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30 janvier 2015 · Gouvernement · Itélé · discours Discours

Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à I-Télé le 30 janvier 2015, sur la politique urbaine en faveur des quartiers et le service civique.

Patrick Kanner (auteur), Bruce Toussaint (intervenant)

BRUCE TOUSSAINTPatrick KANNER est l'invité d'I TELE ce matin, bonjour PATRICK KANNERBonjour.BRUCE TOUSSAINTMerci beaucoup d'être avec nous. Alors, je vous pose la question, qui est le ministre de la Ville ?PATRICK KANNERVous l'avez devant vous ! C'est un ministère compliqué, qui ne repose pas sur l'administration centrale comme par exemple ma collègue Najat VALLAUD-BELKACEM ou mon collègue Bernard CAZENEUVE et donc ça repose sur une alchimie monde associatif, élu local et locaux, donc tout ceci doit être mis en synergie pour pouvoir travailler.BRUCE TOUSSAINTAlors si je vous ai posé cette drôle de question c'est parce que cette semaine sur I TELE, deux personnalités politiques, Julien DRAY et Christian ESTROSI, n'ont pas su nommer le ministre de la Ville. Regardez !Vous savez qui est ministre de la Ville, je ne vous fais pas JULIEN DRAY, VICE-PRESIDENT DU CONSEIL REGIONAL D'ILE-DE-FRANCEOui ! Myriam EL KHOMRI, oui je sais.BRUCE TOUSSAINTOui ! Mais ministre, ça c'est la secrétaire d'Etat, mais le ministre de la Ville ?JULIEN DRAYLe ministre de la Ville, non je ne m'en souviens plus vous voyez, parce que je crois qu'il est sous tutelle de vous voyez, je ne me souviens plus, j'ai une colle. Bien joué ! Bien joué ce matin BRUCE TOUSSAINTJulien DRAY, désolé, mais je ne voulais pas vous piéger.CHRISTIAN ESTROSI, DEPUTE UMP DES ALPES MARITIMESLe ministre de la Ville, dont je ne me rappelle plus du nom, est venu inaugurer un musée national des sports - que j'ai réalisé mais qui est national –et ce ministre-là disait : « j'en fais mon affaire, tout sera réglé ».BRUCE TOUSSAINTAlors il a changé entre temps, c'est Patrick KANNER maintenant qui est ministre de la Ville.CHRISTIAN ESTROSIAlors, nous avons affaire à des gens BRUCE TOUSSAINTCa ne pose pas un petit souci quand même que ce ministre-là, ce ministre que vous êtes, ne soit pas sur le devant de la scène ?PATRICK KANNERJe suis un ministre au travail ! Je serai sur le devant de la scène de plus en plus avec les propositions que nous a demandé de produire manuel VALLS avec Myriam EL KHOMRY, donc c'est un travail en commun, un travail de proximité. Aujourd'hui ce qu'on nous demande d'abord c'est de travail au fond avant d'être sur les plateaux, alors j'adore les plateaux monsieur TOUSSAINT, il n‘y a pas de problème, simplement ce que je veux c'est venir avec cette réflexion et vraiment une approche très constructive sur les réponses à apporter aux quartiers.BRUCE TOUSSAINTOn se demande vraiment si c'est une priorité du gouvernement, savez-vous quel est votre rang dans la composition du gouvernement ?PATRICK KANNEREh bien vous savez je dois être 14ème je crois, ou 15ème.BRUCE TOUSSAINT16ème !PATRICK KANNER16ème ! Vous voyez, donc j'étais un petit peu plus en avance. Mais BRUCE TOUSSAINTC'est la 16ème priorité nationale la politique de la ville ?PATRICK KANNEREh bien vous savez je suis arrivé le 26 août, donc après ce renouvellement BRUCE TOUSSAINTNon ! Mais là vous n'y êtes pour rien sur la composition, parce que ce n'est pas vous qui l'avez fait PATRICK KANNERJe n'y suis pour rien.BRUCE TOUSSAINTJe dis juste est-ce que c'est la 16ème priorité nationale ?PATRICK KANNEROui ! Mais je considère pour moi qu'aujourd'hui j'ai les moyens de travailler, j'ai une loi de priorisation dans les quartiers, j'ai cinq milliards d'euros pour mettre en oeuvre l'Agence nationale de rénovation urbaine dans son plan numéro 2, je considère que je peux avancer aujourd'hui. Donc la question du rang, qui est une question je vais dire subalterne, la vraie question, c'est : est-ce qu'aujourd'hui nous avons les moyens d'agir pour ces quartiers ? Et j'espère qu'on pourra avancer dans notre interview sur le chantier.BRUCE TOUSSAINTAlors, vous êtes ministre de la Ville ou ministre de la Lutte contre l'apartheid ?PATRICK KANNERJe suis ministre de la Ville et, par là-même, je considère qu'il y a aujourd'hui 100 quartiers en France qui subissent cette ségrégation territoriale, sociale, ethnique – je n'ai pas peur des mots – et, quand Manuel VALLS met le mot apartheid en avant, il crée un électrochoc qui fait qu'aujourd‘hui tout le monde se remet en question. Moi j'ai rencontré le secteur associatif pendant ces 15 jours et ce secteur dit : « Eh bien oui peut-être qu'il faut revoir notre manière de faire dans ces quartiers » et donc, si des mots provoquent des électrochocs et nous permettent d'aller plus loin, j'ai envie de dire : « eh bien on va ».BRUCE TOUSSAINTEn tout cas donc pas de langue de bois, il y a bien une cassure, une fracture avec ces quartiers. Ils sont quoi, ils sont encore dans la République ou pas ?PATRICK KANNERIls se sentent en relégation et pour beaucoup d'entre eux ils ne croient pas, ils ne croient plus, en la République pouvant changer leur vie - et ça c'est une vraie difficulté aujourd'hui - donc ce que j'ai proposé à Manuel VALLS c'est des chantiers de reconquête, c'est-à-dire que sur ces 100 quartiers la question du peuplement, mot important, la question de l'égalité homme-femme, la question de l'insertion des jeunes BRUCE TOUSSAINTAlors prenons le peuplement, voilà un sujet vraiment important PATRICK KANNERTrès bien !BRUCE TOUSSAINTQu'est-ce qu'on fait ? Comment on fait ?PATRICK KANNERLe peuplement aujourd'hui c'est déjà appliquer la loi dans toute sa rigueur, la loi SRU - Solidarité et Renouvellement Urbain - a été renforcée, les pénalités ont été renforcées, aujourd'hui ce que nous demandons c'est que les préfets puissent la mettre en oeuvre dans sa rigueur, il n'est pas question pour moi que des élus qui portent l'écharpe tricolore échappent à la loi au travers je dirais de paiement d'amendes ou autres. Donc, dans ces conditions-là, il est essentiel aujourd'hui qu'on demande aux préfets de se mobiliser – c'est ce que je vais faire avec Sylvia PINEL, premièrement ; deuxièmement, le peuplement monsieur TOUSSAINT ce n'est pas qu'une question d'attribution de logement, c'est aussi quelle qualité d'environnement on offre dans ces quartiers, en matière de sécurité, en matière de service public, en matière d'équipement culturel, en matière d'équipement sportif, si nous voulons ré-attirer les populations dans ces quartiers BRUCE TOUSSAINTOui ! Mais, enfin, qui a envie d'aller habiter dans un ghetto ?PATRICK KANNERAujourd'hui vous .BRUCE TOUSSAINTLes mots ont un sens aussi et donc, du coup, il y a quand même une contradiction entre le fait de dire : « on va peupler ces quartiers » et dire, en même temps : «mais, attention, ce sont quand mêle des ghettos » ?PATRICK KANNEROn a cette expression, souvent dans mes équipes : « il est plus facile de faire venir les pauvres dans les quartiers de riches que les riches dans les quartiers de pauvres ». A partir de là qu'est-ce qu'on fait, vous laissez les choses se déliter et la République absente ? Ma réponse est non ! Il faut y aller, il faut provoquer cet électrochoc que j'évoquais tout à l'heure et il faut surtout amener des solutions qui soient des solutions construites avec les habitants : les conseils citoyens, les maisons de projet, rénovation urbaine et aussi des services publics nouveaux dans ces quartiers. Manuel VALLS, en tant que Premier ministre, nous a dit : « mais concentrez les réponses dans ces quartiers pour que ces quartiers ne se sentent plus en relégation territoriale ».BRUCE TOUSSAINTEst-ce que l'une des réponses à cette crise que nous vivons et qui a été aussi matérialisée par ces attentats passe par le service civique obligatoire ?PATRICK KANNERJe vais employer une formule monsieur TOUSSAINT, moi j'aimerais être aussi le ministre de ceux qui ne sont pas Charlie, ministre de ceux qui ne sont pas Charlie, aujourd'hui le service civique marche bien, le président de la République souhaite le développer – et à juste titre - faire qu'il y ait 150.000, 170.000 jeunes qui puissent y accéder d'ici 2017, ça signifie que tous ceux qui veulent aujourd'hui rentrer en service civique puissent le faire. Il y a cinq demandes pour une offre disponible, très bien, extension du service public. Mais ça c'est pour des jeunes qui sont déjà engagés, qui sont déjà proactifs – permettez-moi l'expression – qui ont envie de faire quelque chose pour la collectivité ; et puis il y a tous les autres, il y a tous les autres BRUCE TOUSSAINTAlors qu'est-ce qu'on fait de ceux-là PATRICK KANNEREt tous les autres BRUCE TOUSSAINTCeux qui ne sont pas Charlie, comme vous dites ?PATRICK KANNERIl faut pouvoir leur offrir effectivement des solutions. Est-ce que ça passe par le mot obligatoire, je n'en suis pas certain, ce que je sais c'est qu'il faut sûrement dissocier les deux dispositifs BRUCE TOUSSAINTC'est-à-dire ?PATRICK KANNERService civique, il faut le garder, il faut l'étendre...BRUCE TOUSSAINTTel qu'il est aujourd'hui ! Très bien.PATRICK KANNERTel qu'il est aujourd'hui, parce que ça répond à un besoin et que ça correspond à l'engagement des jeunes ; et puis un service, peut-être un engagement civil universel, qui consisterait à offrir peut-être à des jeunes un parcours de citoyenneté. Est-ce qu'il doit être obligatoire ou pas ? Avec quelles contreparties ? C'est tout le débat qui est engagé, c'est ce qu'a demandé le président de la République à monsieur LARCHER et à monsieur BARTOLONE dans le cadre de la mission confiée aux deux assemblées.BRUCE TOUSSAINTYves BLEIN, député PS du Rhône, va déposer une proposition de loi à l'Assemblée PATRICK KANNEROui !BRUCE TOUSSAINTQue dit-il ? Il dit qu'il faut que ça soit obligatoire pour les filles et les garçons PATRICK KANNEROui !BRUCE TOUSSAINTCa, ça ne vous parait pas absurde que ça soit aussi pour les filles ?PATRICK KANNEREh bien pourquoi, s'il y a un dispositif, il est ouvert aux filles BRUCE TOUSSAINTBon ! Très bien. 16 à 25 ans, dit-il ; lui, il propose deux périodes : il y aurait 15 jours d'instruction en internat et 6 mois de service, qu'est-ce que vous pensez de cette formule ?PATRICK KANNEROui ! Eh bien je trouve qu'elle a une approche un peu punitive, moi je pense qu'il faut faire confiance aux jeunes, il ne faut pas les amener dans une démarche qui ressemble assez fort à un service national à caractère militaire - je suis très réservé sur cette formule – mais les parlementaires en discuteront, il y aura un débat autour de cette question.BRUCE TOUSSAINTVous avez entendu ce qu'a dit Samia GHALI, qui est cette élue Marseillaise, elle dit : « il faut de nouvelles écoles musulmanes privées dans les quartiers conventionnées avec l'Etat ».PATRICK KANNERJe suis un élu du Nord, le lycée... le seul lycée privé conventionné musulman - c'est le lycée Averroès dans mon canton à Lille Sud, aujourd'hui n'importe quel établissement privé confessionnel qui rentre dans le cadre du conventionnement peut demander ce conventionnement, ça été le cas encore une fois pour ce lycée.BRUCE TOUSSAINTD'accord !PATRICK KANNEROn ne peut pas décréter qu'il y aurait des écoles musulmanes systématiquement partout, c'est une décision de l'Education nationale, le lycée Averroès 100 % de réussites au bac.BRUCE TOUSSAINTBon ! On va quand même parler de sport, parce que vous êtes aussi ministre des Sports, mais juste avant je voudrais quand même on a été un peu surpris, pour le dire gentiment, par votre tweet sur le chômage des jeunes cette semaine, voici ce tweet : « chômage, des chiffres encourageants pour les jeunes, on continue ». Patrick KANNER, honnêtement, alors je veux bien entendre que ça a baissé PATRICK KANNERCa a baissé !BRUCE TOUSSAINTDe 0,2 %, mais PATRICK KANNERVous savez que la courbe du chômage des jeunes est celle qui aujourd'hui est la plus maîtrisée et, objectivement, elle a baissé BRUCE TOUSSAINTVous trouvez ça encourageant, franchement ?PATRICK KANNEREh bien vous savez quand on BRUCE TOUSSAINTEst-ce qu'il n'y a pas une petite erreur de com., là, pardon mais PATRICK KANNERNon ! Non, arrêtons de faire du jeune basching....BRUCE TOUSSAINTC'est moins grave que PATRICK KANNERSi vous me permettez l'expression.BRUCE TOUSSAINTMais ce n'est pas du jeune basching PATRICK KANNERMais si !BRUCE TOUSSAINTJe dis juste qu'on a le sentiment, à vous lire, que tout va bien.PATRICK KANNERAttendez ! 150.000 Emplois d'avenir, 45.000 services civiques, l'apprentissage qui se développe, la garantie jeune qui se développe, vraiment – mais je vous donne rendez-vous d'ici à un an et demi ou deux ans monsieur TOUSSAINT – à savoir que la situation des jeunes dans ce pays sera meilleure en 2017 qu'en 2012, c'était l'engagement du président de la République.BRUCE TOUSSAINTBien ! Si la France se qualifie pour la finale du Championnat du monde au Qatar, vous irez ?PATRICK KANNERNon ! Pour des raisons de santé.BRUCE TOUSSAINTBon !PATRICK KANNERVoilà !BRUCE TOUSSAINTMais il y aura qui, peut-être Thierry BRAILLARD, votre secrétaire PATRICK KANNERThierry, il est dans l'avion avec actuellement.BRUCE TOUSSAINTBien ! Les JO de 2024 à Paris, est-ce que le président de la République a convaincu Anne HIDALGO, la maire de la Capitale, de se lancer dans la course ?PATRICK KANNERCe n'est pas au président de la République de convaincre le maire de Paris, c'est au Mouvement sportif. Le Mouvement sportif va remettre - le CNOS, Comité National Olympique et le CFCI, Comité Français de Sport International – remet un rapport le 12 février, il semblerait que ce rapport soit plutôt positif dans notre capacité et je n'en doute pas à monter les JO en 2024 ; ce rapport sera étudié par Anne HIDALGO, travaillé avec les maires du Grand Paris et je peux vous annoncer que, si les choses se passent bien, ce rapport sera remis ensuite au président de la République puisque la candidature est portée par le Mouvement sportif et accompagnée par les politiques et le mouvement économique. Donc BRUCE TOUSSAINTIl a envie, hein, le président ?PATRICK KANNERNon seulement il a envie mais il considère que c'est un élément majeur pour le développement et le rayonnement de la France, comme BRUCE TOUSSAINTAujourd'hui on peut dire quoi, il y a neuf chances sur 10 que Paris soit candidate ?PATRICK KANNERCe sont des paris un peu osés BRUCE TOUSSAINTOh ! Mais PATRICK KANNEREn tout cas je crois qu'il y a plus de chance que Paris soit candidate qu'il ne le soit pas, mais ça dépend de tout ce travail de conviction qui doit être mené avec Anne HIDALGO. En tout cas BRUCE TOUSSAINTElle a un peu changé sa position, elle était très opposée PATRICK KANNEROui ! Entre le 7 novembre où elle fait sa conférence de presse BRUCE TOUSSAINTEt aujourd'hui !PATRICK KANNEREt aujourd'hui, manifestement, les choses ont évolué positivement.BRUCE TOUSSAINTElle est plutôt sur une ligne : « on va y aller » ?PATRICK KANNERVous lui poserez la question !BRUCE TOUSSAINTMais, vous, vous me dites quoi ?PATRICK KANNERAh ! Moi, je suis favorable à cette candidature, depuis le début BRUCE TOUSSAINTEt on va y aller ?PATRICK KANNERParce que je pense qu'on est capable de l'obtenir, ça fait 100 ans que la France n'aura pas eu en 20024 les jeux d'été et c'est essentiel BRUCE TOUSSAINTOui ! Oui, ça c'est un bel anniversaire.PATRICK KANNERC'est un bel anniversaire et, surtout, c'est une belle image pour notre pays.BRUCE TOUSSAINTOn va y aller ?PATRICK KANNERJ'espère qu'on va y aller.BRUCE TOUSSAINTMerci beaucoup Patrick KANNER, je vous remercie d'être venu malgré les oublis de vos deux camarades-là ESTROSI et DRAY et d'être venu nous parler de la politique de la ville mais aussi des sports et de la jeunesse, merci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2015
La source — vie_publique · nº 195864
↗ https://www.vie-publique.fr/discours/195864-interview-de-m-patrick-kanner-ministre-de-la-ville-de-la-jeunesse-et?egn-publisher=dila_vp&egn-name=informer_opendata_discours
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