moi je pense qu'il faut essayer d'aller au fond et de voir les sujets. Par exemple, sur le texte de Myriam El KHOMRI, j'entends beaucoup de cris, j'entends beaucoup de vindicte, j'entends beaucoup de mobilisation négative. Il faut
THOMAS SOTTOVous, rien ne vous gêne, dans ce texte, en l'état ?JEAN-VINCENT PLACENon mais moi je soutiens ce texte, parce que justement
THOMAS SOTTOTotalement.JEAN-VINCENT PLACEOui, je soutiens ce texte totalement, parce que tout ce qu'il concerne, quand on regarde les faits, sur la durée du temps de travail, on ne touche pas aux 35 heures, on essaie justement d'ouvrir le sujet. Sur les licenciements, ça ne parait pas infamant, sur les questions
THOMAS SOTTOFaciliter les licenciements économiques, plafonner les indemnités de Prud'hommes.JEAN-VINCENT PLACESur les questions des indemnités prud'homales, eh bien il y a des interrogations qui ont été poussées et qui trouvent des concrétisations dans ce texte, et par ailleurs ce texte n'a même pas encore été présenté au Conseil des ministres, et ce texte doit être présenté le 9 mars.THOMAS SOTTOLe 9 mars.JEAN-VINCENT PLACEEt c'est là, c'est fabuleux dans ce pays, c'est-à-dire, dès qu'on commence à mettre en avant, un avant-projet qui va au Conseil d'Etat, pour voir notamment l'aspect juridique, tout le monde se met déjà à hurler. Enfin, franchement, on ne peut pas travailler comme ça, c'est-à-dire
THOMAS SOTTODonc vous ne comprenez pas, aujourd'hui, une partie de l'émotion de la gauche.JEAN-VINCENT PLACENon, je ne comprends pas pourquoi on arrive, alors qu'il faut s'unir et se rassembler, on voit la situation du pays, on voit quand même
Qui pouvait penser, il y a quelques années, qu'on se retrouverait dans cette situation-là ? La crise mondiale est là, il y a les difficultés du terrorisme, la question internationale, la crise que nous vivons, il y a
THOMAS SOTTOEt puis il y a le problème du chômage qui n'est pas résolu, qui était l'engagement numéro 1 de François HOLLANDE. C'est aussi pour ça que ça se cristallise à gauche. Vous avez entendu Martine AUBRY, j'imagine, et ses critiques.JEAN-VINCENT PLACEOui, j'entends bien le sujet de la cristallisation à gauche, mais franchement, et c'est là que je soutiens aussi le gouvernement dont je suis membre, c'est qu'il y a, à mon avis, une idée de nécessité de rassemblement, y compris au-delà de la gauche, et d'ailleurs
THOMAS SOTTOEt un peu plus de clarification aussi pour les électeurs de gauche.JEAN-VINCENT PLACEOui, mais probablement qu'il y a un besoin de clarification et d'aller au-delà même de la gauche, et c'est ça peut-être à mon avis qui perturbe, peut-être pas Martine AUBRY, je ne sais pas, mais au moins monsieur MELENCHON, monsieur LAURENT, et probablement Les Verts dans ceux qui sont restés. Et moi je vous dis
THOMAS SOTTOAlors, pour parler de la gauche et aller au-delà de la gauche, Jean-Vincent PLACE, Martine AUBRY l'a dit ce matin, on l'entendait à 07h00, elle veut une primaire à gauche, même si François HOLLANDE est candidat. Et vous ?JEAN-VINCENT PLACENon mais, j'ai compris que c'était votre sujet principal, mais, comme je le dis
THOMAS SOTTONon, c'est un des sujets d'actualité aujourd'hui.JEAN-VINCENT PLACEOui, mais j'essaie de vous dire, moi, que ce qui fait
.THOMAS SOTTOEt qui est mené par une ancienne patronne du PS.JEAN-VINCENT PLACE
ce qui fait que nous sommes, avec beaucoup d'amis, et notamment ceux que j'ai réussi à rassembler dans l'Union des Démocrates, des Ecologistes, l'UDE, c'est que nous cherchons une recomposition sur le fond, avec la même vision de la mondialisation, la même vision de l'Europe, la même vision de la République, évidemment la même vision de l'économie et de l'écologie. Moi, quand je vois que quelqu'un comme Frédéric LEFEBVRE, veut soutenir le texte de Myriam El KHOMRI, comme d'ailleurs il voulait voter pour le texte d'Emmanuel MACRON, je me dis que là, enfin, on peut peut-être arriver à avoir des convergences nécessaires pour le pays. Je trouve stérile, de plus en plus
THOMAS SOTTONon mais c'est « Jean-Vincent BAYROU », là, c'est des majorités, y compris avec la droite.JEAN-VINCENT PLACENon mais c'est pas une question de majorité avec la droite, c'est pas une question de tactique, c'est pas une question politicienne, c'est de savoir autour de quoi on peut se rassembler. Donc, quand on a une politique que l'on mène, eh bien moi je vais vous le dire aujourd'hui, et j'assume, je suis beaucoup plus à l'aise pour discuter de tous les sujets économiques et sociaux, y compris de liberté pour l'entreprise et de simplification pour les usagers et pour les entreprises, avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, je suis plus à l'aise avec Frédéric LEFEBVRE, avec Jean-Pierre RAFFARIN qui était mon collègue au Sénat, et c'est vrai que quand j'entends Jean-Luc MELENCHON
THOMAS SOTTOVous citez beaucoup de personnalités de droite, et assez peu de gauche.JEAN-VINCENT PLACENon non non, mais je le dis, si
THOMAS SOTTORevenons, parce que, vous le disiez, on a beaucoup de sujets de fond à aborder. Je voudrais que vous répondiez : est-ce que vous souhaitez une primaire à gauche, même si François HOLLANDE est candidat l'an prochain ?JEAN-VINCENT PLACEAlors, moi je suis très très clair sur ce sujet, c'est que la primaire à gauche, a un intérêt à partir du moment où d'une part la démarche est sincère et qu'il s'agit de discuter sur le fond et d'essayer de rassembler et d'unir. Si c'est juste pour faire quelque chose qui ressemble à du HOLLANDE bashing, ça n'a pas beaucoup d'intérêt. Je note par ailleurs que, justement, Jean-Luc MELENCHON n'y est pas, donc moi je pense qu'elle a un intérêt s'il y a tout le monde, y compris Jean-Luc MELENCHON, et je le dis aussi par ailleurs très clairement, franchement, en septembre, octobre, novembre, décembre, il y a tout simplement l'assemblée générale de l'ONU, il y a les rendez-vous internationaux, il y a un sujet qui me préoccupe moi, c'est le partenariat pour le gouvernement ouvert, qui va être présidé par la France et qui va être présidé par le chef de l'Etat
THOMAS SOTTOOn s'éloigne un peu du sujet, là
JEAN-VINCENT PLACENon non non, et vous imaginez très simplement, que le président de la République, et j'y arrive, le président de la République serait en campagne, à discuter avec
et j'ai du respect pour eux, attention, c'est pas du dédain, avec Pierre LAURENT, avec Clémentine AUTAIN, dans des estrades, dans les arrondissements parisiens à faire des petits meetings ? Enfin, ça n'a aucun sens, donc je le dis très clairement, si la primaire est faite pour unir et rassembler, et que tout le monde y participe, pourquoi pas. Si le président de la République, et moi je n'en sais rien, je ne suis pas le porte-parole du président de la République, si le président de la République souhaite, à un moment, et pour ma part je le souhaite, être candidat, eh bien non, on ne fera pas de primaire avec le président de la République.THOMAS SOTTOOn va parler de la simplification dans un instant, mais j'ai deux questions très concrètes, la première sur Notre-Dame-des-Landes. Demain, les opposants au projet d'aéroport Notre-Dame-des-Landes vont de nouveau manifester, à l'appelle d'Europe écologie les Verts, votre ancienne famille politique. A la question, voulez-vous oui ou non de l'aéroport Notre-Dame-des-Landes, vous répondez oui ou vous répondez non ?JEAN-VINCENT PLACEMoi je réponds non.THOMAS SOTTOVous répondez non. Qui doit voter ? La Loire-Atlantique, la région Bretagne plus les Pays-de-Loire ? Qui doit voter ?JEAN-VINCENT PLACEMoi je n'ai pas d'avis sur le sujet. Pourquoi ? Parce que ça fait très longtemps que je porte l'idée du référendum, je le porte depuis six ans.THOMAS SOTTOÇa c'est vrai.JEAN-VINCENT PLACEDonc vous ne m'en voudrez pas d'être particulièrement content que cette idée, dont je partage la paternité avec mon ami François de RUGY, eh bien ai convaincue le président de la République et le Premier ministre. Après, la question du périmètre, j'ai compris que c'était extrêmement débattu. Il y a une espèce, non pas d'imbroglio, mais il y a un petit débat juridique, sur savoir comment on organise ce référendum, et qui l'organise, et donc je crois que nous devons avoir incessamment sous peu un avis et y compris un arbitrage gouvernemental, et bien évidemment, moi je soutiendrais l'arbitrage gouvernemental.THOMAS SOTTOEt si finalement l'aéroport se fait, si c'est le oui à l'aéroport qui l'emporte, vous mangerez votre chapeau ou vous vous poserez la question de quitter le gouvernement ?JEAN-VINCENT PLACEAh non, non, je ne mangerai pas mon chapeau, parce que je pense qu'à un moment, il faut avoir une sortie de crise. Et comme moi-même j'ai proposé le référendum et que je souhaite qu'on y participe, c'est un peu comme la primaire, monsieur SOTTO.THOMAS SOTTODons vous accepterez le résultat des urnes.JEAN-VINCENT PLACEC'est un peu comme la primaire, c'est-à-dire que par exemple, Jean-Luc MELENCHON il dit : « Moi je ne veux pas participer à la primaire, parce que si c'est HOLLANDE qui sort, je ne le soutiendrai pas ». Bon, d'ailleurs, au moins c'est clair, comme ça il ne participe pas. Eh bien le référendum c'est la même histoire, c'est-à-dire que si on fait un référendum qui sera plutôt une consultation
THOMAS SOTTOOn accepte le résultat.JEAN-VINCENT PLACEBien sûr, bien sûr, c'est la démocratie.THOMAS SOTTOVous êtes donc, Jean-Vincent PLACE, le secrétaire d'Etat chargé de la Réforme de l'Etat et de la Simplification. Aujourd'hui, des entreprises vont signer une charte par laquelle elles s'engagent à anticiper le passage à la fiche de paie clarifiée, en gros c'est 50 % de lignes en moins sur les fiches de paie, mais le problème c'est pas les lignes, c'est les cotisations, c'est leur mode de calcul, là on repeint la carrosserie, non, finalement ?JEAN-VINCENT PLACENon, je crois que c'est un sujet essentiel qui a été mis en oeuvre
THOMAS SOTTOQu'est-ce que ça va changer pour les salariés ?JEAN-VINCENT PLACEC'est l'idée du choc de simplification voulu par le président de la République depuis 2013, mis en oeuvre par Thierry MANDON et Clotilde VALTER, mes prédécesseurs, et il y a 620 mesures, tout de même et c'est pas rien, 620 mesures sur la question de la simplification, entreprises et usagers, et ce qui permet
THOMAS SOTTOC'est important pour les entreprises aussi ?JEAN-VINCENT PLACEBien sûr, parce que, vous avez raison, il y des grands débats généraux, de l'environnement des entreprises, la situation fiscale. Moi je fais partie de celles et ceux qui pensent qu'il faut d'ailleurs sécuriser cela, dès le début d'un quinquennat, et ne pas changer de mesures tous les ans, y compris par le projet de loi de finances, mais sur la question de la simplification, c'est très simple. Regardez, vous venez de le décrire, la fiche de paie simplifiée, ça fait quand même 20 ans qu'on en parle, personne ne le fait. Là on le fait, le gouvernement le fait.THOMAS SOTTOÇa sera effectif pour tout le monde, quand ?JEAN-VINCENT PLACEOui, eh bien ça sera effectif pour les entreprises de plus de 300 salariés le 1er janvier 2017, et pour les moins de 300 salariés, 1er janvier 2018. Et là, aujourd'hui, 100 000 salariés, à partir d'aujourd'hui, j'ai dix entreprises tout à l'heure, à 10h00 je fais un point presse, qui vont avoir cette fiche de paie simplifiée. Cette fiche de paie simplifiée, elle est plus lisible pour les usagers et elle est plus simple pour les entreprises, et j'ai 620 mesures comme ça, et j'espère que vous m'inviterez assez régulièrement, pour pouvoir les présenter.THOMAS SOTTOMais il n'y a pas de problème.JEAN-VINCENT PLACEParce que ça change la vie des gens et c'est ça que je veux faire depuis que je fais de la politique.THOMAS SOTTOJ'ai une dernière question, Jean-Vincent PLACE. J'ai retrouvé une interview que vous aviez accordée au JDD le 7 octobre 2011. A l'époque, vous aviez dit « ne pas vouloir être secrétaire d'Etat, maman va penser que je fais le courrier ajoutant la tradition française veut que quand on a été président de groupe parlementaire, on n'obtienne pas moins qu'une fonction de ministre ».JEAN-VINCENT PLACEEh bien ça m'apprendra à faire des plaisanteries avec la Presse. Mais avec les fonctions nouvelles que j'ai, eh bien j'en ferai moins.THOMAS SOTTOVous n'êtes pas déçu ?JEAN-VINCENT PLACENon, je suis
THOMAS SOTTOMaman n'est pas déçue ?JEAN-VINCENT PLACENon, je peux vous dire que je suis très fier et je crois que ma famille aussi, et moi j'assure, vous savez, d'être fier de servir la France.THOMAS SOTTOMerci Jean-Vincent PLACE d'être venu sur Europe 1 ce matin. Bonne journée à vous.Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er mars 2016
La source —
vie_publique · nº 198092
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