Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à France Inter le 11 décembre 2015, sur la nécessité de "faire barrage au Front national" lors du deuxièlme tour des élections régionales, l'état d'urgence et la lutte contre le terrorisme.
Manuel Valls (auteur), Léa Salamé (intervenant), Patrick Cohen (intervenant)
LEA SALAMEBonjour Manuel VALLS.MANUEL VALLSBonjour Léa SALAME.LEA SALAMELundi matin, il va se passer quoi ?MANUEL VALLSTirons d'abord les leçons du scrutin, c'est normal, pour un lundi matin après un deuxième tour d'élections régionales, et puis nous poursuivrons le travail. Le travail est immense. D'abord, la lutte contre le terrorisme, parce que la menace est toujours présente, et ensuite, ça vient d'être dit, la priorité des priorités, la lutte pour l'emploi, la lutte pour la compétitivité de notre économie.LEA SALAMENous tirons les enseignements de ce qui s'est passé, le FN va peut-être gagner une ou deux ou trois régions, peut-être pas du tout, et puis en fait tout reprendra son cours, c'est ce que vous nous dites, on oubliera que Marion MARECHAL LE PEN et que Marine LE PEN ont fait 40 %, on oubliera que le Front national était en tête au premier tour. Rien ne changera, comme après les européennes, comme après les municipales. On dit séisme, on dit choc, et puis rien ne change, ça sera le même Premier ministre qui fera la même politique. C'est ça ?MANUEL VALLSJe ne dirais pas les choses ainsi, ça c'est votre avis, c'est votre analyse, mais c'est tout le contraire, je crois, qu'il faut faire.LEA SALAMEVous allez changer de politique ?MANUEL VALLSJe n'ai cesse de le dire depuis des mois, notamment après les attentats du mois de janvier, il faut s'adresser aux Français différemment, les pratiques politiques doivent changer, les débats doivent être différents, il faut être en tout cas, pour résumer les choses d'une phrase, être à la hauteur des enjeux, bien sûr les enjeux économiques, et les choses sont difficiles, mais notre politique paie et paiera, parce qu'il faut redonner de la force et de la compétitivité à notre économie, et puis surtout parce que nous vivons avec cette menace terroriste, parce que nous sommes en guerre, parce que nous avons un ennemi, Daesh, l'Etat islamique, que nous devons combattre, et écraser, en Irak, en Syrie, et demain sans doute en Libye, parce que nous avons aujourd'hui des centaines, des milliers de jeunes, qui ont succombé dans cette radicalisation, nous devons être à la hauteur, encore une fois, des enjeux historiques que nous sommes en train de connaitre. Donc non, après une élection, une nouvelle fois, après les évènements que nous sommes en train de connaitre et de subir, il faut être à la hauteur de l'exigence et de l'attente des Français.LEA SALAMEDonc, on n'entend pas les messages d'exaspération et de colère, et on garde la même politique.MANUEL VALLSJ'entends depuis des années, les messages des Français. Il y a à la fois de la colère, beaucoup, de l'exaspération, parce que nous vivons avec un chômage de masse, pas depuis trois ans, depuis 30 ans. Parce qu'il y a
LEA SALAMEOui, mais en l'occurrence, depuis trois ans, 700 000 chômeurs de plus.MANUEL VALLSParce qu'il y a de la misère et de la précarité, mais nous devons répondre aussi à une autre attente et une autre demande, qui me parait être toute aussi importante aujourd'hui, puisque dans le vote pour l'extrême droite, il y a aussi, souvent, cette demande. C'est quoi aujourd'hui être Français ? Quel est le projet pour la France ? Est-ce que nous devons succomber au déclinisme ambiant ? Aux peurs qu'agite l'extrême droite, peur face au terrorisme, peur face à l'islam, peur face à l'immigration, peu face aux réfugiés ? Ou au contraire, est-ce que nous pouvons être fiers de notre pays ? Est-ce que nous pouvons, au fond, nous dire que la France est un grand pays ? Cinquième puissance économique mondiale, deuxième puissance économique de l'Union européenne, qui compte dans le monde
LEA SALAMEOui, mais ça, ils ne l'entendent pas, les électeurs du Front national ils entendent pas votre message.MANUEL VALLSQui compte dans le monde par ses armées et par sa diplomatie, sa langue et sa culture. Mais moi, j'ai envie aussi
LEA SALAMEIls voient les 40 000 chômeurs de plus le mois dernierMANUEL VALLSMais moi aussi
LEA SALAME
les 700 000 chômeurs de plus depuis que vous êtes au pouvoir
MANUEL VALLSMoi aussi j'ai envie
LEA SALAMEEt ils se disent, la France, cinquième puissance, elle n'est pas capable d'inverser la courbe du chômage.MANUEL VALLSMoi aussi j'ai envie de dire que je suis fier d'être Français et fier de mon pays et que nous pouvons ensemble nous en sortir. Pourquoi nous sommes à un moment historique ? Parce qu'au fond il y a deux options pour notre pays. Il y a une option qui est celle de l'Extrême droite, qui au fond prône la division, et cette division elle peut conduire à la guerre civile, et il y a une autre vision qui est celle de la République est des valeurs, qui est le rassemblement, pour sortir des difficultés que nous pouvons avoir. Nous avons de grandes entreprises, des PME qui réussissent, un secteur de l'innovation et de la recherche qui est reconnu partout, des Prix Nobel dans différents secteurs. Donc je n'ignore rien, Léa SALAME, rien, des difficultés de mes compatriotes, je suis moi-même élu d'une circonscription populaire, je connais la souffrance de beaucoup de nos compatriotes, mais ça n'est pas uniquement, en parlant de ses souffrances, que nous pourrons avancer, en les exploitant, mais c'est en apportant des réponses, et ces réponses, nous devons les apporter, pas lundi, d'abord, mais d'ici dimanche, notamment dans les régions où la gauche peut l'emporter, et il y a neuf régions sur douze dans l'Hexagone, quatre régions dans les Outremers, plus la Corse, où la gauche rassemblée et unie peut l'emporter. On n'en parle pas assez, mais c'est ça aussi qui se joue dimanche, parce que je souhaite qu'entre l'Etat et la région, et les régions, nous pouvons, nous puissions travailler ensemble, sur la formation, l'apprentissage, les transports.LEA SALAMEManuel VALLS, je vous ai entendu dire à l'instant « les pratiques politiques doivent changer ». Claude BARTOLONE, quand il dit que Valérie PECRESSE « défend la race blanche », est-ce que c'est une pratique politique qui a changé ou est-ce que c'est de la vieille politique, des vieilles ficelles ?MANUEL VALLSLes pratiques politiques doivent changer, donc moi je ne réponds plus à ce genre de question.LEA SALAMEEh bien pourtant je vous la pose la question, parce qu'elle fait la Une de tous les journaux aujourd'hui.MANUEL VALLSOui, mais précisément, le buzz, comme vous dites ou comme on dit
LEA SALAMEC'est pas le buzz.MANUEL VALLS
c'est en permanence là. Donc, écoutez, Claude BARTOLONE a un projet pour l'Ile-de-France, pour les transports, pour les lycées, pour la jeunesse, pour les quartiers, pour l'environnement, pour la culture, et c'est ça qui m'intéresse, et c'est ça
LEA SALAMETous les coups sont permis en politique ?MANUEL VALLS
et c'est ça qui doit intéresser. Claude BARTOLONE a été, depuis des mois, attaqué par ses adversaires. Il a un projet, et ce projet, en plus, vise à ressembler cette région Ile-de-France et non pas à la diviser. Il a rassemblé la gauche, il doit aujourd'hui rassembler Les Républicains, les démocrates de progrès, les centristes qui sont bien perdus aujourd'hui, dans une droite qui malheureusement court trop souvent derrière l'extrême droite, donc moi je fais confiance, et c'est ça qui m'intéresse, à Claude BARTOLONE, pour porter un beau projet pour l'Ile-de-France.LEA SALAMEValérie PECRESSE défend la race blanche ?MANUEL VALLSMais non, mais c'est
LEA SALAMEAlors, pourquoi il le dit ?MANUEL VALLSFranchement, mais encore une fois, si je rentre moi dans ce débat, qui suis chef de la majorité, dans un moment important pour notre pays, dans un moment historique, parce que je suis moi-même élu francilien, élu d'Evry, parce que je sais combien ça compte par exemple, le Passe Navigo, c'est-à-dire le fait qu'on soit au centre de Paris, ou au fin-fond de la région Ile-de-France, notamment dans l'Essonne, on a exactement
LEA SALAMEMais vous, pour qui les mots sont importants
MANUEL VALLSOn a exactement le même prix, et que la droite veut défaire. Moi c'est ça qui m'intéresse et pas être toujours dans le commentaire d'une petite phrase, donc je ne commenterai pas.LEA SALAMEQu'est-ce que vous dites à l'électeur de gauche qui dit « Moi je ne peux pas aller voter ESTROSI, RICHERT, ou BERTRAND, je ne peux pas, j'y arriverai pas, je resterai chez moi dimanche » ?MANUEL VALLSJe suis convaincu qu'il y arrivera. Moi, je comprends que les élus, les militants et les sympathisants ont pris un choix difficile, que ça soit donc compliqué, pour eux, mais, Pierre de SAINTIGNON, ou Christophe CASTANER, c'est-à-dire nos chefs de file en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ou dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, ont pris des choix courageux dimanche soir, et au fond, ce qui se joue, c'est quand même une certaine idée de la France, c'est quand même l'avenir de la République dans ces régions, mais pas seulement, c'est l'avenir aussi économique de ces régions. Si l'extrême droite l'emportait dans le Nord-Pas-de-Calais, dans le Grand-est ou en PACA, mais aussi, ne l'oublions pas, en Franche-Comté-Bourgogne, et là c'est Marie-Guite DUFAY, la présidente sortante de Franche-Comté
LEA SALAMEQu'est-ce qui se passerait si elle l'emportait ?MANUEL VALLS
qui rassemble la gauche et qui est la seule qui puisse battre l'extrême droite dans cette région. N'oublions pas cette région, et j'en appelle, moi, à tous les électeurs, venez voter et venez voter pour la République.LEA SALAMEQu'est-ce qui se passerait s'il m'emportait ?MANUEL VALLSSi l'extrême droite l'emportait ?LEA SALAMEOui.MANUEL VALLSMais enfin, écoutez, l'image de ces régions serait détruite. Beaucoup d'entreprises partiraient, on supprimerait en plus des projets et des programmes, là pour les femmes, je pense au planning familial, là le soutien à un certain nombre de projets pour le lycée, puisque c'est la compétence des lycées, donc c'est ça aussi ce que cela voudrait dire. Et pour tous ceux qui aujourd'hui sont tentés par le vote extrême, parce qu'ils en ont assez, je leur dis que, pour ces petits retraités, ces ouvriers, ces citoyens qui sont dans la précarité, cette jeunesse qui ne voit pas l'avenir, mais ça serait un désastre, ça serait pire. Le programme du Front national c'est la division et en plus il ne s'adresse pas à eux.LEA SALAMEMarine LE PEN vous a nommément mis en cause hier, à plusieurs reprises, dans son dernier meeting, vous accusant d'orchestrer une campagne de diffamation d'Etat, « Manuel VALLS qui s'est auto-promu au rang de directeur de campagne de l'UMP ».MANUEL VALLSMais, l'extrême droite, qui au fond est dans l'arnaque, parce que son projet c'est une arnaque, trompe les gens, qui est toujours dans l'outrance, qui tient des propos insupportables. Regardez cette vidéo qui a tourné, sur Christian ESTROSI, commencée par Jean-Marie LE PEN. Le clan LE PEN, qui en plus est poursuivi par la justice, un parti qui est mis en examen, des leaders qui sont mis en examen et qui voudraientLEA SALAME40 % des Français votent pour une arnaque ?MANUEL VALLSOui.LEA SALAMEOui ?MANUEL VALLSOui, oui, il faut leur dire
LEA SALAMEIls volent pour une arnaque ?MANUEL VALLSLes Français qui font ce choix, bien sûr, je les respecte. Parce que quand il y a un vote de colère, il faut l'entendre, mais ils votent pour un parti, antisémite, raciste, qui n'aime pas la République, qui n'aime pas l'histoire de notre pays, en tout cas son histoire la plus belle, la grandeur, qui puise son fonds idéologique dans les pires moment de notre histoire, et qui en plus trompe les Français, qui ruinerait le pays, la sortie de l'euro, la sortie
LEA SALAMELa diabolisation, ça marche encore ?MANUEL VALLSLa sortie
Mais les valeurs, chère madame, jusqu'au bout
LEA SALAMEParti antisémite, raciste, tout ça
MANUEL VALLSEt ben c'est le cas
LEA SALAMELes fachos
MANUEL VALLSEt on ne le dirait pas, parce que, madame, on ne l'a pas dit, parce qu'on ne s'est pas occupé de monsieur Dieudonné, parce qu'on a laissé passer les paroles antisémites et racistes, il faudrait aujourd'hui laisser passer les paroles contre les musulmans de France ? Moi je veux que l'Etat et la République
LEA SALAMEPourquoi vous ne l'interdisez pas ? Pourquoi vous ne saisissez par l'article L 212 du code de la sécurité intérieure et vous interdisez le Front national ?MANUEL VALLSMais je me permets de vous dire que les dirigeants du Front national ont été souvent poursuivis et condamnés pour des propos. Mais moi, ce que je souhaite, c'est convaincre d'abord les électeurs, à la fois de voter contre le Front national, mais de voter pour la République et pour la gauche qui représente le progrès.LEA SALAMEMerci Manuel VALLS.PATRICK COHENMerci à vous, Léa SALAME, et Manuel VALLS on vous retrouve tout à l'heure, 08h20, avec d'autres questions, d'autres sujets, on va parler de l'application de l'état d'urgence, des assignations à résidence, et puis les questions des auditeurs de France Inter, juste après la Revue de presse.PATRICK COHENLe Premier ministre avec nous ce matin, Manuel VALLS. D'abord dernière nouvelle du Bourget, l'accord sur le climat est-il à portée de main, pourquoi avoir repoussé l'échéance à demain matin ?MANUEL VALLSParce qu'il faut arriver à un compromise et à un compromise exigeant, ce qui se joue c'est tout de même l'avenir de la planète, l'avenir de l'humanité.PATRICK COHENMais il sera exigeant ?MANUEL VALLSIl sera exigeant, je n'en doute pas, notamment sur les objectifs que nous nous donnons, les 2 % - voire moins pour éviter ce réchauffement climatique.PATRICK COHENLes financements, c'est compliqué ?MANUEL VALLSMais c'est forcément compliqué, puisqu'il y a beaucoup d'exigences et qu'il faut à la fois que les pays riches, les pays développés, s'engagent, mais il faut trouver aussi les financements, les transferts de technologies, le soutien aux pays du sud et notamment à l'Afrique. Mais je pense que grâce au travail de la diplomatie française, grâce à l'engagement du président de la République, de Laurent FABIUS et de Ségolène ROYAL, nous trouverons un bon compromis.PATRICK COHENVous êtes confiant, les nouvelles sont bonnes ?MANUEL VALLSJe suis confiant bien sûr.PATRICK COHENPrès d'un mois après les attentats de Paris la France vit toujours dans un régime d'exception, un état d'urgence qui a facilité le travail de la police, qui a permis des perquisitions, des saisies d'armes à feu, mais aussi des assignations à résidence qui posent questions, le Conseil d'Etat aura à se prononcer aujourd'hui sur certaines d'entre elles - celles de sept militants écologistes enfermées chez eux jusqu'à la fin de la COP21 comment justifiez de telles mesures, Manuel VALLS ?MANUEL VALLSIl y a eu 2.575 perquisitions administratives depuis le 14 novembre qui ont donné lieu, je veux le rappeler tout de même, à 311 interpellations, 273 gardes à vue, 453 procédures judiciaires, la saisie de 403 armes - dont 39 armes de guerre et 202 découvertes de produits stupéfiants, parce qu'il y a vous le savez un lien entre la criminalité organisée et le terrorisme ; Et puis il y a eu, oui, 354 assignations résidence, parce que c'est aussi un moyen de mettre de côté des individus qui peuvent être dangereux pour l'Etat et pour l'intérêt général
PATRICK COHENDangereux peut-être, enfin on ne sait pas, mais sans aucun rapport avec les actes terroristes de Paris et donc avec l'instauration l'état d'urgence ?MANUEL VALLSMais jusqu'à maintenant le tribunal administratif, qui avait été saisi pour sept personnes sur 354, sept personnes sur 354
PATRICK COHENOui c'est bien de celles-là dont je vous parle, oui.MANUEL VALLSJ'ai bien compris, le tribunal administratif a débouté ces demandes, le Conseil d'Etat
PATRICK COHENSans les examiner au fond ?MANUEL VALLSLe Conseil d'Etat a été saisi, attendons sereinement la décision du Conseil d'Etat.PATRICK COHENBon ! Donc des militants, pas des terroristes, des militants enfermés chez eux avec obligation de pointer trois fois par jour au commissariat ça ne vous choque pas, ce n'est pas une forme d'arbitraire ?MANUEL VALLSNon ce n'était pas des militants écologistes, le ministre de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE a déjà eu loccasion de l'expliquer à de maintes reprises, ce sont
PATRICK COHENEn tout cas ce n'est pas des terroristes ?MANUEL VALLSCe sont des militants qui pouvaient représenter un vrai problème par rapport à l'ordre public. Dans ces moments-là il n'y a pas que la question de la lutte contre le terrorisme qui est posée mais il y a aussi la question du maintien de l'ordre public, attendons sereinement la décision du Conseil d'Etat.PATRICK COHENLa réforme constitutionnelle que vous avez présentée, dans cette réforme les mesures d'exception, ces mesures d'exception, pourraient être prolongées jusqu'à six mois après la fin de l'état d'urgence, pour quelles raisons ?MANUEL VALLSNous vivons avec une menace terroriste et nous allons vivre avec cette menace terroriste, c'est lié au contexte géopolitique, à ce qui se passe en Syrie, en Irak, en Libye - et pas seulement je pense aussi à l'Afghanistan ou au Pakistan, les turbulences, les mouvements au sein du monde arabo-musulman, les questions qui sont posées au sein de l'Islam dans le monde entier, la force et la puissance malheureusement de ces organisations terroristes je pense aux puissances financières et militaires le fait que dans ces régions du Levant le conflit, la confrontation entre Chiites et Sunnites soit aussi forte, tout cela m'amène et nous amène à penser que nous allons vivre avec cette menace terroriste. Le fait, je le disais tout à l'heure à Léa SALAME, qu'il y ait plusieurs centaines voire plusieurs milliers - d'individus qui ont succombé dans cette radicalisation, dans cette islamisme radical, représente aussi un véritable danger, donc nous allons vivre avec cette menace terroriste. Je le dis
PATRICK COHENMais Prolonger cet état d'urgence et prolonger les mesures d'exception ça veut dire que l'état de droit n'est pas assez fort, n'est pas assez solide pour répondre à cette menace terroriste ?MANUEL VALLSJe le dis depuis des mois et je le dis à mes compatriotes, il faut vivre et en même temps apprendre à vivre avec cette menace terroriste. Mais l'état d'urgence c'est l'état de droit, c'est un principe, c'est un principe de droit que nous voulons d'ailleurs constitutionnaliser pour faire en sorte que précisément que précisément l'état d'urgence mesure d'exception soit davantage encadré par notre droit
PATRICK COHENAh, c'est létat de droit ou c'est l'état d'exception ?MANUEL VALLSC'est l'état de droit et l'état d'urgence, l'état d'urgence n'est pas contraire au droit, l'état d'urgence n'est pas contraire au droit
PATRICK COHENCertes.MANUEL VALLSEt parce que nous voulons le consolider, face à cette menace, face à l'attaque surtout que nous avons subie il y a un peu plus de trois semaines 130 morts, des centaines et des milliers de blessés que je ne veux pas oublier, une menace constante nous voulons consolider dans notre droit fondamental dans la Constitution l'état d'urgence. Le texte est aujourd'hui au Conseil d'Etat pour examen, il pourrait être vous le savez examiner et adopter par le conseil des ministres dans quelques jours, nous attendons
PATRICK COHENLe 23 décembre ?MANUEL VALLSLe 23 décembre, nous attendons l'avis du Conseil d'Etat avant de transmettre ce texte pour débat pour bien sûr à l'Assemblée et au Sénat.PATRICK COHENDans ce projet de réforme il y a un point très contesté, à gauche et au PS, c'est la déchéance de nationalité pour les binationaux, nés Français, condamnés pour terrorisme. Alors, il y a une question de principe, mais il y a aussi, d'abord, une question d'efficacité. A quoi ça sert ? Quel peut être l'effet dissuasif ou répressif d'une déchéance de nationalité sur des djihadistes décidés à passer à l'acte ?MANUEL VALLSJe rappelle qu'il y a eu déjà un certain nombre de déchéances de nationalité pour les Français bionationaux qui ne sont pas nés français, et qui peuvent être ainsi expulsés. Ça c'est la mesure d'efficacité. Le président de la République, ou moi-même, nous n'avons jamais dit que c'était l'arme absolue pour lutter contre le terrorisme, ça, c'est l'Etat de droit, c'est l'engagement de la police, c'est l'engagement aussi de la justice, et nous préparons aussi des dispositifs, avec Christiane TAUBIRA, pour donner plus de pouvoirs au Parquet antiterroriste, et aux juges antiterroristes, parce qu'il faut là aussi gagner à chaque fois en efficacité, mais là, oui, c'est une mesure symbolique. Mais attendons également, mesure symbolique
PATRICK COHENMais ça peut décourager qui que ce soit ?MANUEL VALLSMais, ce n'est pas une question de découragement
PATRICK COHENSi.MANUEL VALLSNon, c'est une mesure symbolique. Quand des Français
PATRICK COHENJustement.MANUEL VALLSQuand des Français prennent les armes contre d'autres Français, prônant la haine de la France, brûlant, d'ailleurs, le passeport, reniant tout ce que nous sommes, l'Etat, la République, peuvent être amenés à prendre un certain nombre de mesures, qui sont à la fois symboliques et concrètes. Nous le faisons bien pour des Français qui ont la double nationalité mais qui ne sont pas nés Français, cela pourrait s'appliquer aussi à ceux qui sont nés Français, le texte est aujourd'hui, là également pour examen, au Conseil d'Etat, et en fonction de l'avis du Conseil d'Etat, nous serons amenés à prendre un certain nombre de décisions.PATRICK COHENC'est une mesure symbolique qui pourrait avoir un avoir concret, c'est-à-dire empêcher le retour de certains individus, et donc le fait qu'ils soient en liberté au Proche-Orient plutôt qu'enfermés en prison en France.MANUEL VALLSMais nous prendrons aussi des dispositifs, mais qui là ne seront pas d'ordre constitutionnel, pour ceux, en effet, qui veulent revenir en France, en nous appuyant sur des dispositifs qui ont été mis en place, par exemple en Grande-Bretagne. Il faut utiliser, Patrick COHEN, tous les moyens qui sont à notre disposition, sous contrôle du Parlement, pour l'état d'urgence, je veux le rappeler, il n'y a jamais eu un contrôle aussi précis du Sénat et de l'Assemblée sur l'action de l'Exécutif, et ça me paraît être une bonne chose, parce que, la démocratie, l'Etat de droit, sont aussi des armes contre le terrorisme et contre le totalitarisme qui s'en prend à la démocratie et à nos libertés.PATRICK COHENSur les déchéances de nationalité, en tout cas, vous entendez les protestations de la gauche, et même des leaders de gauche. Jean-Christophe CAMBADELIS qui dit lui-même que ce n'est pas une idée de gauche mais qu'elle a été annoncée par François HOLLANDE pour faire plaisir à la droite, pour être dans l'esprit de l'unité nationale après les attentats de Paris, du 13 novembre.MANUEL VALLSJe ne le crois pas, et moi je regarde aussi ce qu'en pensent mes compatriotes, quel que soit leur vote, quelle que soit leur pensée politique. Que la question qui soit posée, c'est que des Français qui tuent d'autres Français, qui s'en prennent à leurs propres compatriotes, Français, qui sont nés Français, ou qui ont acquis la nationalité française, décident ces actes odieux, par des actes terroristes, et au nom d'une idéologie totalitaire, que la question de la déchéance de nationalité se pose, moi ça le paraît tout à fait légitime.PATRICK COHENManuel VALLS invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs de France InterHELENE JOUANCe matin, reportage dans La Croix sur l'inquiétude des musulmans américains après les dernières saillies de TRUMP qui veut interdire l'entrée des musulmans aux Etats-Unis. Il pourrait être le candidat du Parti républicain et pourquoi pas être élu président. « Quand je l'ai entendu, raconte James YEE, ex-capitaine dans l'armée et musulmans, je me suis immédiatement demandé comment ça allait affecter des gens comme moi.PATRICK COHENVous commencez à prendre l'histoire au sérieux Manuel VALLS ?MANUEL VALLSL'histoire, il faut toujours la prendre au sérieux
PATRICK COHENNon mais l'histoire
MANUEL VALLSD'abord celle avec un grand H parce qu'elle peut être tragique et nous la prenons. Mais il faut faire évidemment très attention parce que les sondages le donnent gagnant, en tout cas dans le camp républicain
HELENE JOUAN35 % aujourd'hui disent-ils.MANUEL VALLSEt parce que le rejet de l'islam, le rejet des musulmans, la stigmatisation des musulmans, nous la retrouvons aux Etats-Unis de manière outrancière, scandaleuse, insupportable, mais nous la retrouvons aussi en Europe. C'est une grande explication de la montée des populismes et bien sûr en France, les propos de l'extrême-droite en France ne sont pas
sont peut-être plus policés mais ils ne sont pas très éloignés de ceux de Donald TRUMP. Quand on considère que les musulmans, comme le fait madame Marion MARECHAL LE PEN, sont des citoyens de seconde zone.(
)HELENE JOUANAlors vous avez refusé tout à l'heure Manuel VALLS de commenter et de condamner les propos de Claude BARTOLONE. Le Figaro rappelle que vous disiez pourtant, il y a quelques jours à Evry : il faut une force morale nouvelle, il faut être capable de nous sublimer, de nous dépasser sur le plan politique, on ne peut plus être dans le buzz, le dégommage. Pour sûr pour le coup que vous ayez été entendu au moins par Claude BARTOLONE.PATRICK COHENOui, Claude BARTOLONE qui à l'instant indique sur iTélé qu'il n'enlève aucun des mots prononcés à l'égard de Valérie PECRESSE.(
)HELENE JOUANOn ne parle pas du tout de cela mais de la fameuse TVA sur les tampons et les serviettes hygiéniques qui, après moults débats, devrait être ramenée à 5,5 % contre 20. Le Parisien qui nous raconte comment ce combat pour la reconnaissance de ces produits d'hygiène féminine comme produits de première nécessité est devenu un combat mondial en 2015, de Montréal à Londres et bientôt à Berlin et à Rome.PATRICK COHENManuel VALLS, vous nous confirmez cet arbitrage ?MANUEL VALLSOui, absolument, le Parlement souhaite baisser ce taux, le gouvernement ne s'y opposera pas, c'est une mesure de bon sens.PATRICK COHENNe s'y oppose plus parce que vous vous y êtes opposé, on s'en souvient
MANUEL VALLSNe s'y opposera pas, ne s'y opposera plus, c'est une mesure de bon sens, ça fait partie du dialogue avec le Parlement. J'ai bien compris que c'était un problème
HELENE JOUANEt avec les femmes.MANUEL VALLSMondial.PATRICK COHENEt qui coûte de l'argent.MANUEL VALLS50 millions d'euros, je vous le confirme.PATRICK COHENDonc vous avez trouvé l'argent pour financer la mesure !MANUEL VALLSNous avons trouvé cet argent pour financer cette mesure.(
)PATRICK COHENVous intervenez au 01.45.24.7000. Anne-Sophie nous appelle des Bouches-du-Rhône, bonjour.ANNE-SOPHIEOui, bonjour, bonjour monsieur le Premier ministre.PATRICK COHENNous vous écoutons.MANUEL VALLSBonjour madame.ANNE-SOPHIEMonsieur le Premier ministre, bonjour à Patrick COHEN. Voilà ! Monsieur le Premier ministre un constat, je suis électrice de gauche depuis toujours, j'ai bientôt 37 ans, j'habite donc les Bouches-du-Rhône et là dimanche, je vais aller voter Christian ESTROSI, ça ne m'enthousiasme pas mais je le ferai sans trop d'état d'âme parce que je suis foncièrement antiraciste et je le serai toujours. Simplement, force est de constater qu'en 2002 j'ai voté Jacques CHIRAC, voilà, à peu près pour les mêmes raisons. Très sincèrement aujourd'hui j'ai un peu comme beaucoup d'électeurs de gauche je crois le sentiment d'être un peu le dindon de la farce électorale, puisque nous on fait appel à notre civisme, à notre bon sens électoral et on va voter contre le FN. Simplement depuis quelques années, déjà en 2002 comme je le disais, on est de plus en plus amené à voter contre le FN, nous électeurs de gauche. Or on a bien entendu les électeurs du FN, ils ont vote contestataire, ils votent contre le gouvernement, contre le système, etc. Moi j'ai l'impression que les choses s'inversent, que le vote FN est un vote d'adhésion et que le vote des électeurs de gauche est de plus en plus un vote contre le FN. Ca ne suffit plus si vous voulez, ça ne me satisfait pas et ma question c'est : qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce que vous, je dis vous élus de gauche, pouvez faire pour contrer ce Front national, pas simplement en faisant appel au front républicain, mais aussi
on aimerait une vraie politique de gauche sur le thème de l'éducation, de la santé, du respect d'autrui et du respect d'autrui sous toutes ses formes, parce que ça c'est aussi ce que le FN rejette puisque pour eux il y a des citoyens de seconde zone, etc. Et par ailleurs, j'aurai aussi voulu avoir votre sentiment même si j'ai une idée de la réponse sur le fameux « ni ni », encore une fois prôné par Nicolas SARKOZY et qui moi évidemment en tant que citoyenne me choque énormément, puisqu'on revoit un petit peu l'extrême-droite et la gauche pas tout à fait sur le même niveau mais quasiment, parce qu'on n'appelle jamais du côté de la droite à voter contre le Front national, c'est-à-dire du côté des élus de gauche quand la situation se présente. Voilà, je vous remercie.PATRICK COHENMerci, merci beaucoup Anne-Sophie pour cette question. Manuel VALLS.MANUEL VALLSMerci madame pour votre émotion, pour votre sincérité, pour votre engagement. Je rappelle simplement que sur les 13 régions métropolitaines, cette question est posée uniquement même si c'est beaucoup et je vois l'enjeu dans 3 régions. Dans les 10 autres régions, en Corse et dans 9 autres régions dans l'Hexagone, la gauche est présente, elle porte un projet pour les régions : gratuité des transports scolaires, garantie de formation pour les chômeurs et les salariés en reconversion, gratuité
PATRICK COHENManuel VALLS, c'est la première fois depuis 2002 que dans un scrutin de cette ampleur, des électeurs auront le choix partout de voter pour le Front national
MANUEL VALLSOui
PATRICK COHENEt pas pour la gauche.MANUEL VALLSOui mais parfois quand on entend les débats, on a le sentiment qu'il n'y a que 3 régions et que ce seul choix est posé aux électeurs de gauche. Dans 10 régions, et je ne parle pas des régions d'outre-mer, dans 10 régions, en Corse et dans 9 régions dans notre Hexagone, la question c'est entre la droite qui ne choisit pas, j'y reviendrai, l'extrême-droite qui peut l'emporter par exemple (et j'y reviens) en Franche-Comté-Bourgogne et la gauche qui est unie et qui porte ce projet de progrès avec comme priorité parce que les régions ont un rôle important à jouer l'éducation dans les lycées et la formation. Donc là les électeurs de gauche, ils peuvent choisir et notamment ils peuvent choisir vis-à-vis d'une droite, je pense par exemple à monsieur WAUQUIEZ en Rhône-Alpes Auvergne qui court derrière l'extrême-droite. Ils peuvent choisir par rapport à une droite, celle de Nicolas SARKOZY qui est incapable de choisir. L'honneur de la politique, c'est de pouvoir choisir. Moi, j'aurai rêvé que Nicolas SARKOZY soit à la hauteur du nom de son parti, Les Républicains. En renvoyant votre auditrice, je viens de le rappeler, dos à dos la gauche et l'extrême-droite, il se trompe. Et nous, nous assumons nos choix comme cette électrice, qui n'hésite pas même si cest difficile à voter pour la République dans le Sud, et ça sera pareil dans le Nord et dans l'Est. Et c'est comme ça qu'on donne aussi ses lettres de noblesse à la vie politique. En politique il faut choisir
PATRICK COHENVous venez de fustiger
MANUEL VALLSNicolas SARKOZY n'est pas à la hauteur des enjeux en ne choisissant pas. Et moi, j'appelle tous les électeurs de gauche à voter dimanche prochain, mais tous les électeurs républicains, tous ceux qui aiment la France, ses valeurs, la République. Parce que dans ces régions se joue une grande partie de l'avenir de notre pays et dans l'immense majorité des régions, c'est la gauche rassemblée qui porte cette idée de la République.PATRICK COHENVous venez de fustiger Laurent WAUQUIEZ en Rhône-Alpes Auvergne, son discours est si différent de celui de Christian ESTROSI en PACA Manuel VALLS ?MANUEL VALLSIl n'est pas confronté à l'extrême-droite. Si la question s'était posée en Rhône-Alpes Auvergne, nous n'aurions pas hésité non plus parce que je fais
PATRICK COHENVoter pour Laurent WAUQUIEZ !MANUEL VALLSJe fais une différence entre la droite et l'extrême-droite. Mais si l'extrême-droite progresse aussi et pas seulement, parce que j'entends bien encore une fois toutes les analyses sur l'exaspération, la souffrance des Français sur les crises identitaires que nous connaissons. Mais oui ! Une grande partie de la droite, pas toute, court derrière l'extrême-droite sur ces propositions et c'est ça qui entretient de la confusion. Et quand il y a cette confusion, on choisit toujours l'original, en l'occurrence l'extrême-droite. Mais en Rhône-Alpes Auvergne, c'est Jean-Jack QUEYRANNE, le président sortant de la région Rhône-Alpes avec toute la gauche rassemblée qui porte les valeurs de la République et de progrès.PATRICK COHENAlain nous appelle de Lorraine je crois, de Lorraine ou d'Alsace Alain, bonjour !ALAINBonjour, non, non, j'appelle de la Marine
PATRICK COHENAh ! La Marne.ALAINJe suis maire PS d'une ville à côté de Reims, de Bétheny, une ville de 6.500 habitants. Et comme tout maire, j'ai reçu les bulletins de vote pour dimanche et à mon grand étonnement, j'ai vu que sur la liste de monsieur MASSERET, il y avait encore le logo PS, que sur les affiches le logo PS est toujours utilisé. Et pas mal de militants de gauche viennent me voir en me disant : mais on ne comprend pas, d'un côté on nous dit « surtout il faut avoir ce front républicain et j'en suis tout à fait d'accord pour que le Front national ne passe pas ; et d'un autre côté le PS continue à soutenir monsieur MASSERET. Donc qu'est-ce que l'on fait dimanche, pour nous ce n'est pas clair, il y a deux discours du PS. Donc j'aurai aimé avoir un éclaircissement de notre Premier ministre pour savoir exactement quelle était la position du PS, est-ce qu'on était bien d'accord pour faire barrage au Front national et dans ces cas-là, pourquoi y a-t-il des bulletins de vote et des affiches de monsieur MASSERET avec toujours le sigle du Parti socialiste. Voilà.PATRICK COHENMerci Alain, Manuel VALLS.MANUEL VALLSTous les maires, tous les élus, je pense aux maires de Strasbourg, de Metz, de Verdun, le maire que nous venons d'entendre, quelle que soit la taille de la ville sont rassemblés, ils l'ont dit encore hier soir pour que la République, ses valeurs l'emportent dans cette région face à l'extrême droite. Le Parti socialiste par la voix de Jean-Christophe CAMBADELIS a été très clair, le Parti socialiste ne soutient pas Jean-Pierre MASSERET et ceux qui l'ont suivi dans cette aventure. Il utilise malheureusement le logo du Parti socialiste mais le logo du Parti socialiste, les valeurs du Parti socialiste, on ne les met pas sur une affiche, on les porte dans son coeur. Et quand on est face à l'extrême-droite, on n'hésite pas.PATRICK COHENLes réseaux sociaux, Hélène ROUSSEL.HELENE ROUSSELBeaucoup de réactions à propos de l'état d'urgence, autre sujet les assignations à résidence, un moyen de mettre de côté des gens qui peuvent être dangereux, avez-vous dit. Comme les écolos par exemple, tweete Mara, évoque des envies de lancer des tomates pourries, leur prendrait ; ou alors j'ai du mal à voir en quoi des maraichers bios en Dordogne représentent un trouble à l'ordre public, tweete Drimar 87 ; et Julien VAUDEL (lui) voudrait revenir sur le fait que Marine LE PEN fait des musulmans des Français de seconde zone, ok ! Mais la déchéance de la nationalité pour les binationaux ne fait-elle pas d'eux des secondes zones également.MANUEL VALLSC'est insupportable comme propos. Comment peut-on comparer ainsi l'action de l'Etat, le travail de la police et de la gendarmerie pour mettre de côté, mettre hors d'état de nuire ceux qui peuvent représenter un danger pour l'Etat de droit et pour l'ordre public. Vous oubliez qu'il y a eu 130 morts, vous oubliez qu'il y a eu des blessés qui aujourd'hui souffrent encore dans leur chair, et l'Etat resterait passif, n'agirait pas, non. Si le président de la République a décidé de l'état d'urgence, et cet état d'urgence il dure 3 mois et nous verrons c'était la question que vous me posiez tout à l'heure nous verrons dans quelles conditions il devra être prolongé en fonction de la menace. Et la réforme de la Constitution que nous préparons permettra, je l'espère, une sortie de cet état d'urgence si cela s'impose. Mais face à la menace terroriste, il ne faut pas hésiter. Nous le faisons dans le cadre de l'état de droit, sous contrôle du Parlement et avec les recours possibles. Et je n'admettrai jamais, mais jamais je vous le dis qu'on puisse comparer les propos stigmatisants de monsieur TRUMP ou de madame LE PEN à l'égard des musulmans et ce que nous pensons, ce qu'il faut faire en matière de déchéance de la nationalité. C'est précisément ce genre de confusion et de propos qui abaisse le débat politique et qui permet à l'extrême-droite de prospérer.PATRICK COHENPour bien comprendre Manuel VALLS, l'état d'urgence tel qu'il est instauré aujourd'hui, il court jusqu'en février !MANUEL VALLSFin février, absolument.PATRICK COHENEt vous envisagez de le prolonger ensuite !MANUEL VALLSNous verrons, nous discutons tous les 15 jours avec l'ensemble des responsables des groupes parlementaires de l'Assemblée et du Sénat, les présidents des commissions concernées, les présidents de deux assemblées Claude BARTOLONE et Gérard LARCHER. Et en fonction de la menace, nous verrons s'il faut ou pas lever l'état d'urgence. Mais à partir du moment
PATRICK COHENMais vous avez dit que tant que le Proche-Orient serait agité
MANUEL VALLSNon, non
PATRICK COHENDe soubresauts
MANUEL VALLSNon, j'ai dit que tant que nous, nous aurons cette menace terroriste en France, en Europe, dans le monde, regardez ce qui s'est passé en Californie, aux Etats-Unis il y a quelques jours, dans le monde arabo-musulmans parce que les musulmans sont les premières victimes de ce terrorisme, nous vivrons avec cette menace. Mais il est évident qu'une société peut difficilement vivre en permanence avec un Etat d'exception et un Etat d'urgence
THOMAS LEGRANDVous savez bien, Monsieur le Premier ministre, que dans trois mois, on sera toujours sous la menace, dans six mois aussi, le Proche-Orient
MANUEL VALLSAbsolument.THOMAS LEGRANDDonc on risque de vivre sous cet état d'exception, jusqu'au moins
jusqu'aux présidentielles.MANUEL VALLSSi la menace
THOMAS LEGRANDQui aura le courage de dire « ah non, là on peut lever le
MANUEL VALLSMais si la menace terroriste était immédiate, parce que c'est ça l'état d'urgence, quand elle est immédiate, avec des projets étayés, qui peuvent toucher la France, si l'état d'urgence doit être prolongé, vous comprendrez bien que nous assumerons, avec le président de la République, avec le ministre de l'Intérieur, ces décisions, et en lien avec le Parlement, parce que c'est le Parlement qui vote l'état d'urgence. Si en revanche on peut considérer qu'on peut sortir de cet état d'urgence, il faut voir comment l'état se donne des moyens, notamment pour ce qui concerne les perquisitions administratives, un certain nombre de fouilles, notamment des véhicules, des assignations à résidence, comment sous l'autorité du juge
THOMAS LEGRANDLe droit à manifester, par exemple, le droit à manifester ?MANUEL VALLSMais, aujourd'hui, est-ce que vous avez des manifestations interdites ? Vous en avez dans certains cas, dans d'autres non, je pense par exemple aux salariés de la CGT qui, il y a quelques jours, sont allés manifester devant le siège d'AIR FRANCE. Est-ce que cette manifestation a été interdite ? Non.THOMAS LEGRANDEst-ce que vous admettez, au moins, qu'il y a eu des perquisitions un petit peu abusives ? Ce tweetos parle de la ferme en Dordogne.MANUEL VALLSLe ministre de l'Intérieur, lui-même, a rappelé aux préfets, l'exigence de respect du droit, et il y a eu sans doute deux ou trois cas qui ne sont pas admissibles, et nous l'avons dit, c'est ça une démocratie, c'est ça la transparence. Mais moi, je ne voudrais pas oublier que l'immense majorité des perquisitions administratives, sinon la totalité des assignations à résidence, sont aujourd'hui efficaces pour lutter contre le terrorisme, pour mettre de côté un certain nombre d'individus dangereux, pour notre Etat de droit et pour l'ordre public.PATRICK COHENSur un autre plan, Manuel VALLS, vous avez célébré cette semaine les 110 ans de la loi 1905, la loi de séparation de l'église et de l'Etat, on a eu un sondage qui montrait que 81 % des Français estimaient cette laïcité en danger, vous avez dit qu'il y avait urgence à retrouver le sens de cette loi, car elle est parfois mal comprise, est-ce que, comme
certains ont compris que ça laissait présager de nouvelles mesures, peut-être une nouvelle loi, de votre côté, de votre part ?MANUEL VALLSNon, il faut appliquer, faire vivre les valeurs et les règles que représente la laïcité. Tout ce qui a été engagé après les attentats du mois de janvier, les grands débats qui ont eu lieu sur l'attitude d'un certain nombre d'élèves à l'école, engagés par la ministre de l'Education nationale, Najat VALLAUD-BELKACEM, notamment pour que les enseignants eux-mêmes transmettent ces valeurs de la laïcité, la formation, ce sont des dizaines de milliers d'enseignants qui sont aujourd'hui formés à ces valeurs, mais c'est aussi l'application des règles, de la loi qui interdit les signes religieux ostentatoires à l'école, c'est l'application stricte de la loi qui interdit le voile intégral dans l'espace public, c'est la séparation nette entre l'Etat et les églises, c'est aussi la possibilité de croire ou de ne pas croire, donc c'est le respect également de tous ceux qui pratiquent calmement et tranquillement leur religion, et je pense bien sûr aux musulmans de France que nous devons protéger. C'est ça la laïcité, c'est la tolérance, l'apaisement, et une certaine idée du vivre ensemble. C'est pleinement ce qu'il faut revendiquer, parce que c'est la France, mais il faut l'appliquer fermement, et tout le monde doit la respecter, cette belle valeur qu'est la laïcité.PATRICK COHENDans 50 secondes, on va accueillir Augustin TRAPENARD et puis on va retrouver François MOREL.Pause publicitairePATRICK COHENBonjour Augustin TRAPENARD.AUGUSTIN TRAPENARDSalut Patrick.PATRICK COHENVous avez une question pour le Premier ministre.AUGUSTIN TRAPENARDOui, bonjour Manuel VALLS. Peut-être une question un peu plus personnelle. Vous avez sans doute entendu parler du concert improvisé que Madonna a donné avant-hier place de la République, bravant au passage votre état d'urgence, elle a chanté trois chansons, « Imagine » de John LENNON, « Like a prayer », je ne vous fais pas la traduction, comme une prière, et « Ghost town », ça veut dire ville fantôme. Je me suis demandé, pour vous, lequel de ces trois titres vous parait être le plus approprié, à vous, aujourd'hui, « Imagine », « Comme une prière » et « Ville fantôme » ?MANUEL VALLSD'abord elle a eu le droit et elle a bien fait de chanter Place de la République, qui est devenue le symbole, le mémorial, au fond, de toutes les victimes du terrorisme du 13 novembre dernier. Peut-être « Imagine », de John LENNON, parce que c'est cette chanson qu'on a beaucoup entendue toutes ces dernières semaines, et je me rappelle qu'elle a aussi chanté, il y a quelques semaines, juste après les attentats, en Suède, je crois
AUGUSTIN TRAPENARDA Stockholm.MANUEL VALLSA Stockholm, « La vie en rose », donc c'est aussi cet hommage à ce qu'est la culture française, à ce qu'elle représente partout dans le monde. Et si le monde a brandi nos couleurs, nos chansons, si le monde a chanté La Marseillaise, c'est parce que c'était la France qui était touchée mais pas seulement notre pays, mais les valeurs, qui sont des valeurs universelles, un art de vivre, la culture aussi qu'on a voulu atteindre, parce que le terrorisme, Daesh, l'état islamique, s'en prennent, c'est ça aussi le fond du salafisme, s'en prennent directement, frontalement, à ce que nous sommes, à notre culture, à la possibilité d'écouter de la musique, de lire, de s'amuser, à l'égalité entre les femmes et les hommes, et c'est ça qu'il faut défendre aussi.(
)FRANÇOIS MORELVoyez-vous, Manuel VALLS, quand on se à côté de vous, on n'a pas spécialement envie de vous froisser, parce qu'on se dit que pour le moment, vous n'avez pas une vie si facile que ça. Donc, moi, comme j'ai un bon fond
si j'ai un bon fond
MANUEL VALLSJe vous crois.FRANÇOIS MORELTout le monde vous le dira, c'est moi qui briffe Bernard GUETTA quand il a des incertitudes sur la situation politique un peu compliquée entre l'Ingouchie et la Tchétchénie, par exemple, c'est moi qui corrige les fautes d'orthographe de Thomas LEGRAND. (...) Quand même, parce que j'ai bon fond, j'ai décidé de ne pas vous parler d'Emmanuel MACRON, c'est déjà ça.MANUEL VALLSPourtant c'est le vrai sujet.FRANÇOIS MORELOui, évidemment. Vous vous souvenez de la réplique de Robert DALBAN, dans un film dialogué par Michel AUDIARD. (...) on peut se demander si en l'occurrence les qualités d'ancien combattant et de bistrot ne sont pas superflues.(
)PATRICK COHENFrançois MOREL, merci beaucoup, merci à vous Manuel VALLS d'être venu ce matin au micro de France Inter. On vous a beaucoup entendu en cette semaine électorale, mais pas le président de la République, il est passé où François HOLLANDE ?MANUEL VALLSLe président de la République est là, je vous rassure, et notamment
PATRICK COHENJe sais qu'il est là, mais dans cette période que chacun juge assez grave, quand même, sur le plan politique, assez importante
MANUEL VALLSLe président de la République, plus que jamais, incarne la Nation, l'Etat debout face à l'extrême droite. Il sort d'une période, et cela va continuer, de mobilisation de la communauté internationale, pour créer cette coalition, cette coordination, contre le terrorisme, contre l'état islamique, contre Daesh, et il est très impliqué, comme vous pouvez l'imaginer, surtout dans les heures qui viennent, dans la négociations pour réussir la COP21.PATRICK COHENMais vous vous souvenez, et vous vous en souvenez parce que vous étiez à ce moment-là à Matignon auprès de Lionel JOSPIN, qu'en 98, après les régionales, et ces régionales qui avaient vu des alliances entre la droite et l'extrême droite, Jacques CHIRAC, président de la République, avait pris la parole, solennellement.MANUEL VALLSMais nous ne sommes pas après les régionales, nous sommes entre les deux tours, et le président de la République respecte le choix et le vote des Français.PATRICK COHENMerci à vous, Manuel VALLSsource : Service d'information du Gouvernement, le 11 décembre 2015
La source —
vie_publique · nº 197220
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