Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 18 février 2015, sur le recours à l'article 49-3 de la Constitution au sujet du projet de loi Macron et les relations entre le gouvernement et la majorité parl
Jean-Marie Le Guen (auteur), Philippe Corbe (intervenant)
INTERVENANTEPhilippe CORBE vous recevez ce matin le chargé d'Etat des Relations
PHILIPPE CORBELe secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement, c'est ça, bonjour Jean-Marie LE GUEN.INTERVENANTEPardon !JEAN-MARIE LE GUENC'est moi qui
INTERVENANTEJean-Marie LE GUEN.PHILIPPE CORBEVoilà ! C'est ça.JEAN-MARIE LE GUENBonjour.PHILIPPE CORBEPour ceux qui ont du mal à suivre ces embrouillaminis, cette politicaillerie autour du 49.3 de la loi Macron, on va résumer les choses de manière assez simple : le gouvernement de Manuel VALLS n'a plus de majorité, c'est ça ?JEAN-MARIE LE GUENNon ! Je ne crois pas. D'abord on verra s'il y a une majorité contre, parce qu'il ne suffit pas simplement que l'extrême gauche vote avec la droite pour que ça fasse une politique pour le pays - c'est le moins que l'on puisse dire donc le texte de loi
PHILIPPE CORBEMais vous n'aviez pas non plus
JEAN-MARIE LE GUENLes institutions sont ainsi faites qu'il faut une majorité positive et que nous aurons une majorité positive, c'est celle qui va soutenir la loi Macron, puisque celle-ci va être adoptée c'est ça l'essentiel c'est pourquoi nous avons fait le choix de cette procédure pour aller plus clairement et plus vite, sachant que tous les articles de la loi avaient déjà été votés et nous ne voulions pas tergiverser, nous voulions agir.PHILIPPE CORBEMais vous n'auriez pas eu de majorité sur ce texte
JEAN-MARIE LE GUENSi !PHILIPPE CORBESans l'appoint de quelques voix de droite ?JEAN-MARIE LE GUENAh ! C'est possible effectivement, c'est, ni la première, ni la dernière fois que et peut-être d'ailleurs on peut se poser la question de savoir si dans les circonstances actuelles un certain nombre de textes de loi ne peuvent pas rassembler plus largement mais je pense par exemple que nous aurons d'ici quelques semaines un texte dit « texte renseignement », qui est un texte tout à fait fondamental, j'espère que nous aurons un rassemblement plus large. Donc
PHILIPPE CORBEMais enfin, là sur la loi Macron, on a l'impression
JEAN-MARIE LE GUENJe rappelle que dans les jeux politiciens il y a des moments et il faut le rappeler à tout le monde, j'entends aux parlementaires, parce que les Français eux le savent c'est qu'on n'est pas dans des petits jeux politiciens, il y a des choses fondamentales et le gouvernement de Manuel VALLS, sous l'autorité de François HOLLANDE, a bien l'intention de faire avancer ce pays qui a besoin de faire face à un certain nombre de menaces, d'une part et d'avancer pour réformer d'autre part ce part.PHILIPPE CORBEOn va revenir sur ce contexte ! Mais sur la loi Macron spécifiquement on a l'impression au bout du compte que vous ne tenez pas vos troupes, que vous ne l'avez peut-être pas vu venir, que vous avez pêché par excès de confiance et que vous tombez au fond sur un aveu d'impuissance ?JEAN-MARIE LE GUENNon ! Tout ça c'est un constat qu'on peut toujours faire mais qui n'avait, à mon avis, pas lieu d'être. Ce qui est surtout vrai c'est que pendant deux mois il y a eu un travail exceptionnel, jamais l'Assemblée n'a travaillé à ce point sur une loi où il y avait plus de 100 articles, alors on fait le reproche à cette loi
PHILIPPE CORBE
Voilà !JEAN-MARIE LE GUENOui ! Mais chaque article a été adopté l'un après l'autre, plus de 1.000 amendements ont été faits, c'est-à-dire que le travail parlementaire a été exceptionnel. Alors peut-être qu'il y avait des gens qui étaient moins impliqués dans ce travail et qui sont venus avec des a priori et tout ça nous a amené à prendre
PHILIPPE CORBELes frondeurs du PS ! Oui.JEAN-MARIE LE GUENPeut-être ! Et ceci nous a amené à prendre nos responsabilités en conscience parce que le travail de qualité avait été fait, c'était un texte équilibré, c'est un texte équilibré qui va ouvrir de très nombreuses potentialités à notre économie, à la fois pour les salariés qui vont bénéficier de plus de droits, pour les usagers et les consommateurs qui vont avoir de meilleures conditions de mobilité, de meilleures conditions de passation du permis de conduire qui est la première étape pour aller vers un emploi pour beaucoup de jeunes, bref des choses très concrètes et qui ne sont pas prises toujours en considération par des gens qui ont des points de vue un peu éloignés de la réalité.PHILIPPE CORBEAlors on va rappeler quand même aux auditeurs que le 49.3 est une procédure qui est utilisée rarement, elle n'avait pas été utilisée depuis 2006, et à l'époque voici ce qu'en disait le Premier secrétaire du PS qui s'appelait François HOLLANDE.FRANÇOIS HOLLANDE, EN 2006Le 49.3 est une brutalité, le 49.3 est un déni de démocratie.PHILIPPE CORBEIl a changé d'avis ?JEAN-MARIE LE GUENEcoutez ! Quand vous êtes le responsable de l'opposition, vous vous opposez peut-être de façon un peu trop mécanique, j'ai bien vu par ailleurs qu'un certain nombre de responsables de droite entonnent aujourd'hui la même chanson, ça fait partie du débat, je crois que ça ne
PHILIPPE CORBENon ! Mais ça veut dire qu'il y a tout un jeu là-dedans, il y a tout un jeu de postures à gauche, à droite, au sein de la gauche ?JEAN-MARIE LE GUENOui ! Oui, oui. Est-ce que ce jeu aujourd'hui, dans la situation où nous sommes, est toujours justifié ? Je ne le pense pas ! Mais je ne fais pas la critique à ceux qui le font, puisque vous l'avez remarqué il a pu nous arriver que nous-mêmes dans l'opposition l'avons fait, je pense que le pays est dans une situation où peut-être qu'il faut changer les attitudes et les comportements.PHILIPPE CORBEAlors c'est étrange, parce que cet argument-là, ce lien entre terrorisme- loi Macron, Manuel VALLS l'a fait à ce micro il y a deux jours
JEAN-MARIE LE GUENNon ! Non, ce n'est pas que le terrorisme, c'est
vous avez une poussée
Aujourd'hui
PHILIPPE CORBECe n'est pas curieux quand même de faire le lien, en disant
JEAN-MARIE LE GUENAttendez !PHILIPPE CORBETerrorisme-loi Macron ?JEAN-MARIE LE GUENNon ! Non, non, mais moi je ne parle pas que du terrorisme, je parle d'un contexte politique où nous vivons concrètement, nous ne sommes pas dans une bulle offshore, nous ne sommes dans un congrès du Parti socialiste, nous sommes dans une réalité sociale où vous parlez du terrorisme, moi je vais vous parlez de l'extrême droite
PHILIPPE CORBEC'est ce que fait Manuel VALLS hier soir sur TF1 !JEAN-MARIE LE GUENJe vais vous parler de l'extrême droite. Quelle est l'alternative aujourd'hui à la gauche ? Ce n'est pas la gauche de la gauche ! C'est au mieux, si j'ose dire, une droite qui n'a pas de projet et qui est dans l'autoritarisme, mais c'est plus vraisemblablement on voit ce qui s'est passé dans le Doubs l'extrême droite et vous pensez que, quand on a la responsabilité de parler à ce pays, on ne regarde pas o on met les pieds, il faudrait qu'on soit là à discuter comme des techniciens de l'économie ou du social sans considérer que nous sommes dans un contexte politique que les Français sont en train de nous demander avec des exigences contradictoires parfois mais qui sont très fortes.PHILIPPE CORBECe que vous dites en fait Jean-Marie LE GUEN, aux frondeurs du PS, c'est la prochaine fois ce sera la dissolution et la dissolution c'est une majorité qui ne sera pas une majorité de gauche avec le FN en force à l'Assemblée ?JEAN-MARIE LE GUENJe dis qu'il n'y a pas d'alternative républicaine aujourd'hui à ce que fait le gouvernement de Manuel VALLS et de François HOLLANDE, s'il n'y a pas
si la gauche n'est pas capable de se dépasser pour porter la République et pour tenir tous les pans de la République y compris pour rassembler et j'allais dire au-delà de son propre camp pour faire face aux différentes menaces, pour faire face aux interrogations et aux difficultés de la crise, si nous ne sommes pas capables d'assumer cette mutation dans un esprit de justice, alors d'autres le feront à notre place, mais ce n'est pas la gauche de la gauche.PHILIPPE CORBEEt pour la première fois des députés de gauche, des députés du Front de gauche, vont voter la censure d'un gouvernement de gauche en mêlant leurs voix à celles de la droite demain à l'Assemblée. Vous êtes déçu ?JEAN-MARIE LE GUENAh ! Je suis
PHILIPPE CORBEChoqué ?JEAN-MARIE LE GUENJe suis choqué oui, historiquement oui, je ne suis pas bouleversé dans la réalité.PHILIPPE CORBEDans l'histoire de la gauche c'est un moment important ?JEAN-MARIE LE GUENAh ! Oui, je pense que si vous voulez il y a une perte de repère dans la gauche de la gauche qui est totale. De ce point de vue, si vous voulez, c'est vraiment
on n'a pas connu ce type d'attitude depuis très longtemps, j'allais dire depuis les années 30, mais je ne vais pas faire ici des cours d'histoire
PHILIPPE CORBEC'est-à-dire qu'on revient à l'avant Front populaire dans l'histoire de la gauche ?JEAN-MARIE LE GUENDans l'histoire, oui, on en revient au moment où
Bon ! Je ne vais pas faire de commentaire historique, on n'a pas le temps et ce nest pas l'objet, mais il est clair qu'on voit bien qu'il y a une détestation de la gauche de la gauche et une prise de responsabilité, une fuite en avant, on ne peut pas rêver au Venezuela ou à la Grèce, on est en France. Où est le mouvement social qui viendrait, j'allais dire critiquer la loi Macron ? Il n'y en a pas ! Il n'y a que des positions idéologiques, que des positions sectaires, que des volontés de revanche vis-à-vis de la gauche démocratique qui gouverne ce pays et qui veut avancer, ce n'est pas comme ça, ce n'est pas avec ces sentiments
Et, encore une fois, est-ce que dans les élections dans le Doubs prenons cette élection en temps réel quelle est l'affirmation ? L'affirmation, c'est que d'un côté le Parti socialiste, son candidat, qui rassemble les démocrates, la gauche et les républicains
PHILIPPE CORBEAu second tour ! Parce qu'au premier tour vous étiez premier.JEAN-MARIE LE GUENAu premier tour nous étions, contrairement à ce que tout le monde pensait, il était dit très régulièrement que nous ne serions pas qualifiés
.PHILIPPE CORBEVous étiez très divisés à ce moment-là !JEAN-MARIE LE GUENNous l'avons été. Et la gauche de la gauche, qu'est-ce qu'il fait comme score monsieur MELENCHON ? Qu'est-ce qu'elle fait comme score madame DUFLOT ? Elle fait des scores minuscules qui n'ont d'autre objet que de nous faire le risque de ne pas être qualifiés au deuxième tour et que ça soit l'extrême droite qui soit élue ou la droite. Voilà la politique de monsieur MELENCHON et de madame DUFLOT ! Et donc ça il faut quand même maintenant, dans ce contexte-là, dire : « il faut se re-saisir, qu'il y a des valeurs qui dépassent les intérêts de boutique, les visions idéologiques étriquées, que la République est en cause dans ce pays aujourd'hui ».PHILIPPE CORBEMais on entend votre colère, Jean-Marie LE GUEN
JEAN-MARIE LE GUENNon ! C'est une admonestation, je dis : « réfléchissons à la période historique où nous sommes ».PHILIPPE CORBEMais ce qui est curieux c'est qu'on a l'impression que vous pensiez que, après le 11 janvier, après ce contexte politique avec une poussée d'extrême gauche, de l'extrême droite, vous pourriez glisser sous le tapis, balayer toutes ces contestations - y compris au sein de votre propre parti - sur des questions concrètes de vie quotidienne, des questions économiques et sociales ?JEAN-MARIE LE GUENPeut-être ! Peut-être que nous
PHILIPPE CORBEVous avez pêché par excès de confiance ?JEAN-MARIE LE GUENPeut-être que la pédagogie n'a pas été suffisamment faite, sans doute, mais je me demande ce qu'il faut pour qu'un certain nombre de gens à gauche comprennent la réalité du pays ? L'alternative ce n'est pas Jean-Luc MELENCHON, enfin je veux dire
PHILIPPE CORBEC'est Marine LE PEN !JEAN-MARIE LE GUENMalheureusement je constate que c'est ça et que, nous, nous battons de toutes nos forces pour faire avancer ce pays, maintenir un certain nombre de principes, de valeurs humanistes, de justice dans les politiques. La loi Macron c'est des avancées sociales considérables, que la personnalité de monsieur MACRON, que son parcours, que la caractérisation idéologique de quelques idéologues sectaires viennent à nous critiquer est une chose mais la réalité de cette loi qui a été on peut le voir article par article c'est une loi très équilibrée qui fait des avancées considérables, on a même eu la Fédération CGT des Transports qui disait que c'était révolutionnaire en termes d'avancées sociales. Tout ceci n'est absolument pas pris en considération pour des postures politiciennes, idéologiques totalement coupées de la réalité du pays.PHILIPPE CORBEEt les auditeurs de RTL pourront dire au 32.10, s'ils le souhaitent, au standard ce qu'ils pensent de ces postures politiciennes - comme vous les appeliez Jean-Marie LE GUEN secrétaire d'Etat en charge des Relations avec le Parlement, on dit bien Jean-Marie LE GOUENE (phon) et non pas LE GAINE (phon)
JEAN-MARIE LE GUENS'il vous plait !PHILIPPE CORBEC'est un débat de bretonnants ?JEAN-MARIE LE GUENVoilà !PHILIPPE CORBELE GOUENE. Bonne journée.INTERVENANTMerci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 février 2015
La source —
vie_publique · nº 194055
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