Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre de la famille, de l'enfance et des droits des femmes à RMC le 12 février 2016, sur l'égalité professionnelle et la parité.
Laurence Rossignol (auteur), Jean-Jacques Bourdin (intervenant)
JEAN-JACQUES BOURDINL'une des rares ministres à s'exprimer ce matin, Laurence ROSSIGNOL est avec nous, bonjour.LAURENCE ROSSIGNOLBonjour.JEAN-JACQUES BOURDINMerci vraiment d'être avec nous, je suis très heureux de vous recevoir. Vous étiez secrétaire d'Etat, vous voilà promue ministre avec un portefeuille important : la Famille, l'Enfance et les Droits des femmes. Et j'ai vu les associations féministes critiquer cet intitulé « Famille, Enfance, Droit des femmes ». Vous préparez le dîner, vous couchez les enfants et vous militez pour l'avortement, c'est ce que j'ai lu dans la bouche d'« Osez le féminisme ».LAURENCE ROSSIGNOLMais ça, c'est l'humour féministe, peut-être il y a 20 ans j'aurai pu faire la même.JEAN-JACQUES BOURDINAh bon !LAURENCE ROSSIGNOLMais c'était il y a 20 ans. Aujourd'hui, la Famille, le Droit des femmes et les Enfants, c'est intimement mêlé dans la vie quotidienne des femmes. Et ce qui a changé, ce qui a évolué ce sont les familles et, en particulier par exemple, les familles monoparentales. Aujourd'hui, c'est presque 25 % des familles, des femmes seules, elles concentrent sur leurs épaules une part importante de la pauvreté, de la précarité, elles élèvent leurs enfants seules, c'est dur, elles travaillent et elles sont parfois aussi très isolées. Moi en tant que secrétaire d'Etat à la Famille, je me suis toujours définie comme étant une secrétaire d'Etat féministe à la Famille. Donc avec ce portefeuille qui, aujourd'hui, va me permettre de poursuivre ma vocation féministe dans ma lecture, mon approche des questions de famille mais aussi des questions des droits de l'enfant, je vais être plus forte pour justement appréhender ces évolutions. Aider les femmes aujourd'hui, c'est comprendre que la famille ce n'est pas un repoussoir, ce n'est pas une valeur négative, c'est probablement la principale valeur de tout le monde. Tout le monde en a une, ceux qui n'en ont pas aimeraient bien en avoir une, mais c'est aussi là que se noue une partie des inégalités. Quand on sait par exemple que 40 % des femmes changent leur façon de travailler ou leur projet de carrière professionnelle à l'arrivée du premier enfant contre simplement 6 % des hommes, on voit bien que dans les inégalités femme-homme quelque chose se construit et se dessine dans justement ce triptyque « famille, enfance, droit des femmes égalité ».JEAN-JACQUES BOURDINDonc ça vous paraît tout à fait logique et ça va vous permettre d'accélérer la recherche d'une égalité sur tous les plans, entre l'homme et la femme !LAURENCE ROSSIGNOLOui ! Sur tous les plans.JEAN-JACQUES BOURDINL'homme
la femme (vous avez raison) qui est souvent en situation de monoparentalité.LAURENCE ROSSIGNOLSouvent
JEAN-JACQUES BOURDINSouvent !LAURENCE ROSSIGNOLEt juste une petite chose aussi !JEAN-JACQUES BOURDINAllez-y.LAURENCE ROSSIGNOLLes inégalités professionnelles dans l'entreprise, inégalités salariales, elles se jouent aussi dans la charge qu'ont les femmes dans les familles. Quand on voit à quelle lenteur évolue la répartition et le partage des tâches ménagères et des responsabilités familiales, quand on voit que
JEAN-JACQUES BOURDINMais qu'est-ce que vous pouvez faire vous ?LAURENCE ROSSIGNOLQu'est-ce que je peux faire moi
JEAN-JACQUES BOURDINQu'est-ce que vous allez faire vous, ce que vous faisiez déjà
LAURENCE ROSSIGNOLCe que je faisais déjà, une politique familiale dans laquelle l'accès au mode d'accueil pour les jeunes enfants est une priorité, parce que c'est la clé
JEAN-JACQUES BOURDINBon ! Alors vous allez prendre des mesures pour ça ?LAURENCE ROSSIGNOLMais je vais continuer et renforcer les mesures que j'ai déjà prises. Je lance
JEAN-JACQUES BOURDINIl y a des textes en préparation, de nouveaux textes en préparation, il reste un an de gouvernement !LAURENCE ROSSIGNOLIl reste un an. Les textes de loi c'est bien, c'est indispensable, mais ce qui est encore plus important c'est l'application des textes, la mise en oeuvre des politiques. On a des objectifs, après il faut les atteindre. Quand je lance déjà les crèches à vocation d'insertion professionnelle, qui sont des crèches dans lesquelles les jeunes femmes désinserées socialement vont à la fois trouver un mode de garde pour leur enfant, mais aussi un accompagnement d'insertion professionnelle. Ce n'est pas elles qui vont aller à Pôle Emploi, c'est Pôle Emploi qui vient à la crèche pour leur permettre de faire des stages et on leur garantit là le suivi, l'accompagnement, l'insertion et la liberté de pouvoir travailler sans s'interroger et s'inquiéter de ce que deviennent les enfants. C'est déterminant, donc je vais continuer de faire la synthèse essentielle pour moi entre ces 3 sujets, et d'être une féministe qui a une vision moderne
JEAN-JACQUES BOURDINParce que vous êtes féministe depuis longtemps maintenant !LAURENCE ROSSIGNOLDepuis longtemps, depuis toujours je crois
JEAN-JACQUES BOURDINDepuis toujours.LAURENCE ROSSIGNOLQui a une vision moderne de la famille et des enjeux pour les femmes.JEAN-JACQUES BOURDINAncienne militante du Mouvement de libération des femmes pour le droit à l'avortement, etc., etc., amie de Julien DRAY, vous avez participé à la fondation de SOS Racisme, je vous présente un petit peu, vous avez été membre de la Ligue communiste révolutionnaire, journaliste à La Vie ouvrière, le journal de la CGT, vous avez été
vous avez été toujours opposée à la prostitution et même décidé un temps à abolir la prostitution. Vous demandez toujours l'abolition de la prostitution ?LAURENCE ROSSIGNOLBien entendu. Je crois que j'ai été dans les premières à promouvoir l'idée abolitionniste de la prostitution et d'une loi justement sur la pénalisation du client. Et petite anecdote amusante, quand je suis rentrée au gouvernement en avril 2014, j'étais rapporteur au Sénat de la loi prostitution. Et dans une quinzaine de jours, je serai au banc du gouvernement pour achever le travail parlementaire de cette loi
JEAN-JACQUES BOURDINOn n'en est pas à l'abolition de la prostitution mais
LAURENCE ROSSIGNOLOn en est
JEAN-JACQUES BOURDINC'est le chemin ?LAURENCE ROSSIGNOLC'est le chemin, mais on en est surtout à dire qu'acheter, louer ou vendre le corps des femmes est un obstacle majeur à l'égalité entre les femmes et les hommes.JEAN-JACQUES BOURDINVous avez déclaré aussi en 2013 : les enfants n'appartiennent pas à leurs parents. Vous vous souvenez de cela ?LAURENCE ROSSIGNOLOui.JEAN-JACQUES BOURDINVous vouliez dire quoi, les enfants n'appartiennent pas à leurs parents ?LAURENCE ROSSIGNOLLes enfants sont des êtres humains, éduquer ça veut dire porter hors du, hors de, c'est-à-dire quand on élève un enfant, quand on l'éduque, on l'éduque pour qu'il vive et qu'il vole de ses propres ailes. Donc bien entendu, les enfants n'appartiennent pas à leurs parents, ils s'appartiennent d'abord à eux-mêmes, aucun individu. Aucun être humain n'appartient à quelqu'un mais les parents ont la responsabilité de les éduquer, de les élever et de leur donner les meilleures chances pour réussir. Et moi ma place aujourd'hui de ministre de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes, c'est d'aider les familles à faire au mieux, le mieux pour leurs enfants dans le respect de leur choix et de leur liberté éducative.JEAN-JACQUES BOURDINBon ! On va parler du remaniement gouvernemental mais un sujet qui intéresse évidemment toutes celles et ceux qui nous écoutent et, finalement, j'en profite. Vous vous souvenez de ce qu'avait déclaré le patron des Radicaux de gauche, monsieur BAYLET, à propos du cannabis !LAURENCE ROSSIGNOLOui, c'est une position qui était audacieuse. Il n'y a pas très longtemps, j'étais avec
JEAN-JACQUES BOURDINOui, il est ministre maintenant monsieur BAYLET !LAURENCE ROSSIGNOLIl est ministre. Il n'y a pas très longtemps, j'étais avec vous un peu plus tôt et je disais que sur aucun sujet, il ne devait y avoir de débat interdit, surtout quand il concerne la santé publique
JEAN-JACQUES BOURDINDonc dans le gouvernement
LAURENCE ROSSIGNOLEt l'éducation
JEAN-JACQUES BOURDINOn peut ouvrir ce débat ?LAURENCE ROSSIGNOLDans le gouvernement, partout d'ailleurs mais dans la société le débat est ouvert
JEAN-JACQUES BOURDINOn peut ouvrir ce débat ?LAURENCE ROSSIGNOLLe débat c'est comment on met en place la politique de santé publique la plus efficace, pour que des gamins de 13-14 ans ne commencent pas à se retourner la tête en fumant du cannabis ; et comment l'économie souterraine et le trafic dans les cités peut être à terme éteint.JEAN-JACQUES BOURDINOui, mais il n'empêche que Jean-Michel BAYLET a fait campagne en promettant la légalisation du cannabis. Il est aujourd'hui ministre et dans l'ordre des ministres, il est même devant le ministre de l'Economie et devant le ministre des Finances !LAURENCE ROSSIGNOLSi je me souviens bien, il a fait cette campagne-là dans une primaire, il n'a pas gagné la primaire
JEAN-JACQUES BOURDINOn renie, on renie ses convictions, on renie
LAURENCE ROSSIGNOLMais il n'est ni
JEAN-JACQUES BOURDINQuand on rentre au gouvernement ?LAURENCE ROSSIGNOLMinistre de l'Intérieur ni ministre de la Santé publique. Il va se concentrer sur les sujets de son ministère. Et puis nous savons que c'est quelqu'un qui souhaite un débat-là là-dessus, mais il n'est pas le seul
JEAN-JACQUES BOURDINVous souhaitez vous aussi ce débat ?LAURENCE ROSSIGNOLMoi, je souhaite surtout qu'il n'y ait aucun interdit de débat, c'est surtout ça
JEAN-JACQUES BOURDINDonc vous souhaitez ce débat !LAURENCE ROSSIGNOLEt je sais qu'il y a des médecins qui en discutent. Mon débat c'est comment on fait pour avoir une politique de santé publique efficace
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que vous êtes prête à ouvrir ce débat sur la légalisation ?LAURENCE ROSSIGNOLCe n'est pas de mon ressort, c'est du ressort du ministre de la Santé et du ministre de l'Intérieur.JEAN-JACQUES BOURDINOui mais d'accord mais enfin vous, vous êtes en charge de l'Enfance, de la Famille
LAURENCE ROSSIGNOLOui mais le débat, il n'est pas binaire, ce n'est pas la légalisation
JEAN-JACQUES BOURDINEt ça concerne aussi les familles et les enfants
LAURENCE ROSSIGNOLBien sûr, bien sûr. Mon débat, c'est quelle prévention utile, est-ce que dans le cadre actuel on peut développer une politique de prévention qui soit efficace, comment on appréhende l'échec sur le cannabis d'une politique publique
JEAN-JACQUES BOURDINEst-ce que vous souhaitez que le débat soit ouvert sur la légalisation ?LAURENCE ROSSIGNOLEst-ce que je souhaite que les médecins puissent s'exprimer, qu'il n'y ait pas d'interdit, incontestablement. Est-ce que c'est au gouvernement de porter ce débat-là ? Je ne le crois pas, il y a une société civile qui doit pouvoir s'exprimer, il y a des spécialistes, il y a des médecins
JEAN-JACQUES BOURDINDonc le débat doit être ouvert quand même !LAURENCE ROSSIGNOLMais il est ouvert monsieur BOURDIN, il est ouvert par des médecins, il est ouvert par des magistrats, il est ouvert par tous les gens qui réfléchissent aujourd'hui sur les conditions de vie de la jeunesse et la santé publique.JEAN-JACQUES BOURDINLe remaniement Laurence ROSSIGNOL, pourquoi ce remaniement, pourquoi ?LAURENCE ROSSIGNOLD'abord parce que Laurent FABIUS
JEAN-JACQUES BOURDINPour gagner une élection en 2017 ?LAURENCE ROSSIGNOLEcoutez ! Si un remaniement faisait gagner une élection, ça serait merveilleux, on le saurait et on aurait une formule magique. Donc ça ne sert pas à ça un remaniement, le remaniement on est aujourd'hui à 15 mois
14 mois peut-être de l'élection présidentielle, on a encore plus d'un an de travail utile et ce remaniement il permet à nous tous d'avoir une feuille de route pour ces 14 mois. Cette feuille de route, elle a été donnée hier soir par le président de la République, c'est emploi, protection et environnement, c'est celle des ministres qui sont aujourd'hui au gouvernement. Des remaniements, on en fait dans tous les quinquennats et aussi avant dans les septennats, il y a plusieurs remaniements
JEAN-JACQUES BOURDIN38 ministres au lieu de 32 !LAURENCE ROSSIGNOLCe n'est pas une énorme différence entre nous, de 32 à 38.JEAN-JACQUES BOURDIN72 ministres depuis que François HOLLANDE est président de la République !LAURENCE ROSSIGNOLÇa tourne !JEAN-JACQUES BOURDINAh oui ! Ça tourne.LAURENCE ROSSIGNOLVoilà ! Ça tourne, ministre ce n'est pas un statut quinquennal. Quand on rentre dans une fonction ministérielle, on sait que c'est un contrat à durée déterminée à terme incertain, mais on sait les deux. Donc c'est ce qui arrive, les ministres changent mais l'orientation du gouvernement, le cap reste le même et il est renforcé par un nouveau gouvernement.JEAN-JACQUES BOURDINJe vais lire quelques tweets de nos internautes qui ont de l'humour. Par exemple ce tweetos qui nous dit : les gouvernements AYRAULT puis VALLS n'ont pas un bon bilan écologiste. Qui disait cela selon vous ? Emmanuelle COSSE.LAURENCE ROSSIGNOLOui, je m'en doutais.JEAN-JACQUES BOURDINOui, oui, non mais d'accord : la déchéance de nationalité est absurde et inefficace, un crime est un crime, un criminel est un criminel, un Français est un Français. Qui disait cela ? Jean-Marc AYRAULT. « TAUBIRA quitte le gouvernement parce qu'elle était opposée à la déchéance, Hélène GEOFFROY y entre alors qu'elle vient de voter contre ». Est-ce qu'il y a de la cohérence au milieu de tout ça, franchement ?LAURENCE ROSSIGNOLOui, il y a de la cohérence, on ne peut pas faire un gouvernement uniquement avec des gens qui sont d'accord sur tous les sujets entre eux
JEAN-JACQUES BOURDINMême sur les sujets majeurs ?LAURENCE ROSSIGNOLMais chacun a une différence, ce qui compte c'est de ne pas avoir des gens qui ont tous les mêmes ; comme on ne trouvera pas non plus les gens qui ont tous le même point de vue sur tout. Donc c'est
mais ça reflète surtout la diversité de la gauche aujourd'hui, d'ailleurs si on discutait de la droite, on s'apercevrait que la droite est aussi diverse
JEAN-JACQUES BOURDINOui, la droite n'est pas exemplaire !LAURENCE ROSSIGNOLNon, ce n'est pas une question d'exemplaire, c'est que c'est le reflet d'une société qui s'interroge en permanence sur de nombreux sujets. On est à un moment très particulier quand même de notre histoire. Tous les sujets sont 1) difficiles, complexes, n'ont pas une solution unique et ce sont des sujets qui doivent être abordés à chaque fois en ayant en tête qu'on est dans la confrontation. Le meilleur exemple qu'on a eu, c'est les taxis UBER, un jour il y a les taxis, le lendemain il y a UBER et ça recommence, elle est où la synthèse entre tout ça. Donc les contradictions dans la société, bien entendu les politiques les incarnent et les reflètent, si nous ne les reflétions pas ces discussions qu'il y a dans tous les dîners
JEAN-JACQUES BOURDINQuelles discussions vous allez avoir en Conseil des ministres, dites-moi.LAURENCE ROSSIGNOLMais au Conseil des ministres
JEAN-JACQUES BOURDINÇa va être agité !LAURENCE ROSSIGNOLAu Conseil des ministres et c'est ça qu'il y a de bien dans un gouvernement, chacun se concentre sur ce qu'est sa tâche, son rôle, son boulot et évite d'aller se mêler de tout. C'est ce qui permet qu'un gouvernement travaille et avance.JEAN-JACQUES BOURDINAlors Notre-Dame-des-Landes par exemple, il y aura un référendum adressé à qui, qui va pouvoir voter ?LAURENCE ROSSIGNOLEcoutez ! Ça, je ne sais pas quel est le périmètre exactement
JEAN-JACQUES BOURDINCa on ne sait pas, c'est dommage d'ailleurs mais enfin bon !LAURENCE ROSSIGNOLNe vous inquiétez pas, on va déterminer
JEAN-JACQUES BOURDINRégional, local, je ne sais pas moi, départemental, communal...LAURENCE ROSSIGNOLJe ne sais pas, je ne sais pas, je n'ai pas la réponse à la question. Mais de toute façon ce qui est intéressant, et on va le trouver le périmètre, je ne suis pas inquiète, c'est qu'à un moment donné face à un sujet
on était quand même bloqué depuis un nombre incalculable d'années sur Notre-Dame-des-Landes
JEAN-JACQUES BOURDINAh non, non ! Pas pour Manuel VALLS.LAURENCE ROSSIGNOLOui
JEAN-JACQUES BOURDINQui a dit qu'il fallait construire l'aéroport.LAURENCE ROSSIGNOLOui mais tout en
JEAN-JACQUES BOURDINAlors Ségolène ROYAL dit le contraire !LAURENCE ROSSIGNOLTout en ayant conscience des blocages et des confrontations qu'il y a autour de la construction de cet aéroport. Qui est légitime aujourd'hui à dire « il faut construire », « il ne faut pas construire » parmi les locaux, parmi les gens qui sont engagés au plan local ? A un moment donné quand les responsables politiques sont face à face et que personne ne lâche rien, il faut retourner devant le peuple. On ne peut pas en permanence se dire « on vit une crise démocratique, qu'il y a un décalage entre les décisions que prennent les politiques et ce que voudraient les gens, et ne pas recourir à des référendums pour trancher à un moment donné ». Il n'y a pas d'autre légitimité que celle du vote, moi je suis très favorable à la fois à des référendums locaux pour les politiques locales, à des conférences de consensus pour les sujets difficiles. On parlait il y a un instant de toute la prévention sur l'usage des drogues type cannabis, ce sont des sujets qui nécessitent à la fois des expertises, des convictions et à un moment donné, il faut les faire
il faut que réfléchissent dessus ceux qui sont aptes et qui ont envie de le faire. Donc c'est une autre façon de diriger un pays, on ne peut plus le diriger d'en haut à cause des contradictions que j'évoquais tout à l'heure qui se retrouvent de bas en haut.JEAN-JACQUES BOURDINAlors Laurence ROSSIGNOL j'ai besoin de vous, oui vraiment
LAURENCE ROSSIGNOLJe vais essayer de vous aider
JEAN-JACQUES BOURDINNon, non, franchement parce que le secrétariat d'Etat à l'Egalité réelle, je voudrais savoir ce que c'est !LAURENCE ROSSIGNOLEcoutez ! Je crois que
je me suis posée la même question que vous et je pense
JEAN-JACQUES BOURDINAh oui ! Je comprends que vous vous la posiez parce que
LAURENCE ROSSIGNOLNon mais
d'abord parce que ça m'intéresse le secrétariat à l'Egalité réelle, et je suis heureuse qu'il y ait un secrétariat à l'Egalité réelle dans ce gouvernement
JEAN-JACQUES BOURDINMais c'est quoi l'Egalité réelle, il y a une égalité irréelle, il y a une
c'est quoi ?LAURENCE ROSSIGNOLNon, il y a une Egalité formelle incontestablement, on a des lois formidables en France, on est tous égaux dans la loi
JEAN-JACQUES BOURDINOui, liberté égalité fraternité !LAURENCE ROSSIGNOLOui et puis après, au-delà des principes, on a des lois qui organisent l'égalité. Et puis on a un pays qui est rongé par des inégalités et des discriminations. Quand le Premier ministre évoquait il y a quelques mois les ghettos, c'est la preuve que l'égalité réelle ne s'applique pas dans les politiques
JEAN-JACQUES BOURDINIl y a vraiment des ghettos dans ce pays ?LAURENCE ROSSIGNOLIl y a des quartiers qui concentrent des populations qui sont
JEAN-JACQUES BOURDINDes ghettos !LAURENCE ROSSIGNOLPlus pauvres, des populations qui sont plus pauvres, qui sont plus en difficulté, qui ont plus de mal à trouver du travail et qui ne peuvent pas sortir de leur quartier
JEAN-JACQUES BOURDINDonc des ghettos !LAURENCE ROSSIGNOLMoi je
qui ne peuvent pas sortir de leur quartier.JEAN-JACQUES BOURDINVous employez le mot « ghetto » comme le Premier ministre ?LAURENCE ROSSIGNOLC'est un endroit
JEAN-JACQUES BOURDINN'ayons pas peur des mots !LAURENCE ROSSIGNOLDont on ne peut pas sortir et dans lequel on est tous pareils, effectivement ça ressemble à un ghetto. Alors le mot
JEAN-JACQUES BOURDINOui, le mot, il est là le mot !LAURENCE ROSSIGNOLLe mot prête à discussion, le mot prête à discussion mais ce que le mot décrit est incontestable. Donc avoir un secrétariat d'Etat à l'Egalité réelle, ça me paraît assez cohérent avec cette préoccupation constante du Premier ministre justement de passer à une égalité de droit, à lutter contre les discriminations et ce qui paralyse et impuissante toute une génération. On a une jeunesse qui a envie de vivre, qui a envie de s'épanouir et à laquelle en permanence, on renvoie une espèce d'assignation à condition sociale, à assignation à résidence, assignation à condition de sexe aussi. Et de tout cela c'est l'Egalité réelle et moi, je pense que cette secrétaire d'Etat va être pour moi un partenaire utile.JEAN-JACQUES BOURDINAlors comme les tweetos nous font sourire, vous savez je fais appel de temps en temps à des auditeurs qui tweetent et qui vous demandent s'il n'y a pas un secrétaire d'Etat à la Saint-Valentin, non ? Enfin bon
LAURENCE ROSSIGNOLMais ça, c'est moi qui m'en occupe
JEAN-JACQUES BOURDINC'est vous qui vous en occupez
LAURENCE ROSSIGNOLL'amour est chez moi, la famille, les enfants et les femmes je prends.JEAN-JACQUES BOURDINQu'est-ce que vous auriez envie de faire pour la famille, les enfants, les femmes ?LAURENCE ROSSIGNOLJ'aurai envie
j'ai envie d'abord de protéger les plus vulnérables, les enfants, continuer à le faire, j'ai une loi sur la protection de l'enfance qui va finir son parcours parlementaire dans quelques jours et qui va être adoptée, qui est une belle loi qui remet l'enfant au centre des politiques publiques. J'ai envie de donner aux femmes le courage d'affronter ce qu'elles ont à affronter, c'est-à-dire tout un ensemble de représentations, d'obstacles, de handicaps, de sacs à dos très lourds qu'on leur met sur les épaules et qui les empêchent de s'épanouir. Et j'ai envie que toutes les familles mettent au monde les enfants qu'elles ont envie de mettre au monde ; et que quand elles se disloquent, ce qui arrive quand même assez souvent, ces moments de dislocation soient le plus résiliant possible pour les couples et pour les enfants. Et j'ai envie qu'il y ait de l'harmonie et j'ai surtout envie que la famille cesse d'être un sujet de polémiques politiques, que ce soit de droite, gauche, de gauche radicale
JEAN-JACQUES BOURDINVous êtes l'ennemie jurée de tous ceux qui ont milité contre le mariage pour tous Laurence ROSSIGNOL
LAURENCE ROSSIGNOLNon parce que quand je suis arrivée
JEAN-JACQUES BOURDINParce que vous êtes
la PMA, vous en êtes où avec la PMA ?LAURENCE ROSSIGNOLOn en reparlera peut-être
JEAN-JACQUES BOURDINVous en reparlerez-vous ?LAURENCE ROSSIGNOLC'est un sujet
JEAN-JACQUES BOURDINVous maintenant, vous avez le sujet en main !LAURENCE ROSSIGNOLÇa reste un sujet santé, un sujet de justice
JEAN-JACQUES BOURDINOui mais enfin quand même
LAURENCE ROSSIGNOLMais déjà avant
JEAN-JACQUES BOURDINEnfin justice mais aussi ça concerne la famille.LAURENCE ROSSIGNOLNon mais pour répondre à votre question
JEAN-JACQUES BOURDINAlors la PMA, vous êtes toujours favorable ?LAURENCE ROSSIGNOLJe reviens un instant sur ce que je disais. Quand je suis arrivée au secrétariat d'Etat à la Famille, c'était peu de temps après l'adoption du mariage pour tous et très honnêtement, c'était tendu autour de la famille.JEAN-JACQUES BOURDINOui, c'est le moins qu'on puisse dire.LAURENCE ROSSIGNOLMoi mon objectif, ça a été d'apaiser parce que je ne comprends pas comment la famille qui est ce qui est le plus commun à nous tous, qui est le plus universel peut être un tel sujet d'agressivité et d'invectives politiques, il faut calmer. Et je pense que j'ai calmé avec la famille, je vois les messages que j'ai reçus de la part d'associations diverses, me disant qu'elles étaient satisfaites que je conserve ce portefeuille, parce que j'ai une approche pragmatique et pas dogmatique, pas idéologique de la famille.JEAN-JACQUES BOURDINAlors sur la PMA
LAURENCE ROSSIGNOLEt je vais continuer de faire pareil. La PMA, d'abord je voudrais vérifier que tous les acteurs parlementaires, associatifs soient prêts à calmer le jeu et à ne pas faire de tout sujet sur la famille un étendard
JEAN-JACQUES BOURDINQu'est-ce que vous allez proposer
LAURENCE ROSSIGNOLJe ne vais rien proposer ce matin chez vous sur la PMA, je suis membre d'un gouvernement
JEAN-JACQUES BOURDINMais vous y réfléchissez
LAURENCE ROSSIGNOLJe suis membre
JEAN-JACQUES BOURDINVous y réfléchissez ?LAURENCE ROSSIGNOLOn n'a jamais cessé de réfléchir à la PMA. Je vous rappelle que la PMA était dans le programme de la gauche
JEAN-JACQUES BOURDINJ'allais vous le dire
LAURENCE ROSSIGNOLEt donc on y
JEAN-JACQUES BOURDINJ'allais vous le dire.LAURENCE ROSSIGNOLEst tous favorables à gauche à la PMA, la procréation médicalement assistée, c'est-à-dire pour les femmes, parce que comme tout ça c'est des sigles, il faut être précis. Et que ce qui a bloqué c'est la violence de la réaction face à la loi mariage pour tous. Donc si à un moment donné tout le monde
JEAN-JACQUES BOURDINAlors maintenant
LAURENCE ROSSIGNOLMais moi, je veux faire tout de manière apaisée
JEAN-JACQUES BOURDINRouvrir, donc rouvrir le débat ?LAURENCE ROSSIGNOLJe ne veux pas rouvrir de polémique stérile qui ne nous permette pas d'avancer. Et quand je parle avec mes interlocuteurs, régulièrement je les teste : vous en êtes où sur ce sujet-là, est-ce que par rapport au moment très tendu du mariage pour tous, maintenant qu'on est un peu calmé, est-ce que vous avez évolué, est-ce qu'on est capable d'avoir un débat serein.JEAN-JACQUES BOURDINBien ! J'ai une dernière question. Ambiguïté du Vatican quand même sur la pédophilie au sein de l'Eglise, vous avez vu un document qui est révélé par Le Guardian, le quotidien anglais récemment publié par le Vatican, transmis aux nouveaux évêques, je lis : il n'incombe pas forcément à un évêque de signaler les suspects aux autorités, à la police ou à un procureur s'ils sont informés d'un crime ou d'un acte immoral. Qu'est-ce que vous répondez à cela ?LAURENCE ROSSIGNOLJe réponds qu'en France, c'est les lois de la République et elles seules qui s'appliquent, et qu'il n'y a pas les lois du Vatican qui peuvent déroger aux lois de la République, ça c'est ma première réponse. Et que la non-dénonciation de maltraitance à mineur de moins de 15 ans est sanctionnée par le Code pénal. Et après, je suis très étonnée parce que j'avais apprécié et entendu le pape François qui avait dit, en ce qui concerne la pédophilie, tolérance zéro. Donc je préfère faire confiance aux propos du pape François, tolérance zéro qu'à des notes de service des évêques.JEAN-JACQUES BOURDINMerci, merci Laurence ROSSIGNOL d'être venus nous voir sur RMC et BFM TV.LAURENCE ROSSIGNOLMerci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 février 2016
La source —
vie_publique · nº 197933
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