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22 janvier 2016 · Gouvernement · discours Discours

Interview de Mme Fleur Pellerin, ministre de la culture et de la communication à RTL le 22 janvier 2016, sur la lutte contre le terrorisme et la situation à France Télévisions.

Fleur Pellerin (auteur), Olivier Mazerolle (intervenant)

JEROME CHAPUISVotre invitée, Olivier MAZEROLLE, ce matin, est donc la ministre de la Culture.OLIVIER MAZEROLLEBonjour Fleur PELLERIN.FLEUR PELLERINBonjour.OLIVIER MAZEROLLEL'actu nous parle du retour d'un écrivain, ce matin : Nicolas SARKOZY. Vous allez lire son livre ?FLEUR PELLERINJe ne suis pas sûre que ça sera le prioritaire, en haut de la liste. Ce n'est pas vraiment un écrivain, je pense que OLIVIER MAZEROLLEBon, mais vous lui accorderez le bénéfice de la sincérité, quand vous lirez le livre ?FLEUR PELLERINJe ne suis pas sûre, je vous le dirai quand j'aurais parcouru quelques lignes.OLIVIER MAZEROLLEAlors, après les attentats, on parle beaucoup de sécurité, c'est tout à fait normal, mais quel est le rôle de la culture contre le fanatisme ?FLEUR PELLERINEcoutez, je crois qu'il est majeur. Je pense qu'effectivement nous sommes dans une période d'inquiétude, d'angoisse, où le gouvernement répond en prenant des mesures pour garantir la sécurité des Français et garantir aussi la sécurité des publics dans les salles de spectacle, ça c'est ma responsabilité aussi avec le ministre de l'Intérieur. Mais tout ça c'est un droit, ce n'est pas forcément une valeur ou un principe auquel nous serions attachés, en tant que Nation, et donc je crois que ce qui est très important en ce moment, pour les pouvoirs publics, pour les responsables politiques, mais pour les intellectuels, pour l'ensemble des personnes qui réfléchissent à ce qu'est la Nation, c'est très important de retrouver du lien, face à tout ce qui a tendance à séparer les gens, et on voit en ce moment beaucoup de tendances, des gens à se regrouper autour de logiques identitaires, religieuses, communautaires. Et je crois que nous avons une voix forte à porter, gouvernement, institutions, pour au contraire faire prévaloir des logiques de solidarité qui reposent sur autre chose, et en particulier la culture.OLIVIER MAZEROLLEEst-ce qu'on s'appuie suffisamment, notamment à l'école, sur cette richesse formidable de la littérature française, qui montre comment la France a fait évoluer les idées dans le monde, à travers les siècles ?FLEUR PELLERINMais, vous savez, je pense que ce n'est pas seulement la littérature, c'est la littérature, c'est la musique, c'est Nous avons en France, une tradition OLIVIER MAZEROLLEOui, enfin, la littérature, c'est des échanges d'idées, quand même.FLEUR PELLERINOui, mais nous avons en France une tradition d'accueil de grands artistes, que ce soit des écrivains, des intellectuels, des philosophes, des poètes, des musiciens.OLIVIER MAZEROLLEMais on exploite ça suffisamment, cette richesse ?FLEUR PELLERINEt je pense que, vous avez tout à fait raison, je pense qu'il faut faire valoir, auprès des plus jeunes en particulier, que, à travers cet accueil d'artistes, la France, s'est aussi construite de cette façon, comme Nation OLIVIER MAZEROLLEAlors, on se le dit régulièrement, mais qu'est-ce qu'on fait, concrètement ?FLEUR PELLERIN c'est-à-dire la France est une terre d'accueil. Et donc, ce que nous avons fait, en particulier sur la question de l'éducation artistique et culturelle, je ne peux pas vous détailler les programmes scolaires en littérature, mais ce que nous avons fait sur l'éducation artistique et culturelle avec ma collègue Najat VALLAUD-BELKACEM, c'est, nous avons donné un sens à ce que doit être ce cycle d'enseignement en éducation artistique et culturelle. Jusqu'à présent, il n'y avait pas vraiment de cursus, c'est-à-dire que ce qui était enseigné aux jeunes, dépendait chaque année du professeur d'art plastique qu'ils avaient. Donc nous, nous avons créé un vrai cursus, c'est-à-dire que nous avons défini les compétences, les savoirs, les expériences qui doivent être acquises à chaque moment, du cycle d'enseignement, en primaire, au collège, et c'est quelque chose qui peut paraitre anecdotique, mais c'est la première fois que c'est fait, parce que nos deux ministères ont toujours eu beaucoup de mal, depuis MALRAUX, en réalité, à travailler ensemble. Donc, pour la première fois, nous nous mettons ensemble et nous définissons ce que doit être l'apprentissage d'un rapport à la culture, pour tous les enfants, c'est-à-dire un rapport à une oeuvre, un rapport à un artiste, parce que nous croyons que c'est la bonne façon de déclencher l'émotion artistique, pour tous.OLIVIER MAZEROLLEIl n'empêche que quand même, votre ministère a publié des statistiques 2015, avec ce commentaire : les écarts dans l'accès à la culture, entre les cadres supérieurs et les ouvriers, ont peu évolué depuis 1970. Pourquoi la culture reste-t-elle quand même réservée, finalement, à des gens qui sont déjà cultivés au départ ?FLEUR PELLERINParce que, probablement, c'est aussi un choix qui a été fait de beaucoup parler de démocratisation culturelle, et finalement d'en faire assez peu. Et donc c'est vrai que moi j'ai assigné à j'ai présenté mes voeux aux ministères et aux institutionnels de mon ministère hier, et j'ai assigné comme priorité à tout le monde, de véritablement travailler sur la démocratisation culturelle, peut-être d'en parler un peu moins mais d'en faire un peu plus, parce que cette préoccupation, c'est-à-dire le fait que finalement l'accès à la pratique culturelle, l'accès à la culture, reste encore très surdéterminé par les conditions sociales, l'origine sociale et économique des gens, est quelque chose que je trouve totalement inadmissible.OLIVIER MAZEROLLEUn exemple, en septembre dernier, vous l'aviez déjà fait plusieurs mois plus tôt, François HOLLANDE disait : le Louvre, le musée d'Orsay, le château de Versailles, vont restés ouverts tous les jours, pour que les enfants des écoles puissent accéder plus facilement à ces musées, eh bien ce n'est toujours pas fait.FLEUR PELLERINSi, c'est en train de se faire OLIVIER MAZEROLLEC'est en train, mais c'est pas fait.FLEUR PELLERINOui oui, mais enfin, vous savez, il faut discuter avec les syndicats OLIVIER MAZEROLLEIl a dit : ça se fera à l'automne.FLEUR PELLERINIl faut réorganiser les choses, c'était un jour de fermeture où on rangeait les oeuvres, on faisait le ménage, etc. Donc il faut réorganiser complètement le travail dans les établissements, ça prend un peu de temps, mais c'est en train de se faire et ça vaudra pour les jeunes et pour les publics les plus éloignés, pour les personnes handicapées, les personnes âgées, donc les publics qui ont besoin de pouvoir visiter dans de bonnes conditions. Donc voilà un exemple. Il y en a mille autres, d'exemples, pour améliorer l'accès à la culture, de ceux qui en sont les plus éloignés.OLIVIER MAZEROLLEÇa va se faire alors, ils vont vraiment ouvrir.FLEUR PELLERINOui, mais il y a ce sujet des musées, il y a l'ouverture, l'extension des horaires des ouvertures des bibliothèques sur lesquelles je travaille également, parce que je considère que les médiathèques OLIVIER MAZEROLLEMais vous voyez bien que les syndicats ne veulent pas.FLEUR PELLERINMais bien sûr que si. Si on discute, il faut discuter, moi j'ai une logique aussi de dialogue, et en tout cas toutes ces mesures sont doivent s'ajouter les unes aux autres, pour faire en sorte que la culture appartienne à tous. Et la culture, c'est la culture cultivée, c'est l'opéra, c'est le théâtre et la Comédie française, mais c'est aussi le hip-hop, c'est aussi la culture urbaine, donc moi je souhaite ne pas dit que tout se vaut, mais en tout cas, je souhaite pouvoir donner de l'excellence et de l'exigence, à tous, dans tous les domaines culturels. C'est ça ma priorité pour 2016.OLIVIER MAZEROLLEFrance Télévisions veut lancer une chaine publique tout info, et pour marquer la différence, Delphine ERNOTTE, qui est la présidente de France Télévisions, a dit : « Elle sera sans publicité ». Vous êtes d'accord, vous appuyez cette détermination ?FLEUR PELLERINMoi, vous savez, j'avais fixé une feuille de route très claire à la présidence de France Télévisions, avant que Delphine ERNOTTE soit désignée, parce que je trouvais normal que l'Etat actionnaire, au nom des Français qui paient quand même la redevance, puisse donner de grandes directives à cette nouvelle présidence. Et donc j'avais dit : « Le décryptage de l'information sera pour moi une priorité, et je souhaite que la nouvelle présidence prenne cette priorité en compte ». Et donc, la présentation de ce travail, de ce projet de chaine d'information en continu, rentre tout à fait ans la feuille de route que le gouvernement avait donné à Delphine ERNOTTE. Maintenant, les conditions dans lesquelles ça va se faire, et les modalités techniques, est-ce que ça sera sur la TNT, est-ce que ça sera sur le Net, est-ce que ça sera sur les deux ? Tout ça est en train d'être décidé, nous y travaillons, enfin, eux ils travaillent surtout.OLIVIER MAZEROLLEMais le financement, alors ?FLEUR PELLERINEt nous allons prendre des décisions, dans les mois qui viennent.OLIVIER MAZEROLLEAvec ou sans pub ?FLEUR PELLERINMoi, ce que je souhaite, c'est en tout cas qu'il n'y ait pas de coût supplémentaire pour le contribuable, donc que ça ne se traduise pas par de l'argent supplémentaire que l'Etat devrait mettre, ça, les responsables de l'audiovisuel public le savent très bien, et je ne souhaite pas non plus déstabiliser le marché publicitaire, donc si on a une chaine d'info en continu, qui affiche aussi sa singularité, en étant totalement sans pub, eh bien ça me va très bien, mais encore une fois, tout n'est pas encore décidé, les dirigeants de Radio France et de France Télévisions doivent me présenter un projet finalisé dans les prochaines semaines.OLIVIER MAZEROLLEEt donc peut-être sur le hertzien.FLEUR PELLERINEt donc c'est effectivement une possibilité.OLIVIER MAZEROLLEAvec un nouveau canal ou en prenant un des canaux actuellement dévolu à France Télévisions ?FLEUR PELLERINOn verra. On verra. Je ne peux pas vous dire autre chose, Delphine ERNOTTE a dit hier qu'il n'était pas question de priver les chaines actuelles d'un canal, donc soit il y a des modulations techniques qui nous permettent de développer cette chaine, avec le nombre de canaux actuels, soit il faudra en préempter un autre, la décision sera prises en temps utiles.OLIVIER MAZEROLLEIl y a beaucoup de questions sur votre avenir, est-ce que vous surveillez de près les agissements de Christiane TAUBIRA ?FLEUR PELLERINNon OLIVIER MAZEROLLEC'est une rivale ?FLEUR PELLERINNon, je crois que vous en parlez plus que nous, nous entre nous ou nous tous seuls. Vous savez, moi j'ai été présente dans le gouvernement depuis 2012, j'ai vécu plusieurs remaniements, donc il y a un moment où on s'habitue aussi un petit peu, et vous savez, moi je ne suis pas au service de ma propre carrière, de mon propre égo, de mes états d'âme personnels, je suis au service de la France, je suis au service de François HOLLANDE et du Premier ministre.OLIVIER MAZEROLLEMais enfin, vous voulez rester jusqu'au bout.FLEUR PELLERINC'est une aventure qui est extraordinaire d'être au service des Français, mais maintenant, voilà, moi je n'ai pas du tout de problèmes d'égo, donc je pense avoir fait beaucoup de choses et j'ai eu l'occasion de le dire au cours de mes voeux, depuis 18 mois j'ai engagé énormément de chantiers, qui me paraissent des chantiers utiles, je souhaite évidemment pouvoir les mener, parce que c'est toujours mieux de voir aboutir ces chantiers que de les laisser en cours de route, j'ai quand même une loi très importante qui arrive au Sénat avant la fin du mois, donc voilà, bon, tous ces chantiers, j'aimerais évidemment pouvoir les poursuivre, avec la confiance du président et du Premier ministre, et donc maintenant, j'attends, de manière très placide et très sereine, sans beaucoup d'inquiétude, ce qui va se produire, et ce qui doit se produire, arrivera.OLIVIER MAZEROLLEMerci Fleur PELLERIN.FLEUR PELLERINMerci à vous.JEROME CHAPUISMerci à tous les deux. Dernière question, Fleur PELLERIN, sur un sujet qu'on évoquait tout à l'heure sur RTL : plusieurs artistes, notamment Christophe WILLEM, Michel POLNAREFF, Benjamin BIOLAY, ont décidé de renoncer à utiliser Twitter, parce qu'ils en ont assez de se faire insulter, les avocats nous disent « c'est très compliqué de faire quelque chose », comme ministre de la Culture, est-ce que vous nous dites « si la loi ne suffit pas, il faut la changer » ?FLEUR PELLERINNon, alors en fait, la grande difficulté c'est que ces entreprises, qui sont des plateformes, ont leur siège à l'étranger, et donc ne reconnaissent pas JEROME CHAPUISMais on est en France, et les insultes, elles sont en France.FLEUR PELLERINOui, et donc ils ne reconnaissent pas la juridiction française, ne reconnaissent pas les décisions de justice qui sont prises en France. Donc si vous, vous attaquez par exemple, parce que vous êtes insulté, il faudra que la décision de justice française soit reconnue aux Etats-Unis, c'est une procédure très longue, qui rend extrêmement compliqué de faire appliquer la justice par ces plateformes. C'est ça qui est très très compliqué. C'est un vrai sujet OLIVIER MAZEROLLEIl y a la mondialisation de l'économie et il y a la mondialisation de l'insulte.FLEUR PELLERINMais des propositions sont en train d'être faites actuellement dans le cadre de la loi Lemaire, justement, pour donner davantage de responsabilités à ces plateformes, et donc JEROME CHAPUISA ces plateformes, à ces réseaux sociaux.FLEUR PELLERIN vous verrez peut être des évolutions de la réglementation et de la loi dans quelques mois.JEROME CHAPUISOn va regarder ça. Merci beaucoup Fleur PELLERIN.FLEUR PELLERINMerci à vous.Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 janvier 2016
La source — vie_publique · nº 197672
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/197672-interview-de-mme-fleur-pellerin-ministre-de-la-culture-et-de-la-communi?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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